CHAPITRE XIX
encore une autorité suprême , elle devait être entre les mains de Fleetwood1, qui avait le titre de commandant de far niée; mais lui et ses partisans étaient contrôlés également par rassemblée des officiers à Saint- James , et par les délibérations du parti républicain dans la cité; ils furent donc obligés de s'en tenir à priver les amis de Richard de leurs emplois militaires, et à donner leurs régiments aux hommes qui avaient été cassés par son père (I). Comme ils ne pouvaient convenir entre eux d'une forme de gouvernement, ils cherchaient à s'entendre avec les chefs républicains. Ceux-ci exigèrent la restauration du long parlement, alléguant que le renvoi de ce corps par Cromwell ayant été illégal , il n'avait pas cessé d'être le dépositaire du pouvoir suprême de la nation , et les officiers ne voulant pas perdre les privilèges de leur ancienne pairie , demandèrent que l'on rétablit l'autre chambre , comme pouvoir coordonné et sous le nom de a sénat,» nom qui serait sujet à moins d'objections. Mais le pays était dans un état d'anarchie; on était encore incertain des intentions des armées d'Irlande et d'Êcosse , et les royalistes , tant presbytériens que s cavaliers, » cherchaient à profiter de la confusion générale pour l'intérêt de la cause du roi exilé (6 mai). Enfin , comme dernière ressource, les officiers invitèrent les membres du long parlement à reprendre leurs fonctions. On parvint avec peine à en rassembler secrètement quarante-deux dans la cham bre peinte, et Lenlhall, l'ancien président, s'étant rais à leur tète, ils passèrent dans la salledes séances entre deux haies d'officiers, dont quelques-uns étaient les mêmes qui, six ans auparavant, les avaient ignominieusement chassés [2).
Le lecteur se rappellera qu'en 1648 les membres presbytériens du long parlement avaient aussi été exclus par l'armée- De ces députés, cent quatre-vingt-quatorze vivaient encore, et sur ce nombre, quatre-vingts demeuraient dans la capitale même. On ne pouvait guère douter qu'ils n'eussent autant de droit de reprendre leurs places que les membres qui
(1 ) Voyez « tlumblc remontrance • de 300 «ous-officiers et soldai* du rëçiment du major général Goffe (ainsi nommé), infanterie. Londres, 1650.
(2) Lndlow, 179-IH6. Wbiielock, 677. Confusion de 'Angleterre, 9
avaient été renvoyés par Cromwell ; mais ils étaient royalistes, fidèles aux principes qu'ils professaient à l'époque du traité de l'Ile de Wighl, et si on les eût admis, le nombre de leurs votes eût aussitôt surpassé celui des partisans du républicanisme. Il s'assemblèrent dans la salle de Westminster, et une députation , composée de quatorze membres, ayant à leur tête sir George Booth, Prynne Anncsley.se rendit à la chambre (7 mai). L'entrée leur fut refusée; une compagnie de soldats, «les gardiens, comme on les appelait ironiquement, des libertés de l'Angleterre.» occupait l'antichambre, et on fit passer une résolution (9 mai) pour défendre que ceux des anciens membres qui n'auraient pas signé «l'engagement ,» pussent prendre place jusqu'à nouvel ordre du parlement. Cette tentative, quoiqu'elle n'eût pas réussi , ne resta cependant pas sans effet : elle servit à confirmer l'opinion que les députés admis à siéger n'étaient que les instruments du parti militaire, et fournit aux royalistes les moyens de masquer leurs desseins réels , sous le prétexte populaire de défendre l'indépendance du parlement (I).
Par des augmentations graduelles, la chambre se montait enfin au nombre de soixante-dix membres, qui, pendant que leurs adversaires leur donnaient le nom ridicule de «croupion ,» se déclarèrent puissance suprême dans les trois royaumes. Ils nommèrent premièrement un comité de sûreté, et ensuite un conseil d'État; notifièrent aux ministres étrangers leur restauration au pouvoir; et, pour plaire au peuple, promirent , par une déclaration imprimée, d'é-
(1) Journaux, 9 mai. Loyauté bannie, 3. Confusion de l'Angleterre, 12. \jt 9, Prynne trouva moyen de « introduire dam la chambre, et maintint ne» droit* contre ses adversaires jusqu'à l'heure du dloer. Apres dîner il revint ; mai* il fut exclu par les militaires. H eut soin cependant de faire connaître les détails au public , et de plus il entreprit de prouver que te long parlement avait cessé par la mort du roi: 1° d'après l'autorité dos doctrine* établies dans les livre* do la loi; 2° paire que tous les écrits d'appel au parlement deviennent nuls par la mort du roi ; 3° parce que le parlement convoqué par un roi régnant est le parlement de lui roi régnant, et délibère sur ses affaires : 4° parce que le parlement est un corps composé du roi , des pairs, et des communes, et si l'un des trois est éteint, le corps cesse d'exister. Voyez « Loyauté bannie, et Récit véridique et complet de ce qui fut fait et dit par et contre M. Prynne,» etc., 1659.
tablir une forme de gouvernement qui assure- I rait la liberté civile et religieuse, sans admettre l'autorité d'un seul, ni royauté, ni chambre des |»airs. On recommença la farce des adresses: les «enfants de Sion,»les défenseurs de «la bonne vieille cause,» témoignèrent une joie bruyante, et le ciel fut importuué de prières pour la prospérité et la permanence du nouveau gouvernement (1).
L'existence de ce gouvernement dépendit , au commencement, ée la bonne volonté des militaires qui se trouvaient dans le voisinage de Londres. Peu à peu il obtînt des corps armés plus éloignés la promesse de soutenir son autorité. 1° Monk et ses officiers écrivirent au • président, le félicitant, ainsi que ses collègues, sur leur restauration au pouvoir, et les remerciant hypocritement d'avoir daigné se charger d'un fardeau si pesant; mais, en même temps, leur rappelant les services qu'avait rendus Olivier Cromwell, et la reconnaissance que la nation devait à sa famille (2). 2° Lockhart s'empressa d'offrir les services des régiments qui étaient en Irlande, et reçut en retour de nouvelles lettres de créance comme ambassadeur, avec l'ordre de se rendre à Fonlarabie pour assister aux conférences enlre les ministres de France et d'Espagne. 3° Vint ensuite une lettre de Montague de la part de la flotte; mais ses assurances de fidélité furent accueillies avec méfiance. Pour contre-balancer l'influence qu'il avait sur les marins, on donna à Lawson le commandement d'une escadre destinée à croiser dans la Manche; et, pour surveiller sa conduite dans la Baltique, on lui adjoignit, dans sa mission aux deui cours du nord, trois commissaires avec Algernon Sydney à leur téte(3). 4* Restait encore l'armée en Irlande. On s'attendait à voir Henry Cromwell , guerrier qui possédait l'attachement des soldats, et que l'on croyait avoir hérité des talents de son père , opposer une résistance opiniâtre et peut-être heureuse ; mais il manquait de décision dans le caractère. Trois partis s'étaient offerts à son choix : de se concilier, par la promptitude de
K\) Voyez let déclarations de l'armée et du parlement daim les Journaux , 7 mai.
C2) Whtteock,G78.
(3) Thurloe, 06», 670. Ludlow, u , 199. Journaux, 7.9, 18, 26, 31 mai.
son adhésion, la reconnaissance du nouveau gouvernement; de soutenir par la force des armes les droits de son frère déposé; ou enfin de se déclarer, comme il était vivement sollicité de le faire, en faveur de Charles Stuar t. Il perdit beaucoup de temps à délibérer : enfin, le désir de se venger et l'espoir d'être récompensé le déterminèrent à déployer l'étendard royal (I); mais ayant reçu de nouvelles lettres d'Angleterre, il retomba dans son état d'incertitude, et pendant qu'il hésitait dans ses différents projets, quelques-uns de ses officiers se hasardèrent à exprimer leur attachement pour la république; les soldais laissèrent apercevoir de la répugnance à séparer leur cause de celle de leurs camarades en Angleterre ; el sir Hardress Wallcr, partisan du parlement, surprit le château de Dublin. Ce dernier coup réduisit Henry au rote de suppliant : il annonça sa soumission dans une lettre adressée au président (15 juin), obéit à l'ordre que lui donna la chambre de paraître devant le conseil; et après leur avoir exposé l'état de l'Irlande , il reçut, comme une grâce, h permission de se retirer dans l'obscurité de la vie privée (4 juill.). L'administration civile de l'Ile fut confiée a cinq commissaires, et le commandement de l'armée fut donné à Ludlow, avec le rang de lieutenant général de la cavalerie (2).
Mais les chefs républicains s'aperçurent bientôt qu'ils n'avaient pas été convoqués pour reposer sur un lit de roses. Les officiers à Wallingford-House commencèrent à dicter la loi aux députés qu'ils avaient nominalement créés leurs maîtres, et leur firent présenter quinze demandes sous le titre modeste des «choses qu'ils avaient dans l'esprit i lorsqu'ilsrélablirent le long parlement (3). La chambre les prit successivement en considération : elle nomma un comité pour faire un rapport sur la forme de gouvernement la mieux calculée pour assurer les libertés du peuple. La durée du parlement
(O Lettres de Carte, u , 242. Pap. de Oarendon, «0, 601, 51 G.
(2) Thurloe, vu , 683, 681. Journaux , 14, 27 juio, 4. 17 juillet. Uenry (roniwfll vécut dans u terre de Swiniiey-Abbey. près de Sohain, en Cambnduesbire , junqu'à >a iihirlen 1674. Noble, i, 'T27.
(3) Voyci • Humble pétition et Adret.* des officier*, » imprimée par lien y Hills , ll>i9.