CHAPITRE XIX
ont
boire à la santé du roi; Laiv.bert, dans ce moment, fut conduit àTyburn, elles spectateurs applaudirent par des cris et des acclamations à l'humiliation du prisonnier (1 ).
l.e parlement-convention(il fut ainsi nommé, parce qu'il n'avait pas été convoqué légalement) s'assembla le jour fixé ("25 avril). Les presbytériens, par des manœuvres habiles, firent porter sir Marbotlle Grimstone, un de leurs partisans, au fauteuil de président : mais les cavaliers, avec leurs adhérents, formèrent une nombreuse majorité, et le nouveau président, au lieu d'essayer de résister au torrent, eut la prudence de s'y laisser aller. Monk prit place comme représentant du Devonshire, comté où il était né.
Afin de neutraliser l'influence des « cavaliers » dans la chambre des communes, les lords presbytériens qui avaient siégé en 1648 s'assemblèrent dans la chambre des pairs , et choisirent le comte de Manchester pour leur président. «Mais de quel droit voulaient-ils constituer exclusivement une chambre du parlement? ils n'avaient pas été convoqués de la manière ordinaire par des wrils; ils ne pouvaient pas siéger comme faisant partie du long parlement, qui a présent du moins avait cessé d'exister; et s'ils fondaient leurs prétentions sur les droits de leur naissance comme «consiliarii nati,» d'autres pairs possédaient le même privilège.» La question fut soumise au lord général , qui répondit qu'il n'avait pas d'autorité pour décider des droits de qui que ce fût. Encouragés par cette réponse, quelques-uns des pairs exclus essayèrent de prendre leurs places, et ne trouvèrent point de résistance; leur exemple fut suivi par d'autres, et dans peu de jours les lords presbytériens formèrent à peu près le cinquième de la chambre. Cependant, pour éviter les chicanes, les pairs qui avaient fait partie du parlement du roi à Oxford, ainsi que ceux dont les lettres patentes étaient d'une date postérieure au commencement de la guerre civile, s'abstinrent, pour le moment, de demander admission (2).
Monk continuait de dissimuler. Par son or-
(1) Rég. de Kennet. 120. Price, 792, 791. Ludlow, 379. Philips , €07. Méra. de Clar. .m, 735.
(2) Jour», des lord», xi , 4 , 5 , 6.
dre, Grcnville s'adressa à un député au moment où il entrait dans la chambre du conseil , pour lui procurer une occasion de parler au lord général. Monk vint à la porte, en reçut une lettre, et, reconnaissant sur le cachet les armoiries royales , il donna ordre aux gardes de veiller à ce que le porteur ne pût s'éloigner. Dans quelques minutes, Grenville fut appelé et interpellé par le président de dire comment cette lettre se trouvait en sa possession ; et l'ordre fut donné de le mettre en prison. « Cela n'est pas nécessaire, dit Monk; j'apprends qu'il est mon proche parent, et je réponds de sa comparution.»
La glace était ainsi rompue. Grenville fut traité non comme un prisonnier, mais comme le serviteur de confiance du souverain. 11 remit aux deux chambres les lettres qui leur étaient adressées, et reçut en retour un vote de remerciment et une gratification de 500 liv. sterl. La lettre pour l'armée fut lue par Monk à ses officiers, celle pour la marine par Montaguc aux capitaines sous ses ordres, et celle pour la cité par le lord maire au conseil commun à Guildhall. Chacun de ces corps vota une adresse de remerciaient et de félicitation au roi.
L'écrit qui accompagnait les lettres aux deux chambres, 1° accordait un pardon libre et général à tous les coupables, hormis ceux que le parlement pourrait dans la suite excepter; ordonnait que toutes les divisionsde partieusseot à cesser, et invitait tous ceux qui étaient les sujets du même souverain à vivre dans l'union et l'harmonie; 2° il annonçait la liberté pour les consciences délicates , et que personne ne serait inquiété ni recherché pour des différences en matière de religion qui ne troubleraient pas la tranquillité du royaume, et promettait en outre l'assentiment royal aux actes du parlement qui seraient proposés pour l'entière concession de celte liberté; 3» il y était fait mention des poursuites légales auxquelles pourraient être exposés les possesseurs actuels de propriétés achetées ou accordées pendant la révolution, et il y était proposé de laisser l'arrangement de ces différends au parlement, qui aurait plus de moyens de pourvoir k la juste satisfaction des parties intéressées; enfin il promettait de payer les arrérages de l'armée
IHSTOir.K D'ANGLETERRE.
sôus les ordres du général Monk , et de retenir au service royal les officiers et les soldats avec la même solde et aux mêmes condili insdont ils jouissaient actuellement. Telle fut la célèbre déclaration de Bréda, la charte royale sur la foi de laquelle il fut permis à Charles de remonter sur le trône de ses pères ( I ).
- Encouragés par l'élan de fidélité au roi avec lequel on avait reçu ses lettres et sa déclaralion, ses agents se proposèrent pour but principal de leurs efforts de le faire revenir en Angleterre avant que Ton pût imposer des bornes à la prérogative royale. Les «cavaliers» étaient en si grand nombre dans la chambre haute, que Ton n'avait aucune opposition à craindre de la part des lords; et les dispositions qu'avait déjà montrées la chambre des communes étaient de nature à satisfaire les souhaits des plus ardents champions de la royauté. Les deux chambres votèrent que , par les lois anciennes et fondamentales du royaume, le gouvernement était et devait être composé «de roi, lords, et communes ;» ils invitèrent Charles à venir prendre possession de la couronne qui lui appartenait par sa naissance; et afin de subvenir à ses besoins les plus urgents, on lui envoya un don de 50,000 liv. sterling, avec 10,000 liv. pour son frère le duc d'York, et 5.000 liv. pour le duc de Gloucester. Ils or* donnèrent d'effacer les armes et les emblèmes de la république, de rétablir le nom du roi dans les prières publiques, et firent proclamer sa succession comme ayant commencé le jour de la mort de son père (2). Haie , le célèbre légiste, et Prynne , se hasardèrent à conseiller à la chambre de s'arrêter dans son enthousiasme, et de consulter les intérêts de la nation. Le premier demanda que l'on nommât un comité pour examiner quelles avaient été les propositions offertes par le long parlement , et les concessions accordées par le dernier roi en I64S; le second insista sur ce que 1 occasion était favorable pour s'entendre mutuellement et d'une manière permanente sur toutes les réclamations qui avaient été jusqu'alors des sujets de contestation entre les deux chambres et la couronne. Mais Monk se leva, et s'opposa avec
(1) Journ. de* Lords, xi , 7, 10.
<2) Jonrnaux des deui chambrai.
force à une enquête qui pourrait réveiller les craintes, les jalousies et les animosités, et ra~ mener les scènes de sang des temps passés. Il fallait que le roi revint pendant que la paix et l'harmonie régnaient. 11 viendrait seul; il De pouvait pas amener d'armée avec lui ; et il serait autant dans leur dépendance à Westminster qu'à Bréda. Dans l'intervalle, on pourrait préparer des restrictions, s'il était nécessaire qu'il y eut des restrictions, et les lui présenter après son arrivée. A la fin de ce discours, la chambre retentit des acclamations des a cavaliers;» et ceux qui étaient pour l'enquête, intimidés par l'autorité du général et les clameurs de leurs adversaires, jugèrent qu'il serait prudent de céder (I).
Charles se montra aussi empressé à accepter que les chambres l'avaient été à voter l'adresse d'invitation. De Breda il s'était rendu à La Haye, où les États, désirant réparer leur négligence précédente, le reçurent avec une magnificence extraordinaire (23 mai). La flotte sous Montague (2) avait jeté l'ancre dans la baie de Schevelin ; et Charles , aussitôt que le temps le permit, fit voile pour Douvres , où Monk , à la tête de la noblesse et des gentlemen des comtés voisins, s'était rendu pour recevoir le nouveau souverain (25 mai). Tous les yeux étaient fixés sur leur entrevue; lair affable et satisfait, mais plein de dignité du roi. et l'hommage respectueux et soumis du général, excitèrent les applaudissements des spectateurs. Charles l'embrassa comme son bienfaiteur, le fit marcher à côté de lui , et le reçut dans le carrosse royal. De Douvres à la capitale, la marche du roi parut une procession triomphale. Les roules étaient couvertes d'une population innombrable, qui désirait témoigner son amour pour le roi et satisfaire sa curiosité. Sur la lande de Blackheath (29 mai), il fut reçu par l'armée rangée en bataille, et salué par les acclamations des soldats en traversant leurs rangs. Dans les champs de Saint-Georges, le lord maire et les aldermen l'invitèrent à pren-
(1) Buraet , î , 15t. Ludlow, m , 8, 9.
(2) Montague depuis longtemps correspondait avec le roi, et désapprouTait la dimiraulation de Monk, jusqu'à l'appeler en particulier • un hnbécille à téte dure;» mata il jugeait nécessaire de le flatter, parce qu'il pont ait empêcher IVntrrpriee. Pepjrt, i , 69