CHAPITRE XIX
dre part à une collation magnifique sous une tente préparée pour le recevoir; du pont de Londres à VYhitehall les maisons étaient tapissées, et les rues bordées par les milices delà cité, les troupes ré&ulières, et les officiers qui avaient servi sous Charles Tr. Le roi était précédé par des troupes de cavaliers, au nombre de 3.000, revêtus de riches costumes, accompagnés de trompettes et de valets de pied; venait ensuite le lord maire, portant l'épée nue , après lui le lord général et le duc de Buckingham, et enfin, le roi lui-même, à cheval entre ses deux frères. La marche était fermée par la garde du général, cinq régiments de cavalerie^ deux troupes de seigneurs et de gentlemen. A Whitehall, Charles congédia le lord maire, et reçut l'une après l'autre les deux chambres, dont les présidents le haranguèrent en lui exprimant le plus ardent dévouement : il leur répondit par des protestations de son attachement pour les intérêts et les libertés de ses sujets. Les cérémonies de cette importante journée ne finirent qu'à une heure avancée de la soirée; et Charles dit à un de ses confidents: «Il faut certainement que c'ait été ma faute si je ne suis pas venu plus tôt, car je n'ai vu personne aujourd'hui qui ne m'ait protesté avoir toujours désiré ma restauration» (I).
On ne saurait nier que le rétablissement de la royauté ne fût un bonheur pour la nation. Elle offrait le meilleur, et peut-être le seul moyen de rétablir la tranquillité publique au milieu de la confusion et de la défiance, des animosités et des haines, des partis et des in-
(I) Wbitelock, 702. Réfi. de Kennet , 1(33. lit», de Clar., m, 772. Vie de Clarendon par lui-même. Continuai wn, p 7, 8. Journal dEvelyn , n , I4JJ.
térèts qui avaient été la suile des événements de la guerre civile , et de la succession rapide de gouvernements opposés et éphémères. A Monk appartient le mérite d'avoir accompli par sa prudence et sa prévoyance , sans violence et sans effusion de sang, cet objet désirable; mais on doit rappeler, et pour l'en blâmer, qu'il l'accomplit sans aucune stipulation de la part du monarque exilé. Jamais une si belle occasion ne s'était présentée pour établir un pacte entre le souverain et le peuple, pour déterminerd'un consentement mutuel les justes droits de la couronne, et mettre les libertés du peuple à l'abri de toute usurpation future. Nous avons assez de preuves que Charles aurait consenti a des conditions de cette nature; mais lorsque cette mesure fut proposée, le lord général s'y opposa de la manière la plus positive. C'était peut-être parce que son esprit prudent voyait du danger dans les délais; il est plus probable qu'il cherchait à rendre ses services plus précieux aux yeux du nouveau souverain. Mais, quels que fussent ses motifs, le résultat de sa conduite fut que le roi monta sur le trône sans être lié par aucune condition, et en conclut qu'il avait droit à tous les pouvoirs réclamés par son père au commencement de la guerre civile. Après quelques années, cette conséquence devint évidente. On s'aperçut que, par la négligence ou la perfidie de Monk, on avait laissé une porte ouverte par laquelle pouvaient s'introduire de nouvelles dissensions entre la couronne et le peuple; et cette circonstance même, dont Charles s'était félicilécomme mettant le comble à son heureuse fortune, ne servit qu'à préparer la voie à une seconde révolution, qui finit par exclure à jamais sa famille du gouvernement de ces royaumes.
NOTES
NOTE JL
Lettre de Babington à Poolejr, avant l'arrestation.
« Robyn, sollicite non postant cur» mutare rati stamina fusî. Je suis prêt à endurer tout ce qui pourra m'être infligé. Et facere et pati romanum est. Ce qu'a été ma conduite envers M. le secrétaire, vous pouvez le témoigner; ce qu'est mon amour pour vous, vous-même pouvez le dire. Les procédés dans mon logement ont été fort étranges. Je suis le même que j'ai toujours prétendu être : je prie Dieu que vous soyez et que vous restiez toujours ainsi à mon égard. Prenez garde à vousmême, de peur que vous ne portiez le blâme de mes dernières infortunes. Est exilium ioler malos vivere. Adieu , mon doux Robyn, si vous croyez en moi comme je me confie en vous; sinon, adieu omnium bipedum iniquissimus. Donne-moi ta réponse pour ma satisfaction, et mon diamant, et telle autre chose que tu voudras. La fournaise est préparée, dans laquelle notre foi doit être éprouvée. Adieu, jusqu'à ce que nous nous rencontrions, Dieu sait quand.
«A toi autant que tu le sais.
« Ahîho.iy Babuicto». »
Je ne pense pas que l'accusation portée contre la reine d'Ecosse ait une grande apparence d'improbabilité; il est très-possible qu'une femme qui souffrait nn injuste emprisonnement depuis vingt ans , et qui était journellement travaillée de la crainte d'être assassinée, ait conçu qu'il pouvait lui être légitime de retrouver sa vie et sa liberté par la mort de son oppresseur, a Car, dit Château neuf, dans une lettre du 26 août, estant née princesse souveraine et détenue prisonnière par si longtemps contre raison , elle ne peult estre blâmée (quand bien elle aurait faict tout ce dont on
la veult charger) ; elle a cherché touts les moyens de se délivrer. » Egerton, 252. La question réelle n'est pas de savoir si elle a pu y penser, mais si elle a effectivement donné son consentement et son approbation au projet d'assassinat qui lui fut soumis au nom de Babington.
Marie, comme nous l'avons déjà vu, nia toujours <|uc les passages des lettres qui approuvent l'assassinat vinssent d'elle, qu'elle eût jamais, et en quelque façon que ce fût , consenti à la mort de la reine, ou qu'elle l'eût même désirée. Elle l'affirma â son procès , et le répéta avec serment i Fotheringay; elle le certifia de nouveau à l'instant de sa mort.
Pour donner de la force à l'accusation après ces dénégations, il était nécessaire de montrer que la copie de ses réponses â Babington , produite à la cour, était une reproduction fidèle de la réponse réelle qu'elle avait chargé Curie de mettre en chiffres et de faire passer au conspirateur. Maintenant, sans disputer sur la fidélité de Curie, nous savons que cette réponse passa de Curie dans les mains de Pbilipps â Chartley, et qu'elle resta en la possession de Philipps et de Walsingham, hommes alors engagés dans un complot pour conduire Marie à l'échafaud, pas moins de dix jours, du 18 au 28 juillet, avant d'être envoyée par eux à Babington. Sortit-elle de leurs mains dans le même état qu'elle y était venue? Firent-ils passer â Babington l'original tel qu'il était chiffré par Curie, ou une transcription faite par Philipps? et cette pièce que devint-elle ensuite? nous l'ignorons, elle ne fut jamais produite. On lui substitua â Fotheringay une copie déchiffrée. Mais s'ils n'avaient pas l'original, où se procurèrent-ils la copie? par qui fut-elle faite? Sur ce point ils gardèrent encore le silence. En donnant quelque explication, ils auraient trahi leur secret, ils auraient découvert, selon le langage figuré de Philipps, par quelle voie le vent y pénétrait.»
Four repousser les charges tirées de celte copie disputée, la reine d'Écosse demanda que l'on mit â sa disposition ses papiers, saisis âCharliey. Maintenant, dans ces pièces était la lettre française, dont il était évident qu'une traduction fidèle avait été adressée par Curie à Babington. Quoi de plut
HISTOIRE D'ANGLLTKKRH.
facile que de metlic enlre les mains de Marie, el de inotitn r par la comparaison, que la copie déchiffrée était une représentation fidèle de la version de Curie? Ils firent usage de divers autres papiers trouves à Charlley, mais non pas de celuici son existence ne fut jamais mentionnée. Peutil y avoir un doute sur le motif pour lequel il fut s pprimé?
L'on a déjà remarqué qne les aveux de Nau el de Curie, indépendamment des circonstances dans (csqu< lies ils furent faits, ne pouvaient è re considérés comme satisfaisants. Nous pouvons leur opposer deux autres déclarations : l'une de Nau, qui en appelle au souvenir de toutes les personnes presentesau jugement rendu a Westminster, que. lorsqu'il lui fut permis de parler, il repoussa les points principaux de la charge, les principaux chefs, ceux sur le. quels seuls un prétexte a condamnation pouvait être basé, comme « faux, calomnieux, el fabriqués (supposés). «Harl.Mss. 4619.— L'autre déclaration, de Curie, est le dernier aveu qu'il souscrivit, le 6 août 1587, au moment où il allait sortir de la maison de Walsingham, après un confinement d'une année; el de laquelle nous pouvons présumer qu'elle contient autant qu'on put lui en arracher en faveur de la poursuite. Il y dit : On me montra les deux véritables lettres écrites par moi en chiffres, et reçues par Babington, el les déchiffrements faits mot pour mot; avec les deux alphabets convenus entre Sa Mjesléct lui, dont les contre- alphabets furent trouvés parmi les papiers de la reine, la copie de la première desdiles lettres écrites de ma propre main, que je n'ai pu me dispenser de reconnaître, ainsi que je le fis, el une véritable copie des principales lettres de Babington à Sa Majesté, le tout reconnu par la confession dudil Babington , signé de >a main. Ensuite le post scriptum desdiles lettres de Babington a M. Nau , pour demander son opinion sur un M. Powley, ledit post scriptum reconuu par M. Nau, et celle que je répondis au nom de la reine; laquelle réponse contenant seulement eneffel que Habingtou ne devait passe fier a Powley, fut trouvée écrite de ma main parmi le reste des papiers el des pièces de correspondance entre les porteurs des p iquets. » L'on peul observer ici que, dans celle louguc énuméralion, les seules lettres a Babington qu'il admet comme ayant été exhibées, sout les notes du 15 juin et du 12 juillet, lion pas l'importante r.'ponse du 17. Il poursuit : « Sur quoi je ne pouvais en aucune façon refuser ce témoignage manifeste et irrécusable - Mais il me fut demandé a la fin, pour des objets plus importants, d'avouer, comme je le fis, que j'avais déch.ffré a Babingion ses principales lettres a Sa Majesté, cl que je reçus do M. N :u , par
le commandement de la reine, sa réponse à ces lettres après qu'elle l'eul parcourue el lue en ma présence, laquelle réponse je traduisis en anglais, et après que cette traduction eut été revue par Sa Majesté, je la mis en chiffres avant qu'elle fût envoyée â Babington. En témoignage de quoi j'ai souscrit les présent* s de ma main , à Londres, le 6aonilft87.
«CuitL£.»(Avec un paraphe.)
I ine lecture rapide de celle pièce pourrait conduite â penser que Curie y admit l'objet en discussion. Mais un examen plus attentif nous convaincra qu'elle ne s'y rapporte pas. Curie reconnaît bien que Marie répondit a la lettre de Babington, el que lui-même traduisit cette réponse cl la mit en chiffres. Mais ladite réponse fut-elle ou ne futelle pas bien fidèlement reproduite par la copie déchiffrée présentée à Folberingay? voilà une question dans laquelle il n'entre pas, el dans laquelle probablement il ne pouvait entrer : car ou peut inférer de la pièce ci-dessus et de ses précédents aveux qu'il ne lui fut jamais accordé de voir cette copie déchiffrée.
.le ne doute pas que Nau ne dit la vérité , quand il informa Elisabeth que Marie était résolue de profiler des services de Babingion, en taut seulement qu'ils tendissent à l'arracher de prison. Mais alors comment nous rendre compte des allusions au meurtre projeté dans la copie déchiffrée de sa réponse? Je les attribuerais à l'esprit inventif de Philippe travaillant sous l'œil de Walsingham: rien ne devait être plus facile à cet artiste , quand il était employé à déchiffrer, que de donner, par l'addition ou l'altération de quelques paroles, un sens entièrement uouveau au texte de l'original.
Dans le passage suivant, la main de l'inlerpolaleur me semble se trahir, a Les affaires, fail-ou dire à Marie, étant ainsi préparées, et les forces toutes prêtes au dehors comme au dedans du royaume , il sera temps de u mettre les six gentils» hommes à l'œuvre (pour assassiner la reine), ayant soin, à l'accomplissement de leur dessein (l'assassinat) , que je puisse être soudainement transportée hors de ce lieu , et que toutes vos forces soient en même temps en campagne pour me joindre, en attendant l'arrivée des secoursélrangers,qui devront faire toute diligence. » Puis elle indique des dispositions par lesquelles quatre vigoureux cavaliers seront entretenus à la cour pour l'avertir de l'accomplissement du dessein (l'assassinat), afin qu'elle puisse s'échapper avant que ses gardiens aient le temps de fortifier la maison. C'est là, ajouie-t-elle, le meilleur plan qu'elle puisse donner. «Car vous lancer de ce côté avant d'être assurés de forces
NOTES
étrangères suffisantes, cela ne servirait qu'a vous mettre en danger ..; et n> 'enlever de celte place sans être assurés auparavant de pouvoir me mettre au milieu d'une bonne armée ou dans une bonne forteresse..., ce serait donner une excuse suffisante a cette reine pour me ressaisir, me renfermer dans quelque lieu d'où je ne pourrais jamais m'échapperai elle ne faisait encore qui Ique chose de pire.» Mais comment Elisabeth aurait-elle pu la ressaisir, si Elisabeth elle-même avait été déjà mise à mort ? Jl était assez naturel que Marie craignit un second emprisonnement plus rigoureux , si c|le devait de nouveau tomber eni re les mains de la reine, et interdit par conséquent toute tentative pour la déliv rer sans une force suffisante pour sa protection. Mais il est impossible de concevoir qu'elle entretint aucune craiutede tomber entre les mains d'Elisabeth, si elle avait disposé des mesures pour que la tentative de délivrance dépendit de l'accomplissement du dessein des six gentilshommes (c'est-à-dire du meurtre préalable d'Elisabeth). La raison qu'elle assigne à se* mesures préalables, est pour moi une preuve qu'elle n'y avait inséré aucune mention d'assassinat.
Quant à Nau, il est clair que Marie le soupçonnait de l'avoir accusée pour sauver sa propre vie (211). Des motifs suffisants a de tels soupçons avaient été fournis par la mon ère artificieuse avec laquelle lui avait été présentée la déposition de cet homme. Mais ce n'était qu'Un soupçon, elle u'avail pas de preuves. Il semble très -douteux qu'il ail été conduit à reconnaître dans sa .confession du 21 sept: (voyez p. 220) les passag s relatifs au meurtre. En d'au 1res circonstances bous savons qu'il l'acquiila, particulièrement dans s-a protestation à la reine le 20 sept., et dans sa déclaration publique devant les commissaires a Westminster le 2 » orU • «. . . . . % •
Le comte de Shrewsbury avait été excusé pour cause d'indisposition. Néanmoins, quoiqu'il fût resté personnellement étranger à la procédure, il fut résolu qu'il prêterait la sanction de son nom au jugement. Dans cette vue, lord Burghley le visita a Stilton, et lui rendit compte du procès qui avait eu lieu a Fotheringay. Le 22 oct. , le lord chancelier écrivit au comte, par ordre de la reine, «de venir à Westminster, s'il le pouvait, afin d'en finir avec la commission le 25.» Celle lettre était accompagnée d'une autre de Burghley, l'informant du grand désir de la reine qu'il concou-
rût au jugement avec les autres commissaires. 'S'il ne pouvait venir, a alors, dit Burghley, je prie votre seigneurie de m'écrire que, dans une conférence entre nous, ayant été tous deux d'avis que la reine d'Écosse ne s'était pas purgée par ses réponses (avec quelle réserve cela est exprimé!) de la charge qui pesait sur elle , pour avoir médité et imaginé la mort de Sa Majesté, votre seigneurie avait dit que, si vous éliez présent, vous donneriez votre sentence en ce sens, et qu'en conséquence, étant absent pour cause d'infirmité , vous m'autorisez et me requérez de déclarer que votre opinion est telle »
Le 26, il écrit de nouveau : « Hier, dans la chambre étoilée, quand tous les commissaires , parmi lesquels il ne manquait que voire seigneurie et mylord Warwick, pour causes admises, furent rassemblés, et eurent prononcé leur sentence , tous en une forme, de charger la reine des Écossais de complicité dans la conspiration, de préméditation et d'invention de diverses choses tendant à l'offense et à la destruction de la personne de Sa Majesté, mylord chancelier et moi déclarâmes, en lisant la ktlrc de votre seigneurie , voire sentence conforme à la sentence générale de tout le reste , et il fut ordonné que le lundi suivant (31) le procès avec la sentence fussent écrits en la forme d'un rapport , a quoi il est entendu que nous apposerons lous nos sceaux. »
Le jour suivant 27, il écrit une troisième fois. Il avait appris des juges que la lettre précédente du comte ne.do.qnail pas a Burghley un droit légal d'agir pour lui; ij dit donc : «J'envoie maintenant A votre seigneurie la véritable copie de votre lettre précédente, avec quelques petites choses en interligne, dont il faut changer la forme : j'ai donc envoyé à votre seigneurie, dans un papier à part, les mois qui doivent être insérés dans une nouvelle lettre au l cu de ceux qui sont soulignés. Je remets à la considération de votre seigneurie de faire adresser voire lettre à mylord chancelier et à moi comme votre précédente, et de la même date, avec le changement seulement de ce que j'ai souligné, rt au lieu de cela, d'écrire les autres sentences contenues dans l'autre papier ci -inclus. a
Le 28,1e comte écrivit une réponse publiée par Lodge, il, 333, les autorisant a souscrire son nom, et envoyant sou sceau a pour le sceller. »
A près, tout, cette souscription par remplacement fut jugée insuffisante, car le 30 nov. lord Burghley écrit : a La sentence fut souscrite hier par lous les commissaires qui étaient ici au parlement,et j'ai répondu, paur votre seigneurie , que vous ne manqueriez pas de signer à quelque époque que ce fut ; cl l'on a laissé qn espacé pouc »ot renom »
HISTOIRE D ' Ài\ G I ,ETERR E.
(Des papiers ea la possession du comte de Shrewsbury.)
ta letlire que Marie écrivit â Sixte V, en date du 23 novembre 1586, est conservée dans les archives du Valican : elle est en français. Une traduction en italien en a été publiée par Tempesti, Vila e gole di Sislo-Quinto, I, 311 ; et Becchetti , xn , 377, en a fait paraître un extrait
Dans celte lettre, elle informe le pontife que, ce jour même, elle a reçu l'ordre de se préparer à la mort, par lord Buckburst et d'autres ; et que son intention , si on lui permettait de voir son aumônier, ou un prêtre catholique , était de se conformer aux usages de l' Église catholique. Elle s'attendait toutefois que cela lui serait refusé; d'après cela, elle s'avouait pécheresse à ses pieds, et imp'orait la miséricorde de Dieu pour son âme. Elle continue ensuite sur ce ton pieux : «Entre laquelle (mon âme) et la justice de Dieu j'entrepose le sang de Jésus Christ , pour moy crucifié et touz les pécheurs , l'une des plus exécrables desquel z je me confesse être, veu les grâces infinies par luy reçues, par moy mal recognoscées et employées : ce qui me rend indigne de pardon , si sa promesse faicte à touts ceulx chargés de péchés et d'afflictions spirituelles d'estre par luy assistés, et sa miséricorde ne m'enhardissoient, suivant son commandement, de venir vers luy , portant ma charge, afin d'eslre par lui déchargée, à l'exemple de l'enfant prodigue, et, qui plus est , ofiranl aux pieds de sa croix volontairement mon sang nour le maintien et fidellc zèle que je porte â son Eglise, sans la restauration de laquelle je ne désire jamais vivre en ce monde.»
Elle recommande ensuite au pontife la conversion de son fils â la religion catholique, et à cet effet elle le prie d'employer la coopération du roi d'Espagne, le seul prince qui l'ait réellement secourue pendant sa captivité. Si Jaeques continue â ne pas vouloir se convertir, elle met tous ses droits â la couronne d'Angleterre à la disposition du pape et de ce monarque ; mais s'il vient à se repentir, elle le supplie de tourner ses regards vers Philippe et les princes de la maison de Guise, comme ses plus proches parents, et souhaite, comme la dernière satisfaction qu'elle puisse désirer sur la terre, qu'il épouse l'infante d'Espagne. Le porteur lui fera un récit fidèle de toutes les transactions passées, et elle espère que Sa Sainteté sera en état de faire eonliattre la vérité sur son histoire, et de réfuter les aloinmcs inventées contre elle par ks ennemis de
l'Église. Pour conclusion, elle déclare qu'il y a à la cour pontificale, et même parmi les cardtnaux, des personnes que l'on croit trahir la cause de Dieu, et que lord S. John est soupçonné de servir d'espion au lord trésorier. 23 nov. 1586.
J'ai appelé l'attention du lecteur sur cette lettre pour la raison suivante. Quelques années après la mort de Marie, on pensa que la reine , la veille de sou exécution , avait fait un testament , par lequel elle laissait le royaume d'Angleterre à Philippe d'Espagne, dans le cas où son fils ne se ferait pas catholique , et que le cardinal Laurea , et Lewis Owen, évèque deCassano, avaient certifié être de l'écriture de la reine. On n'a jamais pu cependant découvrir ce testament. (Mémoires de Butler, ni, 265. Burnet, ut- Rec., 732.) Dans mon opinion, on peut croire que cette idée vient d'une méprise, et que le véritable testament n'était que la lettre dans laquelle elle laisse la disposition de ses droits â ce monarque et au pontife. Ce qui confirme cette conjecture, c'est qu'à la fin de cette lettre se trouve jointe une attestation de Lewis Owen , évèque de Cassa no, qui affirme que l'écriture est aile de Marie , reine d'Ecosse.
Je me propose dans cette note de donner quelques détails sur cet acte, que tous ceux qui oot écrit sur V Armada ont eu soin de mentionner, quoique très-peu d'entre eux l'aient eu entre leurs mains. Il en fut imprimé â Anvers une édition nombreuse pour être distribuée en Angleterre au moment de l'invasion ; mais l'invasion n'eut pas lieu, et l'on eut soin d'en brûler presque tous les exemplaires, ce qui fait que ce livre est devenu Irèi-rare: en voici le titre: «Avertissement à la noblesse et au peuple d'Angleterre et d'Irlande, concernant la guerre présente, faite en exécution de la sentence de Sa Sainteté, par le haut et puissant roi catholique d'Espagne, composé par le cardiual d'Angleterre, anno mdlxxxvm. » Il commence ainsi : «Gulielmus, miseratione divinâ S. «11. E. tituli Saneti- Martini in montibus,cardina- «lis presbyter, de Anglià nuncupatus, cunctis «regnorum Anglie et Hibcrniteproceribus, populis «et personis, omnibusque Christ i fidelibus salutem «in Domino sempiternam.D Après une courte préface, il entreprend de faire connaître, 1° de qui et d'on Elisabeth tire son origine ; 2" comment il est arrivé qu'elle soit parvenue à la dignité royale; 3" comment elle s'est conduite au dedans et au dehors de son royaume; I* par quelles lois divines et
NOTES
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humaine» son châtiment n'est préparé; 5° combien sont justes, honnêtes et utiles les raisons qu'ont tous les véritables Anglais d'embrasser et d'avouer cette cause.
1° Elle est bâtarde, fille de Henri VIII , par son commerce incestueux avec Anne Bolryn.
2° Elle s'est introduite par force, en déposant injustement les chefs du clergé, sans lesquels il ne peut être tenu de parlement légitime , ni fait de statuts ; sans l'approbation du siège de Rome, et en opposition au traité fait par le roi Jean â la demande spéciale, et par l'entremise des lords et des communes, comme chose nécessaire pour préserver le royaume de l'injuste usurpation des tyrans.
3° Ouanl â sa conduite, elle s'est déclarée ellemêmebérétii]ue; elle a usurpé, mue par un orgueil diabolique , le titre de puissance suprême ecclésiastique , chose que l'on ne sache pas avoir jamais appartenu â une femme; intolérable pour les chefs de sa propre secte, la plus monstrueuse, la plus ridicule, la plus absurde, la plus détestable aux yeux de tous Us catholiques du monde, et une véritable fable pour la postérité.
Elle est regardée et reconnue comme bâtarde incestueuse, conçue et née dans le péché, par Anne Bolcyn, infâme courtisane, exécutée plus tard pour cause d'adultéré, de trahison, d'hérésie, et d'inceste avec son propre frère; laquelle Anne Bolcyn son père prit en prétendu mariage, du vivant même de sa femme légitime, et après avoir connu et entretenu de la même manière la mère et la sœur de ladite Anne Boleyn.
Elle est coupable de parjure pour avoir violé le serment de son couronnement.
Elle a aboli la religion catholique, profané les sacrements, défendu de prêcher, dépouillé les églises , déposé et fait emprisonner les évêques , et supprimé les monastères.
Elle a détruit la plus grande partie de l'ancienne noblesse, en introduisant dans les maisons et les appartemeuts qu'elle habitait, des traîtres, des espions, des délateurs, et des provocateurs, qu'elle achargés de veiller sur les démarches, les paroles, ei las écrits.
Elle a élevé une nouvelle noblesse, composée d'hommes bas et impurs, remplis d'avarice et d'ambition.
Elle a composé un nouveau clergé du véritable rebut et de la lie des mortels.
Elle a fait de son pays un lieu de refuge pour les athées, les anabaptistes, les hérétiques, et les rebelles de toutes les nations.
Elle a dépouillé le peuple, non-seulement par des subsides plus considérables et plus fréquents que tous ceux qu'avaient établis les autres princes, mais encore au moyen de fourberies honteuses, de lote-
ries, de lots, de décrets, d'altéraliou de la monnaie, et d'escroqueries semblables.
Elle vend des lois, des licences, des dispenses, des pardons, pour de l'argent et des présents, dont elle enrichit ses pauvres cousins et ses favoris dans l'indigence. Parmi les derniers, se trouve un Leicester, qu'ellea choisi au commencement pour servir sa dégoûtante lubricité : c'est pourquoi celuici , pour être plus libre et mieux servir ses intérêts» a fait assassiner sa propre femme; et ensuite, on le sait positivement , pour assouvir ses plaisirs brutaux avec une autre dame de qualité , il en a fait massacrer le mari. Cet homme gouverne la chambre, la cour, le conseil, le parlement, les ports I s forts , les mers , les vaisseaux , les chaloupes, les hommes, les munitions, et tout le royaume.
A l'individu susnommé, et â beaucoup d'autres, elle a prostitué son corps contre les lois de Dieu, au détriment de la majesté royale, et au grand reproche de toute la nation, par une quantité de débauches incroyables, qu'on ne saurait exprimer, et dont la modestie défend de se ressouvenir ; il serait impossible de décrire â de chastes oreilles de quelle manière honteuse elle a souillé et couvert d'iufamic sa personne et son pays, et fait de sa cour, par une adresse, science damnablc et détestable, un piège qui attire dans le péché, et perd les jeunes seigneurs et les gentilshommes de la nation ; ce qui fait qu'elle est devenue la fable notoire et vulgaire de tous les pays, à cause de sa turpitude, qui, â un si haut degré, et spécialement pour une femme et une reine, mérite nonseulement la déposition, mais toutes les vengeances de Dieu et des hommes, et qui ne peut se tolérer sans une infamie éternelle pour tout notre pays, attendu que tout le monde se moque de notre lâcheté efféminée, qui a souffert qu'une créature semblable ait régné, pendant près de trente ans* sur nos personnes et sur nosâmes, et qu'elle ait eu la gestion souveraine de toutes nos affaires tant spirituelles que temporelles, pour la ruine non-seulement de la religion, mais encore des mœurs chastes et honnêtes.
Elle ne se marie pas, parce qu'elle ne peut se borner â un seul homme: et, â la condamnation du mariage cbasie et légitime, elle a forcé le pirlement â donner son assentiment â une loi par laquelle personne ne peut être nommé son successeur, excepté Venfnnl naturel, c'est-â-dire l'enfant bât.ird , mis au monde par son propre corps. (Ici on fait allusion à ses enfants illégitimes, longtemps cachés ou supposés.)
Elle se lie avec les révoltés de toutes les nations, et est regardée comme la source prineipaledc toutes ces révoltes furieuses de l'Éco se , de la France , et de la Flandre; entretenant au dehors, par le moyen
HISTOIRE DWiNGLETERRE.
de ses miniaires, comme on en a la preuve par les lettves interceptées et les aveux, un grand nombre d'intelligences, d'espions, et de macbinateurs dans les cours de la plupart des princes , non -seulement pour lui donner des nouvelles, mais encore pour comploter avec les mécontents; et elle a cherché à faire périr Sa Sainteté le pape, et le roi d'Espagne.
Elle est excessivement orgueilleuse , obstinée , et impénitente, quoiqu'elle soit excommuniée depuis dix-huit ans.
Elle a fait assassiner des évêques, des prêtres, et la reine d'Ecosse.
4n Après avoir rapporté plusieurs exemples de rois déposes, dans l'Ancien Testament, et l'excommunication d'empereurs par différents papes, il observe que la sentence rendue par Pie V n'a pas r<çu son exécution, d'une part, à raison de la mort de ce pontife, et de l'autre, à raison du grand pouvoir de la reine. Mats sa persévéraice dans le péché, la persécution des catholiques, et les secours qu'elle accorde aux rebelles , ont engagé Sixte V à prier Philippe d'Espagne 'de prendre sur lui cette entreprise glorieuse K sacrée, a laquelle il a consenti, mù par son propre n ie, par l'autorité de Sa Sainteté, et par les humbles et continuelles instances du cardinal pour la délivrance de ses compatriotes.
Il n'est pas nécessaire d'analyser la cinquième partie. On en trouvera le contenu dans Fuller, t. IX, page 106, et dans les Mémoires d«* M.Butler, m, 213. La date est placée à la fin. — De ma résidence au palais de Saint-Pierre à Rome, le 28 avril 1588» le cardinal.
L'auteur de cet acte violemment hostile parait avoir étudié les ouvrages et pris le style des exilés qui publièrent A Genève «les libelles contre la reine Marie, qui avait précédé Elisabeth. On mil bientôt en discussion le nom de l'auteur. Le langage et le style ne ressemblent assurément pas à ceux d'Allen , dans ses ouvrages reconnus ; et les prêtres appelants affirmèrent hardiment que le livre«a vait été écrit par le conseil de«F. Persons.» Persons luimême , quoiqu'il fasse mention deux fois de cette accusation, semble, par ses paroles évasives, en avoir reconnu la vérité. (Manifestation, 35, 47.) Mais, quel que soit le véritable auteur, le cardinal, en le signant de son nom , adopta le traité comme son propre ouvrage , et , par cette raison , devint responsable de son contenu.
Toutefois, et c'est une justice à lui rendre, nous trouvons dans Stryne (iv, 144) une lettre de lui, conservée par Oeil, écrite dans un style tout différent. C'est le résultat d'une communication d'Hopkins, agent anglais, qui lui dit que la reine désirait la paix , cl ne se refuserai pns à quelque
tolérance. Le cardinal exprima sa joie de celle nouvelle. C'était ce qu'on savait qu'il désirait depuis longtemps, et ce qu'il s'efforçait de provoquer de lout son pouvoir. Si la reine voulait seulement consentir à accorder la tolérance, et à restituer les places espagnoles qu'elle tenait en ce moment, il répondait qu'on ne lui demanderait aucune autre réparation des au ires injures , etc. etc. , et que la paix serait , par ce moyen, rétablie dan* le monde chrétien. Il ajoutait : « Si dans cette affaire je puis, par ma vie ou ma mort, être le promoteur ou l'agent, je regarderai le peu d'années qui me restent à vivre comme bien plus heureuses que les longues et malheureuses années de ma vie passée.» Ibiti., 146. On en trouve une partie dans la Biographie britannique, art. Allen.
J'ajouterai ici quelques particuliariles relatives à ce noble personnage. On lira avec plaisir le discours qu'il tint au lieutenant de la Tour, qui lè vbita quelques jours avant sa mort. Lorsque cet officier parut, il s'exprima ainsi : «Monsieur le lieutenant, vous avez usé envers moi et mes serviteurs de mesures bien sévères. — En quoi , mylotd? répliqua celui-ci. — Ab! dit le comte, je ne veux pas en faire la récapitulation, car tout est pardonné de bon cœur : j'ai seulement à vous dire quelques mots de ma dernière volonté, qui , si l'on y a égard, peut tourner, par la grâce de Dieu, â votre avantage et a votre réputation. Je ne parle pas pour moi-même, or Dieu, dans sa bouté, a décidé que je serais bientôt hors de votre pouvoir; mais je parle pour ceux qui peuvent à l'avenir vous être couhVs. Vous devez penser, monsieur le lieutenant, que lorsqu un prisonnier est amené dans celle tour, il apporte avec lui du chagrin. N'ajoutez pas d'afflictions à ses peines : il n'y a pas d'homme, eu quelque position qu'il se trouve, qui ne puisse tomber. C'est une action bien inhumaine que de fouler aux pieds celui que l'infortune a renversé. Dieu a horreur de l'homme qui n'écoutepasla voix qui demande miséricorde. Votre devoir est de garder avec soin les prisonniers, et non de les tuer par vos rigueurs. Souvenez-vous bien, mon cher monsieur le lieutenant, que Dieu, qui peut de son doigt tourner la roue inconstante de ce monde changeant, peut, dans la révolution de quelquesjours, vous rendre aussi prisonnier, et peut-être dans le même lieu où vous retenez les autres. Il n'y a pas de calamités auxquelles les hommes ne soient exposés , et celle- h peut vous arriver aussi bien qu'a tous les autres- Adieu, monsieur le lieutenant; venez me
NOTFS.
voir autant qu'il vous plaira durant te peu de temps qui me reste à séjourner ici , et je vous recevrai toujours de grand cœur, comme un ami.» Ms. , Vie de Philippe Howard.
Ses funérailles curent lieu dans la Tour, avec la plus stricte économie. Son cercueil coûta a la reine 10 shillings, et le drap noir qui le couvrait, 30. Comme il était catholique, le chapelain pensa que ce serait une profanation que de lire l'office des morts; il commença doue ainsi : « Nous ne sommes pas venus ici pour honorer la religion de cet homme; nous professons publiquement et prolestons autrement pour être sauvés. Notre intention n'est pas non plus de faire honneur à son crime; les lois l'ont jugé, nous l'abandonnons au Seigneur : ( il est al.é à sa place. Nous trouvons donc que ce qui est écrit dans notre propre livre est juste. «L'homme, néd'une femme, vit peu de temps,» etc. Ainsi Dieu a laissé l'honneur de cet homme dans la poussière. Cependant, comme il est dit dans les Écritures : «Allez, et ensevelissez cette femme, car c'est la fille d'un roi,» nous confions de même son corps a la terre, en remerciant néanmoins Dieu du plus profond de nos cœurs, de ce qu'il nous a délivrés d'un aussi grand sujet de crainte. En conséquence, rendons grâce à Dieu avec le cb.mt de Dcborah. » Il poursuivit , en chantant ie quaranteneuvième psaume , et le service finit par une prière composée pour la circonstance, et que voici : «O Dieu tout-puissant, toi qui es le juge de l'univers, le maître de la vie et de la mort , qui seul as en ton pouvoir les clefs du tombeau , qui le fermes de façon qu'aucun homme ne peut l'ouvrir, qui l'ouvres de façon qu'aucun mortel ne peut le fermer, nous te rendons de grand cœur des actions de grâces pour avoir bien voulu, dans ta miséricorde pour nous , retirer cet homme de ce monde ; nous l'abandonnons à la majesté, instruits par tes paroles que, comme tous les autres, il reviendra de nouveau pour rendre compte de tout ce qu'il a fait pendant sa vie, soit en bien, soit en mal, contre Dieu et son prochain. » Dallaway's Western Susfex, H, 145. Mss. Lansdowne, vol. 99, n#34.
Afin que le lecteur se fasse une idée de la manière dont les catholiques furent traités pendant ce règne, j'ai joint ici lecompte succinct des amendes que pava l'un des premiers réfractaires condamnés, Édouard Sulyard, écuyer de Wctherden, dans le comté de Surfolk, ainsi que les souffrances qu'il éprouva. Je l'ai extrait de ses papiers,
conservés par sa famille , et possédés par la dernière ladjr Siafford.
En 1586, la reine, trouvant que beaucoup des réfractaires n'étaient pas en état de payer en entier le montant des amendes auxquelles les obligeaient les statuts, consentit à leur accorder quelque indulgence, à condition qu'ils payeraient une composition annuelle. M. Sulyard offrit par an 40 liv. ; j'ignore quelle somme fut acceptée, mais il obtint la permission de rester dans sa maison, sous la protection du secrétaire VValsingham , qui défendit qu'on le molestât, «ayant été longtemps privé de sa liberté pour cause de religion. »
11 parait que les amendes dues par lui A la reine eoquod ipse non adivit, Anglice,» n'avaient pas été remises* ad aliquam ecclesiam, capeJlam sive locuui usualem corn m unis precalionis, per spalium 09 mensium;» elles montaient à 1380 liv., dont il n'avait encore payé que 540. Pour assurer le payement des 810 liv. qui restaient, dans l'espace de trois années, il trouva deux cautions, Thomas Tyrrel, et Édouard Sulyard de Fenning, écuyers.
A l'arrivée de la flotte, on le mit en prison avec d'autres réfractaires; mais ayant, en novembre 1588, souscrit une déclaration, par laquelle il reconnaissait que la reine était sa souveraine légitime, nonobstant toutes les excommunications possibles; et qu'il était toujours disposé à la défendre, au péril de sa vie et de sa fortune, contre la puissance de tous les prince», du pape, des potentats, des prélats, et de tousses ennemis, quels qu'ils fussent, il obtint la permission de revenir dans ses domaines, afin d'en tirer de l'argent, mais à condition qu'il serait de retour a Londres vers le 10 mars, où il tiendrait les arrêts dans une maison particulière. Il obéit, et s'engagea, sous peine de payer 2,000 liv., à ne pas quitter ladite maison ou ses dépendances
En octobre 1593, il obtint la liberté de voyager, après s'être engagé d'abord, par les mêmes conditions, 1° A ne pas aller outre-mer, ou plus loin qu'a 5 milles du lieu où il était confiné; et 2° à se présenter devant le conseil, dans l'espace de dix jours, toutes les fois qu'il lui en serait donné avis dans la susdite maison, « jusqu'à ce qu'il se fût conformé et soumis A la religion, et qu'il eût participé au service divin, établi par un acte du parlement. »
En 1594, le bruit d'une invasion s'étant répandu, il fut renfermé avec d'autres réfractaires dans le château d'£ly. Il obtint, pendant l'automne, la permission de se rendre chez lui pendant quatorze jours, et ensuite de choisir la maison de quelqu'un de ses amis, où il serait conôné sous les restrictions et les peines d'usage.
En 1595 on lui permit de prendre sa propre maison pour prison; et en 1598 il obtint la permission de la quitter, pendant l'espace de six semaines.
Eu 1699, un autre bruit d'invasion s'étant répandu, il fut de nouveau renfermé dans le château d'Ely; mais dès que le danger fut disparu, il retourna dans sa maison, après avoir payé les frais de son emprisonnement à Ely. L'année suivante il obtint encore la permission de s'absenter pendant six semaines.
Pendant ce temps, indépendamment de sa composition avec la reine, il fut par fois forcé, par les ordres du sceau privé, de prêter de l'argent lui ne lui fut jamais rendu, d'entretenir Un cavalier tout équipé pour le service de la reine, et de paraître en personne devant le conseil ou devant l'archevêque.
Tel était le fatigant et avilissant genre devieque menaient, non-seulement M. Sulyard, mais toutes les autres personnes* reconnues catholiques; et cela pour le seul motif qu'ils ne voulaient pas se conformer à une croyance qui blessait leur conscience. Mais si, de plus, on présumait qu'ils pratiquassent leur religion, qu'ils entendissent la messe, ou qu'ils reçussent un prêtre dans leurs maisons, on les soumettait à des amendes plus rigoureuses , à des confiscations, à des emprisonnements pour la vie, nu on les faisait mourir, comme dans les cas de haute tnhisnn , selon la nature de leur offense, et le statut d'après lequel on les avait accusés.