‹ Histoire d' AngleterreChapitre 4 sur 307 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

portance pour que l'on s'en rapportât à la fortune et à l'intrépidité d'un seul homme ; qu'il fallait choisir six ijentilshommes pour tenter l'entreprise, tandis que d'autres délivreraient la reine d'Écosse, et qu'il avait plusieurs amis chers et fidèles qui risqueraient, à ce qu'il pensait , leur fortune et leur vie pour servir la princesse captive, et délivrer leurs frères du joug de la persécution (1).

Dans le courant de juin, Babington conféra alternai i veinent avec Ballard et Savage, d'une part , et de l'autre , avec les jeunes compagnons de ses espérances et de ses plaisirs ( du 15 au 35 juin). Les premiers applaudirent à sa résolution , les autres montrèrent une répugnance qu'il ne put comprendre ; mais leur résistance ne fit qu'accroître son ardeur. Il travailla à vaincre leurs objections , et le résultat de toutes les conférences était régulièrement communiqué à Walsingham par Pooley. Cet adroit ministre , se riant de l'infaluation de ces jeunes gens , qui se prenaient d'eux-mêmes dans ses toiles, employait toute sou habileté i former une nouvelle intrigue et à préparer la ruine d'une plus illustre victime. La reine d'Écosse , en dépit des précautions et de la vigilance de son gardien, avait fait en sorte de correspondre avec ses amis anglais et étrangers, par l'entremise de Thomas Throckmorton et de Gilbert Gifford, deux gentilshommes catholiques auxquels il se confia, sur la recommandation de Morgan. Le premier s'établit aux environs de Londres, l'autre résidait sur une propriété appartenant à sa famille, non loin de Barton, d'où il faisait passer à Marie les lettres qu'il recevait de Throckmorton, et à celui-ci les lettres de la reine , employant, dans ses communications avec Chartley, les services d'un bourgeois de Barton, connu parmi les affidés sous le sobriquet de « l'honnête homme » (2).

(1) Mémoire! de Hardwicke, 226.

(2) Dans le* lettre* de Pooley et de Philippe a Walsingham, mention est faite quelquefois «du substitut,» qui semble avoir été la personne jouant le rôle à la place de Gifford, durant l'absence temporaire de celui-ci en France. Murdin, 515, 532. On pourrait encore demander comment • I honnête homme* pouvait transmettre des lettres à Marie ou en receroir d'elle? Certes, Paulet n'aurait pas souffert qu'un étranger eût aucune communication avec elle ou avec ses secrétaire*. Si nous pouvons croire Camden (p. 497), les lettres étaient déposées dans un trou

Throckmorton s'acquitta fidèlement de son rôle; Gifford, comme le lecteur s'en doute, et son agent subordonné , étaient des traîtres vendus à Walsingham. Le ministre était convenu avec eux que chaque lettre, soit qu'elle vint de la reine d'Écosse, soit qu'elle lui fot adressée, passerait des mains «de l'honnête homme » dans celles de Pooley , qui l'expédierait par courrier au secrétaire, dans le cabiuet duquel elle était ouverte, déchiffrée et transcrite , grâce au talent de Thomas Philipps le déchiffreur, et d'Arthur Gregory , hommes habiles dans l'art de contrefaire les cachets, et de les rétablir quand ils avaient été brisés. Une fois que toutes ces opérations avaient été faites, l'original ou la copie des dépêches, parfois peut-être une copie falsifiée, élait renvoyée à Pooley pour qu'il la remit à o l'honnête homme, o lequel s'empressait de la faire tenir selon l'adresse, comme si elle venait d'arriver pour la première fois en sa possession. Par tous ces artifices, Walsingham fut initié aux plus secrets conseils de la reine d'Écosse , et se trouva ainsi en mesure de la rattacher aux mouvements de Babington, et à l'aide de cette connexion il parvint à la conduire à l'échafaud (1).

Cependant, la conspiration, si toutefois il y eut conspiration, n'était encore que dans son enfance. Bien que l'on se fût consulté, on n'avait pris aucune résolution ; les voeux de Babington étaient combattus par les opinions contraires de ses amis, et l'invasion , qui devait être la base première de toutes les démarches, restait dans le futur contingent, dépendant de la volonté d'un prince que l'on n'avait pas encore consulté. Il lui vint à l'esprit, ou bien l'idée lui fut suggérée, de demander l avis de Marie elle-même, et dans une lettre qu'illui adressa, il déclarait (du moins si la lettre n'a pas été falsifiée) que sa détermination et celle de ses amis étaient , non-seulement de la dcli-

de la muraille et recouvertes d'une pierre : de ce lieu elles étaient enlevées , d'un ailé , par une personne de conflauce de la reine , de l'autre , par le brasseur fournissant le château, dont Pooley connaissait et approuvait le rôle.

(I) D'après les nombreux passages pjr moi compulsés, les dispositions signalées ci-dessus étaient les pins ordinaires, mais parfois des circonstance* imprévues, des accidents, décidaient qiietques changements.

HISTOIRE D'AINGLETERRE.

vrer de captivité, mais* d'expédier > la reine, usurpatrice de ses droits; l'assurait qu'ils étaient prêts, son approbation une fois arrivée, à s'unir sur le sacrement, pour le succès, ou à sacrifier leurs vies; et la pressait vivement, dans sa réponse, de vouloir bien les autoriser i agir en son nom, leur donner une direction, et leur promettre des récompenses proportionnées à leurs services. Le lecteur découvrira dans ce document extraordinaire bien peu de cette prudence et de cette réserve si naturelle aux conspirateurs. Il semble qu'il ait été écrit dans le seul but d'attirer Marie dans le complot, de l'entraîner à fournir une preuve qui pouvait être plus tard dirigée contre elle-même. Voilà probablement pourquoi plusieurs de ses contemporains pensèrent que cette pièce, quoique avouée par elle, était l'œuvre d'un artisan de complot plus subtil et plusaccompli, Pooley, l'âme de Babington , agissant sous la direction de Walsingham.

Tandis qu'il était occupé à transcrire cette lettre , une note en chiffres lui fut glUsée dans la main par « un jeune garçon inconnu; » elle semblait venir de la reine d'Écossc, lui reprochait la suspension de la correspondance , et lui demandait s'il n'avait pas pour elle un paquet venu de l'étranger (1). Rien ne pouvait arriver plus à propos. Il envoya en même temps sa propre lettre, qui, en conséquence de l'arrangement déjà signalé, parvint bien régulièrement dans les mains de Walsingham. Jusqu'ici le secrétaire avait renfermé dans son sein la connaissance de la conspiration ; mais une fois en possession de cet important document, il jugea nécessaire, pour sa propre sûreté, de la communiquer à la reine, mais à la reine seule, et pas à un seul membre du conseil. Élisabeth, alarmée du danger pour elle-même, insista sur l'arrestation immédiate de Babington et de Ballard; mais cette arrestation aurait traversé toute l'intrigue, car alors Marie n'aurait plus rien fait qui pût exposer sa vie. Walsingham fît des remontrances qui, sans abattre la résolution desa maltresse, l'ébranlèrent, et tandis qu'elle prenait du temps pour délibérer, il prit

(t) Celle noie était datée du 25, c'est-» dire du 15 juin ancien style. Afin de prévenir loule méprise, je réduirai toutes 1rs dates suivantes i l'ancien M) le.

le parti de poursuivre sa route ; carBabington

avait promis d'être à Lichtfield le 12 juillet, pour y recevoir la réponse de Marie à la lettre (1).

Il était clair qu'à l'arrivée du conspirateur à Lichtfield un nouvel arrangement de la part de Walsingham serait nécessaire; la proximité de cette ville de Chartley ne donnerait pas le délai qui devait être entraîné par la transmission de la correspondance à Londres et de son retour en ce lieu pour arriver aux mains de o l'honnête homme; » en conséquence, Pbilipps et Gregory reçurent ordre de se rendre à Chartley (6 juillet) , afin que les lettres pussent être déchiffrées sur place (2).

Philipps, à son arrivée (8 jnil.). éprouva un cruel mécompte : il avait apporté la lettre de Babington à Marie,qu'il était important dedéli vrer immédiatement, afin que la réponse pût être prèle le 12; mais pour cela il fallait l'entremise de o l'honnête homme, » qui, s'étant déjà engagé à visiter Chartley ce jour-là, refusa de devancer le moment fixé (3). Mais si son obstination déconcerta Philipps, la présence de Philipps fut une cause de graves inquiétudes pour Marie : elle soupçonnait que c'était la même personne qui, sous ce nom, lui avait déjà été recommandée comme « disposée à lui rendre service. » Mais, dans ce cas, pourquoi venait-il voir Panlel ? Quel pouvait être l'objet de son long séjour dans la maison sans aucune cause apparente? pourquoi était-il traité avec tant de respect? Tout cela était un mystère qu'elle s'efforçait en vain de percer (4).

(1) Cetie communication est placée par Camd'n (480, 481 ) quelques jours plus lard ; mais le pacage suivant d'une lettre écrite par Pbilipps montre qu'elle avait été faite avant le 6 juillet, et que la reine était encore indécise quaut à l'arrestation. « Si pour cela vous trouvez qu'en raison de ses mauvaises dispositions ( de Marie ) il serait nécessaire de mettre la main sur lui dans ce pays. • Pbilipps à Walsingham , 6 juillet.

(2) Ceafails sont certains; la raison ici assignée ressort visiblement des faits.

(3) Pooley à Walsingham, 14 juillet. Philipps, sur sa route, près de Hilton, reucontra un exprès avec un paquet pour Walsingham , qui était venu par l'entremise de « l'honnête homme ». Il l'ouvrit , et trouva dedans un paquet de Marie a l'ambassadeur de France; il le prit, et t'emporta à Chartley, afin d'avoir le loisir «de l'expédier, et de le renvoyer en état d'être remis en mains propres. • Philipps à Walsingham , 8 juillet.

(4) Voyez des passages relatifs a Philipps dans M;ir

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