‹ Histoire d' AngleterreChapitre 274 sur 307 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

pas suffisantes, on pouvait l'éprouver encore : il était tout prêt à en fournir davantage » (t).

La sincérité de cette déclaration fut bientôt mise à l'épreuve. Depuis longtemps le parti royaliste dans la cité s'augmentait, surtout parmi les presbytériens modérés. Aux dernières élections, le conseil commun avait été rempli de membres d'un nouveau caractère; et la déclaration qu'ils firent parattre demandait «un parlement libre et complet, selon les anciennes lois fondamentales du pays. » Comme l'assemblée qui se tenait à Westminster ne contenait pas de représentants de la cité, on n'en fit aucune mention; les impôts qu'elle avait ordonnés ne furent pas payés; et le conseil commun , comme s'il eût été une autorité indépendante, reçut des adresses des comtes voisins, et y répondit. Celte rébellion , selon l'avis des chefs parlementaires, méritait un châtiment prompt et exemplaire ; et il fut arlificieusement suggéré qu'en chargeant Monk d'être le ministre de leur vengeance, ils le rendraient odieux à leurs adversaires (9 févr.). Deux heures après minuit, il reçut ordre de se rendre dans la cité, d'arrêter onze des principaux citoyens, d'enlever les poteaux et les chaînes que l'on avait dernièrement fixés dans les rues, et de détruire les herses et les portes. Après avoir hésité un instant, il résolut d'obéir plutôt que de risquer de perdre son brevet. Les citoyens le reçurent avec des huées et des sifflets ; les soldats murmuraient ; les officiers of fri-

(1) Gumble, 228. Price, 759, 760. Philip», 595. Ver» cette époque, uo paquet de lettres écrites au roi par différentes personnes et en différents chiffres, et confié a un M. Léonard, fut intercepté par [,ockhart à Dunkerque, et envoyé par lui au conseil. Quand on annonça à ceux qui les avaient écrites qu'elles avaient été déchiffrées, ils se rirent de celte nouvelle comme d'une chose impossible ; mais ils furent bientôt détrompés par le déchtffreur, qui leur envoya , par le fils de l'évéque d'Êiy, des copies de leurs lettres en chiffre , avec une explication correcte écrite en entre-ligne. Us furent surpris et alarmés ; et pour éviter les suites de cette découverte , ils lui achetèrent deux de* lettres originales pour le prix de 300 livres st. Comparez la vie de Barvrick, 171, et App., 402, 412, 5, 422, avec la correspondance sur ce sujet dans les Mém. de Car., m, 668, 681, 696, 700, 715. Après celte découverte, toutes les lettres d'importance passaient par les mains de l'abbesse du couvent anglais à Gand.

rent leur démission. 11 répondit seulement que ses ordres ne laissaient rien à sa discrétion; mais cette réponse fut faite d'un ton si sévère, et d'un air si sombre, qu'elle prouvait, comme probablement il voulait le prouver, qu'il n'agissait qu'avec répugnance, et se reprochait sa conduite (1 ).

Aussitôt que l'on eut enlevé les barricades et les chaînes, Monk insinua, dans une lettre au président, que l'on en avait fait assez pour punir l'esprit de révolte des citoyens. Mais les chefs parlementaires n'étaient pas encore satisfaits : ils volèrent qu'il eût à exécuter ses premiers ordres; et la démolition des portes et des herses fut effectuée, tes soldats témoignèrent hautement leur mécontentement : le général, mortifié et honteux, les ramena à Whitehall, quoiqu'il lui eût été prescrit de les loger dans la cité (2). Réfléchissant ensuite sur ce qui venait de se passer, il crut y apercevoir les preuves d'un plan formé, pour le compromettre avec les citoyens, et d'abord ensuite le chasser; car la chambre, pendant qu'il exécutait son odieuse commission, avait reçu d'une manière favorable une pétition du célèbre Praise-God-Barebone, demandant qu'aucune personne qui aurait refusé d'abjurer les prétentions de Charles Stuart , ou de tout autre gouvernement d'un seul , ne pût siéger au parlement , ou remplir aucun emploi public. Or , le général se trouvait précisément dans ce cas, et ses soupçons furent confirmés par les raisonnements de ses conseillers intimes (10 févr.). Avec leur assistance, on prépara le soir même une lettre pour le président, laquelle, le lendemain matin , fut approuvée par le conseil des' officiers. Dans cette lettre , on faisait dire à ces derniers qu'on les avait employés comme instruments au ressentiment personnel des députés contre les citoyens, et demander qu'avant le vendredi suivant toutes les places vacantes dans la chambre fussent remplies , préalablement à sa dissolution et à la convocation d'un nouveau parlement. Sans attendre la réponse, Monk retourna dans Finsburyfields avec ses troupes.

(1) Journ. , 9 février. Priée, 7b/. Ludtow, u, 336. Mém. de Clar. , m, 674, 691 Guu.ble, 136. Skinner, 231-237.

(2) Journaux, 9 février. Philip*, :i»

A sa demande , on assembla «un conseil commun » (ce corps avait été récemment dissous par un vote du parlement), et les citoyens apprirent de la bouche du général que celui qui la veille était venu parmi eux comme ennemi pour obéir aux ordres qu'il avait reçus, venait aujourd'hui de son propre mouvement se présenter comme ami; que son but élait d'unir sa fortune à la leur, et d'obtenir avec leur secours pour la nation un parlement libre et complet. Ce discours fut reçu avec les plus bruyantes acclamations. On fit sonner les cloches , on régala les soldats, on alluma des feux de joie, et entre autres divertissements , on fit pendant la nuit «rôtir la culotte de bœuf croupion,» plaisanterie pratique qui fut longtemps célèbre dans les traditions de la cité. Scot et Robinson, qui avaient été envoyés pour reconduire le général à Whitehall, se sauvèrent secrètement pour se dérober à l'indignation de la populace (1).

A Westminster, les chefs parlementaires affectaient un calme et une intrépidité qu'ils étaient loin d'avoir. Us passèrent sous le silence l'insulte faite a leur autorité; mais, pour donner un avertissement à Monk,ils introduisirent un bill pour nommer son rival Fleetwood commandant en chef en Angleterre et en Écosse (Il févr.). L'intervalle du dimanche permit de revenir à des conseils plus modérés. Ils prièrent le général de rentrer à W hitehall; ils complétèrent le bill qui déterminait les conditions pour être électeur cl éligible; et , le jour fixé par la lettre des officiers, ils ordonnèrent de publier des writs pour remplir les places vacautes dans la représentation. Quoique cette mesure leur eût été dictée par la force, ils eurent l'adresse de la faire servira leurs intérêts, en

(1) Price, 765-768. Métn. de Clar. , m , €81 , 692 , 711. Ludiow, 337. GumWe, 249. Skinner, 237-213. Hi*t. anc du Pari., xxii, 04. Pepys, i, 24, 25. « Au pont du Slrand, je |>u» compter à la fui* trente et un feux ; dans Kingfc>lieet, sept ou huit, et partout on brûlait et on rôtissait de» croupions en buvant ; on promenait de tous côtés des croupions attachés a des bâtons. Les bouchers, autour du mai dans le Slrand , exécutèrent un carillon arec leurs couteaux, avant de sacrifier leur croupion. A Ludgatebill , il y avait un homme qui tournait une broche sur laquelle il y avait une culotte de bœuf, et un autre l'arrosait, fcn vérité, cela surpassait tout ce que l'on peut s'imaginer. »

| insérant, comme clause provisoire dans l'acte, ; que personne ne pourrait être électeur ou élu j s'il ne s'était préalablement engagé à soutenir ! un gouvernement d'une forme républicaine. Mais aussitôt les membres exclus en 1648 réclamèrent le droit de prendre place, etMonk ! ne laissa apercevoir que la plus parfaite impar- ; tialité entre les deux partis. Sur son invitation, I neuf des principaux de chaque parti discutèrent | leur cause devant lui et ses officiers; et le ré- ! sultat fut que ces derniers se déclarèrent disi posés à appuyer les droits des députés exclus, a condition qu'ils prendraient l'engagement de régler le gouvernement de l'armée , de lever de l'argent pour payer les arrérages de la solde, de publier des writs pour convoquer un nouveau parlement pour le 20 avril , et de se dissoudre avant cette époque. Le général retourna à Whitehall (21 févr.) : les membres exclus se rendirent chez lui à son invitation; et, après uu long discours dans lequel il déclarait qu'il était convaincu qu'un gouvernement d'une forme républicaine et une Église presbytérienne modérée étaient nécessaires pour rétablir et assurer la durée de la tranquillité de la nation, il les exhorta à aller reprendre leurs places. Ils se rendirent à pied à la chambre , accompagnés d'un grand nombre d'officiers : les gardes ouvrirent leurs rangs pour les laisser passer , et les membres et le président ne firent aucune opposition (1). Hazlerig, cependant, et les plus dévoués de ses adhérents, se levèrent et sortirent. Ce départ fut heureux pour les royalistes ; car autrement ce parti , augmenté de ceux des députés rétablis qui adhéraient à la république, aurait pu, sur bien des questions, former une majorité (2).

La conduite de Monk dans celte occasion fut pourleso cavaliers» la source de la plus inquiétante perplexité. D'un côté, par la rentrée des membres exclus, il avait rendu un service important à la cause de la royauté ; car, quoique

(!) Journaux, 11.13, 15, 17, 21 février. Price, 768-771 Ludiow, 11.315, 351. 3. Skinner. 256-264. Mém de Clar , 663, 682, 8. Gumblc, 260, 3. Philips, 600. Le nombre de» membres exclus qui viraient alors était de cent quatre vingt-quatorze , celui des membres qui siégeaient ou avaient permission de siéger, quatre-vingt-neuf, t Déclaration du véritable état des choses, »57.

(2) Hmchinson,362.

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