‹ Histoire d' AngleterreChapitre 266 sur 307 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

sies :on répandit le bruit qu'un aulre commandant (c'est d'Henry Cromwell que Ton voulait parler) serait placé au-dessus de Flectwood ; Thurloe, Picrrepoint, et Saint-John, furent dénoncés comme des conseillers perfides; et il devint évident à tous les observateurs attentifs que les deux partis en viendraient nécessairement bientôt à se heurter. Le protecteur pouvait compter sur les armées d'Irlande et d'Écosse. En Irlande, son frère Henry gouvernait sans opposition; en Êcosse, Monk, par sa manière judicieuse de distribuer les troupes et sa vigilance à maintenir la discipline, avait ôlé aux : mécontents les moyens de tenir des assemblées, et de correspondre entre eux. En Angleterre, il était sûr des services de huit Colonels, et par conséquent, comme on le supposait à tort, de leurs régiments respectifs, formant la moitié de l'armée régulière; mais ses adversaires disposaient de l'autre moitié, étaient en majorité dans le conseil, et voyaient tous les jours leur nombre se grossir d'hommes qui penchaient secrètement vers les principes républicains, ou cherchaient à se recommander au parti qu'ils croyaient devoir remporter l'avantage dans la lutte qui allait s'engager (1).

Les funérailles du feu protecteur vinrent détourner l'attention du public de ces intrigues. 11 fut résolu qu'elles surpasseraient en magnificence celles de tous les souverains précédents; et, dans cette intention, elles furent célébrées avec le cérémonial que l'on avait observé aux obsèques de Philippe II d'Espagne. Somcrsethouse fut choisi pour la première partie de l'exposition. Les spectateurs (26 sept.), après avoir traversé trois salles tendues de drap noir, étaient admis dans la chambre funèbre: on y voyait, entourée de cierges allumés, l'effigie de Cromwell revêtue des habillements royaux, et couchée sur un lit de parade, qui couvrait

(1) Pour ces détail», voyez les lettres dans Tburloe , tii.386.40G, 413.5,434,6,7,3,447,450, 2.3,4, 462,490, 1 , 2, 3 . 5 , 6 , 7, 8 , 500, 510, 51 1. Telle était la méfiance entre le* parus, que Richard cl son frère Henry n'osaient pas correspondre par lettre*. . Jf ne dou e pas que toutes les lettres destinées pour votre altesse ou venant d'elle, que l'on pourra soupçonner de traiter d affaires seront ouvertes. • 454. Pour les principes que professaient alors les nivclrurs , voyez la noie HD à la ri» du volume.

ou était censé couvrir le cercueil. De chaque côté étaient placées différentes parties de ses armes; dans une de ses mains était le sceptre, dans l'autre le globe, et derrière la tète une couronne impériale reposait sur un coussin placé sur un trône. Cependant, malgré toutes 1rs précautions que l'on put prendre, on fut obligé d'enterrer le corps avant le jour fixé; et le cercueil fut secrètement déposé de nuit dans un caveau à l'extrémité occidentale de la nef du centre dans l'abbaye de Westminster, sous le magnifique cénotaphe qu'on y avait récemment érigé, (/effigie fut ensuite transférée dans une salle plus spacieuse : au lieu d'être couchée comme auparavant, on la plaça debout, et elle parut devant les spectateurs non-seulement avec les emblèmes de la royauté dans les mains, mais avec la couronne sur la tête. Ce spectacle fut exposé aux yeux du public pendant huit semaines. Comme le jour fixé pour les obsèques approchait, il se répandit le bruit qu'il y aurait un soulèvement pendant la cérémonie ; mais on eut soin de border les rues de gardes tirés des régiments les plus sûrs (23 nov.); et la procession, composée des principaux de la cité et de l'armée, des officiers d'Etat, des ambassadeurs étrangers, et des membres de la famille du protecteur, défila sans interruption; l'effigie, portée sur un char, au lieu du corps, fut placée avec la solenn té convenable sur le catafalque dont nous avons déjà parlé. C'est ainsi que la fortune se joua des projets ambitieux de Cromwell. Après sa mort, elle prodigua à ses restes les honneurs de la royauté qu'elle lui avait refusés pendant sa vie; et ensuite, dans le court espace de quelques mois, elle reprit ses dons, et lui donna, au lieu d'une couronne, une corde; au lieu du monument royal à l'abbaye, une fosse ignominieuse à Tyburn(l).

Avant de passer aux événements d'une plus grande importance dans l'intérieur du pays, nous allons présenter au lecteur un aperçu rapide des relations qui existaient entre l'Angleterre et les puissances étrangères. La guerre

(I) Thurloe , vit , 528, 0. Carrimjton, antid Noble, i, 360-569. Il fut dépensé en drap noir, seulement daus cette occasion , la somme de 6,929 liv. su 6 sb. 5 d., environ 103,000 fr. Ribliotb. de Siowe. u , 445. Je ne rais pas mention des routes ridicules sur l'enlèvement du corps du prolcc eur.

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HISTOIRE D A.NGLETl IU1K.

qui avait duré si longtemps cnlrc les couronnes rivales de France et d'Espagne tirait vrrs sa fin : Louis ne regardait plus les secours de l'Angleterre comme un objet important; et il laissa expirer, à l'époque stipulée, le traité d'alliance entre les deux puissances, qu'on avait jusqu'alors renouvelé d'année en année. Mais dans le nord de l'Europe, des objets importants appelaient l'attention du protecteur (août): le roi de Suède, après une courte paix, venait encore une fois de tirer l'épée contre son ennemi le roi de Danemark; el les mlérèts du commerce des États maritimes étaient gravement compromis p.«rce différend. L'Angleterre et la Hollande se préparèrent à secourir leurs alliés respectifs : une escadre hollandaise se joignit aux Danois, pendant qu'une division anglaise faisait voile sous les ordres d'Ayscue, pour aider le monarque suédois. ta rigueur de l'hiver força Ayscueà revenir; mais aussitôt que la navigation fut libre, detix Mottes considérables furent envoyées dans la mer Baltique, Tune par le protecteur, l'autre par les Etals; et Monlaguc, l'amiral ang'ais, reçut la commission difficile el délicate, non-seulement d'observer les mouvements des Hollandais, mais cBCorc de les contraindre à ne pas attaquer les Suédois, sans cependant leur fournir de prétexte de commencer les hostilités contre lui même. Il réussit à exécuter celte partie des ordres qu'il avait reçus: mais aucune offre de médiation ne put engager les monarques belligérants à se réconcilier; et nous retrouverons Monlaguc encore occupé à croiser dans la Baltique, à l'époque où Richard, dont il tenait son commandement, sera forcé d'abdiquer la dignité de protecteur (I).

Peu de jours après les obsèques de son père, le public vit avec surprise le protecteur convoquer un nouveau parlement (30 novembre).

«Comment, >c demandait-on, Richard pouvaitil espérer de gouverner une pareille assemblée, entreprise que n'avaient pu faire réussir le génie et l'autorité de son père? » Le gouvernement reconnaissait la difficulté de la' tache; mais les arrérages dus à l'armée, l'épuisement

(J) Journal deBurloti, m. 57G. Thitrloo , vu, pa;sim. I.clirt'» ik Carte, n, 157-182. Loodorp , vin , (j.\>, 7W. Dun.oiU, ti, 211, 202, 2CO.

' du trésor, et la nécessité decherener de l'appui contre les projets des officiers, le forcèrent à en hasarder l'essai , et il se flalla de l'espoir de réussir, en évitant lecueil sur lequel , d'après l'avis de ses conseillers, la politique de sou père avait fait naufrage. Olivier avait adopté le plan de représentation préparé par le long parlement, avant sa dissolution. Ce plan, eu privant les bourgs les moins considérables de leurs franchises électives, et en augmentant I le nombre des députés des comtés, avait rendu I les élections plus indépendantes du gouvernement : Richard, sous prétexle d'accorder une faveur à la nation , revint à l'ancien système; et, si nous devons ajouter foi aux calculs de ses adversaires, les bourgs ne nommèrent pas moins de cent soixante députés sous l'influence de la cour et de ses partisans. Mais on n'eût pu sans danger suivre le même système dans les pays conquis , l'Irlande et l'Éeessc : il I fut donc décidé que chacun de ces deux pays ' nommerait trente représentants; et, comme les élections se firent sous les yeux des commandants des armées, les députés, à l'exception d'un seul, se montrèrent les serviteurs dociles du gouvernement (1).

( 1 659} Ou remarqua cependant comme un présage d'assez mauvais augure que, lorsque le prolecteur, à l'ouverture du parlement, fît ordonner aux communes de se rendre à la chambre des pairs, la moitié des membres refusa d'obéir (27 janv.). Ils ne voulaient pas sanctionner par leur présence l'ciistence d'une autorité dont ils avaient l'intention de disputer la légalité, ni admettre la supériorité du rang des nouveaux pairs, qui étaient les représentants du protecteur, sur celui des communes , représentants de la nation. Aussitôt que la chambre basse fut constituée, elle se partagea en trois partis distincts : 1° les partisans du protecteur, formant à peu près la moitié du nombre des membres. Il leur avait été recommandé d'adhérer inviolablemcnt aux clauses de l'humble a pétition el avis,» et de considérer comme base inaltérable de la constitution le gouvernement d'un seul , avec l'aide de deux chambres. 2° Les

(t) Tlmrlor. vu , 511 , 500. Liidlow, n , 170. Gmfto- «ion de rAnu'ctcirc , p. 4 Londres, 1055). Bellicl , Court réiil , jIU.

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