CHAPITRE III
étudierait les principes de l'ancienne religion. Cette promesse alarma et scandalisa les ministres réformés, les courtisans la ridiculisèrent, et la reine d'Angleterre la considéra comme un subterfuge. Mais l'expérience démontrait à Henri que, s'il voulait régner paisiblement , il devait dégager sa parole. Il assista à plusieurs conférences, qui eurent lieu entre les prélats catholiques et les théologiens de la religion réformée, et, en 1593, il fit connaître son intention de se conformer à l'ancienne adoration. Burghley rédigea immédiatement , au nom de la reine, une remontrance (1683, 13 juill.), pour exposer la honte et le danger d'une telle démarche; Élisabeth y joignit une lettre de sa propre main : mais le messager arriva trop tard ; la cérémonie de l'abjuration était accomplie, et le roi , dans sa réponse, fit l'apologie de sa conduite, et réitéra ses anciennes assurances de reconnaissance et d'estime. Dans le premier moment, elle l'accusa hautement de perfidie et de duplicité. Mais à cet éclat succéda bientôt un abattement qui ne lui était pas ordinaire, et dont elle chercha à se délivrer par l'étude de la théologie. Elle eut de fréquentes conférences avec l'archevêque; elle employa beaucoup de temps à lire les Écritures, et elle consulta les ouvrages des anciens Pères. Mais, bien qu'elle trouvât ainsi à s'affermir dans sa propre croyance, elle n'osa blâmer l'apostasie de Henri. La politique exigeait, puisqu'ils n'étaient plus liés par l'exercice de la même religion, qu'elle s'assurât son amitié par d'autres moyens. Une négociation s'ensuivit, et l'on conclut à Melon un traité par lequel Henri et Élisabeth s'engageaient à maintenir une guerre offensive et défensive contre Philippe, tant que ce monarque serait en guerre avec l'une des deux parties (IX
L'esprit public était alors agité par des bruits de complots contre les jours de la reine. La mort de Marie Stuart ne l'avait pas préservée de tout danger, ainsi qu'elle se l'était persuadé; elle ne servait qu'à la faire considérer par les nations étrangères comme une usurpatrice
(1) Caroden, 661-065. La lettre dltiisabelh est dan* les noies de Hearne, p. 927. Elle finit aio$i : • Vostre assurée sœur, si ce soit a la vieille mode; avecque la notelle , je n'ay que faire. F R. »
qui, pour s'affermir sur le trône , avait répandu le sang de l'héritière légitime. Les exécutions continuelles des missionnaires catholiques , le récit de leurs souffrances, et les gravures qui représentaient toute l'horreur de leurs supplices, augmentaient encore la prévention contre elle (1), et un grand nombre d'hommes à imagination exaltée se persuadèrent qu'ils
draient service à l'humanité en délivrant la terre d'une femme qui n'était, à leurs yeux, qu'un tyran sanguinaire et sans principes (2). Nous ne pouvons douter que ces projets n'aient été conçus d'après les diverses condamnations qui eurent lieu ; mais il est extrêmement difficile de trouver aucun exemple particulier dans lequel la culpabilité de l'accusé ait été nettement prouvée. Il est vrai qu'Elisabeth et Philippe employaient une quantité d'espions, hommes sans fortune et sans principes. Ceux-ci, soit pour plus de sécurité , soit pour accroître leurs émoluments, entraient à la fois au service de l'un et de l'autre, et si plus tard ils étaient accusés de duplicité par l'un des deux, ils se servaient du prétexte que cette conduite leur fournissait la possibilité de découvrir et de trahir les conseils secrets de la partie adverse. Pour satisfaire ceux qui les employaient, ils étaient souvent forcés de transmettre des nouvelles fausses et alarmantes; quelquefois, ils formaient des conspirations pour avoir le mérite de les révéler, et comme ils rencontraient souvent des collègues aussi corrompus qu'ils l'étaient eux-mêmes, ils périssaient dans les pièges qu'ils avaient préparés aux autres. Il en résulta que les cours anglaise et espagnole étaient disposées à croire à l'existence des complots contre la vie de leur souverain respectif, et que Philippe et Élisabeth s'accusaient réciproquement
(1) Voyez la note 1 à la fin du volume.
(2) Il existe à Simancas plusieurs notes sur des offres de cette nature. Perrons auwi nous apprend qu'il en avaitdissuadé plusieurs individus, un, entre autres «qui, pour délivrer les catholiques de la persécution , était décidé a perdre la vie, ou a prendre celle de Sa Majesté. » Il avait déjà fait plus de cent milles, lorsque Perrons k rencontra, et après avoir employé beaucoup d'arguments, il obtint de lui d'abandonner ce projet, sur te principal motif que • les Anglais catholiques ne voulaient pas être délivrés de leur misère par un tel crime. • Perlions; Wardword, 71.
de vouloir attenter aux jours l'un de l'autre (I).
Dans l'art de découvrir les objets et de diriger les pratiques des espions et des conspirateurs, Walsinghani était sans rival ; après sa mort, ce rôle fut pris par lord Burghley, qui, sentant bien que, pour les séductions personnelles, il devait le céder à la plupart de ses compétiteurs dans le cabinet , voulait maintenir sa place dans l'estime de sa souveraine par une attention supérieure pour sa sûreté. Essex employait bien des sommes considérables à entretenir des espions sur le continent, mais il arrivait constamment que ses informations étaient devancées par l'adresse de Burghley ; jusqu'à ce qu'enfin il acquit l'assistance d'Antonio Perez, jadis secrétaire de Philippe, maintenant réfugié eu Angleterre, pour se soustraire à la vengeance de son maître. Gomme dépositaire de secrets importants, cet Espagnol espérait probablement être bien reçu d'Elisabeth ; mais la reine, le regardant comme un traître, refusa de lui accorder audience; Burghley même ne le voulut recevoir qu'une seule fois : Essex seul écouta ses avis, et le prit sous sa protection. Perez fit concevoir au comte quelques soupçons sur Rodrigo Lopez, médecin juif, qui avait été fait prisonnier en 1558, et qui, depuis cette époque, avait été attaché au service d'Elisabeth, à cause de ses talents. Avec l'autorisation de la reine, qui d'abord n'avait pas voulu admettre l'accusation, Essex, accompagné de lord Burghley et de son fils , sir Robert Cecil ,se rendit à la maison de Lopez (1694,28janv.). Le juif fut, à la vérité, strictement interrogé , ses papiers furent examinés, et le résultat fut que les Cecils eurent la conviction qu'il était innocent. Elisabeth réprimanda aigremeut son favori , qui retourna chez lui, et refusa de quitter son appartement , jusqu'à ce que , par des messages multipliés et par des excuses, elle eût réparé « l'affront qu'elle lui avait fait. » Stimulé par cette blessure faite à son orgueil , et dans l'espoir de mortifier les Cecils, Essex recommença les enquêtes, et par-
(0 Caroden , 691. On trouve dans les archive* de Simancas plusieurs avis envoyés a Philippe sur des complot» forme* pour l'assassinir. Il est probable que ce \ rince et Elisabeth s'ntti ibmient l'un a l'autre des projets qu'ils eiaitnt f^al- mmi incapable* de former
: vint , avec beaucoup de travail , à fonder une accusation probable de haute trahison contre Lopez , et deux Portugais de la suite de dom Antonio , nommés Ferreira et Louis. Ferrcira avoua que, dirigé par le juif, il avait écrit une lettre à Fuentês et à Ibarra , ministres espagnols dans les Pays-Bas, pour leur offrir d'empoisonner la reine, moyennant une récompensede 50,000 couronnes; et Louis, qu'il avait été chargé par ces ministres de se rendre en Angleterre, et de pousser Lopez à eiéculer sa promesse. On peut douter de la véracité de ces aveux, faits dans la Tour, et probablement durant la torture. Mais on intercepta certainement des lettres qui prouvaient l'existence d'un complot formé pour mettre le feu à la flotte; le juif lui-même avoua qu'il avait occasionnellement reçu des présents de la cour d Espagne , et qu eu retour il avait fait des offres générales de services; mais il uia avoir jamais fait ou avoir eu l'intention de faire rien qui pût nuire à la personne de la reine, et l'on doit observer, comme confirmation de ce qu'il déclarait, que, dans une circonstance, il lui avait montré une bague précieuse qu'il avait reçue, et lui avait fait la quesliou s'il ne lui était pas permis a de tromperie trompeur. » Tous, a leur jugement (28 févr.), furent trouvés coupables ; mais on leur donna un sursis de trois mois, dans l'espoir de faire de nouvelles découvertes (1). Après leur exécution, la reine écrivit à l'archiduc Ernest, alors gouverneur en Flandre, afin de lui demander un passe-port pour un gentilhomme qui lui ferait connaître les intrigues effroyables de Fuentès et dlbarra, et
(1 ) Voyez , dans Caroden , la trahison de Lopex , 676 , 677. Bircb , i , 119-152, 156-160. Murdm, 669. Les OEuvrrs de Bacon , it , 106, édition de 1802. Bacon écrivit ce récit selon les désirs de son protecteur, le comte d'Essex. On avait obtenu deux lettres de r uentè» et dlbarra, apportées par Louis. U était difficile de découvrir leur véritable sens. Ces ministres prétendaient qu'elles avaient rapport â une intriGue menée jadis par Walsingbam, qui n'existait plus, arec quelques-uns des secrétaires du conseil d'Espagne ; mais Louis fut poussé à les appliquer à t'assassinai de la reine. Birch, i , 156. Murdin, 689. Je ne puis expliquer comment il se fait que Camden, C77, et Stowe, 76S, racontent l'exécution de Ferreira, quoiqu'il paraisse que le comte d'Essex le »aura , qu'il accompagna le comte à Cadix , et qu'il lui présenta plu* tard un mémoire qu'on peut voir dans mrch u, m
i HAP1TRK 111.
solliciter l'extradition de ses perfides sujets , Owen, Throkmorton , Holt, le jésuite, et Worthington et Gifford , docteurs en théologie. L archiduc donna le passe-port, mais avec si peu de cérémonie, que l'orgueil d'Élisabcih eu fut blessé, et qu'elle le renvoya (I).
En exécution d'un article du dernier traité, le roi de France avait déclaré la guerre â l'Espagne. 11 eut bientôt des motifs de douter de la politique de cette mesure, et de se repentir d'avoir agi avec tant de précipitation. Velasco, connétable de Castille , entra en Champagne, et menaça la Franche-Comté. Fuentès pénétra en Picardie, dispersa l'armée française, emporta Dourlens d'assaut , et s'empara de la place importante de Cambray. Ce fut en vain que Henri implora le secours d'ftlisabeib. Prévoyant une seconde tentative d'invasion de la part de Philippe, elle rappela les troupes qu'elle avait envoyées pour défendre la Bretagne, s'accusant elle-même de folie d'avoir dépensé tant d'argent et sacrifié tant d'existences précieuses en France; et si enfin elle parut céder, elle demanda encore la possession préalable de Calais, comme sûreté ou indemnité des frais de la guerre. Henri rejeta vivement cette proposition ; mais en même temps il la prévint qu'il était dans l'impossibilité de continuel' la guerre sans secours ; que son peuple demandait la paix à grands cris, et que si elle l'abandonnait dans cette position, il se verrait forcé de se jeter dans les bras des Espagnols (2).
(1) Comparez Camden, 677, avec une lettre dan» Bircb, Négociations, 15. L'assassinat du prince d'Orange porta le peuple à croire a ces accusation*. On doit pourtant se rappeler que ce prince avait été condamné a mort comme rebelle , et qu'une récompense fut publiquement offerte à celui qui l'assassinerait ou le ferait prisonnier. Voyez, dans Egertoo , p. 1 1 , la réponse de Philippe à la proposition.
(2) Voyez , dans Bircb , la correspondance sur ce sujet, Négociations, 26-36; et dans Mnrdin , 701-734. Henri, pour vaincre son obstination, fil un singulier appel a sa vanité. Unton , l'ambassadeur ( probablement cette comédie avait été concertée entre eux ) , lui écrivit qu'un jour le roi lui avait demandé comment il trouvait sa maliresse, la belle Gabrielle. «Je ne la vantai, dit Unton , que faiblement, et lui dis que, si je pouvais le dire sans l'offenser, j'avais le portrait d'une maîtresse qui était bien supérieure a la sienne, et encore que ce portrait était loin de retracer sa beauté dans toute sa perfection. • Le lecteur remarquera qu'Elisabeth n'avait Guère que soixantetrois ans. Unton alors le montra au roi • Il le contempla
Le bruit des préparatifs qui se faisaient dans les ports de la Péninsule avait répandu l'alarme , dans toute l'Angleterre. Il était évident que de simples accidents et les mauvais temps avaient, en grande partie, fait manquer la première expédition; mais une saison plus favorable poui vait permettre à une seconde Armada de débar- | quer une armée sur les côtes , et l'on ne pouvait songer, sans craindrepour les résultats, à mettre aux prises de nouvelles levées, quoique pleines de bravoure, avec des vieilles troupes accoutu- ; mées à la victoire. On ne négligea aucune précaution : des fortifications furent élevées, des i vaisseaux armés, des troupes mises sur pied I dans différentes provinces, enfin tous les réfractaires et les personnes suspectes furent forcés de livrer leurs armes, et de se soumettre a une stricte surveillance (1) (1596, 1er fév.). A cette époque, l'archiduc Albert, cardinal d'Autriche, qui avait succédé au gouvernement des Pays-Bas espagnols, sous prétexte de lever le i siège de La Fère (29 mars), vint, par une marche soudaine et imprévue , mettre le siège, avec 50,000 hommes, devant Calais. Les forts extérieurs furent bientôt enlevés; la ville ellemême se rendit, après une armistice de huit jours, et la garnison, se retirant dans la citadelle, s'y défendit avec courage, mais sans espoir (9 avril). Cet événement embarrassa Elisabeth. Elle ordonna au lord maire de presser l'enrôlement d'un millier d'hommes ; le lendemain elle révoqua l'ordre , le jour d'après elle le renouvela. Mais les envoyés françaisobservèrent ' que l'urgence de la situation n'admettait aucun ! délai; qu'on pouvait envoyer un fort détache- | ment tiré de l'armée, déjà enrégimentée, oqquc , la flotte anglaise pouvait se montrer à l'entrée du port. Elle les interrompit pour demander si,
avec ravissement et admiration , disant : Vous avez raison , je me rends ; et protestant qu'il n'avait jamais rien vu de comparable, il le baisa et me le prit des mains, jurant qu'il ne le céderait pas pour quelque trésor que ce fût , et que pour posséder les bonnes Grâces de l'oriQin.il , il renoncerait a tout l'univers. • Ils commencèrent alors a parler d'affaires :• Mais je trouvai, ajouta l'ambaya - ; deur , que ce portrait , tout muet qu'il était . a» ait produit i plus d'effet sur lui que tous mes arguments et mon èlo ! quence. • Murdin , 718 , 719.
j (I ) «J'assure à votre seigneurie que 1rs préparatifs <t s Espagnols ont amené des craintes inrroyab'ct dan* i.i plupart des esprits » Mémoires d? Sydney, i , 3W, '*■'< •
dans le cas où elle sauverait la place, le roi la lui remettrait entre les maius, ou bien la ville de Boulogne. Ils répliquèrent qu'ils n'avaient point d'instructions à ce aujet. Dans le fait, déjà sir Robert Sydney avait été envoyé pour faire cette proposition. Mats le roi , tournant le dos au messager, répondit avec indignation qu'il aimerait mieux recevoir un soufflet d'un homme, qu'une chiquenaude d une femme (I). Peu de joursaprès(14 avril), la citadelle fut prise d'assaut. Les Français accusèrent la reine de duplicité, pour avoir entretenu des espérances qu'elle avait refusé de réaliser, et Elisabeth, de son coté, vit avec regret les Espagnols occuper un port qui leur offrait de nouvelles facilités pour une invasion en Angleterre (2).
Dansces circonstances, Henri s'adressa encore à la reine pour obtenir de l'assistance , et par ses ambassadeurs proposa une alliance offensive et défensive de toutes les puissances dont les intérêts étaient menacés par l'ambition de Philippe. Le lord iréî-orier exigea , comme condition indispensable, que le roi s'obligeât à ne jamais faire la paix avec l'ennemi commun sans le concours de ses alliés. Les négociateurs français y consentirent , mais s'efforcèrent d'introduire dans une autre partie du traité un article a l'abri duquel ils espéraient que Henri pourrait se soustraire à son obligation, s'il lui plaisait (3; {'2b avril). Ce ne fut pas la seule déception pratiquée en celte circonstance: le montant des forces auxiliaires a fournir pour la guerre avait été fixé d'abord a 4,000 hommes, et l'article fui communiqué sous cette forme aux Etals, qui aussilùt y adhérèrent. Mais eu même temps, par un paragraphe secret, le nombre
(I) «Qu'il aimait mieux recevoir un soufflet du roi d'Espa^ue qu'une chiquenaude d'elle.» Huvair, apud Etfertim , 35.
12) Cauiden , 719. SUme,7C0. Bircb, i. 463, 4M. Iteniel , m. 424. Voyez aussi un tfraud nombre de Mémoire* dans flymrr, lomc xv.
(3) Duvair mention ue avec beaucoup de c< m plaixance u propre adre**e à filouter deux article* , dont la »impli. cilé du conwil aurais ne découvrit pa» l'objet : 1° Si fui e de* partie* mauquait à remplir non obligation a l'époque fixée, l'an ire serait .itfranehie. 2° Le» raiinrafious aéraient échanoee» dan* le délai de six moi*, Henri parait a»oir use largement du bénéfice du dernier article , car la date du traité e»l du 20 avril ; Elisabeth jura de l'observer le 29 aoiU , mai* Henri attendit plu* de *ept moi», jusqu'au 21 de décembre Kjjcrt., 293, 407. UnMkii,730.
fut réduit, en faveur de la reine d'Angleterre, de 4,000 à 2,000, qui devaient être employés, non pas en campagne, mais pour former les garnisons de Monlreuil et de Boulogne. Ce fut là tout ce que les ambassadeurs purent tirer de la reine, dont l'attention était maintenant attirée par des objets plus étroitement rattachés à sa propre sûreté.
1° Élisabeth venait d'apprendre (1595, sept.) le mauvais succès de l'expédition aux Indes occidentales, dernièrement entreprise parllawkinset Drake. Les établissements espagnols du Nouveau Monde n'étaient plus dans cette situation sans défense où on les avait jadis trouvés. Partout où les Anglais débarquèrent , on les reçut avec bravoure. S'ils causèrent de grandi dommages , ils en éprouvèrent de semblables, en représailles. Les deux commandants succomberont (1596, janv.) sous le poids de leurs inquiétudes et la fatigue du service; ceux qui leur survécurent retournèrent sans gloire, et, ce qui peut-être fut également affligeant pour la reine, sans butin (avril) qui pût défrayer les dépenses de l'expédition (1).
Les préparatifs militaires dans les ports d'Espagne excitaient de vives alarmes. Pen- dant quelques semaines, on avait délibéré chaque jour sur les moyens a employer pour la défense du royaume. Howard d'Kffingliam, lord amiral, présenta les mêmes mesures qu'il avait déjà proposées dans h première occasion , afin de prévenir les desseins de l'ennemi , en faisant sortir une expédition pour détruire ses ports, ses vaisseaux et ses magasins. 11 fut puissamment secondé par Essex , qui méprisait la prudente politique de Uurghley, et qui, par son influence, obtint, après de longs débats, le consentement de la reine. Elle lui donna le commandement de l'armée de terre, tandis que le lord amiral eut celui des forces navales; mais, pour réprimer son impétuosité, il reçut l'ordre de prendre les avis d'un conseil de guerre, et de se laisser guider par l'opinion de la majorité. Ce conseil était composé, indépendamment des deux commandants en chef, de lord Thomas Howard et de sir Waltcr Raleigh pour la marine, et de sir Francis Yèrc, sir George Ca-
(I) Camden,6i>9-70l.