CHAPITRE XIX
sent , ont été avantageux à la postérité. Aux premiers , nous devons une grande partie des droits dont nous jouissons, et ses torts nous ont signalé les maux que causent les changements politiques effectués par la violence , et qui ne s'accordent pas avec les habitudes et les prédilections du peuple.
Mouk était depuis deux mois en Angleterre, et ses intentions étaient toujours couvertes d'un voile mystérieux, que toute l'adresse des royalistes et des républicains n'avait pu réussir a soulever. Sir George Grcnvillc , que le lecteur connaît déjà, lui faisait des visites fréquentes à Saint-James (19 mars) ; mais I on soupçonnait le but de ce «cavalier,» et les précautions du général firent échouer toutes ses tentatives pour obtenir une entrevue particulière. Après la dissolution , Morris , l'ami intime de l'un et de l'autre, les aboucha, et Grenville remit à Monk une lettre en termes très-flatteurs de la part du roi. Il la reçut , et la lut avec respect. «C'était, dit-il, la première fois qu'il pouvait avec sûreté exprimer son dévouement à la cause du roi ; mais il était encore entouré d'hommes dont les seutimcnls étaient suspects ou connus par leur hostilité ; il était encore nécessaire de garder un secret inviolable; Grenville pouvait conférer en particulier avec Morris, et il fallait qu'il consentit à se charger lui-même de porter la réponse du général. Les principaux articles de cette réponse furent rais par écrit. Monk y demandait au roi «de lui envoyer une lettre conciliante, qu'il pût , quand il en serait temps, présenter au parlement; il ne demandait rien pour lui-même; il ne voulait pas indiquer sa récompense, comme on lui disait de le faire; il n'était pas convenable qu'il fit un marché avec son souverain; mais, s'il lui était permis de s'ingérer de donner son avis, il conseillait à Charles de promettre une amnistie générale, ou presque générale, la liberté de conscience, la confirmation des ventes nationales, et le payement des arrérages dus à l'armée. » Aussitôt après la lecture de ce papier, il le jeta dans le feu, et dit ù Grcnvillc de s'en rapporter à sa mémoire pour en répéter le contenu au roi (l).
(IJ Ilist. de Clar.,111, 734 730. Priée, 785. Philips, 605. Mém. de Clar. , m , 706 , 71 1. D'après le» dernières.
r Le messager fut reçu è Bruxelles par Charles comme un ange du ciel. Il voyait tout à coup dissiper les doutes qui avaient si longtemps fatigué son esprit (26 mars); la couronne, contre son attente, lui était offerte sans qu'on lui prescrivit des conditions, et il ne lui restait plus qu'à aider avec sa plume les efforts du général; mais, lorsqu'il communiqua ces heureuses nouvelles à Ormond, Hyde, et Nicholas, i ces conseillers découvrirent que l'avis suggéré I par Monk était dérogatoire aux intérêts du trône et à la dignité personuelle du monarque; qu'en le suivant, on donnerait une déclaration royale qui, en paraissant faire à la nation les promesses recommandées par Monk , neutraliserait leur effet, en les soumettant aux modifications que pouvait dans la suite imposer la sagesse du parlement. Cet écrit fut mis sous l'enveloppe d'une lettre adressée au président de la chambre des communes ; une autre lettre fut adressée à la chambre des pairs, une troisième à Monk et à l'armée , une quatrième à Montague et a la marine, et une cinquième au lord maire et à la cité. On fit remettre (2 avril) des copies ouvertes au général, afin qu'il pût remettre ou détruire les pièces originales, selon qu'il le jugerait couvenable. Malgré les changements faits à Bruxelles, il annonça qu'il était satisfait de la déclaration, et ordonna à Grenville d« tenir les papiers en sa garde jusqu'à ce qu'il fût temps d en faire usage (1) (10 avril).
Dans l'intervalle, les wrils pour le nouveau parlement avaient été émis; et comme il n'y avait pas de cour pour influer sur les élections, nid'inlerventiou militaire pour les contrôler, on est fondé à considérer leur résultat comme lex-
autoritéa , il est clair que le secret était confié à Mordauot aussi bien qu'a Grenville , ainsi qu'à uu M. llenie , probablement un nom suppose.
(1/tlar., m, 737-740. 712-751. l'rice, 790. Monk avait appris, probablement par l'ambassadeur de Fi ance, que les L*paynols avaient l'intention de retenir le roi à Bruxelles en otage, pour la restitution de la Januïque el de Dunkerque. C'e*t pourquoi il exigea que le roi quittât le territoire espagnol ; el Charles , ayant fait part au Gouverneur de son inieniion de se rendre à Breda, sortit de Bruxelles environ deux heures, si Clarendon est exact, avant que l'ordre de le reteair eut été donné. Les différentes lettres , quoique écrites el signées a Bruxelles, fureut datées de Breda et remises à Grenville, dès que le roi eut mis les pieds sur le territoire hollandais. Clar. ,
pression de l'opinionpublique.Les républicains, les cavaliers, les prcsbyCériens , employèrent tous leurs efforts pour faire élire des députés de leur opinion. Des trois partis, le dernier était sans comparaison le plus puissant, si la dissension n'eût pas paralysé son influence. Les presbytériens les plus rigides, quoique contraires aux partisans de la république, parce qu'ils étaient des sectaires, s'opposaient également au retour du roi , parce qu'ils craignaient aussi la restauration de l'épiscopat. Un bien plus grand nombre encore , qui adhéraient toujours avec constance à «la ligue solennelle et covenant , » pensaient qu'elle leur imposait l'obligation de remettre le roi sur le trône, mais avec les limitations proposées pendant le traité fait dans l'Ile de Wight. D'autres, et ceux-ci possédaient le plus d'influence et la plus grande activité, ne voyaient aucun danger à craindre de la part d'un épiscopat modéré; et, désirant obtenir des honneurs et de l'avancement, s'efforçaient-de mériter le pardon de leurs transgressions passées par la ferveur de leur royalisme actuel. Ils se joignirent aux «cavaliers;» leurs efforts réunis triomphèrent de toute opposition; et, dans le plus grand nombre d'endroits, leurs adversaires ou craignirent de disputer les élections, ou furent rejetés par des majorités accablantes (1).
Mais les républicains cherchèrent des secours d'un autre côté. Leurs émissaires s'introduisaient dans les quartiers des militaires; se lamentaient sur la ruine prochaine de «la bonne vieille cause;» exprimaient leurs regrets que l'on eût fait tant de sacrifices et répandu tant de sang inutilement, insinuant aux officiers qu'ils devaient s'attendre à perdreles propriétés qu'ils avaient acquises , aux soldats, qu'ils seraient licenciés et perdraient les arrérages de leur solde (2). Un esprit de mécontentement commença à se répandre dans les différents corps , et beaucoup d'officiers se rendirent à
(t) Tbnrloe, vu, 866 , 887. Pria, 787. Letlres de Carie, U.326. Méat, de Clar. , m, 705 , 714,726 , 730, 1 , 3. Il parait qu'un grand nombre de royalistes étaient beaucoup trr p actifs. > Lorsqu'on s'en plaignit a Mook , il répondit, en plaisantant , que , comme il y avait un parti fanatique d'un côté, il y avait un parti frénétique de l'autre. » 721 , 2,
(2) Tburloe, vn,870.
i la capitale. Mais Monk, quoiqu'il se déclarât toujours partisandu gouvernement républicain, se hasarda à prendre un ton plus hardi. Les milicesde la cité, au nombre de 14,000 hommes, étaient déjà incorporées sous ses ordres ; il avait dans sa poche un brevet de Charles qui le nommait lord général des armées dans les trois royaumes; et il avait résolu, si les circonstances le forçaient à jeter le masque, de proclamer le roi, et d'inviter tous les sujets fidèles à se rallier autour de l'étendard royal. Il commença (9 avril) par ordonner aux officiers de retourner à leurs postes, puis il fit présenter aux soldats la promesse de se soumettre au nouveau parlement ; et tous ceux qui refusèrent de la faire furent aussitôt renvoyés Cl). En même temps, les partisans de la république résolurent d'opposer à Monk Lambert, qui avait été l'idole des soldats. Lambert , il est vrai, était prisonnier à la Tour, où il avait été renfermé par ordre du conseil ; mais, avec une corde, il descendit de la fenêtre de sa chambre à coucher, fut reçu par huit bateliers dans une barque, et trouva un asile sûr dans la cîfef. Toutefois les habitants de la cité étaieut trop royalistes pour écouter les suggestions de ce parti: il quitta sa retraite (13 avril), se rendit à la hâte dans le Wanvickshire, rassembla parmi les régiments mécontents six compagnies de cavalerie et quelques compagnies d'infanterie, et eut l'espoir de se voir , sous peu de jours , à la tète de forces formidables. Mais Ingoldsby (21 avril), qui, après avoir été régicide, était devenu royaliste, vint à sa rencontre près de Daventry avec des forces égales. Une compagnie de cavalerie du parti de Lambert passa à I ennemi, et les autres, lorsqu'il donna l'ordre de charger, dirigèrent leurs pistolets vers la terre, le malheureux chef prit aussitôt la fuite : Ingoldsby le poursuivit ; son cheval, plus vigoureux, eut l'avantage dans les terres labourées; le fugitif fut pris, et, après avoir vainement tenté d'émouvoir la pitié de son ancien camarade, il se soumit à son sort (24 avril). Il fut reconduit à la Tour; et lorsque les milices, les volontaires, et les auxiliaires levés dans la cité, passèrent en revue devant le général a Hyde- Park, les auxiliaires se mirent à genoux pour
1> Mém.deClar., m, 715.