‹ Histoire d' AngleterreChapitre 268 sur 307 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

chaque jour des actes d'extorsion ; il fut or- j de preodre place parmi eux , et ouvertement donné de faire le procès à Boteler, accusé d'oppression dans sa charge de major général ; on menaça de mettre Thurloe en accusation pour conduite illégale dans son emploi de secrétaire d'État. Mais en même temps que ces actes réveillaient les espérances et satisfaisaient le ressentiment du peuple, ils répandirent l'alarme dans l'armée : tous ceux qui se sentaient coupables d'avoir abusé delà force des armes commencèrent à trembler pour leur propre sûreté; et une fermentation extraordinaire, présage certain de violences militaires, se fit remarquer parmi les états -majors des divers régiments.

Les officiers généraux avaient été jusqu'alors partagés entre Whitehall et Wallingford- House , demeures de Richard et de Fleetwood. A Whitehall, le lord Falconbcrg, beau-frère du protecteur; Charles Howard, qu'Olivier avait élevé au rang de vicomte (1); lngoldsby, m Whalley, Goffe, et quelques autres , formaient un conseil militaire dont le but était de conserver l'ascendant de Richard dans l'armée. A Wallingford-House, Fleetwood et ses partisans délibéraient sur les moyens d'ôter le commandement militaire au protecteur, et de le réduire à n'être qu'un magistrat civil; mais sur ces entrefaites, l'on vit paraître â Saint- James un troisième conseil plus nombreux que les deux premiers, composé de la plds grande partie des officiers inférieurs, dirigé secrètement parles intrigues de Lambert, qui, n'ayant pas lui-même d'emploi militaire, s'abstenait

Il était dit dans une de cet pétitions que €6 personnes arrêtées à l'occasion du soulèvement de Salisbury avaient été , après un an de prison , vendues a la Barbade, • 1550 litres pesant de sucre par téle, plus ou moins, selon leur capacité pour le travail. » Il y avait parmi eux des ecclésiastiques, des officiers, et des Gentilshommes, que l'on représentait comme • Forcés de soigner les mou Uns et les fournaises, et de travailler la terre sous ce climat brûlant, passaut d'un colon à un autre, saisis comme des chevaux ou des bestiaux pour les dettes de leurs maîtres , attachés à des poteaux et déchirés de coups selon le caprice de leurs tyrans, dormant dans des réduits pires que ceux des pourceaux en Angleterre. • Ibid., 250. Voyex aussi Thurloe, 1,745.

(I) Vicomte Howard de Morpeth , 20 juillet 1657, créé dans la tuile , par Charles II , baron Deere , vicomte Howard de Morpeib , et comte de Carlisle ; 30 avril 1G01

par l'influence de Deshorough, homme hnrdi et téméraire, qui commençait à mépriser la conduite faible et incertaine de Fleetwood. On y forma le plan d'un conseil général d'officiers, qui fut suivi de l'adoption de « l'humble représentation et pétition,» mémoire dont le langage était trop modéré pour que l'on pût raisonnablement s'en offenser, mais dans lequel on avait l'intention de suggérer beaucoup plus que la prudence ne permettait d'exprimer. On n'y faisait aucune allusion aux droits disputés du prolecteur, ni aux sujets de discorde entre les deux chambres ; mais l'on s'y plaignait amèrement du mépris dans lequel était tombée « la bonne vieille cause, i» des menaces que l'on avait faites et des poursuites qu'on avait dirigées contre les patriotes qui s'étaient distingués dans sa défense; des privations que souffraient les militaires en conséquence du système de retenir plusieurs mois d'arrérages de leur solde. On finissait par supplier la chambre de redresser leurs griefs, par déclarer leur attachement à la cause pour laquelle ils avaient répandu leur sang, et par protester que les signataires étaient prêts à se rallier autour du protecteur et du parlement pour la défendre (I). Celte pétition, avec 600 signatures, fut présentée à Richard, qui la reçut d'un air satisfait et ta fit passer à la chambre basse. Là , elle fut lue, déposée sur la table, et négligée d'une manière outrageante. Mais, de leur côté, les chefs du parti militaire montrèrent un égal mépris pour la chambre : ils obtinrent du protecteur la permission d'établir un conseil permanent d'officiers généraux, dans lequel, au lieu de remplir les espérances qu'ils lui avaient données pour calmer ses inquiétudes, ils votèrent successivement : «que la cause commune était en danger; que le gouvernement de l'armée devait être donné à quelqu'un qui possédât sa confiance ; et que tous les officiers seraient sommés de déclarer leur approbation de la mort de Charles 1" et des actes subséquents de l'armée.» Celte mesure était dirigée contre l'assemblée de Whitehall, dont les membres étaient accusés de pencher secrètement vers la

(t) « Humble représentation et pétition, i imprimée par H. Uills, 16\Î9. Thurloe, 650.

cause de la royauté (1). Toul cela était assez alarmant; mais, de pins, les officiers des milices de la cité signifièrent leur adhésion à la «représentation» de l'armée, et plus de tiOO simples soldats du régiment autrefois commandé par le colonel Pride publièrent leur résolution de soutenir leurs officiers pour la défense de la «vieille cause» (2) (18 avril). Les partisans du protecteur virent qu'il était temps d'agir avec éuerjjie; et, par leur influence dans la chambre basse , ils réussirent à faire passer les résolutions suivantes : qu'oucunc assemblée militaire ne pourrait se réunir sans le consentement du protecteur et du parlement; que tout officier qui refuserait de signer une promesse de ne jamais troubler les séances et de ne jamais violer les libertés du parlement, serait privé de son brevet. Ces résolutions éprouvèrent, il est vrai, une violente opposition dans «l'autre chambre ,» dans laquelle il y avait plusieurs membres qui avaient été choisis parmi les militaires; mais les partisans de la cour, pour assurer leur victoire, proposèrent dans la chambre basse une autre résolution ('21 avril), déclarant que le commandement de l'armée était inhérent aux trois corps de l'filat réunis, et serait exercé par le protecteur. Celte motion fut regardée par les officiers comme une déclaration ouverte de guerre : ils se rassemblèrent aussitôt, et Dcsborough annonça de leur part à Richard que la crise était enfin arrivée, et qu'il était nécessaire que le parlement fut dissous, soit par l'autorité civile, toit par la force des armes; qu'il fallait qu'il choisit : que s'il prenait le premier parti, l'armée veillerait à sa dignité et le soutiendrait; qu'autrement il serait abandonné à son sort, qu il se trouverait sans amis , et que sa chute n'exciterait aucune compassion (S).

Le protecteur ayant rassemblé ses conseillers confidentiels, Whitclock s'opposa a la dissolution, croyant qu'il était encore temps d'apaiser le mécontentement de l'armée par une distribution d'argent. Thurloe, Rurghill, Fien-

(1) Thurloe, C62. I.udlow, u, 171.

(2) «Humble représentation ei pétition des officlm mpérieur», eic , de» initia* de la cite. . Londre», 1650. Journal de Burton , iv. 388 , note.

(3) Thurloe, 635, 657, 658, 0G2. Journal de Burlon, 418-403, 172-480. Urd'ov, u , 170-178.

: ues, et Wolseley, soutinrent , au contraire, qu'il 1 serait impossible de réconcilier l'armée avec le parlement , et qu'au premier choc entre ces deux corps, les «eavaliers» se soulèveraient simultanément en faveur de Charles Stuart. Richard signa donc une commission, et l'huisi sier de la verge noire somma à plusieurs reprises les communes de se rendre à l'autre chambre. Mais , fidèles à leur résolution de ne recevoir aucun message apporté par des ofHj ciers subalternes, les députés refusèrent d't>béir : quelques membres proposèrent de décla- ; rcr coupable de haute trahison quiconque userait de violence envers les représentants de la nation; d'autres, de décider que les procédures seraient nulles , toutes les fois qu'une I part ie des membres seraient exel us par la force : enfin ils s'ajournèrent pour trois jours , et accompagnèrent l'orateur jusqu'à sa voiture, la Vue de la soldatesque ras.«cmblée à la porte. ! Ces démarches n'empêchèrent cependant pa* j Fiennes, premier commissaire , de dissoudre le , 1 parlement; et celte importante nouvelle fut annoncée aux trois nations dans la soirée du même jour par proclamai ion (1).

On peut douter que les conseillers de Ri- ; chard eussent prévu les suites d'une mesure ! qui fut si fuueste à ses intérêts. Il |>arait que, depuis plusieurs jours, Thurloe négociait avec les chefs des partis républicain et militaire. Il offrait aux premiers, pour les engager à se joindre aux partisans du protecteur , des emplois et des places lucratives; aux militaires, il proposait qu'afin de payer l'armée , Richard lèverait de l'argent par la force des armes , et sans l'aveu du parlement, comme sou père en avait douné l'exemple (2). Mais ces intrigues avaient cessé avec la dissoluliou: Richard availsignésa propre déposition, et, quoiqu'il continuât toujours d'habiter Whilchall, le gouvernement n'avait plus de chef; même les officiers, qui i jusqu'alors avaient fréquenté sa cour l'abannèrent , les uns pour apaiser par leur présence à Wallmgford-IIousc le ressentiment de leurs adversaires; les autres, pour pourvoir par leur absence à leur propre 'sûreté. S'il existait

(1) Wbilelnck, 677. Confusion de l'Angleterre, 9. Pap. de Clar., 451-450. I.udlow, u , 17 1. Merc. pol., 504.

(2) Thurloe, 650-60 1.

Page 1