CHAPITRE III
rew et sir Goniers Ctifrord pour le service de terre (1).
Après beaucoup d'irrésolution et de longs délais, causés, tant par l'opposition cachée des Cecils, que par l'humeur inconstante de la reine, la flotte quitta le port de Plymouth ( lw juin). Par la jonction de 22 vaisseau* de la Hollande, elle se montait à IfiO voiles, et portait 14,000 hommes, dont 1600 étaient des volontaires (2). Après trois semaines, la flotte jeta l'ancre à l'entrée de la rade de Cadix (20 juin), dans laquelle on découvrit 15 vais-
(1) Camden , 72t. Sir Walter Raletgb , en 1591, avait séduit Élisalielh Throkmorion , une des filles d'honneur, el pour ce crime il fut , au mots de juillet soir «ni , commis à la garde de sir G. Carew. De sa fenêtre, il voya* le bateau de la reioe sur la Tamise , et prétendait devenir fou a celte vue : il éprouvait, disait-il , le supplice de Tantale. Il voulait aller sur l'eau et voir sa maltresse. Sir George intervint : une querelle s'ensuivit : leurs perroquet furent mises en pièces, et ils tirèrent leurs poignards
ranl de se séparer. Votez une lettre du 26 juillet , dans la nouvelle édiion de Shakespeare, App., 677. Comme celte aventure ne produisit aucun effet sur l'esprit de la reine, il eut recours a un autre moyen. Elle était alors en voyage. •Comment , demandait-il, pouvait-il vivre seul en prison, tandis qu'elle était éloignée ? Il était babit:ié à la voir monter a cheval comme Alexandre, chasser comme Diane , marcher comme Vénus , les zéphira soufflant ses beaux cheveux sur ses joues vermeilles comme celles d'une nymphe , quelquefois attise a l'ombre comme une déesse, quelquefois chantant comme un ange , ou bien jouant de quelque instrument comme Orphée : mais un seule faute l'avait privé de tout. Alors il s'écriait : Tous les moments passés, les amours, les soupirs, 1rs chagrins, les désirs, ne pouvaient-ils l'emporter sur une légère mésaventure ? une comte de fiel devait-eue se mêler à laul de douceur?» ( Lettre à Cccil, dans Murdin , 657.) Mais ces flatteries n'expièrent ni son andace ni son infidélité. Il fui enfermé pendant deux mois a la Tour, et lorsqu'on lemiten liberté il reçut l'ordre de s'éloigner de la cour, et il ne put obtenir . à son retour de l'expédition de Cadix, de reprendre ses fondions de capitaine de la garde. Camden , (97. Birch , 11 , 315.
(2) La reîne composa deux prières : une pour elle, l'autre pour erre rëeiiée chaque jour par l'équipafie, durant l'expédition Cair.d^n. 721 }. On peut >oir la première dans Bircli , il , 18, ainsi que la lettre de sir Roi. tri Cecil à Essex, qui fait observer • qu'aucune ptiire n'est plus ivantageuse que celles qui proviennent des personnes que la nature et le pouvoir rapprorlieut du Tout-Puissant. IN'ul n'est plus près de sou essence qu'un esprit céleste dans un corps royal: c'est pour cela , wylord , que vous devez avancer avec ardeur et confiance, ayant vos voiles remplies de son baleine divine pour vent de poupe. » Ibtd. Lord Burp.bley composa aussi une prière, el la fil imprimer pour l'usage du peuple. Elle est dans Strypc, iv, 202.
seaux de guerre et environ 1 4 vaisseaux marchands. \je lendemain à sept heures, malgré le feu des forts et des batteries, les Anglais entrèrent dans la rade. Les Espagnols soutinrent l'attaque de leurs ennemis avec un extrême courage, et pendant six heures, l'action se maintint de part et d'autre avec une éftale opiniâtreté; mais vers une heure de l'après-midi, les ennemis essayèrent de faire échouer leurs vaisseaux et de les incendier. Deux des plus grands, le Saint- Mat (/tieu et le Saint-André, et un vaisseau marchand, furent pris : les galères effectuèrent leur sortie ; et les bâtiments marchands, qui s'étaient avances jusqu'au Port-Royal durant l'action, ayant déchargé leurs cargaisons, furent brûlés par ordre du duc de Medina Sidonia.
Une heure après la fin de cet engagement, le comte d'Esscx, avec sa promptitude ordinaire, avait débarqué 1600 hommes à Punlal, et marchait dans la direction de la ville. Un petit corps d'infanterie et de cavalerie faisait craindre qoelque opposition ; mats il tourna le dos lorsque le comte avança. Cette troupe, trouvant la porte fermée, passa à travers une partie de la muraille, tombée en ruine. Essex y pénétra sur leurs pas; l'ennemi, établi dans les maisons, fit un feu meurtrier; mais le comte s'avança jusqu'à la place du marche, où il fut rejoint par le lord amiral et une autre division qui était entrée par une poterne. I«i résistance tirait alors à sa fin ; et le lendemain matin ( 22 juin ), de bonne heure , on signa une capitulation , par laquelle les habitants rachetèrent leur existence, pour une somme de 120,000 couronnes , et abandonnèrent la ville , les marchandises et toutes les propriétés, quelles qu'elles fussent , à l'avidité des conquérants.
Les commandants s'assemblèrent |»ur délibérer sur leurs opérations futures. Kssex pro- }K)sa de pénétrer avec I armée dans le cœur de l'Andalousie. Cet avis ayant été rejeté , il offrit de rester dans l'Ile avec 3,000 hommes , et de la défendre contre les forces des ennemis (1). Ces deux plans présentaient un danger moins réel qu'apparent. Le royaume avait été dégarni de toutes ses troupes disciplinées; les nobles étaient mécontents de leur exclusion des cin-
(I) Essex , dans son Apoloeie, Birch, h, 58.
plois du gouvernement: le peuple, dans plusieurs provinces, avait manifeste des dispositions à la révolte; et les Morisqncs se seraient avec ardeur réunis sous les drapeaux des étrangers { I ) ; mais la majorité du conseil ( '20 août ) s'opposa à toutes les propositions du comte La ville , à l'exception des églises, fut réduite en cendre; et les troupes , chargées de la partie la plus précieuse du butin, se rembarquèrent. En mer, la même dissension s éleva |>armi les chefs, et, après beaucoup d'altercations et deux descentes infruetcuscs sur les côtes d'Espagne, la flotte revint à Plyraouth (7 août), environ deux mois et demi après son départ (4).
Jamais le roi d'Espagne n'avait été frappé d'un coup si rude. Il perdait 13 vaisseaux de guerre et d'immenses magasins d'approvisionnements et d'équipements pour la marine;. les fortifications de Cadix, la plus importante place forte de ses États, avaient été rasées, et le secret de sa faiblesse sur son territoire révélé à l'univers, en même temps que la puissance des Anglais avait grandi aux yeux des peuples de l'Europe. Les partisans de l'Espagne eux-mêmes vantaient la modération des commandants anglais , qui n'avaient point souffert que le sang fût versé inutilement, ni que les femmes reçussent le moindre outrage , et avaient envoyé sous escorte, au port Sainte-Marie, les religieuses et les femmes, au nombre d'environ 3,000, en leur permettant d'emporter leurs bijoux et leurscffels(3). Mais tandis que les étrangers applaudissaient aux vainqueurs, tandis que leurs concitoyens fêtaient leur rclour par des acclamations triomphales, ils recevaient de leur souveraine un accueil froid et disgracieux.
Depuis le moment où Essex avait paru à la cour, Burghley l'avait regardé d'un œil jaloux. L'âge et les infirmités avertissaient ce politique
(t) llawkiDS de Venise , apud Birch , n,112. Lettres d'Omt. ch. 1 , 301.
(2) On trouve dan* Bircb, u, 46 58, plusieurs narration* faite» par dive rue» personne* qui taisaient partie de celte expédition. Voyei auwCantdeo, 720-728. Stowe, 770 7/6. Strype, iv, :86 2HS.
(3) Bircb , u. 125. Sirype, iv, 287. ils doivent cepîn- <lanl partager ces éloges avec la reine , qui leur avait expressément ordonné de te conduire ainsi. Camdcn , " 2 1
qu'il était temps de se retirer, et il cherchait naturellement à céder sa place et son influence au conseil à son fils sir Robert Cecil. Prévoyant qu'Essex deviendrait un compétiteur dangereux, il s'efforçait de détruire son pouvoir, en conservant les formes extérieures de l'amitié; et la reine, peut-être pour prouver qu'elle ne se laissait pas gouverner par son jeune favori , accueillait les insinuations de son adversaire; et quoiqu'elle lui accordât généralement tout ce qu'il sollicitait pour lui-même, elle lui refusait constamment les grâces qu'il demandait pour ses créatures. YYalsingham mourut en !o90; Burghley proposa son fils Robert pour le remplacer; Essex présenta d'abord l'infortuné Davison, puis après sir Thomas Bodley. Élisabeth, sous prétexte de concilier les deux partis, refusa de faire aucune nomination, mais elle désira que Burghley remplit provisoirement cette charge, et elle lui permit, à sa prière, de s'adjoindre son fils (t). I,e projet c du vieux renard o (ainsi l'appelait Essex) était évident; néanmoins le comte eut assez de crédit pour faire ajourner, pendant six années, la nomination dé sir Robert. Cependant, aussitôt que la dernière expédition eut mis à la voile, Élisabeth signa un ordre en sa faveur, et les courtisans, pressentant l'influence croissante des Cecils, insinuèrent , dans l'esprit de la reine , des soupçons et des doutes sur la conduite de son favori absent. Ils exagérèrent et déplorèrent avec hypocrisie ses galanteries et ses débauches, son audace et son opiniâtreté, ses extravagances et son irritabilité. Ils parlèrent avec légèreté de la prise de Cadix : c'était une conquête facile; la seule résistance qu'on eût éprouvée s'était faite sur mer, et tout le mérite du succès appartenait à sir Walter Raleigh. On ne sait jusqu'à quel point ils auraient persuadé la reine; mais lorsqu'elle apprit que le butin , au lieu d'être conservé pour le trésor, avait été partagé entre les aventuriers, son avarice la convainquit de la mauvaise conduite d'Essex; on l'entendit déclarer que si, jusqu'à présent, elle avait suivi la volonté du
(1) Burghley reçut la reine avec magnificence à Theobald . où elle fit chevalier le y une Cecil ( mai 20, t5»l ; , et bientôt après lui fit prêter wrment dam le conseil
privé. Sydnev. Pap.. i, 312, 320, 320. Murdin , 796, 797.