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CHAPITRE XVIII

Dans la chambre basse, le gouvernement avait beaucoup perdu de son influence par la promot ion i mpol i tique des princi paux membres à la chambre des lords, et par l'introduction de ceux qui, ayant été exclus précédemment par l'ordre de Cromwcll, prirent actuellement séance en vertu de l'article qui attribuait à la chambre le droit de vérifier les pouvoirs de ses membres. L'opposition eut pour chefs deux hommes d'une grande influence et d'un caractère inflexible, Hazlerig et Scot. Tous deux avaient été exclus à la première session du parlement, et ils n'avaient pasoublié cet affront. Pour éloigner Hazlerig d'un théâtre où son expérience et son éloquence en faisaient un adversaire formidable, Cromwell l'avait appelé à la chambre haute ; mais il refusa d'obéir à l'ordonnance, et prit sa place parmi lesdéputés(l). Qu'une nouvelle chambre dût être convoquée conformément aux articles de la « pétition et avis,» c'est ce que personne ne niait; mais on demandait «qui avait fait ses membres lords? qui leur avait accordé les privilèges de l'ancienne pairie? qui leur donnait le pouvoir d'annuler les actes de la chambre à laquelle ils devaient leur existence? Pouvait-on souffrir que les enfants prissent l'ascendant sur leurs pareuls; que les élus du' protecteur contrôlassent les représentants du peuple, les dépositaires du pouvoir suprême de la nation?» On répondit que le a protecteur les avait appelés lords; que l'objet de la «pétition el avis» était de rétablir le o second ordre ou état;» et que s'il restait quelque doute, le mieux était d'amender «l'instrument» en donnant aux membres de l'autre chambre le litre de lords, cl au protecteur celui de roi. » Cromwcll essaya d'adoucir l'irritation des esprits : il leur fit des sermons sur l'utilité, la nécessité de l'union.

ib!8. Il» perdirent le temps a de» objet» de peu d'importance : « comme a n«mmer de* commission» , el entre autres choses à examiner les privilèges et la juridiction de leur chambre (les bonnes gens}, avant de savoir ce qu'était leur chambre et comment elle s'appellerait.» tbid , 7.

(I) Hazlerig ne Bt pas d'objection au serment qui l'engageait à dire fidèle au prolecteur ; mais il y attachait un sens singulier. • Je serai fidèle , dit-il , à la personne du lord protecteur : je ne tuerai personne. » Journal de Burloo, n, 317.

a Ils n'avaient qu'à jeter un regard autour d'eux. Les papistes menaçaient de dévorer tous les protestants d'Europe. L'Angleterre était le seul appui , la seule espérance de la religion. S'ils considéraient l'intérieur, les a cavaliers et les niveteurs» étaient ligués pour détruire la constitution; Charles Stuart préparait une invasion; les Hollandais lui avaient traîtreusement vendu plusieurs vaisseaux pour cet objet. La discorde amènerait inévitablement leur propre ruine, celle de leurs libertés et de leur religion. Pour lui, il prenait à témoin Dieu, les anges, et les hommes, qu'il n'avait pas cherché la charge dont il était revêtu. Elle lui avait été imposée de force ; mais il avait juré d'en remplir les devoirs , et il ferait ce qu'il avait juré en conservant aux hommes de toutes les classes leurs justes droits civils et religieux» (1). Mais ses avis, ses prières, et ses menaces, furent inutiles. Les juges portaient sans cesse des messages « des lords aux communes , » et on leur disait toujours que a la chambre rendrait une réponse par ses propres messagers. » Mais au lieu de rendre des réponses, ils employaient tout leur temps à des discussions sur le titre et les droits qui devaient appartenir à l'autre chambre (2).

Jamais peut-être , pendant le cours de son extraordinaire carrière , Cromwell ne rencontra de difficultés comparables à celles qui l'entouraient dans ce moment. 11 ne pouvait pas lever d'impôts sans le consentement du parlement ; l'armée d'Angleterre n'avait pas reçu de

(1) M. Rult ajouté ce discours au Journal de Burton, n, 351-371. Je dois remarquer: 1° que le protecteur s'adressait maintenant aux membres, avec le protocole ambigu de • milords et messieurs des deux chambres du parlement ; • 2° qu'il ne donnait pas de preuves du danger qui, selon lui , menaçait le protestanlisme : si deux Etals protestants du nord , la Suède et le Danemark, étaient en guerre l'un contre l'autre , au sud , deux Élats catholiques , la France et l'Espagne , étaient dans le même cas; 3° que les vaisseaux achetés des Hollandais étaient 6 flûtes que les corsaires anglais détruisirent eusuite ; 4* que, depuis ce moment, il assura constamment, avec serment , qu'il n'avait pas désiré ses fonctions actuelles : mais comment justifiait-il de pareils serments vis-à-vis de sa conscience? Était-ce sous le prétexte trompeur que ce qu'il avait réellement désiré était les fonctions de roi, et non celles de protecteur?

(2) Journaux , 9, 25 .anvier , 13 février. Bur:«u» Diary, n, 391 401. Tbudoe , i , 766; vi , 757.

paye depuis cinq mois; celle d'Irlande depuis sept. Le roi exilé menaçait d'une descente partie des côtes de Flandre, et les royalistes de l'intérieur se préparaient à joindre son étendard ; les chefs de l'opposition dans le parlement avaient résolu, d'accord avec plusieurs officiers, de rétablir la république « sans gouvernement d'un seul, ni chambre des lords, » et une pétition préparatoire, pour recueillir des signatures, circulait dans la cité. Cromwcll consulta ses conseillers les plus intimes : quelques-uns l'engagèrent à dissoudre le parlement; d'autres objectèrent le manque d'argent et le danger d irrilir le peuple. Peut-être avait-il déjà pris son parti, quoiqu'il le tint secret au fond de son cœur; peut-être fut-ce le résultat d'une inspiration soudaine (I); mais un malin il monta tout à coup dans une voilure à deux chevaux arrêtée à la porte de Whitehall, et, se faisant suivre par dix de ses gardes, il ordonna au cocher de le mener au parlement. La il fit part de son projet à Flcetwood ; et quand cet officier voulut lui faire des représentations, il déclara par le Dieu vivant qu'il dissoudrait le parlement. Envoyant chercher les communes, il s'adressa à elles d'un ton amer et chagrin, o C'étaient eux, dit-il, qui l'avaicut placé dans le haut rang où il était : il ne l'avait pas cherché; il n'y avait point sur le sol anglais homme ni femme qui pût l'en accuser. Dieu savait qu'il eût mieux aimé vivre près d un bois cl garder un troupeau de moutons, que de se charger du gouvernement. Mais s'en étant chargé sur leur demande, il avait le droit de compter sur leur aide et sur leur appui. Cependant quelques-uns d'entre eux, en violation de leurs serments , Dieu lui en était témoin , teutaient d'établir une république dans l'armée ; d'autres avaient reçu des commissions pour enrôler des hommes pour Charles Stuart; les uns et les autres avaient dans ce moment des émissaires qui cherchaient a exciter des troubles ou plutôt une révolte dans la cité. Mais il s'était engagé devant Dieu à prévenir de pareils malheurs; et c'est pourquoi, disait-il eu finissant, je peme

(1) «Quelque chose est arrivé ce malin qui a nvs le protecteur dan» un état de colère et de fureur voïmu delà folie, comme ceux oui étaient A Wuiicuall peuvent en rrndrc témoignage. « Second Récit . n. 8

qu'il est grandement temps de mettre fin à voire session : je dissous ce parlement, et que Dieu soit juge cuire vous et moi. > — «Amen, amen , » répondirent plusieurs voix des rangs de l'opposition (I).

C'était le quatrième parlement que Cromwell avait dissous. Us républicains faisaient éclater leur ressentiment en murmures, en plaintes, et en menaces ; mais le protecteur , assuré de la fidélité de l'armée, méprisait les faibles efforts de leur vengeance, et encourageait par son énergie la timidité de ses conseillers. De fortes patrouilles d'infanterie et de cavalerie parcouraient les rues, dispersant tous les attroupements du peuple en plein air, dans les maisons particulières, et même, dans les conventicules ou les églises, ceux qui se faisaient pour raison de dévotion ou sous ce prétexte. Le colonel-major et plusieurs capitaines de son propre régiment avaient été cassés (2); plusieurs niveleurs et royalistes, emprisonnés ou relâchés sous caution ; et le lord maire, les aldermen, et le conseil de ville, reçurent de Cromwcll lui-même un avis du danger dont le menaçait l'invasion projetée par Charles Stuart , et furent chargés par lui de surveiller les démarches des mécontents et d'assurer la tranquillité de la ville. En même temps ses agents étaient occupés à obtenir des adresses loyales et affectueuses de l'armée, des comtés, et des principales villes ; et ces adœses, publiées dans les journaux , servaient à en imposer à ses ennemis et à prouver la stabilité de son pouvoir (3).

(1658) La crainte de l'invasion dont Cromwell parlait si souvent n'était pas tout à fait sans

(1) Journ-, 4 férr. Thurloe , ti, 778, 779, 781 , 788. Pari. Hi»t. , m , 152î. Dans le serment que Cromwell leur reprochait d'avoir violé, ils avaient Juré «d'être loyaux et âdèles en ver* le lord protecteur, comme premier magistrat, et de ne former aucun complot, ni aucune tentative contre (a personne ou son autorité légitime. •

(2) . Moi qui l'avais servi quatorze ans, dit Hacker, et qui avais commandé un régiment sept ans, sans jugement ni accusation , j'ai été rejeté par le souffle de ses narines , et j'ai perdu noii-teulcmcul ma place , mats un ami bien cher par-dessus le marché. Cinq capitaines *ous me* ordres ont été chassés avec moi , parce qu'ils ne pouvaient pas dire ce que c elait qu'une chambre des tords. • Journal de Burtoti , m , 1G6.

(3) Tburloc. vi, 778-788 ; vu, 1, 21, 32, 49,71. Pari. Uin.in, 1528.

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