‹ Histoire d' AngleterreChapitre 264 sur 307 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

raulorilé suprême pour lui et pour sa famille, furent représentées eorame des efforts fiour assurer a ses anciens frères d'armes les bienfaits de la liberté civile et religieuse, les deux objets importants qui leur avaient autrefois fait prendre les armes. Ainsi toute sa conduite n'était qu'artifice et déception. Il préparait ses plans longtemps d'avance; il étudiait les vues et les dispositions de ceux de l'influence desquels il avait quelque chose à espérer ou à craindre; et il employait tous les moyens pour se les concilier et les rendre même , à leur insu, les instruments aveugles de sa politique. A celle fin, il faisait des questions, ou laissait tomber des insinuations qu'ils pussent entendre; tantôt il les tenait à distance par un air de réserve ou de dignité, tantôt il les mettait hors de garde par sa condescendance, et peut-être par des bouffonneries (1). Quelquefois il s'adressait à leur vanité ou à leur avarice; quelquefois il leur exposait avec larmes (car il en répandait quand il le voulait) les calamités de la nation; et ensuite, quand il les voyait dispqff s à ses fins , au lieu de se rendre au conseil qu'il avait lui-même suggéré , il feignait de la répugnance, faisait des objections, et avançait des scrupules de conscience. 11 cédait enfin; mais ce n'était qu'après s'être acquis par sa résistance le mérite de la modération, et le droit d'imputer son consentement à leur impor tunité plutôt qu'à sa propre ambition ('2).

Exposé comme il Tétait sans cesse aux machinations des royalistes et des niveleurs, qui désiraient également le précipiter des hauteurs où il s'était élevé, le grand objet de Gromwell fut de s'assurer de rattachement de l'armée. II lui devait l'acquisition de sa puissance, et par son moyen seul il pouvait en assurer la permanence. Et heureusement pour son dessein, cette armée, composée comme jamais armée ne l'avait été jusqu'alors et ne le fut depuis, rêverait dans le lord protecteur ce qu'elle csiimail le plus chez les siens, le langage et les pratiques de l'enthousiasme religieux. Les officiers supérieurs , les sulwrtlcrnes , les soldats,

(1) Voyez-en de* exemple* dans l'Elench. de Baie», 344. Cowlcy,85. Ludlow, i, 207. Wbitelock ,056. Procès d'Étal, v, 1131, 1199.

(2) Voyez Ludlw, i, 272,311,313,314,317.

tous se donnaient pour des professeurs de religion. Parmi eux, toute faute publique contre la morale était punie avec sévérité; les exercices du culte religieux étaient aussi fréquents que ceux de leur profession militaire (1) ; dans le conseil , les officiers commençaient toujours par des prières improvisées ; et l'on regardait comme une partie indispensable des préparatifs pour les combats , d'implorer avec une solennité convenable la protection du Dieu des armées. Ils considéraient leur cause comme celle de Dieu : s'ils combattaient , c'était pour sa gloire; s ils étaient vainqueurs, c'était par la puissance de son bras. Parmi ces enthousiastes, Cromwell, comme il occupait le premier rang, était aussi prééminent en doos spirituels (2). La ferveur avec laquelle il priait , l'onction avec laquelle il prêchait, excitaient | leur admiration et leur faisaient répandre des | larmes, lis le regardaient comme le favori de Dieu, sous la direction spéciale du Saint-Esprit, et honoré de communications avec le ciel; et lui , de son côté, avait soin d'entretenir et de fortifier ces impressions par la piété de son langage, par le sévère décorum de sa cour, et par son zèle pour la propagation des sentiments religieux.

Il n'était pas difficile de persuader à des esprits ainsi disposés que le triomphe final de «leur cause* dépendait de l'autorité du général sous lequel ils avaient été victorieux, tandis que la jouissance complète de «cette liberté religieuse* dont ils faisaient si grand cas les rendait moins jaloux de l'autorité arbitraire qu'il exerçait quelquefois. Dans ses discours publics, il leur rappelait sans cesse que, quoique la religion n'eut pas été la première cause de

(1) U diacipHne de ramée était telle qu'il n'eut «p** été permis a un homme qu'on eût pu croire coupable de pareilles faute* d'y rester» ( Discours de Cromwell au parlement en 1654 )• Cela étonnait le* étrangers. • Certa « linRti lis diebus tura fundendis Deo precibus, tum an-, «diendis Dci praeconii* erant assignat* tempora» (Parallelum Olivas apud Barris , m , 12 ). « È certo ad ogiil

• modo, che le truppe virono con lanla esatiezza , corne

• se fossero fralerie de' reliQtosi. • Sagredo , M*. (2; • Reliftioso ad estreino nell'esteriore, predica con

■ eloquenza ai soldat i, li persuade a vivere secondo la « lenge d' Iddio , e per rendere pic efficace la ï*r*a»*ioue. «si serre ben spesso délie lafiriinc , pi.nm « cati alirui ebe li proprii. » lbid Ludlo

la dernière guerre civile, cependant «Dieu avait bientôt amené les choses au point» qu'au milieu du tnrvulic des combats, et des difficultés et des dangers de la guerre, la récompense à laquelle ils aspiraient était la liberté de conscience; qu'ils jouissaient de cette liberté dans tome son étendue sous son gouvernement, quoiqu'ils n'eussent jamais pu l'obtenir avant d';i voir placé l'autorité suprême entre ses mains (I). Le mérite qu'il s'arrogeait ainsi était reconnu lui appartenir parle grand nomlire des saints : c'était le charme au moyen duquel il les rendait aveugles sur son ambition et obéissants à sa volonté, la machine dont il se servit pour élever el ensuite affermir l'édifice de sa grandeur.

Quant à la liberté civile, le protecteur n'eu pouvait pas parler aussi hardiment. Il reconnaissait, il est vrai, son importance : elle n'était inPérieurcqu'à celle delà liberté religieuse ; niais enfin, puisqu'elle était moins importante, s'il s'agissait de choisir entre elles , elle devait nMer à la première. Il soutenait que, sous h»ii gouvernement, on n'avait rien omis pour assurer les droits des individus, autant que cela était compatible avec la sûreté de toute Ki nation. Il avait réformé la chancellerie ; il «était efforcé d'abolir les abus dans les lois; i! avait mis en place des juges savants et intègres , et il avait veillé a ce que, dans tous les cas ordinaires, la justice fut administrée d'une manière impartiale entre les parties. En effet, cela était vrai : mais il était vrai aussi que par ses ordres on avait arrêté et mis en prison des personnes sans cause légitime ; qu'on avait assemblé des jurys subornés; que des prisonniers, qui avaient été déclarés non coupables dans leur procès , avaient été envoyés en prison dans des licui hors de la juridiction des cours de justice; que l'on avait levé des impôts «ans l'autorité du parlement; que i on avait établi un tribunal très-inconstitutionnel , la haute cour de justice, et que les majors généraux avaient été investis de pouvoirs excessivement oppressifs et arbitraires (•?). Ces actes de des-

(1) Voyci particulièrement son discours au second parlement , imprimé par Henry IlilU, 1654.

(2; • Le jufje Holles , dit Clwlloner, fut privé de sa place d'une manière aslucieuse. Trois diflne* légi*te> furent en-

potisme qu'on lui imputait l'obligèrent a se disculper, et il allégua pour excuse, comme le feront toujours tous les despotes, de* raisons d'État, la nécessité de sauver une partie pour conserver le tout , et la conviction qu'il avait qu'un « peuple béni de Dieu, régénéré par plusieurs jugements, formant le troupeau et les agneaux du Christ, préférerait sa sûreté à ses passions, et sa sécurité réelle à quelques formes. > Et il n'adressait pas inutilement ces raisonnements à des hommes qui avaient abandonné leur jugement à sa direction , et qui n'étaient que peu sensibles aux injustices qu'éprouvaient les autres, tant que l'on représenterait ces injustices comme nécessaires à leur propre bien-être.

Quelques écrivains ont prétendu que Cromwell dissimulait en matière de religion aitist qu'en politique, et que, lorsqu'il voulait bien jouer le rô'e d'un saint , il affectait , pour des motifs intéressés, un caractère que d'ailleurs il méprisait. Mais la conduite uniforme de sa vie contredit cette supposition. Longtemps avant de s'occuper des disputes entre le roi» et le parlement, l'enthousiasme religieux avait fait une profonde impression sur son esprit (1) : il se manifesta continuellement pendant sa longue carrière, dans le sénat et dans les camps; et il se montra d'une manière frappaqte dans ses discours et dans ses prières, la dernière soirée de sa vie. On doit cependant faire observer qu'il fil accorder sa religion avec son ambition : s'il était persuadé que la cause qu'il avait embrassée était la cause de Dieu , il croyait aussi que Dieu l'avait choisi pour être l'heureux champion de celle cause. Ainsi l'honneur de Dieu était identifié avec son propre avancement; et les artifices que sa politique lui suggérait étaient sanctifiés à ses yeux par le but final auquel il visait: répandre des sentiments de religion et établir le règne du Christ parmi les hommes (2).

voyésà la Tour. Il leur en conta 50 livres sterl. i chacun pour avoir plaidé la cau.se d'un client. Un nommé Portinan fut emprisonné A°ux ou trois an* m ris cauw. Plusieurs personnes furent enlevées de leur ht et conduites , personne ne sait où. > Journal de Burlou , iv, 71. (1) Warwick. 249.

(2; l/ambasudeur vénitien obierre que . durant le protectorat, tendres avait l'apparence d'une ville d( QarnisAi> . où l'on ne voyait que tes pas mesurés des toi-

CHAPITRK XIX.

5Ji

Page 1