CHAPITRE XIX
existant fut limitée à un an : la liberté du culte fui accordée à tous ceux qui faisaient profession de croire aux saintes Écritures et au dogme de la Trinité, sous la réserve accoutumée des prélatistes et des papistes; et un acle d'oubli fut passé après plusieurs débats, mais tellement surchargé de clauses provisoires et d'exceptions, qu'il servit plutôt à irriter qu'à apaiser les esprits (t). Les officiers (12 juillet) avaient demandé que des terres transmissibles par héritage, delà valeur annuelle de 10,000 livres sterling, fussent assurées à Richard Cromvrcl), et une pension de 8,000 livres sterling par an à « son altesse douairière », sa mère. Mais on fit observer dans la chambre que , quoique Richard n'exerçât aucune autorité, il continuait toujours à occuper les appartements publics à Whitehall, et il y avait lieu de soupçonner qu'il y était retenu pour intimider les députés, en leur faisant sentir que la même puissance qui venait si récemment de l'abattre pouvait encore le rétablir. On lui ordonna, par des messages réitérés, de se retirer; et sur sa promesse d'obéir, le parlement lui accorda, pour six mois, le privilège de ne pouvoir être arrêté; transféra ses dettes particulières, qui se montaient à la somme de 29,000 livres sterling, au compte de la nation; lui donna 2,000 livres sterling pour subvenir aux besoins du moment, et vota qu'un revenu annuel de 10,000 livres sterling lui serait assuré pour lui et ses héritiers ; donation qu'il était facile de faire sur le papier, mais qui ne fut jamais réalisée (2).
Cependant la principale source d'inquiétude subsistait encore. Parmi les quinze articles présentés à la chambre, le douzième ne le produisait pas en forme de requête ; c'était une déclaration que les officiers reconnaissaient unanimement
(1) • Déclaration dn conseil général des officier», 27 oct, p. S. » Pour les différentes formes de Gouvernement proposées par les divers faiseurs de projets, voyez Ludlow, n, 206.
(2) Journaux , 16, 25 mai ; 4, 12 , 16 juillet. Ludlow (h, 108) fait monter la somme donnée à 20,000 liv.sterl., mais « 2,000 livres «est en toutes lettresdans lesJournaux, 25 mai. Pendant qu'il était à Wbiteball , 11 traita avec les royalistes : il avait cousent! à accepter un litre et 20,000 liv. sterl. par an. Il forma le projet de s'évader et de se rendre sur ta flotte de Montague ; mais il était si étroitement gardé qu'il ne put l'exécuter. Mém. de Clar , m 475,477,478.
Fleetwooa pour commandant en chef des forces de terre en Angleterre. C'était là le but qu'ils a^ aient cherché à atteindre sous Richard; et Ludlow, Vane, et Salloway, conjurèrent leurs collègues de prendre part à une mesure à laquelle il serait évidemment dangereux de s'opposer. Mais le républicanisme rigide d'Hazlerig, de Sydney, deNcville,et de leurs associés, les rendait sourds aux leçons de la prudence : ils soutinrent que garder le silence serait reconnaître au conseil d'officiers une autorité indépendante du parlement. Ils entreprirent de renouveler la constitution de l'armée sur un autre modèle. La charge de lord général fut abolie ; on supprima les rangs intermédiaires entre le lieutenant général et le colonel; Fleetwood fut nommé lieutenant général (9 juin), avec le commandement en chef en Angleterre et en Écosse, mais limité à une plus courte durée, révocable à volonté, et dépouillé de plusieurs pouvoirs qui jusqu'alors y avaient été annexés. Tous les brevets militaires furent révoqués , et il fut ordonné qu'un comité de neuf membres recommanderait aux places d'officiers dans chaque régiment ; que le mérite respectif des personnes recommandées serait examiné par la chambre, et que ceux qui auraient subi cette épreuve recevraient leurs brevets à la table de la chambre et des mains du président. Il est évident que le but de cet arrangement était de rendre inutile la déclaration des militaires, de se défaire des hommes dont on soupçonnait la fidélité, et d'obliger les autres à tenir leurs places du bon plaisir de la chambre. Fleetwood, avec ses adhérents, résolut de ne jamais se soumettre à cette humiliation, et les soldats s'amusèrent à tourner en ridicule l'âge et les infirmités du président Lentnall, qu'ils appelaient leur nouveau lord général; mais Hazlerig réussit à persuader au colonel Hacker et à ses officiers de se soumettre : leur exemple en entraîna d'autres ; et enfin les plus mécontents, quoique en rougissant et à regret, se résignèrent à en passer par cette cérémonie humiliante. Les républicains se félicitèrent de leur victoire : ils n'avaient que hâté leur défaite (1).
(1) Journaux, passim. Ludlow, n, 107. Histoire de Clar., m, 665. Déclaration des officiers, 6. Thurloe, 679.
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HISTOIRE D'ANGLETKRRE.
Depuis la morl d'Olivier, le roi exilé avait observé avec le plus vif intérêt le cours des événements en Angleterre, et chaque jour augmentait son espoir d'une issue favorable a sa cause. 1/état incertain de la nation, les dissensions parmi ses ennemis , les rapports Hat leurs de ses amis, et les offres de coopération de la part de ceux mêmes qui jusqu'alors s'étaient opposés à ses droits, lui persuadèrent que le jour de sa restauration approchait. Pour ne point laisser échapper l'occasion par sa propre négligence, il annonça aux chefs des royalistes (i juin) qu'il avait résolu de passer en Angleterre et de risquer sa vie au milieu de ses fidèles sujets. Dans presque tous les comtés , la plus grande partie des hommes titrés et des gentilshommes s'engagèrent à se rallier autour de son étendard. Le 1er août fut fixé pour le soulèvement général, et il fut décidé, dans un conseil tenu à Bruxelles , que Charles se rendrait déguisé sur les côtes de Bretagne, où il pourrait trouver le moyen de passer dans la Goruouaille ou dans la principauté de Galles; que le duc d'York, avec 600 vétérans fournis par le prince de Gondé, s'embarquerait à Boulogne |>our tenter une descente sur les côles de Kent , et que le duc de Gloucester le suivrait d'Oslende avec l'armée royale de 4.000 hommes, s uis les ordres du maréchal Marsin. Malheureusement les affaires du roi avaient jusqu'alors été conduites en Angleterre par les conseil nommé « le nœud, » à la téte duquel était sir Hiclutrd Willis. I.e lecteur sait déjà que Willis était un trailrc ; mai s ce n'était quedepuis peu que sa perfidie avait été dévoilée à Charles par .Morland, secrétaire deThurloc. qui. pour faire sa paix, avait fait parvenir à la cour, à Bruges, quelques communications originales écrites de la main de Willis. Cette découverte surprit et embarrassa le roi. Kn publiant la conduite du traître, il le provoquerait à faire d'autres révélations; en la cachant, il prêterait les mains a la destruction de ses partisans et à la ruine de sa propre cause. Il commença j«r recommander à ses correspondants de mettre de la réserve dans leurs rapports avec o le nœud; » il ordonna ensuite à Willis (18 juillet) de venir le joindre ù Calais à une é|x>que qu'il lui fixa, et celui-ci ayant négligé d obéir à cet ordre, il défendit ouvertement aux royalistes
de lui faire passer des informations ou de suivre ses conseils (1) (Ier août). Mais ces précautions venaient trop tard. Apres la déposition du protecteur, Willis avait continué a s'entendre avec Thurloe, qui, en livrant les renseignements qu'il en avait reçus, parvint à désarmer le ressentiment de ses anciens adversaires. Dès le commencement de juillet , le conseil était instruit du plan des royalistes. On fit aussitôt demander des renforts aux armées de Handrc et d'Irlande (13 juillet, ; on donna des ordres pour la levée de quatorze régiments de 1,000 hommes chacun; on prit des mesures pour rassembler les milices; de nombreuses arrestations eurent lieu dans la ville et dans toutes les parties du pays, et l'on obligea ceux qui étaient reconnus pour a cavaliers » de quitter la métropole, et de fournir des cautions de leur conduite paisible. Ces mesures parurent autoriser Willis à représenter la tentative comme désespérée ; et, d'après ses conseils , oie nœud » défendit par des lettres circulaires l'insurrection j deux jours avant l'époque fixée. Les royalistes { furent jetés dans une confusion irrémédiable. Les uns restèrent tranquilles chez eux ; d'autres, sciant rassemblés en armes, se dispersèrent par suite de l'absence de leurs partisans. Dans quelques comtés, les chefs furent arrêtés en se rendant au lieu du rendez-vous; dans quelques autres, aussitôt qu'ils furent réunis, ils se virent entourés ou attaqués par des forces supérieures. Ce ne fut que dans le Cheshirc que l'étendard royal fut déployé avec succès par sir Georges Booth , qui s'était récemment
(1) Itéra, de Clar.. ni , 511, 517, 518, 520. 521, 526, 529, 531, 535, 53<î. Willis soutint qu'il était innocent, et le fil croire a bien «le* personnes, hchard ( p. T-J; u pu blié une lettre avec la signature de Morland, dans laquelle ou lui fait dire qu'il n'envoya jamais de lettres de Willis au roi, et qu'il n'avait même jamais connu son nain, d oit Marri» conclut ( u, 215 ; que mute l'accusation e*l fausse. Cependant personne ne pourra douter de la vérité de la cuar(jc, après avoir examiné l< s preuve» dans le» Mcm. de Uar. ( m , 518, 520, 529, 633, 535, 6jV>, 612, 51U, 550. 558, 502, 5G3, 671, 583, 585), et dans la collection des Lettres de < -ai te { u , 220, 250, 281 j. En effet, la lettre de Villis du 8 mai 10(30, dans laquelle il sollicite le pardon du roi , ne laisse aucun doute ( Mémoires de Llar., 013) Il est également évident que ce tut Morland qui découvrit la trahison , et que par conséquent la lettre dans Ethard est controuvée, par la récompense qu'il reçut a la restauration , et son propre aveu à Pepy ». Voyez IVpys.1,79,82,133, 8e roi.