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CHAPITRE XLX

républicains, qui Décomptaient pas cinquante membres, compensaient la faiblesse de leur nombre par leur énergie et leur éloquence. Vane, Hazlerig, Lambert, Ludlow, Ncvil, Bradshaw, et Scot, discutaient avec facilité, connaissaient les formes parlementaires, et ne cessaient d'épier les occasions de profiter des fautes que l'ignorance ou l'inexpérience de leurs adversaires leur faisait commettre. Avec eux volait Fairfax , qui , après avoir vécu longtemps dans la retraite, reparaissait sur la scène. Toujours assis à côté d'Hazlerig, il était l'écho de ses opinions; et il joua son rôle avec tant d'art, sut si bien se concilier leur confiance, que, quoiqu'il fût royaliste au fond du cœur, il était destiné par ce parti à la place de lord général, dans le cas de l'expulsion ou de l'abdication de Richard. 3° Les a modérés ou neutres» tenaient, par leur nombre, le milieu entre les partisans du protecteur et les républicains. Il y en avait parmi eux plusieurs qui balançaient entre les deux partis, mais le plus grand nombre étaient secrètement des « cavaliers » qui , par obéissance aux ordres de Charles, avaient obtenu des places dans la chambre , ou des jeunes gens qui , n'ayant pas de principes fixes de politique, se laissaient conduire par les suggestions des o cavaliers. » Hyde, dans des instructions qu'il avait fait passer à ces derniers , leur avait recommandé d'entraver les plans du protecteur, en dénonçant à la chambre les atteintes portées aux lois sous la dernière administration, en mettant en accusation Tburloe et les principaux ministres d'État, en excitant des dissensions entre les gens de la cour et les républicains , et en jetant le poids de leur influence dans la balance , tantôt en faveur d'un parti, tantôt en faveur de l'autre, selon qu'il paraîtrait le plus avantageux aux intérêts du royal exilé (l).

Les pairs, connaissant combien leur position était précaire, prirent soin de ne pas provoquer l'hostilité des communes. lis n'envoyèrent pas de messages, ne passèrent point de bills;

(I) Thurloe, I, 7G6; vu, 562 , 001, 5, 9. Olô, 0. Pap. de Clarend. , m , 423 , 4 , 5. 8 , 432 . 4 , 6. Il y avait qinranlc-*ept républicain», de cent à cent quarante faux républicains et neulrts, *oixantc et douze légistes, et pluj de cent fonctionnaire» publics. Ibld., 410.

mais, s'occupant de questions de religion au lieu d'affaires d'État, ils trouvèrent moyen de passer le temps a discuter sur h s mérites d'un catéchisme national, sur le péché qu'il y avait à permettre des représentations théâtrales, et I sur les corruptions papales que l'on supposait se trouver dans le rituel (J). Dans la chambre basse, le premier sujet qui mit en évidence la forée des différents partis fut un bill qui, sous prétexte de reconnaître Richard Cromwell pour légitime successeur de son père, aurait engagé le parlement à acquiescer à la forme existante de gouvernement, L.es hommes à principes républicains prirent aussitôt l'alarme. Ils n'avaient pas d'aversion pour Richard personnellement; ils respectaient les vertus de sa vie privée, et désiraient la prospérité de sa famille: «mais, demandaient-il*, où était la preuve que l'on eût observé les clauses de «l'humble pétition et avis?» où était l'acte de sa nomination par son père? où étaient les témoins qui l'avaient vu signer? D'ailleurs, qu'était l'acte même appelé humble pétition et avis? Un acte sans force dans une affaire d'une aussi haute importance, et passé à une très-faible majorité dans une chambre d'où Ton avait illégalement expulsé cent membres dûment élus. Enfin, de quel droit la chambre des communes avait-elle reconnu, soit dans une autre chambre, soit à un homme seul, le pouvoir d'annuler ses actes? Un semblable pouvoir détruisait la souveraineté du peuple, exercée par ses représentants. Le peuple les avait envoyés au parlement avec le pouvoir de faire des lois pour le bien-être public; mais il ne leur avait pas donné celui d'anéantir le -premier et plus précieux droit de leurs constituants.» Chaque jour la discussion s'échauffait de plus en plus, et devenait plus personnelle : on avançait des accusations , et les accusés récriminaient ; les républicains énuméraient les abus et les actes d'oppression commis sous le gouvernement du feu protecteur : les partisans de la cour répondaient par des exemples pareils de la conduite de leurs adversaires sous le long parlement; les orateurs, dans le grand nombre de questions incidentes, perdaient de vue l'objet principal ; et le président, après huit jours de discussion, déclara

(I) Tburloe ,559, 609,615.

qu'il était égaré dans un labyrinthe de confusion, auquel il ne voyait pas d'issue. Fatigués par ces longs débats, les députés consentirent enfin à un accommodement (14 février) : il fut convenu que la reconnaissance de Richard, comme protecteur, ferait partie d'un bi!l futur; mats que ses prérogatives seraient limitées de manière à assurer les libertés de la nation. I>es deux partis en déclarèrent leur satisfaction. Le champ restait ouvert aux républicains pour plaider la cause de leurs doctrines de prédilection; et les partisans du protecteur avaient avancé d'un pas, et comptaient qu'il les conduirait à de plus grands avantages ( 1 ).

Après avoir pris une décision sur la charge de protecteur, les députés s'occupèrent de la constitution et des pouvoirs de l'autre chambre ; cl comme cette question était intimement liéeavec la précédente, elle fut discutée avec la même chaleur et la même opiniâtreté. L'opposition en appelait à l'engagement qu'un grand nombre de membres avaient pris; soutenait que le droit de convoquer une autre chambre avait été personnel au feu protecteur, et ne devait pas passer à ses successeurs; insistait sur l'absurdité qu'il y aurait à céder une voix négative Rur leurs actes à un corps de conseillers créé par eux-mêmes, et prétendait prédire qu'un protecteur, avec un revenu annuel de 1 million 300,000 liv. sterling, et une chambre des pairs choisie par lui-même, devait nécessairement, dans peu d'années, disposer des libertés de la nation. Lorsque, après neuf jours de débats (10 mars), l'orateur allait proposer la question, sir Richard Temple, partisan secret du roi , demanda que les soixante membres de Tftcosse et de l'Irlande , qui tous étaient du parti de la cour, se retirassent. «11 était, dit-il, douteux, d'après l'illégalité de leur élection, qu'ils eussent jamais eu le droit de prendre place dans la chambre; mais il était certain que, comme représentants d'autres nations, ils ne pouvaient pas réclamer de voter sur une question de si haute importance pour le peuple d'Angleterre. » Ainsi s'éleva entre les

(1) Journaux, février, i. 11. Thurtoe, C03.9, 10,5, 7. Pap. de Qar., m , 424 , 6 , '.). Dan* le Journal de Bur- Iod , celle dikciiMiioti remplit pre» de deux ref t» «»"*•

partis un nouveau sujet de discorde (23 mars); onze jours se passèrent avant que les membre» irlandais et écossais pussent obtenir la liberté de voter (28 mars); ensuite on en mit encore cinq à décider la question sur l'autre chambre, l-es nouveaux lords n'eurent pas lieu d'être très-satisfaits du résultat: Us furent, il est vrai, reconnus comme formant provisoirement une des chambres du parlement; mais il. n'y eut rien de décidé sur leur droit à la pairie, à une voix négative, et à prendre place aux parlements à venir. Les communes consentirent à • traiter d'affaires avec eux» (phrase nouvelle d'une signification vague), durant le parlement, mais en réservant les droits de ceux des anciens pairs qui avaient été fidèles a leur cause (8 avril) ; et en outre, quelques jours plus tard, ils arrêtèrent qu'en traitant d'affaires avec l'autre chambre, on ne lui reconnaîtrait aucune supériorité, et que l'on ne recevrait aucun message de sa part, s'il n'était apporté par les membres eux-mêmes (I).

Dans ces deux circonstances ( la reconnaissance du protecteur et celle des deux chambres du parlement), les royalistes, à quelques exceptions près, avaient voté en faveur de la cour, croyant qu'une pareille forme de gouvernement était un pas de fait vers la restauration du roi. Mais sur toutes les autres questions, toutes les fois qu'ils avaient eu l'espoir d'embarrasser la marche des ministres, ou d'exciter le mécontentement du peuple, ils soutinrent avec zèle le parti républicain. Il fut prouvé que, pendant que le revenu avait doublé, les dépenses avaient augmenté dans une proportion plus grande encore; on fit des plaintes d'actes d'oppression, de prodigalité , de concussion, et de tyrannie dans la perception de l'excise ; on blâma avec sévérité la conduite inhumaine de ceux qui avaient fait vendre comme esclaves aux colons des Indes occidentales, les personnes qui déplaisaient au gouvernement (2) ; le comité des griefs dénonçait

(1) Journaux, 18 février; 28 mar«; 5, 6, 8 ami.

Tbiirloe, 615 , 26 , 30 , 40 , 47. Pap. de Clar 42V,

432. Journal de Burloo. m, 317-309 , 403-424. 510- 51)1; iv, 7-41,46-147, 163-243 , 293. 351,375.

(2) Vtp. de CUrendon, m, 429-432. Thurloe, 647. Journal de Burton , lu , 448 ; iv, 255, 263, 301 , 403, 429.

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