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CHAPITRE XIX

converti à la cause des Stuarts, et qui exerçait une grande influence dans le comté. Dans la lettre qu'il fit circuler, il eut soin de ne pas faire mention du roi : il inv itait le peuple à défendre ses droits contre la tyrannie d'une soldatesque insolente, et d'un prétendu parlement. «Que la nation choisisse librement ses représentants , et que ces représentants puissent aussi librement siéger sans crainte et à l'abri des violences de la soldatesque, » voilà tout ce qu'ils demandaient : lui et ses amis se soumettaient avec joie aux décisions d'une pareille assemblée , quelles que fussent ses décisions (1). Le soulèvement était en effet dans l'intérêt du parti presbytérien , et les affaires étaient en grande partie dirigées par un comité de ministres ecclésiastiques, qui rejetèrent avec dédain l'aide des catholiques, et reçurent avec défiance sir Thomas Middleton , quoiqu'il fût de leur communion , parce qu'il s'avouait ouvertement royaliste.

A Chester, la garnison parlementaire se retira dans le château , et les insurgés occupèrent la ville. Il leur arrivait tous les jours des renforts, et leurs succès apparents les portaient à augurer aussi favorablement des tentatives que devaient faire leurs confédérés dans tout le royaume. Mais la fâcheuse vérité ne put pas rester longtemps cachée, et lorsqu'ils apprirent qu'ils étaient les seuls en armes, que toutes les autres insurrections avaient été ou prévenues ou d'abord étouffées, et que Lambert s'avançait rapidement contre eux avec quatre régiments de cavalerie et trois d'infanterie, leur confiance se changea en désespoir, tous les gentlemen qui avaient risqué leur vie dans cette entreprise réclamaient le droit de donner leurs avis; et la crainle, l'inexpérience, et les fausses nouvelles, influaient sur leurs conseils, et les rendaient incertains et contradictoires. Après avoir longtemps hésité (16 août), ils résolurent de marcher sur Nantwich et de défendre le passage de la Weever; mais l'ennemi, qui avait fait avancer une partie de son infanterie à cheval, avait exécuté une marche si rapide que son avant-garde était déjà arrivée dans le voisinage ; et pendant que les royalistes occupaient la ville sans soupçonner le

(1) Histoire du parlement, xxiii, 107.

danger, Lambert força le passage de la rivière à Winnington (19 aoôt). Ils sortirent à la hâte de Nanlwich et défilèrent dans les champs voisins : là ils s'aperçurent que leurs munitions étaient encore à Chester; et sur l'avis que leur position était mauvaise, ils s'empressèrent de s'emparer d'une hauteur voisine. Le colonel Morgan, avec sa compagnie de cavalerie, essaya d'arrêter l'ennemi : il fut tué avec 30 de ses cavaliers; et le reste des insurgés, à l'approche deleurs adversaires, tournèrent le dos et prirent la fuite. 300 furent faits prisonniers dans la poursuite, et peu de chefs eurent le bonheur d'échapper (21 août). Le comte de Derby, qui avait levé des hommes dans le Lancashire pour se joindre aux royalistes, fut pris déguisé en domestique. Booth, habillé en femme, monté en croupe à la manière des femmes, prit le chemin direct de Londres , mais il se trahit à Wewton-Pagnell par sa maladresse à descendre de cheval. Middleton, qui était octogénaire, s'enfuit au château de Chirk ; et, après s'y être défendu quelques jours (24 août), il capitula , à condition qu'il lui serait accordé deux mois pour faire sa paix avec le parlement (1). .

La nouvelle de ce désastre parvint au duc d'York à Boulogne, et par bonheur le soir même qu'il devait s'embarquer avec ses soldats. Charles la reçut à La Rochelle, oû il avait été obligé de se rendre pour trouver un bâtiment qui le transportât dans le pays de Galles. Abandonnant son projet inutile, il continua aussitôt sa route pour le congrès de Tontarabie, dans l'espoir qu'à la conclusion de la paix entre les deux couronnes, il obtiendrait,' par une entrevueavec les ministres (le cardinal \lazariu et don Louis de Haro), un subside en argent, et peut-être des secours plus importants encore. Montagne, qui n'avait que depuis peu de temps embrassé la cause de la royauté, fut entraîné par son zèle dans le plus grand danger. Dès qu'il apprit l'insurrection, il ramena, malgré les commissaires ses collègues, la flotte du Sund, dans l'intention de bloquer l'embouchure de la Tamise, et de faciliter le traiet

( I ) Histoire de Clar., ni , (.72-675. Mém. de Clar , tu , 673, 4. Ludlow, h, 223. Wbiielock, 683. Lettre* de Carte, 191, 202. Lettre de Lambert, imprimée par Tboma»Neucomb, t6J9.

des troupes. A sou arrivée, il apprit la ruine de ses espérances ; mais il brava hardiment le danger, comparut devant le conseil, et assigna le manque de vivres comme la cause de son retour. On l'écoula avec défiance; mais il fut jugé prudent de dissimuler, et il reçut la permission de se retirer (1).

Pour récompenser Lambert de celte victoire complète, quoiqu'elle n'eût presque pas coûté de sang, le parlement lui vota la somme de 1,000 liv. sterling, qu'il fit aussitôt distribuer parmi ses officiers. Mais, tout en récompensant ses services, ils n'en étaient pas moins alarmés de son ambition (22 août). 11* se rappelaient combien il avait contribué à é'ever Cromwcll au protectorat ; ils savaient quelle influence il avait sur l'armée, et ils craignaient son pouvoir sur l'esprit timide cl incertain de Flectwood, qu'il paraissait gouverner de la môme manière que Cromwe'l avait gouverné Fairfax. On avait espéré que, pendant la dernière expédition, son absence leur laisserait le loisir de gagner les officiers qui étaient restés dans la capitale; mais la rapidité de ses succès avait déjoué leur politique; et, peu de temps après, l'intrigue, qui avait été interrompue par l'insurrection , fut reprise. Pendant que Lambert se bâtait de revenir à la capitale, son armée le suivait lentement à petites marches; et a Derby, les officiers signèrent une pétition (14 septembre) qu'on leur avait fait parvenir secrètement de Wallingford-IIousc. Ils s'y plaignaient de ce que l'on n'avait pas accordé des récompenses suffisantes à ceux qui avaient bien mérité, et demandaient que la charge de coinmandant en chef fut donnée à Fleetwood sans limites dans la durée, et le rang de major général a leur chef victorieux ; qu'aucun officier ne pût être privé de son emploi sans le jugement d'un conseil de guerre, et que le gouvernement fût constitué dans une chambre de représentants et un sénat permanent (22 sept.}. Ilazlerig, républicain rigide et d'un caractère prompt, difficile et inflexible, ayant en connaissance de celle pétition, la dénonça comme une lentative pour renverser le parlement, et

(1) Journaux, 16 septembre. Mém. dcClar., m, 551. Lettres de Cane, ii, 210, 236. Pcpys, Mémoires, i,

fit la motion que Lambert, qui en était l'auteur, serait envoyé à la Tour ; mais sa violence fut réprimée par la déclaration de Fleetwood , assurant que Lambert n'en avait pas été instruit; et la chambre se contenta d'ordonner que tous les exemplaires de la pétition qui avait encouru son mécontentement lui seraient remis, et de déclarer «qu'augmenter le nombre des officiers généraux serait une mesure inutile, dispendieuse, et dangereuse »(1). Dès lors la rupture fut inévitable. La chambre, pour plaire aux soldats, leur avait avancé leur solde journalière, et, dans l'intention d'acquitter les arrérages, avait élevé l'impôt de chaque mois de 35,000 liv. à 100,000 liv. sterling (2). Mais les chefs militaires ne se laissèrent pas détourner de leurs projets. Des assemblées avaient lieu nuit et jour (5 octobre) à Wallingfordllouse; et une autre pétition, avec 230 signatures, fut présentée par Desborotigh , accompagné de tous les officiers supérieurs qui se trouvaient dans la capitale. Elle était , sur presque tous les points, semblable à la précédente, mais elle contenait la demande que, «si quelqu'un à l'avenir se permettait dans la chambre d'accuser sans fondement et sans cause ses serviteurs, excitant ainsi des jalousies, et les chargeant d'imputations scandaleuses, il subirait un examen, serait traduit en justice et puni proportionnellement au délit. » Cela suffit pour prévenir Ilazlerig et son parti qu'il fallait qu'ils pourvussent à leur sûreté. Trois régiments, par l'organe de leurs officiers, avaient déjà fait offrir leurs services pour la sûreté de la chambre ; Monk avait écrit d'Kcosse, et Ludlow d'Irlande, que leurs arj mées respectives étaient animées des mêmes sentiments ; et l'on passa et fit publier un vote qui déclarait (11 octobre) que «lever de l'argent sur le peuple, sans le consentement du parlement, était un crime de haute trahison.» Comme tous les impôts existants devaient cesser le premier jojr de l'année suivante, cette mesure forçait les militaires à dépendre, pour leur subsistance future, du bon plaisir du parti. Ilazlerig, ainsi fortifié, se crut en état de lutter

(I) Journaux, 23aoât ; 22, 23 septembre. Ludlow, il, 225 , 7,233 , 241.

' 'Ji Journaux , 31 qpi ; 18 août ; 1 septembre.

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