‹ Histoire d' AngleterreChapitre 279 sur 307 · TES · texte numérisé non relu

TES

Si Titus Oales n'ent jamais existé, l'histoire de ce complot ridicule suffirait pour montrer avec combien de facilité les fictions les plus absurdes obtiennent de crédit , quand l'esprit public est sous l'influence des préjugés religieux. Le poisou était, dit-on, contenu dans une double vessie, que Squires devait percer avec une éoingle, et dont il devait exprimer le poison sur le pommeau de la selle. La reine devait, sans le moindre doute, porter sa main sur ce pommeau et ensuite à sa bouche ou à son nez; dans l'un ou l'autre cm, la mort était certaine; car le poison était d'une espèce si subtile et si pénétrante, qu'il devait â l'instant gagner les poumons ou l'estomac.

Au rapport publié par le gouvernement, Walpoleen opposa lui-même un autre dans un pamphlet intitulé :« La découverte et la réfutation d'une fiction tragique, inventée et mise en œuvre par Ed. Squires, yeoman, soldat pendu â Tyburnc le 23 novembre 1578, — écrite par amour et par zèle pour la vérité, contre l'imposture, par M. A., prêtre, qui connut Squires, et eut des intelligences avec lui en Espagne, mdxcix. »

Ces deux rapports disent que Squires était un soldat sous les ordres de Drake; qu'il fut fait prisonnier aux grandes Indes, et conduit à Sévilleen Kspagne. Là, d'après le rapport du gouvernement, Walpole le livra a l'inquisition, ensuite obtint de lui qu'il embrassât la religion catholique; et après lui avoir fait jurer, p3r serment, d'assassiner la reine, il le fit échanger avec un nommé Rolles contre deux Espagnols, prisonniers en Angleterre. Le poison manqua son effet. Mais comment l'attentat fut-il découvert? voilà la partie la plus grossière de l'histoire. Walpole, s'apercevant que la reine était toujours en vie, voulut se venger de l'infidélité supposée de Squires, et fit partir d'Espagne Stanley, afin de révéler son crime au conseil d'Angleterre.

Selon Walpole, Squires, par sa mauvaise conduite à Séville, fut condamné à un emprisonnement de deux ans dans un couvent de frères carmes : espérant abréger le temps de sa punition, il envoya vers Walpole, et prélendit vouloir se faire catholique; mais, voyant que cet expédient ne réussissait pas, il s'échappa de sa prison, gagna Saint-Lucar , et monta à bord d'un vaisseau faisant voile pour l'Angleterre. Walpole affirma solennellement qu'il ne lui avait jamais donné aucun poison, et ne lui avait jamais parié d'assassiner la reine. Il avait toujours suspecté sa sincérité, et, par cette raison, il avait refusé de lui donner des | lettres de recommandation pour les catholiques

anglais. VValpole était véritablement si peu connu de Squircs et de Stanley , le prétendu messager, qu'aucun des deux ne put informer le conseil de son nom de baptême. Ils furent forcés de le deviner, et dans l'acte d'accusation et le procès, ils l'appelèrent William, au lieu de Richard, son nom véritable. Il conclut en ces termes: «Tout le monde connaît maintenant très-bien tous ces contes d'assassinat de la reine; on sait aussi que ces bruiis sont autant d'inductions pour amener la mort des serviteurs innocents de Dieu, qui tombent entre li s mains et au pouvoir des gens altérés de leur sang. » P. 14. Daté de Rome, le 1er mars

J'ajoute la description suivante de la reddition d'Esscx-IIouse, d'après un papier écrit de la main de Françoise Bourcbier, probablement fille de William , comte de Baib. L'original est en la possession de sir Bourcbier Wcy.

«Vers six heures, le lord amiral envoya sir Robert Sidney pour sommer les comtes et ceux qui étaient avec eux de se rendre; et , après que le tambour eut battu pour appeler à parlementer, le comte de Sou i lia m pt nu s'approcha, et demanda a sir Robert Sidney, l'appelant cousin Sidney: « Que voulez-vous? » lequel répondit qu'il les sommait de se rendre, au nom de mylord amiral, lieutenant général de Sa Majesté. Soutbampton répondit : a Cher cousin, à qui voulez-vous que nous nous rendions? à nos ennemis ? ce serait nous précipiter volontairement dans le danger.— Non, dit Sidney, mais vous pouvez vous rendre à Sa Majesté. — Nous le ferions volontiers, reprit Soutbampton ; mais ce serait nous avouer coupables avant d'avoir commis l'offense. Cependant, si mylord amiral veut donner d'honorables otages pour notre sûr retour dans la place, nous sortirons, et nous nous présenterons devant Sa Majesté, à laquelle (Dieu le sait) nous n'avons jamais eu l'intention de faire le moindre tort; dont nous savons que la disposition royale est telle, que si nous pouvions déclarer librement le fond de nos pensées, elle nous pardonnerait, et blâmerait ceux qui sont blâmables, je veux dire les athées, qui ont fbimé des complots pour nous priver de la vie, pour la garantie de laquelle nous avons, comme le requiert la loi de nature, pris soudain les armes, quoique nous reconnaissions devoir pleine obéissance à Sa Majesté jusqu'à la tin de nos jours. » Sidney : «Mylord, vous ne devez pas

capituler avec le prince ; je sais que mylord amiral ne cédera à aucune condition d'otages! m Soutbampton: «Bon cousin, je necapilule pas avec le prince je ne fais qu'exposer quelques demandes avec vous* vous êtes un homme d'armes, et savez bien ce qui appartient à ces sortes de choses ; vous savez que par nature nous sommes obligés A nous défendre contre nos égaux , bien plus encore contre nos inférieurs; et, cousin, vous devez nécessairement savoir, ou au moins conjecturer, que, si nous cédions, nous nous mettrions volontairement dans les griffes de nos ennemis, dans la gueule du loup, dans des mains qui nous empêcheraient de parvenir auprès de Sa Majesté, et de parler pour nousmêmes; ou si l'on nous y souffrait, en y venant comme captifs, nous verrions les mensonges de nos ennemis balancer nos vérités; ainsi, bon cousin, que feriez- vous, si vous étiez dans notre situation ?»

Sidney : «Mon bon lord , ne posez pas de telles questions ;j'aimeiais bien mieux vous voir céder: car celte maison, vous le savez, n'est pas assez forte pour que vous puissiez longtemps vous y maintenir, et mylord amiral a déjà envoyé chercher de la poudre et des boulets; et si ses batteries ne décident pas de suite la reddition, il est bien décidé à ne rien ménager; ainsi il n'y a qu'une issue.»

Soutbampton : «Que sa seigneurie agisse selon son bon plaisir: s'il nous fait sauter, nous serons plus près du ciel. Notre intention est de ne pas céder sans avoir des otages; car nous préférons mourir en hommes, l'épée à la main, quede terminer notre vie sur un échafaud à neuf ou dix jours d'intervalle. »

« Alors le comte d'Essex vint joindre Soutbampton , et dit à sir Robert Sidney : «Bon frère Sidney» et vous mes chers compatriotes (n'adressant aux soldats), rien ne m'afflige aussi profondémentque de vous voir , vous qui , j'en ai la conscience, m'aimez fortement, pour le salut desquels je me suis si souvent exposé au danger , dont la moindre goutte de sang versé me causerait une excessive douleur, j de vous voir maintenant transformés en agents 1 contre moi , qui me précipiterais tète baissée d'ici, plutôt que de souffrir que le moindre d'entre vous fût en danger. Les athées , mes ennemis , se tiennent loin du péril, et n'osent pas m 'approcher ; pourtant, en combattant contre eux , si je pouvais finir ma vie, je regarderais ma mort comme la plus honorable; si je pouvais par ma mort mettre un terme à leur vie, j'aurais ainsi rendu un bon service à mon prince et à mon pays, en arrachant de telles mauvaises plantes de la terre.

Sidney : « J'espère , mylord, que vous ne faites pas allusion à mylord amiral?»

Essex : « Dieu sait qu'il est honorable en esprit

NOTES

comme en naissance, quoiqu'il y ail eu quelques mifaits publics, qui vinrent, je le rteo nais, plutôt par d'autres provocations que de sa propre disposition ; mais je veux parler de gens de plus basse condition, quoiqu'en plus grande faveur auprès de Sa Majesté, qui ont fait de secrets complots, et poursuivi de damnablesdcsseins, pour me priver de la vie, desquelles trames ma conscience me dit que mylord amiral est entièrement pur. Cependant, bon frère, excusez-moi si je ne cède pas, car je soutiendra mylord Southampton dans sa résolution. Quant a ma vie, je l'ai, et je pense que l'un des plus grands châtiments que Dieu m'a infligés , a été de me fair échapper au danger de ma dernière grande mala. die. Car jugez, frère, si c'est une douleur ou non. pour un homme tel que moi , qui ai vécu en faveur auprès de Sa Majesté comme je l'ai fait , d'être accablé si longtemps sans aucune juste cause, cl foulé sous les pieds de vils parvenus ! oui, cl plus que tout cela, de voir ma vie poursuivie par eux sans merci. N'eu éprouveriez-vous pas aussi de la douleur? Oui, oui, j'en suis sur. Bien-, n'en parlons plus; la mort finira tout ; et la mort sera la très- bien venue : et puisque je dois mourir, et qu'ils jouissent de l'accomplissemeot de leurs désirs, je veux mourir aussi honorablement que possible. Ainsi, bon frère, informez mylord amiral. »

Sidney: «Bien, mylord, je porterai voire réponse à sa seigneurie.» «II revint, cl après que le tambour eut battu pour appeler une seconde fois à parlementer, il remit à b«rd Southampton la réponse ainsi conçue : «Mylord amiral n'accordera point d'otages; mais ayant appris que les dames soni dans la maison avec vous, il veut bien que vous les fassiez sortir , et elles seront conduites en sûreté et honorablement dans tout autre lieu qu'elles proféreront.»

Southampton: «Nous remercions sa seigneurie pour ses bons soins envers nos dames, ce qui montre sa noble origine; mais nous désirons qu'il nous excuse sur ce point : car nous préférons notre sûreté à leur liberté. Maintenant nos portes sont fortifiées; elles nous offrent une bonne défense pour un certain temps; si nous les dégageons pour nos dames, nous ouvrirons un passage pour nos ennemis. Mais si mylord amiral veut nous accorder l'espace d'une heure pour ouvrir et laisser sortir nos dames, puis une autre heure après qu'elles seront parties, avec promesse sur son honneur de ne faire aucune tentative sur nous pendant ce temps, alors nous serons contents de laisser partir nos dames. »

« Sidney retourna avec cette réponse auprès de mylord amiral, qui leur accorda ce point, et à ce moment, environ à neuf heures, on apporta de la tour des munitions eu poudre, boulets, et matériel

pour ballrc la maison. Mais quand Sidney revint leur d re qu'ils auraient leurs deux heures, et leur parla en outre des préparatifs faits pour battre la maison, le comte d'Essex demanda un délai pour prendre une résolution , ce qui lui fut accordé; et après qu'ils se furent consullés , le comte d'Essex dit a Sidney qu'il céderait à ces conditions: 1° qu'ils fussent traités en honorables prisonniers; 2° que mylord amiral promit de faire relation fidèle a Sa Majesté de toul ce qu ils diraient pour eux-mêmes dans l.ur propre défense; 3" qu'il* eussent un honorable el juste procès. Enfin , que durant le temps de leur emprisonnement, ils pussent avoir, pour le salut de leurs âmes, des théologiens en étal de les instruire en matière religieuse. Mylord amiral accorda ces conditions, el promit, sur son honneuret son salut, de les faire tenir. Sur quoi ils descendirent et ouvrirent les portes, et chacun d'eux, àgenoux, rendilson épée. Le comte d'Essex désirait que Sa Majesté lui inflige&i tous les tourments qui pourraient être inventés, pourvu que fût diminuée la punition des autres qui étaient entrés en action avec lui , quelques-uns par amitié, quelques-uns par suite de la parenté ou d'affection , et d'autres comme serviteurs de leurs maîtres. Le comte de Southampton demanda que les choses dites ou faites, sur lesquelles il y avait doute, reçussent la meilleure interprétation ; et le lord amiral dit qu'il devait en être ainsi, lis quittèrent donc ce lieu pour se rendre dans leurs diverses prisons.

«Par moi,

«Françoise Bobrchusr. »

Quoique l'on répandit fréquemment des propos d'après lesquels la reine aurait donné des enfants à Lcicester, le seul individu connu pour être apparu publiquement sous ce caractère, fut un Au glaisà Madrid, qui prit le nom d'Arthur Dudley. M. Ellis a publié sur lui une lettre d'un espion anglais a lord Burghley, écrite le 28 mai 1588 (Ellis, 2e série, ut, 136). Je pu.s ajouter quelques particulaiilés tirées des mauuscnls conservés à Simancas.

Cet aventurier arriva à Madrid vers la fin de 1586, et prélendit qu'il s'en allait accomplir un vœu a Monserrate; mais ses fréquentes visites à l'ambassade de France excitèrent quelque jalousie. Lorsque arriva la nouvelle de l'exécution de Marie

HISTOIRE DAiNGLETERRE.

reine d'Écotse, ii disparut, mais fut saisi au passage, comme il essayait de s'échapper vers un bâtiment à une faible distance du port. Kn conséquence de ses réponses devant le gouverneur de Guipuscoa, il fut envoyé à Madrid, où il reçut ordre d'écrire un rapport sur lui-même en anglais. Celle pièce fut donnée à sir Francis Englefield pour qu'il la traduisit en espagnol , le 17 juin 1587. O gentilhomme informa Philippe qu'elle contenait « el discurso de su educacion, y los argumentos, « y razonesque le ban enducido a lenerse y lla- « marse bijo de la reyna.» L'original anglais ne put se retrouver; mais la traduction espagnole établit que lui , Arthur Dudley, est le fils présumé de Robert Sotberon, jadis serviteur de Mrs. Asbley, résident à Evesha m dansleWorcestershire; par l'ordre de Mrs. Ashley, Sothernn alla a Hampton- Court, où il rencontra N. Haryngtoo, qui lui dit qu'une dame de la cour avait mis au monde un enfant, que la reine désirait cacher le déshonneur de cette dame, et que Mrs. Ashley désirait qu'il procurât une nourrice, et prit cet enfant sons ses bons soins. Étant conduit dans la galerie près du cabinet royal, il reçut l'enfant de cette femmeavec la recommandation del'appeter Arthur, le confia â la femme du meunier de Moulsey, sur la rive opposée de la Tamise, et plus lard le transporta dans sa propre maison. Quelques années plus tard, Sol héron mena le jeune garçon â l'école a Londres. De lâ on l'envoya voyager sur le continent, et en 15&3, il retourna près de son père supposé à Evesbam ; lâ, en considérant la différence de son éducation et de celle de ses prétendus frères et sœurs, il conclut qu'il y avait quelque mystère sur sa naissance, mais sans pouvoir tirer le secret de Sotheron jusqu'aux derniers jours qui précédèrent la mort du vieillard.» Aors il apprit qu'il était fils de la reine Elisabeth et du comte de Lcicesler; il consulta sir John Ashley, et sir Drew Drury, qui lui conseilla de garder son secret et de retourner sur le continent. Il avait agi ainsi ; mais non pas avant d'avoir obtenu une entrevue avec le secrétaire de L**icester et ensuite avec Lcicesler lui-même. On ne dit rien de ce qui se passa entre lui et Lcicesler. Mais Philippe ne le considérait pas comme un imposteur; car nous le trouvons un an encore après son arrestation, traité comme un personnage de distinction, étant très-solennellement gardé et servi, avecune dépense pour le moins de G couronnes (près de 2 livres) par jour. Il avait vingt-sept ans ou à peu près.»(Ellis, ibid.)

Extraits de la déposition volontaire faite par Antoine Copley le 14 juillet 1603, tlevant le comte de Shrewsbury, 1rs lords JMontagur. Howard, Ceci/, et autres.

D'après ces sujets de mécontentement, M. Watson se réunit â un nombre choisi de ses frères, et quelques catholiques laïques de grande qualité; et comme le roi n'avait pas encore été couronné, ils consultèrent sur ce qu'ils avaient â faire: ils résolurent de rédiger el de faire prêter aux catholiques un serment relatif aux mesures qui seraient prises pour le succès de leur cause, et ils y insérèrent une clause qui prescrivait le secret, d'abord pour prévenir la révélation de leurs projets au gouvernement, et ensuite pour s'isoler du parti jésuitique, que nous savions être fort mécontent du roi, mais qui suivait un plan particulier, el se gardait de nous, tout en ayant le même but. Pour s'attirer des associés, et rassurer les personnes timorées , on devait déclarer, en demandant le serment , qu'il ne s'agissait que de présenter à Sa Majesté, soit dans une partie de chasse, soil dans une autre circonstance favorable, une supplique au nom d'une centaine des principaux catholiques. La teneur de la supplique était que les pétitionnaires formaient une réunion choisie de catholiques, qui, sous le dernier règne, avaient défendu les droits de Sa Majesté contre tous les prétendants et contre la faction d'Espagne; qu'il se rappelât le livre de Walson; qu'ils réclamaient la tolérance, etc.

Le déposant déclara que Watson lui avait proposé le serment, qu'il fut entraîné â le prêter par une fausse impression; â cette époque WaUon lui donnait à entendre la nature des mesures â suivre si leur pétition manquait de succès; et en partant, il le requit de venir en ville, avec autant d'hommes résolus qu'il pourrait en réunir.

Ils eurent plusieurs assemblées ; dans l'une d'elles, Watson parla de chasser les conseillers privés, découper des tètes, de se saisir du grand sceau, de s'emparer de la Tour. Copley s'étonna beaucoup de ces propos; mais la conversation n'avait ni pieds ni tête , et il n'en connaissait pas alors les motifs.

Un ou deux jours après, Watson lui dit que les jésuites avaient traversé ses desseins dans le Lancashire el dans le pays de Galles, d'où il attendait des renforts considérables.

l'ne réunion eut lieu entre lui , Walson, et sir Griffin Markham, lorsque les scrupules de Copley eurent été levés par la conviction que leur eulre-

NOTES

avait pour but le succès de la cause catholique. On y proposa de s'emparer de la personne du roi à Grreowich, el de se rendre maîtres de la Tour. On voulait assurer à chacun le libre exercice de sa religion, et admettre également aux emplois les catholiques et les protestants. Watson proposa de déposer le roi, mais Copley s'y opposa, sur le motif que ce serait affaiblir la dignité de la couronne que de démembrer l 'Ecosse de l'Angleterre, et se faire des ennemis des Danois, ainsi que de l'Ecosse et de Brunswick. Dans celte réunion désir Griffin Markham, qui eut lieu à un souper donné par Watson, on 6t quelques plaisanteries sur le rot Jacques, et l'on parla particulièrement de la manière vulgaire dont il buvait.

A la 6n, Watson, voyant que les choses ne réussiraient poiuL, leur dit qu'ils pouvaient se retirer chez eux, et qu'il désespérait de l'entreprise: il partit ensuite lui-même.

Lettre de Garnet à son supérieur, à Rome.

«Magnifiée domine,

«Accepimus doroinationis vestrs litteras, quas ea qua par est reverenlia erga Su a m Sanctitatem et vestram palernitalem ampleclimur. Et quidem promea parle quater haclenus tumullum impedivi. Necdubiumestquinpublicosomnesarmorura apparat us prohibere posai mus, eu ni cerium sit mullos catholicos, absque nostro consensu , nihil hujusmodi nisi urgente necessilate attentare velle.

«Duo lamen sont que nos valde sollicitos tenent Primum ne alii forlassis in una aliqua provincia ad arma convolent, unde alios ipsa nécessitas ad similia studia compeilat.

a Sun t enim non pauci, qui nudo Suc Sanclitatis jussu cohiberi non possunt. Ausi sunt enim , vivo papa Clémente, interrogare num posset papa illos prohibere quo minus vitam suam défendant. Dicunt insuper suuruni secretorum presbyterum nullum fore conscium : nominalim vero de nobis conqueruntur, etiam amici noanulli, illorum molitionibus obicem pot ère.

oAtque ut hos aliquo modo leniremus, et saltem tempus lucraremur, ut dilatione aliqua adhiberi possint congrua remédia, hortati sumus, ut commun i consilio aliquem ad sanctissimum mi lièrent: quod factum est, eumque ad illustrissimum Nuntium in Flandriamdirexi, ut ab ipso Sus Sauclitati commendetur, teriptil etiam htleiis quibuseorum

sententiam exposui, al ratione spro utraque parte. H» litière fuse scripte et plenissimae fuere : lulissime enim transfereniur : atque hoc de primo periculo. Alterum est aliquantodeterius, quia periculum est ne privalim aliqua proditio vel vis régi offeratur, et hoc paclo omnes catholici ad armai compellanlur. ;

«Quare meo quidem judicio duo necessaria sunl : primum ut Sua Sanctitas prescribat quid quoque in casu agendum sit; deinde, ut sub censuris omnem armorum vim calholicis prohibeat, idque Brevi publiée edito, cujus occasio oblendi potest nuper excitatus in Wallia tumultus, qui demum in nihilum recidit. Restât ut (cum in pejus omnia quotidic prolabantur) oremus Suam Sanctitatem his lantis periculis ut brevi necessarium aliquod remedium adhibeat : cujus sicut et révérend» paternitalis vestrs benediclionem imploramus.

«Magnifies dominalionis vestre servus,

• Londiiii, 24 juUi 1G05. •

Lettre de Garnet à Persons.

, nous devons dans peu de jours nous rapprocher de Londres; mais nous n'avous pu nous procurer une maison, et nous ne pouvons en trouver de convenable de longtemps. Nous serons obligés de louer quelque maison particulière, et de vivre plus retirés jusqu'à ce que l'orage soit apaisé; car on fait les. recherches les plus sévères, et si mon hôtesse n'est pas entièrement ruinée, elle sera plus heureuse que la plupart de ses voisins. Les mesures sont plus rigoureuses que sous le règne d'Elisabeth. Toutes les six semaines une nouvelle cour est instituée; des jurés sont nommés pour rechercher, dénoncer, découvrir les propriétés des catholiques, et ensuite les estimer, avec pouvoir, dans plusieurs endroits, d'enlever tout ce qu'ils trouvent ( contra ordinem juris ), et d'obliger les propriétaires apparents, s'ils sont protestants, à prouver que ces objets leur appartiennent réellement, et non aux réfractairea avec lesquels ils ont des relations. Partout les commissaires sont les plus ardents el les plus vils des puritains, que le roi renierait pour tout autre service. Les prisonniers de Wisbich meurent presque de faim; ils sont très- resserrés, et ne peuvent

HISTOIRE D'ANGLETERRR.

recevoir aucun secours de l'extérieur. Le roi alloué le marc par semaine pour chacun ; mais le geôlier veut y faire son bént fice, et il ne leur donne de vivres que irois fois par semaine. Si quelque réfractairc rachète se* biens, on s'informe avec soin si c'est avec son argent , et dans le cas contraire, on les saisit encore. Enfin, si ces mesures se prolongent , chacun d'eux sera obligé de racheter son propre lit tous les six mois;et je connais ici, et j'en pourrais fournir d'autres exemples, un lit qui a été racbelédeux fois cette année. Les juges prolestent ouvertement que le roi veut maintenant du sang, et qu'il en a déjà versé dans le Yorkshire; que jusqu'à présent il a caressé les papistes, mais que maintenant il va les frapper. Les catholiques n'ont donné aucun sujet à un pareil traitement. Il est J certain que deux d'entre eux ont été exécutés dans , le nord; et comme cette exécution a été faite de ; sang-froid , c'est-à-dire longtemps après leur condamnation, elle annonce un dessein bien arrêté sur les rigueurs auxquelles nous devons nous attendre. Ainsi, on ne peut espérer que le pape Paul V puisse rien faire; et tout ce qu'on rapporte i a Rome de l'indulgence avec laquelle on traite les catholiques est entièrement faux. Je suis certain toutefois que la plus saine partie des catholiques supportera ses souffrances avec patience; mais que les procédés barbares des officiers subalternes n'entraînent pas quelques individus A des actions désespérées, c'est ce dont je ne puis répondre, et ce que la sagesse du roi doit prévoir.

a J'ai reçu de Field, en Irlande, une lettre qui m'apprend qu'on y a publié une proclamation très- sévère contre tous les ecclésiastiques, et un ordre absolu d'aller A l'église: on a en même temps protesté solennellement que le roi n'avait jamais promis ni entendu accorder de tolérance.

«4 octobre 1605.»

Dans cette note je mentionnerai les principales présomptions contre Garnet, Greenway et Gérard, et leurs réponses avec celles de leurs avocats.

1° Quant à Garnet, il est admis de tous points que nul acte déclaré de trahison ne fut prouvé contre lui.

2° Garnet lui-même reconnu avoir encouru la peine légale de non-révélation de trahison , pour avoir caché la connaissance générale qu'il tira de l'un des conspirateurs, qu'un complot de trahison s\igitait.

3° Il est en outre admis qu'il fut ensuite informé du complot particulier, et qu'il cacha cette connaissance; mais il se justifia de cette non-réveV lation en plaidant que la connaissance lui était parvenue sous le sceau de la confession.

4° La question était maintenant de savoir si c'était bien de cela qu'il s'agissait. Pour découvrir la vérité, on lui fil croire que Grecnway, qu'il avait nommé comme celui dont il tenait l 'in formation, avait été pris, et avait déclaré dans son interrogatoire que, lorsqu'il parla de complot, ce n'était pas en confession. Alors Garnet parut hésiter, et la différence dans ses diverses réponses fut prise pour de la tergiversation de la part d'un homme qui, étant saisi en flagrant délit de fausseté, cherche tous les moyens d'échapper à la conviction. Cependant toutes ses réponses se résument en réalité en une même chose. Car il est universellement entendu parmi les catholiques, que si un confesseur consulte un autre théologien sur un cas à lui posé en confession, ce théologien, de quelque manière que l'information lui soit parvenue, est également obligé au secret, comme le confesseur lui-même. Les réponses de Garnet sont toutes fondées sur cette doctrine. La différence entre elles vient de sa sollicitude à ne pas nuire à Grecnway en contredisant le faux aveu que l'on attribuait à Greenway.

5° En supposant l'exactitude de la déclaration de Garnet, il est important de vérifier à quel moment la communication lui fut faite. Si ce fut dans le mois de juillet, quelle excuse pouvait être alléguée pour l'indolente sécurité dans laquelle il semble avoir passé les mois d'août , septembre et octobre? Eu effet, il n'avait aucune autorité sur aucun des membres de son ordre; il ne pouvait ■contrôler les actions de Catesby et des autres conspirateurs ; néanmoins, si grande était l'influence qu'il possédait parmi eux , et les occasions d'exercer celte influence ont dû être si nombreuses, que certainement il pouvait, s'il y avait été disposé, découvrir durant ces trois mois quelques moyens de prévenir la tentative, sans danger de trafcwr le secret. Mais est-il certain qu'il fût informé du complot en juillet? Il a été dit «que Garnet soutint invariablement, et dans les interrogatoires, qui sont conservés, et dans sa défense, et dans son allocution du haut de l'echafaud, qu'il entendit parler pour la première fois du complot par Greenway le 26 juillet» (Jardine 363) : et certainement si cette assertion est exacte, son silence et son apathie durant les trois mois suivants fourniront une forte présomption contre lui; mais il m'a été impossible de découvrir aucune preuve de cela, soit dans la défense de Garnet à son procès, soit dans son allocution au moment de

NOTES

l'exécution : celte assertion repose entièrement sur le rapport de son aveu du 12 mars, dans lequel on lui fail assigner S. James's Tide comme la daie de la communication faite par Grccnway ; et je suis convaincu, pour diverses raisons, qu'une erreur très-importante s'est glissée dans le rapport de cet aveu. Car l°le 4 octobre il écrivait à Pcrsons la lettre dans la note précédente , en réponse à une personne qui leur demandait quels mouvements se faisaient parmi les catholiques. Maintenant il est clair parcelle lettre que Garnet étail alors (4 oct.) dans l'ignorance de toute espèce de particularités du complot, à moins que l'on ne suppose qu'il cherchait par des équivoques à en imposer à ses supérieurs à Rome, supposition que toute personne familiarisée avec la constitution de l'ordre ne sera point disposée a admettre. 2° Selon Greenway dans son récit, et Eudœman Joannes, qui tira ses informations directement de Grcenway, ce fut après le retour de Garnet de S. Winifred's Well , et cooséquemment en octobre, que Greenway lui fit la communication. 3° De Thou, qui écrivit d'après des documents fournis par les persécuteurs, établit que Garnet, lorsqu'il fut interrogé sur ses conférences avec Oldcornc, et cooséquemment après le 2 mars, avoua qu'il apprit les particularités de Grcenway cinq mois auparavant, ayant antérieurement encore reçu une indication vague de la chose de Catcsby : «.fa ter i quidem se ante V menscs a Grenwello de re omni edoctum, ante* a in génère a Catesbio monitum • ( vi, 341 ). Ce témoignage place donc la communication en octobre, le 5e mois avant mars. Ces considérations me portent à croire que S. James's Tide, date assignée à la communication par Grecnway dans l'aveu du 12 mars, était en réalité la date de celle faite par Catcsby, ce qui donna occasion à la lettre de Garnet du 2 juillet, dans l'avant -dernière note, et que l'autre lui fut faite à Harrowdcn, un peu après le 20 octobre. Car ce jour-lâ, il alla en ce lieu visiter lord Vaux, en la compagnie de deux tantes de ce seigneur, et là Catcsby et Grcen- • way le rencontrèrent, comme nous en sommes informés par Grecnway lui-même.

6° Mais comment Garnet agit-il après qu'il fut informé des particularités du complot? Le dernier jour du mois, il se rend avec Sir Everard Digby a Coughton , où ce conspirateur avait invité divers gentilshommes catholiques à se rencontrer avec lui, sous prétexte de chasser à Duncburcb, le 5 novembre. Qui pouvait l'occuper en ce Heu à un tel moment, avec la connaissance qu'il possédait? Il y a là certainement quelque chose de suspect, et Garnet lui-même sentait bien cela. Dans sa conversation avec Oldcorne (Jardine, 220), il exprime son anxiété sur ce point ; et dans une lettre à

Anne Vaux, il écrit: a Le temps de mon arrivée à Coughton est une grave présomplion;mais tous les catholiques savent qu'il y avait nécessité» [id. 392\ Qu'est-ce donc que celte nécessité? Coughton était la station fixée pour la fête de tous les saints; il y étail attendu parles différcnlesfamillcs catholiques de ces cantons; toutes les personnes qui usaient de son ministère s'y trouveraient pour recevoir de lui le sacrement. Il ne pouvait tromper leur attente sans exciter parmi eux d'étranges conjectures, quant au motif de son absence.

7° A Coughton, on nous dit qu'il pria pour être « débarrassé de l'hérésie ,» et engagea ses auditeurs à prier pour le succès de la cause catholique 'Oldcorne, interrogatoire du 6 mars; Handy, interrogatoire du 27 nov.). Les espions qui surprirent sa conversation avec Oldcornc comprirent aussi qu'il disait avoir fait une forme de prière et un hymne pour le succès de cette affaire (interlocutoire des 23 et 25 février, Jardine, 217, 221). Là il y a beaucoup de méprise venant peut-être de la difficulté de l'audition ; car cette forme de prière était d'un usage général, et l'hymne avait fait partie du service du jour pendant des siècles. Il est clair pourtant que Garnet avait agi très-imprudemment à Coughton, probablement avait laissé échapper des expressions qui , quoique suffisamment obscures alors, pouvaient maintenant prouver sa connaissance du complot ; car il écrit à AnncVaux le 4 mars : « On tint ici quelques propos sur un discours fail par moi ou par Hall : je crains qu'il ncs'agisse decelui que je prononçai à Coughton. » Antil., 144.

8° Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans la simplicité ou la crédulité deGarnei, tandis qu'il resiait à la Tour. Sentant qu'il avait été dupé et trahi par les hommes qui lui offraient leurs services, il se laissa duper et trahir jusqu'à la fin. Il continua encore à écrire des lettres, et de toutes ces lettres il n'y en eut pas une peut-être qui ne parvint entre les mains du lieutenant. Plusieurs servirent de preuves contre lui: l'une acquit une grande célébrité après sa mort, à cause de l'usage qu'en firent les écrivains employés par le roi pour convaincre les puissances étrangères de la culpabilité de Garnet. Elle fut écrite le dimanche des Rameaux (13avril)à ses frères de la Société; c'est une apologie pour ses divers aveux et les révélations qui, selon les fausses informations qu'on lui avait données, avaient scandalisé le corps entier des catholiques. Le docteur Andrews, alors évêque de Chichester, y fit un choix de passages qu'il publia dans son Tortura torti, imprimé à Londres en 1609, et à Hanau en 1610. Ces mêmes passages furent copiés de l'ouvrage d'Andrew» par Casaubon dans son Epistoia ad Fronlonem Ducœum, imprimé à Londres en 1611 , et à Franc-

fort en 1612. En dernier lieu vint encore le docteur Abbot, frère de l'archevêque, qui ajouta aux premiers extraits, et publia le tout dans une nouvelle version latine en 1613. Dans les précédentes éditions de cet ouvrage, jugeant d'après les spécimens produits par le docteur Andrews, je n'hésitai point a prononcer que la lettre était une invention. Les remarques de \V. Jardine (p. 328; m'ont engagé à comparer les deux versions; et la comparaison m'a conduit a couclure, uon pas en effet qu'il n'y eut pas d'original, mais que tant de falsifications repoussées p»r les faits ont été introduites dans la traduction par le docteur Andrews, que j'étais bieu autorisé à supposer que l'original n'avait pas existé.

Afin que le lecteur soit en état déjuger des artifices employés pour confirmer les preuves de conviction contre le jésuite, il peut comparer les passages de c. lté lettre mis en regard dans les colonnes suivantes; la première prise a la version I lus exacte du docteur Abbot, l'autre tirée de la fausse traduction du docteur Andrews, publiée quatre ans auparavant :

Cau*a . qua adduclut tum

ar.nonTeconwienliam mcam, fini quod me accutaverant otimet qui anteccsseranl. tate* brio nonu'ti meuin obteudente . y«o aliit persuade ni , qui iiio inutto nuisis réuni exittimarunt quant reten fucram. I'. H6.

l'orro intercepta* «uni. rc*no qua perfidàa, lilercr moœ ad diiani Annam auranliaruui Succo ton plie , per quat adverMim me atiquid ausec airtpuerunt , ouaiujuam Une causa. Ibid.

Alque hic coactut tum quelque nomiciart! <;renwelluin; quod n n ïam fiiis»' m, iiikI mini pro rerio dirluui fuiiM l ab aimco euni ni parti t lil- Iramaruias e*Htit!.c. Ouod nisi ita tentitttui , cullmere me oportuutet sentiit ttieot ad aiiam tonnaient fabulant excotfilaudam. Ibid.

Re ila , ut factumett, habenle , necmanuui crat.

Piiuio nanique non poliram a conjuratorum altquo mulaiam dircrc notitiam inrani :

hoc mtm conlrarium er.U re.i|;io»iMiuiif prote«lal •ouibut uii'it , quat M'nplo feccram raibohctt oninibut, el \erbo cuutilianit rrgiit. Ibid.

qui

rueabant nie reliant oninrt conjurai!. 2° CatitWut utut mnper apud eot fuirat auctortlale inea . qua addtixit /n ue omius ut bene sentirent de negotio, quo facluni eut ut ad unutn omnet me liabcrciit pro reo. P. 4:16.

l.tlcrsr etiain a me Anr.intiarum Sttcco tcnptar ad D.

aniiant, m-teto quomodo. in ilionim manu* peru-ncrunt, qiubus sctentiam ineam non obscure con/essus cmm. Ibid.

De accuuto Grenwclîo ita rctpOlldit , • sibi quhlcm , si fiiRa sibi consultasse!

Grenwillus iputabat enim tum captum et m COttOdia] .

ahquaiit allant ratitncm inrundam rtie , alque fabulant aliam formaient tibi litigeudaui este. • Ibid.

Cum enim rem scire me juin sctrrnt omnes, aUumic peti nJa mihi tuit oi ïro cogniliom* MB&, A coutpiraionbut iatets non po'.i r.mi , quo-i ta*|<c H'iS dicto, scriplo , sancte protestutus essem me il/os non proditumm unjuant. V.

Il ne peut échapper à l'attention du lecteur que les nombreuses erreurs dans la traduction du docttur Andrews sont volontaires, intentionnelles, tendant a aggraver la culpabilité de Garnet. La traduction du docteur Abbot a l'apparence d'être beaucoup plus correcte, quoiqu'il semble aufsi n'avoir éprouvé aucune répugnance à l'emploi d'une petite fraude, attendu qu'elle avait pour but

de noircir le caractère d'un jésuite. Cela est manifeste d'après sa tentative pour persuader à tes lecteurs qu'Anne Vaux était la maltresse deGarnet. Dans cette vue, il transcrit certaines expressions, tendres en apparence, des lettres de cette dame, el les lui fait signer des initiales A. G., comme si elle avait pris le nom deGarnet, et qu'elle se regardât comme sa femme (Anlil., 130}; tandis que ses paroles expriment purement sa douleur d'être privée d'un prêtre qui avait été pendant de longues années son directeur spirituel ;el sa signature réelle (car ces lettres sont encore dans le State paper office) n'esl pas A. G. , mais, comme M. Jardine l'a remarqué (p. 200), A. V. ou Anne Vaux.

Il y a dans la même lettre écrite le dimanche des Rameaux un passage qui me parait expliquer toute la conduite de Garnet. «Toujours, dit-il, je condamnai le complot , absolument dans mon propre esprit, et mon opinion en général était que tous les mouvements contre le roi étaient illégitimes , parce que l'on manquait de l'autorité du pape , qui avait défendu de telles attaques. Et de cette opinion j'ai beaucoup de témoins avec lesquels j'ai raisonné sur ce sujet : quoique je ne prétendisse pas absolument condamner les opinions d'autres, ou ravir la liberté que beaucoup de théologiens accordent aux catholiques, toutefois contre mon opinion » (Anlil. 146}. Le fait est que Garnet suivait la doctrine du probabilisme. Il no cachait pas ses propressentiments, mais il refusait de condamner ceux qui se croyaient autorisés à embrasser l'opinion opposée.

9° En 1675, certaines lettres furent découvertes, écrites de la Tour par Digby A sa femme, mais destinées a Gérard. La il exprime sa surprise cl sa douleur que le dessein soit condamné par les catholiques et les missionnaires en général, et déclare qu'il ne s'y serait jamais ei-gagé s'il n'avait pas été persuadé que ce complot était légitime. «C'était une croyance certaine que ceux qui étaient le plus capables de juger sa légitimité en avaient été informés cl l'avaient laissé faire. J'avais, pour adopter celle croyance, plus de raisons que je n'ose en exposer; car je ne veux jamais exposer personne au soupçon, dussé-je être appliqué a la question. » Trahison des poudres, édition de 1679, p. 242. Relativement au même sujet il continue dans une lettre suivante: «Je réponds ainsi à votre conversation avec M. Brown. Avant de rien connaître du complot, je demandai à M. Farmer (Garnet) quel était le sens du bref du pape » (ce bref fut envoyé à Garnet le 19 juillet 1603, eu conséquence de la trahison de Walson ; ce que je mentionne, parce qu'un sens très-erroné a été donné à ce passage dans la Cour de Jacques 1" de miss Aikin). « 11 me dit qu'ils (les prêtres) ne

NOTES

(lovaient pas entreprendre de prép.ircr des émcu- ; tes; mais pourtant ils n'empêcheraient pas que i des mouvements fussent entrepris pour le bien j des catholiques» (jamais ce ne fut l'intention du pape qu'ils dussent les empêcher). «Jamais je ne m'exprimai aussi explicitement sur cela , et je ne voudrais le faire qu'avec vous : et cette réponse, jointe aux procédés de M. Catesby envers lui et envers moi , me donna la croyance entière que la matière en général était approuvée, quoique chaque particularité ne fût pas connue. » P. 250, 251. Il apparaît de cela que Digby était persuadé que Garnet approuvait le complot ; mais en avaitil l'assurance? il est clair que non. «Comme je ne savais pas directement qu'il fût approuvé par ces gens , je me persuadai dans ma conscience que le meilleur était de n'en pas savoir davantage si je pouvais. » P. 212. Cette concession semble enlever toute la force de son témoignage antérieur.

(juant à Greenway, il est certain qu'il apprit le secret en confession ; mais les ministres ne connaissaient pas cette circonstance au temps de la proclamation. Voici quels étaient les motifs d'accusa tion contre lui. 1° D'après le procureur général au procès , fiâtes avait reconnu avoir parlé de la chose à Greenway, et reçu de lui pour instruction de faire ce que son maître ordonnerait. D'un autre côté , Greenway, dans une pièce qui est sous mes yeux, déclare, sur son salut, que Batrs ne lui dit jamais un mot sur le sujet, ni en confession ni autrement, et Bâtes lui-même, dans une lettre écrite avant son supplice, affirme avoir dit simplement que c'était de sa part un soupçon que Greenway aurait su quelque chose du«omplot. 2* Le 6 novembre, Greenway se rendit à cheval auprès des conspirateurs, à Hultingdon, et leur administra le sacrement : il répond qu'ayant appris, d'après une lettre , écrite par sir Everard à lady Digby, le danger dans lequel ils se trouvaient, il avait pensé de son devoir de leur offrir les secours de la religion , avant qu'ils subissent la mort qui les menaçait -, que, dans ce dessein , il *c rendit à cheval à Hultingdon, et qu'au bout de quelques heures il les quitta pour aller chez M. Abingdon A Henlip. Greenway s'échappa en Flandre.

L'accusation contre Gérard reposait d'abord sur la faible base que j'ai déjà exposée au chapitre 1", dans une note. Du moment où elle fut établie, il proclama hautement son innocence, et dans plusieurs lettres demanda justice aux lords du conseil. Vingt-six ans plus tard, l'accusation fut renouvelée contre lui par Anthony Smith, prêtre séculier, qui fit un affidavit devant le docteur Smilh, évêque de Chalcédoinc, et virairc apostolique en Angleterre , que , selon ce qu'il avait entendu, Gérard avait dit , dans le noviciat, a Liège,

qu'il avait travaillé à la mine avec les conspirateurs laïques, jusqu'à ce que ses vêtements fussent trempés par la transpiration , comme s'ils avaient été plongés dans l'eau, et que la condamnation générale du complot était duc principalement à son mauvais succès, ainsi qu'il était souvent arrivé pour des tentatives de généraux malheureux à la guerre. Ms. , copie datée du 17 avril 1631. Au contraire, Gérard, étant appelé par ses supérieurs, proclama de nouveau son innocence, l'affirma sur serment, et prit le sacrement ; et ce qui peut être regardé comme une preuve, sinon concluante, du moins de quelque valeur en sa faveur, c'est que Faukes,dans son interrogaloire du 8nov., dit « qu'il ne travailla personne que des gentilshommes à la mine» (l'original dans le State paper office). Pour ma part, après avoir lu ce qu'il écrivit pour sa justification , je ne puis douter de son innocence, et je soupçonne que Smilh, sans intention , lui attribua ce qu'il lui avait entendu dire de quelque autre personne.

J'ajouterai seulement qu'une foi implicite ne doit pas être ajoutée même aux documents publiés par le gouvernement. On dit que Winlcr avoua que Faukes alla en Flandre avec l'intention de communiquer le complot à Owen (Trahison des poudres, p. 56). On fait aussi déclarer la même chose à Faukes : a Je me retirai dans les Pays-Bas, par l'avis et ta direction des autres, afin de. faire connaître à Owen les particidaritês du complot, et aussi de peur qu'un plus long séjour de ma part ne me rendit suspect.» Ibid., 42. L'original de l'aveu de Winlcr est perdu ; celui de Faukes est encore dans le State paper office; mais je pense qu'il ne contient pas le passage imprimé en italique. Deux autres exemples sont signalés p3r M. Jardine, p. 6.

Cette discussion fit connaître un fait que Jacques était fort jaloux de cacher.

Le lecteur sait que le pape Clément VIII avait délivré deux brefs aux approches de la mort d'Elisabeth. Je n'ai pu découvrir aucune copie de ces brefs ; mais on peut se former une idée assez exacte de leur contenu, d'après la copie d'une lettre qui les accompagnait, quand il furent envoyé* au nonce, à Bruxelles. «Ad Anglos catholicos, «dit le pape, scripsiinus, eosque efficaciter hor- « tali sumus ut, si unquam alias, nunc maxime n concordes et unanimes sint, acfauibusvis terci renis affectibus et pcrturbalionibus semotis

5iS2

« ad solam Dei gloriam, veram rcgni utilitatcm « et fidei catbolica? conservationcm aspiciant ; ne- « que se ad baereticorum consilia adjungi, co- « rumve dolis et aslu se de sua conslantia dimoveri a paliantur. Scripsimus ctiam ad arcbiprxsbyte- « rum Anglia? cjusquc assislcntes , et caclerum « clerum, ut lam necessariam catholicorum , pra> « sertim nobilium , unionem summo studio coq- « servent, eosque omni officii génère permoveant, « ne cui suffragentur in hoc gravissimo nrgotio, « nisi vere caibolico , ut quod summoperc in Do- « mino cupimus, sancta et salutaris novi régis « creatio, Dei adjulrice gralia, sequalur. » Lettre manuscrite.

Jacques s'était plaint de ces brefs, comme portant atteinte a ses droits à la couronne, et, dans sa réplique, sous le nom de Mathieu Tortus, Bcllarmin saisit l'occasion de publier une lettre que le roi lui-même avait écrite a Clément VIII , en 1599, pour solliciter la dignité de cardinal en faveur d'un Écossais catholique, évéque de Vaizon , et qu'il avait terminée par les mots : « Bealitudinis «vcslr» obsequcniissimus filius J. R.» (voyez dans Rusbworlb, i, 166). C'était un coup auquel le roi n'était pas préparé; il y succomba d'abord, et se vit convaincu de duplicité ou de perfidie aux yeux de toute l'Europe. Tour dernière ressource, il se décida à nier le fait. Balmcrino, son secrétaire à l'époque où la lettre fut écrite, fut cité devant le conseil , et, après plusieurs interrogatoires, au dernier desquels le roi lui-même assistait, sans être vu , mais â portée de l'entendre, il consentit à reconnaître que c'était par artifice qu'il avait obtenu la signature du roi , et que Sa Majesté en avait ignoré le contenu et la destination.

Si nous examinons de plus près la ruse qu'il est supposé avoir employée a cet effet, nous regarderons cette histoire comme entièrement indigne de confiance. On fait avouer a Balmcrino que, voyant qu'il ne pouvait déterminer le roi à entamer une correspondance avec le pape, il fil rédiger une lettre par Edouard Drummond; qu'au moment où Jacques allait monter a cheval, pour une partie J de chasse, il plaça cette lettre devant lui au milieu j de plusieurs autres dépèches; cl que le roi , pressé, la signa avec les autres, sans savoir ce qu'elle contenait.

Tout cela est déjà bien improbable; mais, demanderons-nous, quelle* étaient les autres dépé- i ches ? C'étaient des lettres pour les ducs de Florence , et de Savoie, et pour les cardinaux Aldobrandini , Bellarmin et Cajetan, à Borne. Mais qui pouvait engager le roi à écrire a ces trois cardinaux? On répond qu'il n'en avait jamais eu l'intention; mais que les lettres avaient éié placées devant lui sans adresse, cl qu'il les avait signées, dans l'idée

qu'elles étaient destinées aux cardinaux de la mai son de Guise, ses parents maternels; qu'elles avaient été envoyées, en un seul paquet , a l'archevêque de Glascow, son ambassadeur à la cour de France, qui les avait fait passer, sans aucune autorisation du roi , aux trois cardinaux Aldobrandini , Bellarmin cl Cajetan. Voyez les aveux de Balmeriao, ou plutôt la déclaration qu'on lui fit signer, dans Tortura torti , page 288.

On ne peut lire cette histoire sans la regarder comme un tissu de faussetés. Ce fut l'opinion qu'on en porta dans le temps, a D'après ce que pensèrent les personnes qui connaissent le mieux la cour, et qui savent comment les choses s'y passent, il fil une fausse déclaration pour justifier le roi.» Balfour, u, 29.

Par suite de ses aveux , le nom de Balmeriao fui rayé de la liste des conseillers privés de l'Angleterre, et il fut envoyé, pour être jugé, en Ecosse, où on le condamna à mort, a Mais, par les ordres secrets que le roi adressa au comte de Du m bar, il fut remis sous la garde de lord Scone, pour être détenu à Falkland : de là , il fol élargi , et relégué dans ses propres biens, au comté d'Angus, et à Balmerinocbe, dans le comté de Fife. Il mourut dans ce dernier lieu, d'une fièvre et d'une faiblesse d'estomac, quelques mots après la mort de son archi-ennemi et son rival , Cecil , comte de Salisbury : s'il lui eût survécu plus longtemps., il eût été, suivant ce que disent ceux qui connaissaient le mieux l'esprit du roi, plus en crédit que jamais auprès de son maître.» Balfour, u , 30.

Le principal objet de la mission de Ben net â Rome était d'obtenir un êvêque pour l'Église catholique en Angleterre. Le clergé séculier avait réclamé plusieurs fois contre le gouvernement d'uo arebiprètre; mais, quoique celte opinion eût été appuyée par Barberini, nonce a Paris, et par Bcnlivoglio , nonce à Bruxelles, elle ne fut point accueillie avant la mort d'Harrison, second arebiprètre après Blackwall. Alors Bennet, accompagné de Farrar, autre ecclésiastique, attira sur cet objet l'attention de Grégoire XV, pape alors régnant. Leur principal appui fut le cardinal Bandini, qui représenta que, d'après l'institution du Christ, chaque Église devait être placée sous la direction d'évèques ; que si le gouvernement épiscopal eût éléélabli parmi les Anglais catholiques, les disputes des missionnaires, les tentatives inopportunes contre l'État, et même la conspiration

NOTKS.

àcs poudres eussent été probablement prévenues ; et que si les requêtes du clergé n'étaient pas accueillies, les prélats de France, et particulièrement l'archevêque de Rouen, qui avait déjà fait quelques démarches dans ce sens, s'empareraient de la direction de l'Église d'Angleterre. Le cardinal Mellini combattit as avis, et affirma que le gouvernement épiscopal n'était point essentiel à l'existence d'une Église provinciale ; qu'en l'introduisant en Angleterre, on exposerait les catholiques à de plus grandes rigueurs, et que la connexion qui existait déjà entre le clergé de France et celui d'Angleterre, devait donner lieu de jienser que celui-ci, s'il était placé sous un éveque , ferait cause commune avec le premier, et réclamerait les mêmes privilèges. La demande de Bennel fut fortement appuyée par les ambassadeurs de France et d'Espagne,et le pap-- se montrait disposé à y satisfaire, lorsque les adversaires de la mesure suscitèrent, pour dernière ressource, les appréhensions et les soupçons de Jacques. Toby Mathcws, affectant la crainte de voir adopter un arrangement qui serait désagréable au roi, révéla toute l'affaire au conseil. Jacques ne se trompa point sur ces motifs (voyez une lettre dans Cabala, 292 , et d'autres dans les œuvres de Bacon, vol. 6} ; mais il fit connaître au pape, par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne, qu'il était résolu a ne jamais admettre dans ses Étals un évêque catholique. Grégoire hésita : au lieu de quatre éveques, il n'en nomn:a qu'un; et, pour que le nouveau prélat éprouvât moins de difficultés, il choisit le docteur Bisbop, qui avait autrefois signé la célèbre protestation d'allégeance, dans la dernière année du règne d'Elisabeth. De plus, comme on ne savait p38 jusqu'à quel point le roi céderait , et qu'on ignorait quelles relations i'évêque pourrait avoir avec les prélats français, on le déclara révocable à volonté. Il fut sacré eu France, et reçut le pouvoir d'exercer l'autorité épiscopale sur les catholiques d'Angleterre et d'Écosse. Mais les Écossais réclamèrent immédiatement : ils n'avaient jamais été et ne seraient jamais soumis a un prélat anglais; et Grégoire, pour satisfaire à cette jalousie nationale, ordonna à Bishop de s'abstenir, jusqu'à nouv el ordre , de toute juridiction sur le royaume d'Écosse (Manuscrit en mon pouvoir).

Rushworlh et Prynne se plaignirent aigrement de l'indulgence accordée aux réfractatres pour leurs compositions. Le fait est que l'amende exi-

gée des propriétaires, pour la première fois, était modérée comparativement aux peines portées par les lois. Mais chaque propriété était grevée d'un grand nombre d'annuités en faveur des différentes branches de la famille; et un tiers de ces annuités, à mesure de leur extinction, devait retourner à la couronne. Je donnerai pour exemple la composition réglée pour M. Tankard de Boroughbridge, et je l'ai choisie parce que c'est une de celles que Rushworlh a indiquées comme sujet de plainte.

Coin.

Ebor.

Sessio commiss. apud Maner.

Domini Régis, etc. 16* die octob.

An. 1630.

«Thomas Tankard de Boroughbridge, dans le comté d'York, écuyer, a été admis aujourd'hui en composition, par lis commissaires de S. M., pour lui et Françoise sa femme, pour toutes ses habitations , ses terres , ténements , héritages, et leurs dépendances dans le comté d'York, moyennant la somme de 66 livres 13 shillings 4 pences pour le moment. Et il payera en sus, à l'expiration de la rente annuelle de 100 I. payée à Roger Beckwith d'Aldborougb, la somme de 33 I. 6 s. 8 p. ; à la mort de Merial Tankard de Copgrave, veuve, la somme de 33 I. 6 s. 8 p. ; à l'expiration de l'annuité eu faveur de Marte Tankard , sa soeur, la somme de 16 I. 13 s. 4 p. ; à l'expiration de l'annuité de 80 1. payable à Catherine Tankard, sœur dudit Thomas Tankard , jusqu'au payement total de 600 I., la somme de 201. 13s. 4 p.; à l'expiration de l'annuité payable à Christophe Lanças tre de Oablrees, dans le comté du Weslmoreland, pendant sa vie, la somme de 3 1. 6 s. 8 p. ; à l'expiration de l'annuité de 10 1. payable à H ugh Tankard, pendant sa vie, la somme de 3 1. 6 s. 8. p. ; a l'expiration de l'annuité de 101. payable à Pierre YVortb, pendant quinze ans, la somme de 3 1.6 s. 8 p. ; et à l'expiration de l'annuité payable à Balph Ellis, durant sa vie, la somme de 5 1. 6 s. 8 p. Toutes ces diverses sommes devront, à mesure de leur échéance, être payées à la Saint-Martin et a la Pentecôte, par égaies portions. 11 souscrira une obligation pour le payement du premier semestre de la rente annuelle, comme aussi pour le payement d'une année entière de la rente qui était due a S. M., pour les termes de la Saint-Martin de 1629 et de la Pentecôte de 1630.» Tous les arrérages se trouvaient compris dans cette composition.

Cette propriété fut confisquée sous la république, et Rushworlh, qui regardait une rente annuelle de 200 I. comme une trop faible amende à imposer au propriétaire, à raison de sa religion, ne rou- , git pas de n'évaluer qu'à 600 l. la valeur du fief

simple. Il l'acheta pour cette somme. (Manuscrits relatifs aux compositions, en mon pouvoir.)

Ceci est clair, d'après la lettre suivante du roi au comte de Nithisdaie, conservée dans la salle des chartes à Teregles : «Nithisdaie, — il est temps • maintenant pour moi de vous ordonner de songer à vous-même; car pas plus tard que le 13 du mois prochain, je puis vous garantir que vous entendrez parler d'une rupture entre moi et mes rebelles covenanters. J'ai écrit sur cela au marquis Douglas, mais sous la condition du secret, que je réclame également de vous; seulement je vous permets d'avertir avec la même réserve Winton : pour le reste, vous référant au porteur de celle-ci (qui ne connaît rien de la tenue de la lettre). Je demeure votre ami assuré,

«Charles R.

«White-Hall, 27 mars 1640.

«Vous aurez de l'assistance par la grâce de Dieu, et aussitôt que je pourrai ; mais quand? jusqu'ici le ne puis vous le dire avec certitude.»

Mais l'infortuné comte n'eut point d'assistance.

Le lecteur sera peut-être surpris que je n'aie point fait allusion a l'immense multitude de protestants anglais qu'on dit avoir été massacrés lorsque la rébellion éclata. Je sais bien que Clarendon parle ide 40 ou 50,000 personnes assassinées avant qu'elles soupçonnassent le danger, ou pussent pourvoir à leur défense en se retirant ensemble dans les villes ou les places fortes» (Clareod, i., 290; voy. aussi son histoire de la rébellion d'Irlande). Je sais encore qu'un écrivain anonyme, copié par Nalson, dit, que les insurgés, dans l'espace de peu de jours, égorgèrent un nombre incroyable de prolestants, hommes, femmes et enfants, sans distinction «(Nalson, n,fi9l); que May affirme que «plus de 200,000 personnes, hommes, femmes et enfants, furent assassinées dans l'espace d'un mois, après qu'on en eut mis plusieurs à des tortures inconnues jusqu'alors» (May, 81), et qu'un grand nombre d'écrivains ont répété lamèmechcH. Mai" ces assertions

me paraissent plutôt des déclamations de rhétorique que des faits historiques. Elles ne sont pas fondées sur des documents authentiques. Elles feraient supposer au lecteur que les rebelles avaient formé le plan de surprendre et d'égorger tous les proteytants, quand, dans le fait, ils ne cherchaient qu'à recouvrer les terres que, sous le dernier et le présent règne, on avait prises et données à des Anglais. Ils avertirent les usurpateurs de s'en aller ; il les chassèrent de leurs habitations, s'emparèrent de leur mobilier, et brûlèrent leurs maisons. Il est évident que, dans ce conflit, beaucoup de personnes durent perdre la vie de part et d'autre. Vers le 27 du mois d'octobre, le colonel Crawford, avec sa cavalerie, tua 300 Irlandais, sans perdre uo seul homme, et le 28, le colonel Malhewsen détruisit 150 autres, «en les chassant dans les buissons comme des lièvres» (Carte, i, 186) ; et, d'un autre côté, beaucoup d'assassinats particuliers fu rent commis par les rebelles, triste résultat de la vengeance. Mais il est prouvé, par les dépêches of~. ficielles des lords grands juges, pendant les mois d'octobre, novembre, et décembre, qu'il n'exista aucun dessein prémédité de massacre général, et qu'aucun massacre de ce genre n'eut lieu en effet.

1* On possède les dépêches du 25 octobre, avec les documents qui les accompagnent (Journaux des lords, nr, 412; Nalson, u, 614, 623), et il n'y est fait mention d'aucun meurtre. Après avoir détaillé l'insurrection et le pillage commis par les insurgés, ces journaux ajoutent : aquoique ce soit beaucoup trop, c'est tout ce que nous avons entendu dire qu'ils aient fait» (Journ., ib.; Nalson, u, 516).

2° Dans une lettre au cônseil privé, datée du 25 novembre, on décrit la conduite des rebelles dans les termes suivants : ails ont saisi les maisons et les propriétés de presque tous les Anglais, dans les comtés de Monagban.Cavan, Fermanagb, Armagh, Thone, Donegal, Leitrim, Longford, et une grande partie du comté de Downe, où se trouvent quelques forteresses; ils ont ôté aux Anglais leurs armes, et quelques Anglais, dont les maisons ont été saisies ( même sans résistance, en raison de la promptitude de l'entreprise), ont été cruellement égorgés par les rebelles, qui en ont coupé quelques-uns en morceaux. Ils ont surpris la plus grande partied'une compagnie de cavaleriede l'armée de Sa Majesté, commandée par le lord Grandison, dans le comté d'Armagh. Ils ont arrêté le lord Caulfield,el sir Edouard Trevor,membre de ce bureau, et sir Charles Pointes, et M. Branthwait, agent du comte d'Essex, et un grand nombre de personnes distinguées de l'Angleterre en plusieurs lieux , et ils les gardent prisonniers; comme aussi I lady Blainev , ses enfants, et d'autres femmes de

NOTES

lords et de gentilshommes. Ils ont dévasté, détruit, et enlevé partout où ils sont allés, et leur fureur menace actuellement les plantations anglaises dans le comté de la reine et dans le comté du roi ; et, a leur exemple, le shérif du comté de Longford, qui y est né et qui est papiste, a également pris les armes, s'est fait su ivre par les Irlandais du lieu; et ils volent, dépouillent, et détruisent les Anglais av ec une grande cruauté.

«Dans leurs attaques contre les Anglais, ils en ont tué plusieurs, volé et dépouillé des milliers, réduit des possesseurs de grands domaines , qui vivaient dans l'abondance, à un tel état de misère, qu'il ne leur reste pas même une chemise pour se couvrir. Us ont chassé de leurs propriétés plusieurs personnes d'une fortune considérable en mobilier, et les ont laissées dans le plus grand besoin et dans la pauvreté; et même les domestiques irlandais et tenanciers des Anglais, qui vivaient sous leur protection , se sont soulevés contre eux avec grande méchanceté, et ont rejoint les rebelles. Ils ont dé* truit, autant qu'ils l'ont pu , les bâtiments élevés à grands frais, et les améliorations utiles des Anglais. Ils les ont obligés, par menaces, à s'en aller, en leur disant qu'ils les détruiraient entièrement; et ils ont fait connnaltre publiquement que leur intention était d'extirper totalement les Anglais et les protestants , et de ne pas mettre bas les armes que, par un acte du parlement, la religion romaine ne fût établie , que le gouvernement ne fût placé dans les mains de personnes nées dans leur pays, et que l'on n'eut rendu â tous les anciens Irlandais les terres de leurs ancêtres supposés.» Nalson, page 889.

3° Dans une autre lettre de même date, qui devait être lue dans la chambre des communes, ils s'exprimaient ainsi : «En tuant el détruisant tant d'Anglais et de protestants en différents lieux, et les volant et les dépouillant, ainsi que plusieurs autres milliers des sujets de Sa Majesté, en saisissant tant de châteaux, de maisons et de places fortes, en différentes parties du royaume, en obligeant les Anglais â partir, s'ils ne veulent être entièrement détruits; et leur méchanceté agit avec tant d'inhumanité et de cruauté contre les Anglais et les protestants, qu'on ne peut s'imaginer qu'elle puisse venir de chrétiens, même envers des infidèles.» Ibid., p. 893.

Dans la quatrième lettre, du 25 novembre, on représente les progrès de la rébellion. «Dans les deux comtés de Wickloe et de Wexford , tous les châteaux et maisons des Anglais , el ce qu'ils contenaient, sont à présent dans les mains des rebelles, et les Anglais, leurs femmes et leurs enfants, dépouillés, nus, el bannis par leur fureur et leur raaje. Les rebelles, dans le comté de Longford,

s'accroissent en nombre et augmentent de violence. Ceux d'Ulster sont devenus si forts qu'ils ont un nombre d'hommes suffisant pour garnir les places qu'ils ont prises dans le nord, et pour mettre le siège devant celles qu'ils n'ont pas encore*». Us se sont déjà emparés de Mellifont, château de lord Moor, après y avoir perdu 120 des leurs; et ils y ont massacré de sang-froid 10 des personnes qui ont défendu bravement la place... Dans le comté de Meath aussi...- les rebelles volent et dépouillent les protestants anglais jusqu'à six milles de Dublin.» Ibid., 900, 901.

Dans la cinquième dépèche du 27 novembre : «Les troubles sont devenus maintenant si généraux , que presque partout, et même aux environs de celte ville , â quatre milles de nous, non-seulement les rebelles irlandais connus, mais les gens du pays, hommes, femmes et enfants, se réunissent pour tomber sur leurs voisins anglais ou prolestants, les volent et les dépouillent de tout ce qu'ils ont, sans que nous puissions nous y opposer.» Nalson, 902.

6° J'ajouterai une sixième lettre du 14 décembre , «Ils continuent d'user de leur fureur et de leur méchanceté contre les Anglais et les protestants, qui , dans le cas où ils auraient laissé leurs propriétés ou leurs bestiaux, pour plus de sûreté, dans les mains de quelques papistes, exposent ceux-ci â être chassés par les rebelles, qui s'emparent des biens et des bestiaux de ces papistes; et, maintenant, d'après de nouvelles résolutions prises par eux , leur cruauté a presque changé de nature, en s' élevant au plus haut degré, et en proclamant que, si un Irlandais recelait un Anglais, ou lui donnait assistance, ou le laissait échapper vivant, il serait puni de mort; et ils sont certains, parce moyen, bien qu'ils ne passent pas en ce moment ces Anglais au 61 de l'épéc, de les faire périr avec plus de cruauté. Ils ajoulcni hautement qu'ils ne finiront que lorsqu'il ne restera en Irlande aucun individu de l'espèce anglaise.» Ibid., 91 1. On y ajoute qu'on château, dans la ville de LongforJ , s'élanl rendu sous promesse de quartier, un prêtre avait tué le ministre, et d'autres avaient égorgé quelques prisonniers et pendu le reste. Ibid., 913. «Les rebelles du comté de Kildare ont pris le Naas el Kildare dans le comté de Kildare ; les rebelles du comté de Meath oni pris Trim et Ashboy dans le comté de Meath et plusieurs autres places; les rebelles du comtéde Dublin ont pris possession de Swoords et de Ralbcoole, et dépouillé, même jusqu'aux portes de Dublin, tous les Anglais et les protestants.» Nalson , 914.

Si l'on fait attention au langage de ces dépêches, et si l'on se rappelle en même temps quels en étaient les auteurs, et l'intérêt qu'ils avaient â

' exagérer les excès des insurgés, on peut, je pense, | en conclure qu'il n'y a pas en de massacre général, ni de tentative de ce genre.

Les lords juges accordèrent, le 23 décembre, une commission à Henri Joncs, doyen deKilmore, et à sept autres ecclésiastiques, dans ces termes:

nous donnons par ces présentes plein pouvoir et autorité d'appeler

devant vous et d'examiner , sous serment sur le

saint Évangile toutes les personnes qui ont

été volées et dépouillées, ainsi que 1rs témoins qui pourront diredansquel lieu les vols ont été commis depuis le 22 octobre dernier, ou qui pourraient être commis, par la suite, envers elles ou l'une d'elles : quelles sont les particularités; comment elles ont été ou pourraient être volées ou dépouillées; quelle en est la valeur; par qui; quels sont les noms; où demeurent ou bien demeuraient avant ceux qui ont commis ces vols ; quel est le jour ou la nuit où ils ont été commis ou pourraient l'être; quelles sont les paroles déloyales, discours, ou actions,qui furent alors ou qui ont été depuis proféras ou commises par ces voleurs ou par l'un d'eux, et combien souvent; et toutes autres circonstances concernant lesdils particuliers et chacun d'eux. Et vous, nos dits commissaires, vous rédigerez par écrit tous les interrogatoires, etc., pour être envoyés à nous juges et au conseil de notre royaume d'Irlande.» Temple, Rébellion d'Irlande, p. 137.

Que le lecteur considère le but de cette commission, et il trouvera certainement étrange que, si l'on eût massacré 200,000 prolestants, comme le dit May , ou même 40 ou 60,000 , les lords juges eussent omis de mentionner une action aussi sanglante. Cependant, le 18 janvier 1643, ils donnèrent une autre commission aux mêmes personnes, et y ajoutèrent l'ordre de s'informer aqucls étaient les domaines saisis cl les meurtres commis par les rebelles; le nombre des protestants anglais qui avaient péri sur la route de Dublin , ou dans tout autre lieu où ils avaient fui , et combien s'étaient faits papistes depuis le 22 octobre.» Warner, 161,294. On parle , en effet , ici de meurtres, mais d'une manière qui prouve que les lords juges ignoraient absolument qu'il y eût eu aucun massacre général ou même considérable.

Les commissaires, en conséquence, reçurent les dépositions depuis le 24 mars jusqu'en octobre 1644,ct les interrogatoires remplirent trente-deux gros volumes in-folio, qui furent déposés a la bibliothèque du collège â Dublin. Warner, après un mùr examen, observe que, dans le plus grand nombre les mois étant dûment assermentés ont été rayés avec une plume el avec la même encre dont on s'était servi pour écrire les interro-

gatoires, et que dans la plupart de ceux où l'on • laissé subsister ces mots, plusieurs parties des interrogatoires ont été biffées. C'est une circonstance qui démontre que la masse de celte immense collection ne repose que sur des oui-dire et sur des rapports de bruits publics.» Ibid. , 295.

Les commissaires , toutefois , choisirent dans tous ces interrogatoires ceux qui avaient été faits sous serment, el les consignèrent dans un autre livre, en certifiant, par leurs signatures, l'exactitude des copies. Il en résulte « qu'il parait que le nombre des personnes tuées par les rebelles hors de ta guerre, non-seulement au commencement, mais dans les deux premières années de la rébellion, se montait ensemble à 2,109. D'après le rapport d'autres prolestants, il y en eut 1,619 de plus, et, d'après celui de quelques rebelles eux-mêmes , 300 autres, en tout 4,028. Outre ces meurtres, on trouve dans la même collection la preuve , d'après d'autres rapports, que 8,000 périrent de mauvais traitements, elsi nous admettons que les massacres commis , hors de la guerre, par les Irlandais, s'élèvent â ce nombre (ce qu'en conscience je crois que nous ne pouvons guère affirmer d'après la nature de plusieurs dépositions), l'impartialité doit nous obliger à convenir qu'il n'y a aucune raison pour le dépasser.» Warner, 297.

Je n'allongerai pas.cette note par le récit des récriminations des Irlandais. On ne peut douter qu'ils aient souffert autant qu'ils ont fait souffrir, mais le blâme de ces cruautés ne devrait pas porter exclusivement sur les gens qui les commirent de part el d'autre , il devrait être partagé par Jcs personnes qui, dans l'origine, semèrent ces calamités, au moyen de l'oppression civile cl des persécutions religieuses.

La lettre suivante de la reine & madame de Saint-Georges explique ses sentiments, cl les motifsde son voyage en Hollande: — «Ma mie Saint- Georges, ce gentilhomme s'en va si bien informé des raisons que j'ai eues de sortir d'Angleterre, que lorsque vous les saurez, vous vous étonnerez que je ne l'aie pas fait plus tôt ;car,a moins que de me résoudre à la prison, je ne pouvais pas demeurer. Encore, s'il n'y avait eu que moi à souffrir, je suis si accoutumée aux afflictions que cela eût passé comme le reste. Mais leur dessein était de me séparer du roi, mon seigneur, et ils disaient publiquement qu'une reine n'était qu'une sujette, et était pour passer par les lois du pays, comme les

NOTES

antres. Ensuite ils n'ont accusée publiquement , en disant que j'avais voulu renverser les lois et la religion du royaume, et que c'était moi qui avais fait révolter les Irlandais : on a fait venir des tê> ,1 moins pour jurer que cela était. Enfin, on préten- *' dait que tant que je demeurerais auprès du Toi, . l'État serait en danger, et beaucoup d'autres choses qui seraient trop longues à écrire, telles que venir à ma maison lorsque j'étais à la chapelle, enfoncer nos portes, menacer de tout tuer : et cela, je l'avoue , ne m'a fait grand'peur ; mais il est ▼rai que d'être sous la tyrannie est une chose qui ne se peut exprimer , et durant ce temps assistée de personne, jugez en quel tHat j'étais. S'il arrivait que je vous visse, il y aurait choses qui ne se peuvent écrire, et pires que tout ce qu'on peut penser, que je vous dirais. Priez Dieu pour moi , car il n'y a pas une plus misérable créature au monde que moi. Éloignée du roi , mon seigneur , de mes enfants, hors de mon pays, et sans espérance de retourner sans danger évident, délaissée de tout le monde, ah! Dieu m'assiste et les bonnes prières de mes amis, parmi lesquels vous êtes, ma mie. Je vous prie de faire mes recommandations à ma mie Vitry , et lui dites que j'ai tant à écrire, que j'espère qu'elle m'excusera pour cette fois. Recommandez-moi aux bonnes carmélites de Paris; si je pouvais, je me souhaiterais bien avec elles : mais je ne sais si cela me sera permis ; je vous assure que c'est la seule chose à quoi je songe avec plaisir; faites aussi mes recommandations à ma nièce, et croyez que rien ne m'empêchera d'être, ce que je vous ai toujours promis ,

«Votre bien bonne amie ,

■Hembiette-Makib , reine.

«La Haye, ce 28 mai.»

(Capefigue, des manuscrits Belbune, 0332.)

Rien ne prouve mieux l'empressement de Charles a s'engager dans toutes les intrigues, et la subtilité et la fausseté où il s'abaissait dans l'occasion, que l'histoire de la mission de Glamorgan en Irlande. Je me propose de soumettre au lecteur, dans cette note, la substance de plusieurs documents relatifs a cette affaire.

Au 1" avril 1614, le ni lui donna, sous le

| d'Édouard Somerset alias Plantagenet , lord Her- I bert , baron Beaufort , etc. , une commission sous le grand sceau , qui le nommait commandant et chef de trois armées d'Anglais, d'irlandais, et d'étrangers, l'autorisant à lever de l'argent sous la garantie d< s tutelles royales, des douanes et drs bois, etc., et lui remit des patentes de noblesse, depuis le titre de marquis jusqu'à celui de baronnet, dont il pouvait remplir les noms à sa discrétion , promettant de donner en mariage à son fils Plantagenet la princesse Élisabeth , avec un douaire de 300,000 livres, somme qui n'excédait pas de beaucoup ce que Herbert et son père avaient déjà dépensé au service du roi, et de plus, il donnait à Herbert le titre de duc de Somerset , avec le cordon bleu et celui de Saint-George.— Les Mémoires du nonce dans les recherches de Birch , p. 22.

Cette commission fut délivrée par suite d'un accord avec des députés des confédérés catholiques , qui étaient alors à Oxford , et son but est clairement expliqué par Herbert lui-même, dans une lettre a Clarcndon , datée du 11 juin 1660. et qui devait être mise sous les yeux de Charles II. «Pour mieux informer le roi , au moyen de votre faveur et par le canal de votre seigneurie, qui entend parfaitement les affaires, permettez-moi de vous faire connaître une clef qui servira à ouvrir les passages secrets entre feu Sa Majesté et moi, relativement à son service. Ce n'était autre chose que ma résolution de m 'ex poser de moi-même A toute espèce de dépense ou de difficulté, plutôt que de laisser manquer son juste dessein , ou , dans le cas où j'y réussirais, de permettre que son honneur pût en souffrir ; ce qui , vous pourrez le dire avec raison , tenait plus à une affection aveugle et passionnée pour le service du roi , qu'à la discrétion et au soin que je devais avoir de moi même. C'est ce qui me fit prendre la résolution de le laisser paraître fâché contre moi , à mon retour d'Irlande, jusqu'à ce que je l'eusse mis en état de pouvoir avouer ses ordres, de maintenir ses instructions, et de récompenser ma fidélité et mon zèle. .

Votre seigneurie s'étonnera, ainsi que le roi , de l'étendue de ma commission; mais quand vous connaîtrez la grandeur du projet de Sa Majesté, vous sentirez qu'il le fallait pour me rendre capable de l'effectuer. Une armée de 10,000 hommes devait venir d'Irlande, par le nord du pays de Galles; une autre, en pareil nombre au moins, sous mon commandement eu chef, eût attendu mon retour dans le sud du pays de Galles , où sir Henri Gage devait commander comme lieutenant général ; et une troisième armée de 6,000 hommes, dont 2,000 Liégeois, commandés par sir Franc» Edmond, 2,000 Lorraios, par le colonel Brown», et 2,000 autres, Français, Anglais, Écossais, lilau

dais, qu'on aurait pu tirer de Flandre et de Hollande. Les 6,000 hommes devaient, par les soins (du prince d'Orange, se trouver dans les comtes associés , et le gouverneur de Lyne , cousin ger- ' main du major Bacon, major de mon régiment, devait leur livrer la ville.

«Cette armée d'étrangers devait être défrayée par le pape, et les princes catholiques qu'il y « ùl entraînés, ayant pris l'engagement de procurer 30,000 livr. par mois. Cet argent devait servir à payer d'abord l'armée étrangère, et le reste être divisé entre les deux autres armées. J'avais à cet effet pouvoir de traiter avec le pape et les princes catholiques, en leur assurant les avantages particuliers promis aux catholiques pour le libre exercice de leur religion , sans encourir les amendes qu'on pouvait leur infliger en raison des statuts existants. Mes instructions et mes pouvoirs, pour traiter et conclure, étaient signés du roi, et scellés de son cachet de poche , avec les blancs pour y mettre les noms du pape et des princes, afin que le roi pût avoir une défaite pour nier qu'il m'eût donné de pareilles commissions, si ses propres sujets y faisaient des objections; me considérant comme un homme qui hasarde le tout pour le tout, il qui, pour l'amour de Sa Majesté, consentait à risquer toutes choses, m'en rapportant à sa seule parole.» Mémoires de Clarendon , u, 201, 202.

Mais son départ fut retardé par les objections d'Ormond aux conditions de la paix; et le roi, pour se tirer de la difficulté , proposa à Herbert de se rendre en Irlande, et d'accorder en secret aux catholiques les concessions que le lord lieutenant hésitait à leur faire, A (a condition d'obtenir en retoûr une armée de 10,000 hommes pour le service du roi. Eo conséquence, le 27 décembre, Charles annonça à Ormond que Herbert allait en Irlande avec l'engagement de travailler à la paix. Carte, n, p. 6.

2 janvier 1615. Glamorgan (il était alors honoré du titre de comte de Glamorgan) reçut ces instructions : o Vous pouvez d'abord engager votre fortune, votre intérêt, votre crédit, que nous remplirons réellement et ponctuellement nos promesses envers les Irlandais; et, puisqu'il est nécessaire de conclure immédiatement la paix , sachez que, toute chose consentie par notre lieutenant, le marquis d'Ormond, nous subirons plutôt mille morts que de l'annuler ou de la rompre ; et, s'il y avait nécessité d'acquiescer A quelque chose, dans laquelle le marquis ne voulût pas paraître, parce qu'il serait inconvenant pour nous de l'avouer publiquement pour le présent, ce sera à voua â y suppléer.» Centurie d'inventions, par M. Partington, Lettres originales et Mémoires officiels, xxxv. Suit alors la promesse d'accomplir

toutes celles qu'Ormond ou autres feraient ou auraient faites , etc.

6 janvier. Il reçut une commission pour lever autant de troupes qu'il le pourrait , en Irlande ou en tout autre lieu d'outre-mer, avec pouvoir de nommer les officiers, de recevoir les revenus du roi , etc. Birch., p. 18 des Mémoires du nonce , fol. 713.

12 janvier. Il reçut une autre commission de la nature la plus extraordinaire, que je transcris d'une copie manuscrite en ma possession , attestée par sa signature, et probablement la mê;ne qu'il donna A Ormond , après qu'il fut arrêté et emprisonné :

«Cumi.Es IV,

«Charles , par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, d'Ecosse , de France, et d'Irlande, défenseur de la foi, etc., a notre très-fidèle et très-aimé cousin Edouard, comte de Glamorgan, salut. Ayant eu des témoignages amples et suffisants de votre sagesse et fidélité reconnues, notre confiance en vous est telle, que , tout ce que vous ferez, quoique garanti seulement par notre seing manuel ou notre cachet de poche, ou autre marque particulière, ou même par parole de notre bouche, sans autre cérémonie , nous donnons notre parole de roi et de chrétien, de le confirmer à tout égards, comme si l'autorité que vous recevez de nous eût effectivement été donnée sous te grand sceau d'Angleterre, avec cet avantage que nous vous en serons encore plus obligé, pour le courage que vous avez de ne pas tenir à des formes si scrupuleuses, afin de nous rendre des services que Dieu voudra récompenser. Et , quand vous excéderiez ce que la loi ou notre puissance peut vous accorder, comme nous ne savons ce qui peut vous être nécessaire, et que c'est pour notre service, nous prenons l'obligation non-seulement de vous pardonner, mais de maintenir ce que vous auriez * fait de tout notre pouvoir; et , soit que , par accident ou toute autre occasion, vous perdiez, ou que vous jugiez nécessaire de vous dessaisir de quelqu'une de nos commissions, et que vous en ayez besoin à votre retour, nous promettons de bonne foi de les renouveler à votre retour, et de suppléer A tout ce qu'on pourrait y trouver de défectueux, n'étant pas convenable pour nous de discuter A présent sur elles; et vous pouvez avoir confiance dans ce que nous venons d'écrire, s'il y a de la bonne foi ou de la vérité dans un homme. C'est pourquoi, allez gaiement, promptement, et hardiment , cl ceci sera pour vous une garantie suffi-

NOTES

sanlt. Donné à notre cour, à Oxford, mus notre r seing manuel et noire cachet privé, ce 12 janvier

«Charles R.

a A noire très-fidèle et bien-aimé cousin Édouard , comte de Glamorgan. »

Sur le dos est écrit: «Autorité ultérieure du comte de Glamorgan.»

12 février. Glamorgan avait quitté Oxford , et levait de l'argent dans le pays de Galles, quand le roi lui envoya d'autre dépêches, et y joignit j une lettre qui l'engageait à se rendre promplemeut en Irlande. Il y reconnaissait le danger de l'entreprise, que Glamorgan avait déjà dépensé plus d'un million d'écus à son service, et qu'il était tenu, par reconnaissance, à prendre soin de lui , et ensuite de sa femme et de ses enfants. «Que puis-je faire déplus, a ce sujet, que de vous en- I voyer le cordon bleu, et un brevet pour le titre de duc de Somerset , que vous accepterez, et dont vous ferez usage quand bon vous semblera. Mais il faudrait retarder de le publier pendant quelque temps, pour éviter la jalousie , et afin que je ne sois pas importuné par d'autres; je vous promets toutefois que votre ancienneté pour l'un , et votre patente pour l'autre, prendront date de celle du brevet.» Centurie d'inv. , p. xxxiv. Le 18 aoiU 1660 , le marquis de Hertford se plaignit de ce que cette patente lui faisait tort, parce qu'il réclamait le titre de Somerset. Glamorgan , alors marquis de Worcester, la rendit le 3 septembre, et son fils fut créé duc de Beau fort.

Le 12 mars , le roi lui écrivit la lettre suivante :

«Herbert ,

a Je suis étonné que vous ne soyez pas encore parti pour l'Irlande; mais, puisque vous avez attendu tout ce temps, j'espère que celle-ci vous atteindra; vous y verrez encore plus la grande confiance que j'ai dans votre intégrité, dont j'ai une si bonne et si longue expérience ; vous ordonnant d'agir avec toute franchise et toute liberté avec notre lieutenant d'Irlande , le marquis d'Ormond ; et , parole de roi et de chrétien, j'approuverai tout ce que notre lieutenant se sera engagé a faire à votre persuasion; et, si vous le jugez convenable , vous pouvez lui montrer ceci en particulier, que je regarde, non comme obligatoire pour lui , mais pour moi-même, et pour votre encouragement et garantie à l'un et a l'autre, en qui reposent mes principales espérances, n'ayant pas, dans tous mes royaumes, deux sujets pareils, dont

les efforts réunis me tireront bientôt, j'en suis assuré, de la fange où je suis forcé maintenant de me vautrer.» Centurie d'inventions, xxxvni.

Quels étaient les écrits désignés par le mot «ceux-ci ,» que Glamorgan pouvait montrer à Ormond, s'il le jugeait à propos? C'était probablement la commission suivante, datée le même jour d'Oxford.

« Charles R.,

« Charles, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre d'Écosse , de France, et d'Irlande , défenseur de la foi, etc., à notre très-fidèle et bien-aimé cousin Édouard , comte de Glamorgan, salut. Ayant placé une grande et spéciale confiance dans votre sagesse, dont j'ai eu des preuves, et dans voire fidélité, nous vous autorisons et vous donnons pouvoir, par ces présentes ( comme si elles étaient sous noire grand sceau, à toutes fins et intentions), de traiter et conclure avec les confédérés catholiques romains, dans notre royaume d'Irlande, dans le cas où, par nécessité, il faudrait condescendre à des choses où notre lieutenant ne pourrait paraître, comme peu convenables pour nous à publiquement avouer pour le présent. C'est pourquoi nous vous chargeons d'agir en vertu de cette commission, avec tout le secret possible, et nous promettons, sur notre parole de roi et de chrétien, que, quelque engagement que vous preniez, par des considérations qu'en votre jugement vous estimerez valables, il sera ratifié et rempli , ainsi que ce qui sera accordé par vous , et sous votre signature et cachet, aux confédérés catholiques qui auront témoigné, par leur aide, leur zèle pour notre service, et ceci sera pour vous , dans tout ce que vous aurez fait, une garantie suffisante. Donné en notre cour , à Oxford , sous notre cachet et signatuiv royale, le deuxième jour de mars, dans la ving tième année de notre règne, 1644.

« A notre très-fidèle et bien-aimé cousin Édouard comte de Glamorgan.»

Quelques écrivains ont voulu mettre en doute l'authenticité de cette commission, parce que, quoiqu'elle ait été insérée mot à mot dans le traité de Glamorgan avec les confédérés, il ne la produisit pas à la réquisition du conseil , à Dublin, donnant pour excuse qu'il l'avait déposée chez les catholiques à Kilkeony. Mais il parait, d'après les mémoires du nonce, qu'elle est bien réelle, a A Sua Majestate mandatum babuit, cujus « originale regia manu suscriptum Glamorganis a cornes deposuil apud confœderatos catbolicos.»

Fol. 1292, apud Birch , 215. Et si l'on avait besoin d'une meilleure autorité, j'ai en ma possession la commission originale, avec la signature et le cachet privé du roi, portant les armes des trois royaumes, une couronne au-dessus, et C- R. sur les côtés, et endossée de la même écriture que le corps de la commission, «Commission particulière du comte de Glamorgan pour l'Irlande.» Ce que j'ai donné est une copie exacte de l'original.

30 avril. Le roi ayant appris que Rinuccini avait été nommé nonce, et qu'il était en chemin pour se rendre en Irlande, envoya à Glamorgan une lettre pour ce prélat, et une autre pour le pape. On ignore le contenu de la seconde; la première est copiée dans les Mémoires du nonce. «Nous ne doublons point que les choses n'yront bien , et que les bonnes intentions commencées par effect du dernier pape ne s'accomplisseront parceluysicy, et par vos moyens, en notre royaume d'Irelaudeet de Angleterre.» Birch, 28. Il prie alors le nonce de se joindre à Glamorgan , et promet d'accomplir, au retour de ce dernier, toutes les promesses dont ils seront convenus ensemble. Ibid.

Le roi , à son retour à Oxford après ta campagne de 1845, plaçait eocore ses principales ressources dans la mission de Glamorgan; et, pour engager la cour de Rome à écouler les propositions de cet envoyé, il écrivit, de sa propre main , les deux lettres suivantes, dont les originaux existent encore dans VArchivio vatic.ano, l'une au pape luimême, l'autre au cardinal Spada , les priant d'avoir toute confiance en Glamorgan, ou en son messager, et s'engageant , sur sa parole royale, a remplir tout ce qui serait arrêté par Glamorgan au nom de son souverain. «Beatissimc pater, « tôt tantaque teslimonia fidelitatis et affectus, « consanguinei noslri comitis Glamorganix jam- « dudum accepimus , eamque in illo fiduciam meo rito reponimus, ut Sanctitas Vestra ci fidem « inerilo prebere possit in quacumque re, de qua « per se vcl per alium nostro nomine cum Sancti- « late Vestra tractaturus sit, quxeumque vero ab a ipso certo slatula fucrint, ea munire et confir- « mare polliccmur, in cujus testimonium brevis- « simas has scripsimus, manu et sigiilo nostro « munitas, qui nibil (poliusj habemus in volis, « quam ut favore vestro in eupi stalum redi- «gamur, quo palam profileamur nos Sanclitatis « Vestra;,

oilumillimum et obedientissimum servum,

«ClURLBS R.»

Suscription.

« Beatissimo patri Innocentio decimo , Pontiâci •maximo.»

| « Emincntissime domine, pauca scripsimus I « Beatissimo Patri de fide adhibenda consanguineo ! a nostro comiti Glamorganix, et cuilibet ab eo a delegatoquem ut Eminentia Vestra pariter omni « favore prosequatur, rogamus; certoque credat « nos ralum babituros quicquid a prsdicto comité « vcl suo delegato, cum Sanctissimo Paire, vel « Eminentia Vestra transactum fucrit,

«Eminentix Vestra; ,

« Fideiissemus amicus

«CHiRr.ES R.

« Apud curiam nostram Oxonite, 20 oct. 1645.»

Suscription.

«Eminentissimo domino et consanguineo nostro, « domino cardinal! Spada.»

Après la découverte de toute cette affaire, le roi, le 29 janvier 1646, envoya un message aux deux chambres en Angleterre, dans lequel il déclare (le lecteur peut juger avec quelle bonne foi) que Glamorgan a une commission pour lever des hommes, et non pour aucun autre objet; qu'il n'a aucune commission pour traiter d'aucune autre chose, sans l'aveu ef .les directions d'Ormond; qu'il n'a jamais envoyé aucune information sur des traités qu'il eût fait avec les catholiques; et qu'il (lui roi) le désavouait dans sa conduite, et avait donné des ordres au conseil d'Irlande pour procéder contre lui , selon le cours ordinaire de la justice. OEuvrcs de Charles , 555.

Deux jours après , le 31 janvier, ayant avoué au conseil, à Dublin, qu'il avait fait part à Glamorgan des instructions secrètes données à Ormond , et l'avait engagé à user de son influence sur les catholiques, pour leur persuader de modérer leurs demandes , il continue : a A cette fin (avec les limitations les plus strictes que nous puissions lui enjoindre, et simplement sur les projets particuliers relativement auxquels nous vous avons donné nos instructions secrètes, et même avec ordre de ne rien faire a cet égard que sous votre direction spéciale) , il est possible que nous ayons jugé à propos de remettre audit comte de Glamorgan des lettres de créance, telles qu'elles pussent lui donner du crédit auprès des catholiques romains, dans le cas où vous trouveriez occasion de vous servir de lui, soit pour leur donner une plus forte assurance de ce que vous leur auriez en particulier promis, soit dans le cas où vous jugeriez nécessaire de l'employer secrètement pour arranger ces affaires, parce qu'ils pourraient le tenir pour suspect,

NOTES

en raison de sa religion et de son intérêt. Ceci est tout , et le fond de ce que nous avons pu confier audit, comte de Glamorgan dans cette affaire.» Ormond de Carte, m, 446. Je ne sais comment concilier cette déclaration avec l'autre.

Avec cette lettre, il en envoya deux autres au conseil. L'une était adressée à Ormond , où il affirmait , sur sa parole de chrétien, qu'il n'avait jamais entendu que Glamorgan traitât de quoi que ce soit, sansCapprobation et à l'insu dudit Ormond, parce qu'il s'était toujours méfié de son jugement; mais en lui donnant ordre en même temps de suspendre l'exécution de toute sentence qui pourrait être prononcée contre ce lord. Carte , u , app. , p. 12. La seconde lettre, datée du 3 février, était adressée a Glamorgan lui-même, et dans ces termes :

oGIamorgao,

«Je dois vous dire clairement que vous cl moi avons été abusés dans celte affaire; car vous vous êtes laissé entraîner à consentir à des conditions beaucoup au delà de vos instructions, et votre traité a été divulgué par tout le monde. Tout ceci n'aurait pas eu lieu si vous vous étiez consulté avec mon lord lieutenant, comme vous me l'aviez promis. Mais nous devons voir plus loin. C'est pourquoi , en un mot j'ai ordonné, qu'on vous montrât autant de faveur qu'on pût le faire pour mon service et ma sûreté : et si vous voulez encore avoir confiance en mon avis, que j'ai commandé a Digby de vous donner librement, je vous soutiendrai assez pour que vous puissiez encore m ètre utile, et je désire pouvoir vous récompenser de votre affection; sinon, je ne sais que vous dire. Mais je ne doute pas de votre consentement à ceci, puisque celte affaire concerne le bien de toutes mes couronnes, le mien en particulier, et peut me donner encore les moyens de me montrer

«Votre très-fidèle ami,

«Diables II.

• Oxford , 3 février, 1645-6.0

(Warner, 360.)

Charles ne s'explique pas librement dans cette lettre, parce que probablement elle fui remise par l'intermédiaire d'Ormond et de Digby. Mais le 28 février, il dépêcha sir J. Winter avec des instructions complètes pour Glamorgan, et cette petite lettre:

«Herbert,

«J'espère que cel honnête et fidèle porteur vous expliquera pourquoi je n'ai pas agi en tout comme vous le désiriez ; le défaut de confiance en vous est si loin d'en être la cause, que je me confirme davantage de jour en jour dans cette même confiance; car, croyez-moi , il n'est au pouvoir de personne de vous rendre de mauvais services , et de vous faire rien perdre dans mon opinion ; mais j'ai donné a ce sujet, et sur divers autres, de si complètes instructions, que je ne vous dirai rien de plus, si ce n'est que je suis

«Votre très-fidèle et constant ami,

«Chari.es R.b (Centurie d'inventions, xxxix.) Le 5 avril, il lui écrivit encore.

«Glamorgan ,

«Je n'ai pis le temp-, et vous ne devez pas attendre que je vous f.isse des répétitions inutiles. C'est pourquoi , en vous renvoyant à Digby pour l'affaire, celle lettre n'est que pour vous donner l'assurance nouvelle de ma constante amitié, assurance qui , si l'on considère le manque général de probité la plus commune, est en quelque sorte indispensable. Quoi qu'il en soit, je sais que vous ne pouvez qu'avoir toute confiance dans ma bonne volonté d'accomplir les instructions cl promesses faites a vous cl au nonce.

«Votre très- fidèle et constant ami,

n Diables R.»

(Warner, 373.)

Le jour suivant , le roi lui envoya une autre petite lettre.

«Herbert,

«Comme je ne doute pas que vous n'ayez trop de courage pour être épouvanté ou découragé de la manière dont vous avez été traité, je vous assure que cette circonstance n'a diminué en rien mon estime pour vous, mais qu'elle fait naître en moi le désir de nous venger et d'obtenir réparation pour tous deux; car, dans ceci, je me trouve aussi intéressé que vous. C'est pourquoi, convaincu que vous continuerez à consacrer a mon service votre

zèle et votre habileté ordinaires , je vous assure de la durée de ma faveur et de ma protection, et je vous montrerai plutôt par mes actes que par des paroles que je suis

«Votre très-fidèle et constant ami,

«Charles R.»

(Warner, 374.)

Si , après avoir lu ces documents , il reste encore quelques doutes sur l'authenticité de la commission de Glamorgan, ils seront levés par le passage suivant de la correspondance de Clarendon avec le sécréta ireNicbolas. En parlant de son Histoire proletée, il dit: «Je dois vous avouer que je me soucie peu de parler de cette affaire d'Irlande, car ces pouvoirs, ces instructions singulières, données à votre favori Glamorgan, me paraissent contraires à la justice, à la piété, et à la prudence ; et je crains qu'il n'y ait dans celte affaire d'Irlande, soit avant, soit après, beaucoup de choses sur lesquelles on n'a daigné prendre ni votre avis, ni le mien, au conseil. Oh ! monsieur le secrétaire, ces stratagèmes m'ont fait passer des heures plus mauvaises que tous les malheurs que la guerre a fait tomber sur le roi , et qui paraissent être l'effet de la colère de Dieu envers nous.» Mémoires de Clarendon, n, 337.

Il parait que, même après avoir été remis par les Écossais au parlement , le roi espérait encore tirer quelque fruit des mouvements de Glamorgan. Vers le commencement de juin 1647, sir John Somerset, frère de ce seigneur, arriva à Rome avec une lettre de Charles à Innocent X. Probablement la lettre n'existe plus. Mais la réponse du pontife montre que le roi avait sollicité des secours pécuniaires, et pour les obtenir, avait donné quelque indication d'une disposition de sa part à admettre la suprématie du pape et la foi catholique. On ne peut inférer moins que cela du langage d'Innocent. «Liters illce pnecipuam tuam alacritatem ac pro- «pensionem ad obediendum Deo in nobis, qui ejus «vices geri mus, luculenter déclarant... A majes- «tate tua enixe poscimus, ut quod vellc cœpit, mox «et facto perficiat... ut aliquo id aggrediaris argu- «mento, quod te te ad catbolicam fidem récépissé «intelligsmus.»Sans doute, Charles tentait auprès du pontife la même expérience qu'il venait défaire sur ses sujets presbytériens; et comme, pour les gagner, il avait entrepris d'étudier les doctrines presbytériennes , de même il espérait tirer de l'argent diunocent en professant une inclination en faveur de la foi catholique. Mais la tentative

échoua. La réponse Ait polie, pleine de compliments; elle exprima la joie ressentie par le pontife à la lecture de la lettre, et exhorta Charles à persévérer dans ses recherches jusqu'à ce qu'il parvint à découvrir la vérité ; mais elle décida sur la demande, comme Urbain avait antérieurement décidé sur de semblables requêtes, qu'il était contraire au devoir du pape d'employer les trésors de l'Église à soutenir tout autre prince qu'un catholique. Cette réponse est datée du 29 juin 1647.

1° Les ordonnances avaient distinguédeux classes de délinquants, l'une religieuse et l'autre politique. La première comprenait tous les catholiques réfraclaires, toute personne quelconque qui , ayant atteint l'âge de vingt et un ans, refuserait d'abjurer, sous serment, les doctrines particulières à la croyance catholique. On les réputait papistes, et on confisquait les deux tiers de leurs propriétés personnelles et de leurs immeubles, que saisissait, au profit du royaume, un commissaire au séquestre, nommé dans chaque comté particulier. Dans la seconde classe étaient compris tous ceux qu'on savait avoir combattu contre le parlement, ou avoir aidé le parti du roi d'argent ou de provisions , ou en lui donnant des avis et des informations; et des personnes de cette classe dont toutes les propriétés mobilières et immobilières avaient été séquestrées, sous la seule exception d'uu cinquième alloué pour l'entretien de la femme et des enfants, si les derniers étaient élevés dans la religion protestante (Ordonnances d'Elsynge, 3, 22 et suivantes).

2° Les biens séquestrés fournissaient non-seulement un revenu annuel, mais aussi de l'argent comptant dans le cas d'urgence. Ainsi, quand le colonel Harvey refusa de marcher jusqu'à ce que son régiment eût reçu l'arriéré de sa paye, montant à 3,000 livres, on rendit immédiatement une ordonnance pour lever de l'argent, en vendant des bois appartenant au lord Petre, dans le comté d'Essex (Journaux, vi, 519). Lorsqu'on se plaignit de la rareté des bois pour les réparations des vaisseaux de guerre, les deux chambres autorisèrent certains charpentiers de navire à faire abattre 2,500 chênes sur les propriétés des délinquants, dans les comtés de Kent et d'Essex (ibid. , 520). Quand les Ecossais demandèrent un mois de paye pour leur armée, le comité de Goldsmilh-Hall procura l'argent, en proposant de vendre les propriétés des délinquants qu'on jugerait convenables

iNOTES.

les terres a huit, Cl U% maisons à six aunéts de revenu. Journaux des communes, 10 et 21 juin

3° Mai* la difficulté de trouver de l'argent comptant engagea les commissaires à chercher quelque autre expédient, et quand on accorda la somme de 15,000 livres pour mettre l'armée de Fairfax en mouvement, on les trouva immédiatement, en offrant aux délinquants la restitution de leurs biens séquestrés, a la charge de payer a l'instant une certaine amende (Journaux des communes, 13 septembre 1G41). Le succès de celte expérience ! encouragea les com missaireaà montrer la même indulgence envers ceux qui voudraient quitter le parti du roi, poorvu qu'ils ne fussent pas catholiques, et consentissent à faire le serment d'abjuration de la doctrine cathol que (ibid., 8 mars, 12 août 1645, 4 mai, 26 juin , 3 septembre 1646). Ensuite, A la fin de la guerre, on admit la grande majorité des royalistes A transiger avee le comité. Les amendes qu'on exigeait se montaient, pour le plus grand nombre , à un dixième, plusieurs à un sixième, et, pour quelques-uns, â un tiers de toute la propriété ■nobiliaire ou immobiliaire des délinquants. Voyei les Journaux de» deux chambres, pour les années 1647 et 1648.

Il parut, le lendemain de l'exécution du roi, un ouvrage intitulé : eiror basai», ou le Portrait de Sa sacrée Majesté dans sa solitude et ses tourments. On le disait écrit par Charles lui-même : c'était une exposition fidèle de ses propres pensées sur les principaux événements de son règne, accompagnée de toutes les effusions pieuses que sa mémoire pouvait lui rappeler. Il devait exciter une sensation profonde en faveur de ce malheureux roi , et l'on dit qu'il en fut fait cinquante éditions dans le cours de la première année. Durant la république, Milton fit un faible effort pour prouver que ce livre n'était pas composé par le roi. Après la restauration, le docteur Gauden , ecclésiastique de Bocking, dans le comté d'Eascx, s'en déclara le véritable auteur; mais il mit une sorte de discrétion dans ses prétentions, et reçut, pour prix de son silence, l'évêcbé d'Exeter d'abord , et ensuite, en raison de la pauvreté dece siège, i'évècbé plus lucratif de Worcester.

Après la mort de Gauden, ses prétentions commencèrent A transpirer et devinrent le sujet d'une controverse intéressante entre ses amis et les admirateurs de Charles. Mais on a publié depuis p udeurs documents jusqu'alors inconnus, parli-

cultèrenienl les lettres de Gauden au comte du Clareodon(Mém.deClarendon, ui, App.,xxvi-xxxi, xcv), et d'autres au eomtc de Bristol (Revue de Matys, h, 2V3; Mémoires de Ciarendoo , m, App., xevi, et M. Todd, Mémoires de l'évèquc Wallon, i, 138). Tous ces documents ont si positivement établi les droits de Gauden , que , pour lesnier, il faudrait se décider a déclarer ce prélat imposteur, à croire que les évèques Morley et Duppa ont donné de faux témoignages en sa faveur, et se préparer à expliquer comment il s'est fait que les personnes les plus intéressées a maintenir le droit du roi à cet ouvrage, nommément Charles II , son frère le duc d'Yorck, et les deux comtes de Clarendoa et de Bristol ont adopté celle erreur. Ces dif ficu liés , néanmoins, n'ont pas effrayé le docteur Wordsworth, qui, dans un écrit de plus de 400 pages, nouvellement publié , et intitulé : « Oui a écrit Eik.oM BAXlAlKJl?» a réuni avec beaucoup de patience toutes les petites preuves qu'il a pu rapporter A ce sujet; et aptes une longue et miuutieute recherche, a conclu par attribuer l'ouvrage au roi, et a prononcé que l'évèque était un impudent imposteur. Cependant il n'a pas vaincu mou incrédulité. 11 existe trop de choses,dans EiftON baxiairb même, qui ne me permettent pas de croire que Charles en soit le véritable auteur, quoique cet auteur, quel qu'il soit, ait pu consulter par hasard, et copier les papiers royaux ; et le droit de Gauden parait trop bien établi pour être ébranlé par les probabilités imparfaites et conjecturales que l'on a depuis produites contre lut.

Les pensions suivantes furent ensuite accordées A différentes personnes qui servirent A faciliter l'évasion du roi. A moins de vote contraire, la pension est pour la vie;

Irtrt.

A Jane Lanc (lad y Fisber) 1,000

Tbos. Lane,père 500

Chartes Gifford, esq 300

Francis Mansell,esq 200

Thomas Whitgrave, esq 200

Calh. Gunter, pour 21 ans. 200

Joan. Harford . . . < 60

Kleanor Sampson , 00

Francis Reynolds 203

John et Anne Rogcrs et leors bériliets

mêles 100

Anne Bird 30

Sir Thos. Wyndham , et ses bér.tiers ,

perpétuel If 000

tilt*»

A Wil. Elles Duo, à volonté 100

Rt. Swan, durant la vie du roi 80

Lady Anne Wyndbam 400

Juliaoa Hest. 30

(Clarend., Corrcsp., i, 656.)

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