‹ Histoire d' AngleterreChapitre 28 sur 307 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

reusemcnt pas d'interroger le coupable, et jamais on ne put constater si le projet venait de lui seul, ou s'il lui avait été suggéré par d'autres.

Henri mourut le lendemain, et le roi de Navarre, descendant de saint Louis par le plus jeune de ses fils, Robert, comte de Germont, prit le litre de Henri IV, roi de France et de Navarre. Beaucoup de nobles catholiques avaient jusqu'alors embrassé la cause royale , pour combattre la Ligue; mais, avant de reconnaître le nouveau souverain, ils le forcèrent de signer un acte (25 juill.) par lequel il s'engageait à ne permettre l'exercice public d'aucun autre culte que le catholicisme , excepté dans les villes où il serait déjà établi; à ne donner des emplois, dans les villes et corporations, qu'à des catholiques; à maintenir les droits et privilèges des princes, des nobles et de tous ses autres fidèles sujets ; à punir les auteurs du meurtre du dernier roi, et à permettre aux seigneurs catholiques de rendre compte au pape des motifs de leur conduite. Mais le roi était dans l'impossibilité de satisfaire les bigots de chaque parti. D'un côlé, plusieurs gentilshommes catholiques, se méfiant de sa sincérité, quittèrent le camp royal avec leurs soldats: de l'autre, neuf régiments de protestants refusèrent de combattre sous les drapeaux d'un souverain qui venait de s'engager à proléger une religion qu'ils regardaient comme idolâtre (1). Affaibli par ces défections, Henri leva le siège de Paris, divisa son armée, et se retira avec un petit nombre de troupes en Normandie. Le duc de Mayenne l'y suivit, mais le roi se retrancha à Arques, près de Dieppe (20 sept.), et repoussa l'armée ennemie, quatre fois plus nombreuse que la sienne. Peu de jours après (20 sept.), il reçut d'Élisabclh une somme de 20,000 livres en or, pour payer ses troupes étrangères, et un secours de 4,000 Anglais, commandés par lord Willoughby. 11 se vit alors en état de prendre l'offensive (20 oct). 11 revint sur ses pas, à marche forcée, surprit les faubourgs de Paris, retourna par Tours en Normandie, et réduisit plusieurs villes impor-

leau , duquel a plein brai il a par deux foys frappé ledict jacobin dan» la face, lui disant : Ha, mesebant, lu m'as lué ! . Daniel , xi , 505 , noies. ( I) Caraden , €02

tantes. Pendant la campagne, les Anglais soutinrent avec bravoure l'honneur de leur pays ; mais ils souffrirent considérablement dans plusieurs actions, et les survivants furent renvoyés, avec de grands remerctments, au commencement de l'année suivante (1).

Le duché de Bretagne , originairement fief féminin, avait été annexé à la couronne de France par un mariage ; le roi d'Espagne le réclamait alors pour l'infante sa fille , comme représentant Elisabeth de France , sa mère , et en même temps le duc de Mercœur faisait aussi valoir les droits de sa femme , comme descendante des anciens ducs. Au lieu de se combattre l'un l'autre, ils consentirent à agir de concert pour la conquête du duché, et à établir ensuite leurs prétentions respectives. Le duc s'empara de plusieurs villes, et les Espagnols, ayant débarqué 5,000 hommes (oct. J 1 590), se saisirent des ports de Blavet et d'Hennebon. Jusqu'alors les sollicitations de Henri pour obtenir assistance, ses flatteries à la reine, ses lettres de compliment, ses protestations d'attachement, avait produit peu d'effet. Élisab'eth était libérale de promesses , mais n'accordait de secours que d'une main avare (2). Le roi avait bien quelques puissants avocats à la cour d'Angleterre : le comte d'Essex , le secrétaire Walsingham et le lord amiral Howard ; mais Essex ne faisait point partie du cabinet ; Walsingham mourut au printemps (6 avril) de l'anoée 1591 , et l'influence de Howard fut neutralisée par la politique cauteleuse de Burghley , dont l'autorité était telle , d'après ce qu'écrivaient les ambassadeurs français , que

(1) Ibid., 610,611.

(2) «Elle est plus couarde de mettre main I la bourne qu'elle n'eût été de la mettre a Cépée, si elle eust esté

I homme. » Egerton , 336. Il est amusant d'observer combien les ambassadeurs français se plaignent de la négligence du roi à satisfaire la reine en lui écrivant fréquemment Il devrait lui adresser un billet tous les soirs, ses lettres, « si délicates et pleines d'affection, • servant plus que tous leurs raisonnements. Dans le fait elle se mit à coqueter avec fleuri, bientôt après l'arrivée des ambassadeurs. « Elle nous me^ia en sa chambre secrète , où elle nous fit monstre de votre beau pourtraict, avec telle démonstration qu'elle nous cuida sembler qu'elle en aymerait mieux le vifs tant y a qu'elle ne se courrouce point quand on lui faict sentir que vous l'aymez • A leur insiigation , elle fit une écharpe.et l'envoyai Henri en présent. Ibid. , 369, 3W , 413.

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>i la reine voulait ordonner une chose et le lord trésorier une autre, c'était à lui que l'on obéissait (1); non pas qu Elisabeth ou son ministre restassent indifférents au résultat de la guerre civile en France, mais Burghley en regardait la continuation comme un bien , parce qu'elle épuisait les ressources d'une puissance naturellement hostile à l'Angleterre, et la reine était toujours prête à écouter les conseils qui favorisaient ses habitudes de parcimonie. Maintenant pourtant que des forces espagnoles était logées sur la cote de Bretagne , la souveraine et le ministre s'alarmèrent : un prêt d'argent fut avancé, quoique avec répugnance; on accorda l'autorisation d'exporter des munitions, et on leva un renfort de 3,000 hommes (2). Essex en sollicita le commandement ; il insista, se jeta aux pieds de la reine, et resta longtemps à genoux ; mais Élisabeth était résolue à refuser, et, de l'avis de Burghley, elle confia celte mission importante à sir John Norris , vieil officier plein d'expérience (3) (7 janvier 1591). Avec ces secours les royalistes de Bretagne tinrent les Espagnols en échec; mais Henri demanda une assistance plus efficace, et la perspective de la réduction de Houen lui obtint le consentement tardif d'Elisabeth. Essex revint à la charge; le roi seconda sa demande, et le favori finit par triompher de l'opposition du ministre- H ne vit pas d'un œil mécontent Shirley et Wilkes, choisis par la reine pour lui servir de conseillers, refuser cette tâche désagréable (4). 11 débarqua à Dieppe avec 300 lances , 3,000 fantassins , et 300 gentilshommes volontaires; mais Henri fut retenu au loin dans la province de Champagne , et les Anglais restèrent deux mois inaclifs dans le camp d'Arqucs. La, Essex couféra les honneurs de la chevalerie à beaucoup de ses compagnons , pour consoler le désappointement de ceux qui s'étaient attendus à gagner leurs éperons

(1) Eeerlon , 357-9.

(2; Ibid. , 384.

(3) Essex , pour montrer «on mécontentement, quitta I cour. Ibid. , 3K8

(4) Rym., xn , 98. Ecert., 415. «Selon mon jugement, mylord Essex aura ce qu'il veut , tant il s'applique a l'obtenir.. Lel a lord Sbrewsbury, 20 juin. «Je ne sache pas que si vaillante troupe Kortil jamais d'Angleterre avec tant de jeunes commind;mts indocile*. » Syd. , Pap. , i, 327

sur le champ de bataille. A l.t fin , le roi entra en Normandie; un renfort fui demandé et obtenu de l'Angleterre. Un blocus fut établi autour de Rouen durant l'hiver (1Ô92), et les Anglais eurent beaucoup à souffrir des rigueurs de la saison et des escarmouches avec l'ennemi. Au retour du printemps (10 avril) le siège fut levé à l'approche du duc de Parme, et le comte d'Esscx , par ordre de la reine , laissa le faible reste de ses iroupes sous le commandement de sir Roger Williams. Le résultat de chaque campagne qui suivit fut semblable. Tous les ans , des secours arrivaient d'Angleterre , mats trop peu considérables pour faire plus que de créer une diversion momentanée. En peu de mois, les corps se fondaient par les maladies et les hasards de la guerre , el les vides se comblaient par le moyen d'autres petits arrivages. La vérité est que Henri et Élisabeth jouaient un jeu analogue , chacun cherchant à profiler des embarras de l'autre. Si la reine accédait avec répugnance aux demandes réitérées du roi, ce n'élait que pour déloger les Espagnols de la Bretagne, et si Henri ne se faisait jamais scrupule de rompre ses engagements envers elle , c'est qu'il savait bien que la présence de forces espagnoles si près des rivages d'Angleterre agirait comme un puissant stimulant sur sa parcimonie , et, en dépit de tout son mécontentement , la pousserait à l'aider d'hommes, d'argent et de munitions.

Les mémoires de cette époque, qui existent encore en grand nombre, prouvent combien l'esprit de la reine s'affectail et s'irritait de tous ces contre-temps. Elle changeait perpétuellement de résolution ; rien de ce que l'on faisait ne pouvait lui plaire, elle réprimandait et menaçait ses ministres au palais, et ses agents au dehors; son favori Essex, et Unton.son ambassadeur(l). Mais la conduite du roi de France, son indifférence apparente pour ses inléréts et ses désirs, et ses demandes fâcheuses d'un nouveau secours, en réponse à toutes ses plaintes, mirent sa patience à la plus rude épreuve. Certain qu'elle n'oserait montrer son ressentiment, il se riait en secret de ses menaces. Quand il parvint au trône, il avait donné sa parole qu'il

il Voyez. Rymcr. nvi . du commencement A la pafy; 200; et Murdin, «HMl.53. Burli , IVcf.ociatinn», I - 1 f T

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