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CHAPITRE XVIII

fondement. Au retour de l'hiver, les royalistes avait rappelé a Charles la promesse qu'il leur avait faite au printemps précédent; le roi d'Espagne donna un secours de 160,000 couronnes; on choisit le port d'Oslendepour lieu d'embarcation, et on acheta en Hollande des armes, des munilionsetdestransporis. Le prince, lui-même, surmontant pour quelques moments ses habitudes d'iodolcnce et de dissipation , montra de l'ardeur pour reconquérir son bien (1). Mais les plus prudents de ses conseillers le supplièrent de ne pas risquer sa vie sur des assnrences vagues de secours; et le marquis d'Ormond , avec une loyauté chevaleresque, offrit d'aller s'assurer sur les lieux du but réel et des ressources de ses partisans. Il prit pour prétexte de son départ une mission à la cour du duc de Ncubourg, traversa la mer accompagné d'O'Neil, débarqua sous un déguisement a Westmarch sur la cote d'Essex, et se rendit en diligence il Londres (fin de janvier 1668). Xà, changeant continuellement de costume et de logement, il parvint à échapper à la vigilance des espions du gouvernement, et il eut occasion de conférer avec des hommes de différents partis : avec les royalistes, qui voulaient le rétablissement de l'ancienne monarchie; avec les nivelcurs,qui consentaient à ce que les droits du roi et des sujets fussent réglés dans un gouvernement libre; avec les presbytériens modérés, qui , conduits par les comtes de Manchester et Dcnbigh, Rossistcr, et sir William Waller, offraient de s'en rapporter aux promesses royales ; avec les plus rigides parmi les mêmes sectaires, qui , ayant à leur tète les lords Say et Roberls, demandaient la confirmation des articles auxquels le dernier roi avait consenti dans l'île de Wight. Mais il ne put obtenir d'aucun d'eux des assurances de secours dont on pût se contenter. 11$ étaient hors d'état de tenir ce qu'ils avaient promis par leurs agents. Ils n'avaient pas les ressources, ou le courage, ou les talents nécessaires pour le tenter. Le

(I ) Ormond dit à Hyde : « Je crains que ton goût im. modéié pour les sociétés frivoles, efféminée* et vulgaires, oe soit devenu une portion irrésistible de sa nature , et qu'il ne l'empêche toujours d'animer ses propres desseins et les actions des autres de cette ardeur qui est nécessaire à son rang et plus encore à sa fortune. • 7, 27janv. 1658. C!ar., m ,387

plus grand nombre refusait de se déclarer jusqu'à ce que Charles fût débarqué avec des forces respectables; et les plus hardis voulaient être assurés qu'il serait prêt à mettre a la voile aussitôt qu'il apprendrait leur soulèvement, parce qu'il n'était pas probable qu'ils pussent tenir tête au protecteur, sans assistance étrangère, plus que le court espace d'une quinzaine (I).

Dans ses conférences, Ormond fut souvent en rapport avec sir Richard Willis, membre du conseil d'élite, et placé très-haut dans la confiance de Charles (2). Willis désapprouva entièrement l'entreprise. Les ennemis du roi, disaitil, allaient incessamment tirer l'épée les uns contre les autres; maïs, si l'étendard royal était déployé, ils suspendraient leurs querelles actuelles, et réuniraient leurs efforts contre l'ennemi commun. Cependant l'auteur de ce prudent avis était , si nous en croyons Clarendon,un traître, quoiqu'un traître d'une singulière espèce. On dit qu'il était convenu avec Cromwell, moyennant une pension annuelle, de lui révéler les projets du roi et des royalistes ; mats à condition qu'il n'aurait aucun rapport personnel avec le protecteur, qu'il ne serait jamais obligé de dénoncer ceux dont il voudrait tenir les noms secrets, et qu'il ne serait pas appelé a rendre témoignage ni à donner des renseignements pour convaincre aucun prisonnier (3). On croit que, pendant plusieurs années, il fut fidèle à son engagement .quand il pensa qu'Ormond était resté assez longtemps à Londres, il instruisit Cromwell de la présence

(1) Lettres de Carte . u, 1 18, 121, 130. Clar., ni, 383, 3t)2, 3U5. Thurloe , 1,718.

(2) t,e conseil se composait de Willis, du colonel Russel , de sir Williams Compton, d'Édnuard Villiers, et de M. Broderick , suivant plusieurs lettres dans Clarendon; suivant le duc d'York, des quatre premiers, de lord Bcllasis, et de lord Lougbborough. Jacques, i,

(3) Voilà ce que dit Clarendon. Dans Thurloe, i, 7 '.7, il y a un Mémoire signé Jobu Fostcr, qu'on suppose être l'offre originale faite par Willis. Il y demande que personne autre que le protecteur ne sache & quoi il est employé, à n'être jamais appelé en témoigna^, a ce

| qu'on lui accorde le pardon d'un ami , et à recevoir 50 livres avec la réponse, 500 livres a sa première entrevue

j avec Thurloe, et 500 livres quand il leur livrera qu« i qu'un des conspirateurs contre la personne de Crora-

I wcll.

du marquis dans la capitale; mais en même temps il fit avertir le marquis que des ordres avaient été donnés pour l'arrêter (15 février). Cet avis eut l'effet qu'il voulait : Ormond s'enfuit à Shoreham , dans le Sussex, se rendit par m r à Dieppe, et, traversant la France sous un déguisement pour échapper aux regards de Locknart et de Mazarin, suivit le Rhin pour joindre son maître en Flandre (I).

Le rapport d'Ormond était peu fait pour encourager Charles : ses dernières espérances furent bientôt détruites par la vigilance de Crorawell. Aussitôt que le dégel eut ouvert les ports de Hollande, une escadre de frégates anglaises balaya le rivage (15 mars), prit trois flûtes destinées pour l'expédition, en poussa deux à la côte, et bloqua le port d'Ostendc (2) (14 avril). Le projet fut encore différé jusqu'à l'hiver , et le roi se résolut à solliciter en personne un secours d'argent à la cour du monarque espagnol ; mais il fut dissuadé de ce voyage par le cardinal de Retz, qui lui fit sentir le grand avantage de sa résidence en Flandre, où il pouvait saisir la première occasion favorable que la fortune lui présenterait. En même temps le cardinal , par son agent à Rome, sollicita du pape un secours pécuniaire pour le roi , à condition que, dans le cas où il remonterait sur le trône de ses pères, il soulagerait les catholiques de ses trois royaumes de l'intolérable oppression des lois pénales (3).

Les événements de cet hiver, le complot de Syndercomb, le triomphe de ses adversaires d.ms le parlement, et les préparatifs des royalistes pour recevoir le roi exilé, avaient ajouté à l'indisposition habituelle de Cromwell, et avaient aigri et irrité son caractère. Il vit bien que ce serait un dangereux essai que de mettre

(1) Clar., Hist.,iu,614-G18, 667. l-erécitde Clarendon est li souvent inexact , qu'il n'est pas sûr de croire aucune accusation sur sa seule autorité ; mais dans la circonstance actuelle, H rapporte la découverte de la trahison de Willisavec des détails si minutieux qu'il faudrait une forte dose d'incrédulité pour douter que le fond n'en soit vrai : son récit est confirmé par Jacques Il tMém. , i , 370), et par d'autres documents qu'on fera reconnaître par la suite.

(2) Lettres de Carte , u , 126, 135. Clarend., Pap. , m,

(3) Lettre» de Carte, u, 136-142 , 145. Clarend., Pap., m, (M.

en jugement les hommes qui avaient servi la même cause que lui ; mais il n'y avait rien qui pût l'empêcher de faire sentir sa vengeance aux royalistes, et de les convaincre du danger qu'il y avait à abuser plus longtemps de sa patience par leurs projets anuucls d'insurrection. Dans chaque comté, tous ceux qui avaient été dénoncés, tous ceux qui n'étaient même que suspects, furent mis en état d'arrestation. On établit, conformément à l'acte de 1656, une nouvelle haute cour de justice, et sir Henry Slingsby, le docteur Hewet, et M. Mordaunt, furent choisis pour être les trois premières victimes. Slingsby, gentilhomme catholique, prisonnier à Huit, avait tenté de corrompre la fidélité des officiers de la garnison, qui, par ordre du gouvernement, amusèrent la crédulité du vieillard (2 avril), au point qu'il eut l'imprudence de leur délivrer une commission de Charles Stuart (1). Le docteur Hewet était un théologien épiscopal, à qui on ayait permis de prêcher à Saint-Grégoire, et qui avait longtemps été l'un des agents royalistes les plus actifs et les plus utiles qu'il y eût dans le voisinage de la capitale. Mordaunt , frère cadet du comte de Peterborou jyh , avait aussi fait preuve de son zèle pour la causedu roi, en entretenant une correspondance habituelle avec le marquis d Ormond , et en distribuant des commissions royales à ceux qui offraient de faire des levées d'hommes en faveur de Charles. On ne pouvait douter de la vérité des accusations portées contre eux : connaissant le danger où ils étaient, ils protestèrent vivement contre la légalité du tribunal, demaudèrent un jugement par jury, et en apièrent à la grande charte et à plusieurs actes du parlement (1er juin). Slingsby finit par plaider, et fut condamné; Hewet se tut, sous prétexte que c'était trahir les libertés des Anglais que de plaider, et son silence, suivant un acte récent, fut regardé comme un aveu de son crime. Mordaunt fut plus heureux. Slapeley, qui, pour sauver sa vie, avait fait serment contre lui, témoignait avec répugnance; et Mallory, qui devait appuyer le témoignage de Stapeley, avait été gagné pour se cacher quatre jours auparavant. La majorité des juges profita

(1) Tbuiloe, vi, 777, 780, 786, 870; m, 40, 47,

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