CHAPITRE XIX
ton de Lenthall dans Chancery-Lane, et le saluèrent par trois décharges de mousqueterie, comme le représentant du parlement et lord général de l'armée. Desborough, abandonné par son régiment, et ayant perdu tout espoir, se sauva près de Lambert; et Fleetwood, qui depuis plusieurs jours n'avait fait que prier et pleurer, et se plaindre que «le Seigneur lui avait craché au visage,» essaya timidement de désarmer par sa soumission le ressentiment de ses ennemis. 11 se rendit chez le président , se mit à genoux devant lui , et lui remit son brevet (I). '
Ainsi le «croupion» se vit encore une fois triomphant. Les députés, ayant Lenthall à leur téte, reprirent possession de la chambre , au bruit des acclamations des soldats (26 déc.). Leur premier soin fut de nommer un comité pour le gouvernement de l'armée, et d'ordonner aux régiments qui étaient assemblés dans le Nord de se séparer, et de se rendre dans leurs quartiers respectifs. De ceux de leurs collègues qui avaient soutenu le dernier comité de sûreté, ils en excusèrent quelques uns, et punirent d'autres par la suspension de leurs fonctions, l'expulsion, et l'emprisonnement : on envoya ordre à Lambert et à ses plus actifs adhérents de quitter l'armée, et de se retirer chez eux; ensuite on prescrivit aux magistrats de les faire arrêter. On établit un conseil d'État, et l'on introduisit, 'dans le serment que devaient prêter les députés, une nouvelle forme trèsexplicite d'abjuration de toute royauté et de la famille des Stuarts. Tous les officiers placés, pendant l'interruption, par toute autorité autre que celle de Monk, furent cassés; l'armée fut organisée sur un plan entièrement nouveau ; et le temps de la chambre était tous les jours employé à des présentations d'officiers qui venaient continuellement pour recevoir en personne leurs brevets de la main du président (2).
(1660) Pendant que ces événements se passaient à Londres, Monk, pour soumettre ou disperser l'armée de Lambert , lui avait suscité sur ses derrières un nouvel et formidable en-
(1) Ludlow, 268, 276, 282, 7,0,290,6,8. Whilelock , 689 , 690 , l Mém. de Clar. , 625 , 9 , 636 , 641 , 7.
(2) Journaux , 20 décembre , 31 janvier.
nemi. Lord Fairfax avait embrassé la cause de la monarchie , et les royalistes nombreux du Yorkshire le regardaient comme leur chef; sur l'assurance solennelle que Monk lui donna de se joindre à lui dans douze jours ou de périr dans l'entreprise , il s'engagea à rassembler ses amis et à surprendre la ville d'York. Le premier jour du nouvel an, ils accomplirent tous les deux leurs promesses. Les portes d'York furent ouvertes à Fairfax , par les a cavaliers » renfermés dans ses murs (I); et Monk, avec son armée, passa la Tweed , et marcha contre les avant -postes de l'ennemi. Ainsi le feu de la guerre civile fut rallumé dans le Nord : deux jours après il fut éteint. Un messager du parlement ordonna aux troupes de Umbert de se retirer dans leurs quartiers respectifs : découragées par la défection des militaires dans les provinces du Midi, elles n'osèrent pas désobéir. A Northallerlon , les officiers en larmes prirent congé de leur général ; et I Jirabert se retira, comme simple particulier, dans une maison qu'il possédait dans le comté. Cependant, quoique la saison fût rigoureuse , quoique les chemins fussent couverts d'une neige profonde, Monk continua sa marche , et à York (12 janv.) il passa cinq jours à délibérer avec Fairfax; mais celui-ci lui ayant conseillé de s'y arrêter, de prendre le commandement de leurs forces réunies, et de proclamer le roi, il répondit que, vu la disposition présente de ses officiers, la tentative serait dangereuse et funeste. L'invitation de se rendre à Westminster ( 16 janvier), qu'il attendait depuis longtemps, étant arrivée, il se remit en marche; et Fairfax, après avoir reçu les remerciments du parlement , ordonna aux insurgés qui l'avaient suivi de se disperser (2).
A York , le général avait donné des coups de canne à un officier qui l'avait accusé d'avoir le dessein de rétablir le gouvernement du roi ; a Notlingham, il eut de la peine à empêcher les
(f ) Il est prouvé que le soulèvement tous Fairfax était réellement un soulèvement de royalistes, et excité par les promisses de Monk , par le récit de Monkton , dans le» M**, de Lansdownc , n* 9K8, f. 320 , 3 il. Voyez aus« Piïce, 748.
(2) Price ,749-753. Skiuner, 190 , 200 , 205. Jour aui, 6 janvier
officiers de signer (21 janvv par lequel iJs promettaient d'obéir au parlement en toutes choses, a excepté la restauration de Charles Sluart ; » et à Leiccster , il fut obligé de laisser écrire une lettre en son nom , aux signataires de la pétition du Devonshire (23 janv.),
) un engagement daient-ils (2 février), dcvaient-ils quitter leurs
quartiers pour les céder à des étrangers? Pourquoi vo rlait-on leur faire quitter la capitale, pendant qu'on leur devait plusieurs semaines de solde?» Les royalistes tâchaient d'exciter les mutins, et Lambert épiait le moment de se
«Piautlcdannerde rappeler l«dc,,a(feeScluS connurent à se mettre en marche, et le len-
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Z I. ... . fU' J0"" par dcuI aMil",<s a Whiieh.il ( I ) (3 février).
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auxquels on avaitdonneordrede l'accompagner dans son voyage , sous prétexte de lui rendre honneur, mais en effet pour sonder ses intentions et espionner sa conduite. Il les reçut avec respect, comme représentants de laulorilé suprême; et ils furent lellcmcnt n'allés de ses alternions, tellement trompes parsa dissimulation, qu'ils nepurent percer le voile dont il avait couvert ses desseins. A mesure qu il avançait, il recevait à chaque marche des adresses des bourgs,des cités, et des comtés, le priant de rappeler les députés exclus, et d'établir un parlement libre et complet. Monk, affectant une grandehumiliié, renvoyait les députations aux deux délégués du pouvoir suprême, qui leur reprochaient avec hauteur leurs démarches officieuses, pendant que les partisans du général tâchaient de nourrir leurs espérances par des insinuations détournées et des prédictions obscures (2).
Pour endormir la défiance du parlement, Monk n'avait amené avec lui d'York que 6,000 hommes, forces bien inférieures à celles qui étaient en quartiers dans Londres et Westminster. Mais, parvenu à Saint-Albans (28janv.), )I écrivit au président pour demander que cinq des régiments qui étaient dans la capitale fussent renvoyés avant son arrivée, alléguant le danger de querelles et de la séduclion, si l'on permettait à ses troupes de se mêler avec celles qui venaient si récemment de tremper dans une révolte. L'ordre fut aussitôt donné ; mais les soldats refusèrent d'obéir. .Pourquoi, deman-
Si! nrice' 7&4- Re6iMrc de Kenne|. 32.
Journaux ,10 janvier. '
à la chambre pour recevoir ses remercîments. On lui avait préparé un siège en dedans de la barre : il se tint debout derrière ce siège, la tète découverte, et, en réponse au président, il rabaisses propresservices,donnacommunicalion des réponscsqu'il avait faites aux adresses, conseillaau parlement de ne point multiplier les serments et Jes engagements, le pria de n'accorder aucune part dans l'autorité «aux cavaliers » ou aux fanatiques , et lui recommanda de veiller à la pacification de 1 Irlande et à l'administration de la justice en ficossè. S'il y avait dans ce discours beaucoup de choses qui devaient plaire à l'assemblée, il yen avait aussi plusieurs qui l'offensèrent. Scol fit observer que le serviteur avait déjà appris à prescrire des lois à ses maîtres (2).
En sa qualité de membre du conseil d'État, on ex gea de lui d'abjurer la maison de Stuarf,' conformément au dernier ordre du parlement.' Il répondit par des remontrances. «Sept de ces conseillers, dit-il, n'avaient pas abjuré, et il désirait connaître leurs raisons pour satisfaire sa propre conscience. L'expérience avait démontré qu'il était aussi facile de violer que de prêter de pareils serments; et quant à lui, il croyait que c'était offenser la Providence que de faire serment de ne jamais se soumettre â des événements qu'elle pouvait ordonner. Il avait donné les plus fortes preuves de son dévouement au parlement : si elles n'étaient
( I) Price, 755, 7, 8. JJourn., 30 janr. Skioocr, 219-221. Philip», 5iM, 5, 6. Ném. deClar., m, 666, 0G8. Peprs, i,
2) Journaux, 6 févr. Nout. Hist. du Pari., m I57,i Philip* 597. Price, 759. Haran8ue du lord général Monk,
uïipr.nrff par J. Marork, ICOO.