CHAPITRE III
Dans la première partie, on e*sa\c de prouver que, comme le droit de succession est refilé, non par les lois divines, mais par les lois positives, qui ne .«ont pas immuables, mais qui peuvent varier avec les circonstances, la profession d'une fausse religion est, dans tous les cas , un obstacle à opposer à la proximité du sanfi; dans la seconde, on cite les différentes personnes qui , à raison de leur descendance de la famille royale d'Angleterre , peuvent prétendre à la couronne après la mort de la reine. Mais, quoique les auteurs déclarent avoir établi, avec la plus sévère impartialité , tous les arguments pour et contre les prétentions respectives, ils trahissent continuellement un penchant décidé en faveur du droit prétendu de l'infante, comme représentant la ligne de Jean de Gand, filsd Édouard III (1). Ce traité produisit une sensation extraordinaire en Angleterre et sur le continent : il alarma et irrita la reine et ses ministres, et flatta l'orgueil de Philippe, qui, à l'instigation de Persons , consentit à renoncer à ses propres prétentions, dans le vain espoir de voir sa fille assise sur le trône d'Angleterre. 11 offrit le commandement de l'expédition à ladclantado de Castille, qui proposa et obtint ses conditions; un émissaire se rendit en Angleterre pour sonder les dispositions du comte d'Essex , et les exilés, dans leurs conseils secrets, formèrent divers plans pour hâter le succès de l'invasion projetée, et faciliter l'avènement de leur reine imaginaire (2).
Mais des agents secrets à la cour d'Espagne ne manquèrent pas de prévenir le conseil an-
nom de Persoos , n'a oneques été fait par ce jésuste, et que l'on a emprunté son nom exprès pour irriter ledit roi contre lui et contre ceux de «on ordre. • La Boderie , m , 142 , 1608. 1.a première partie de ce livre fut réimprimée tous le titre de • Divers discours tenus a une conférence, concernant le pouvoir des Parlements a procéder contre leur roi pour mauvais gouvernement. » (Londres 1648). De quoi se plaignit très-fort Charles 1" dans son message pour la paix. A cet ouvrage , Bradshaw fit de larges emprunts pour son long discours a la condamnation du même roi. Plus lard, il fournit des matériaux pour la plupart des publications contre la succession de Jacques, duc d'York, sous le règne de Charlr» II, spécialement pour « les hautrs et graves considérations relatives au duc d'York, comme successeur a la couronne. . Londres . 1680.
(I) Camden, 672.
12) Bircb, 1,304 , 321; n,307
glais des préparatifs de Philippe et des vues du parti. Après quelques débals, Elisabeth, surmontant son avarice , céda à ses craintes et aux remontrances de ses conseillers. Elle consentit à ce qu'un formidable armement fût disposé pour détruire la flotte espagnole, et elle en donna le commandement à Essex, en nommant le lord Thomas Howard et sir Walter Raleigh ses lieutenants. A son arrivée à Plymoulh, il trouva une flotte de 140 voiles, et une armée de 8,000 hommes qui attendaient ses ordres. 11 n'était plus enchaîné par un conseil de guerre: les Gecils, à ce qu'il se persuadait, étaient devenus ses amis , et il ne voyait plus qu'une suite de victoires et une moisson de gloire. Malheureusement le temps fut contraire : ce relard s'accordait mal avec son> impatience , comme la parcimonie de la reine avec un surcroît de dépenses. Pour en détourner la cause, ils eurent tous deux recours à la prière : le vent tourna au nord-est, et l'humilité d'Élisabeih attribua ce changement à la fervente dévotion de son favori (I).
Mais Essex était destiné à n'éprouver que des malheurs dans cette expédition. I a flotte n'avait pas faitquarantclieues,qu'elle fut forcée de rentrer au port par une tempête qui dura quatre jours (11 juill.). Avec son opiniâtreté ordinaire, le comte lutta contre les vents et les vagues jusqu'à ce que son vaissaunefût plus qu'un véritable débris. Les volontaires qui l'accompagnaient, trouvant qu'ils avaient suffisamment essayé du service de mer, à son retour à Plymoulh (21 juill. ), regagnèrent avec empressement leurs demeures (2).
(1) Lettre de KooUy* dans Bircn , u. 351. Elle publia sa prière pour l'usage de son peuple. Elle est écrite dans ce beau si y le obscur qu'elle affectait, et afin qu'elle fut comprise de la plus grande partie de ses sujets, il eût fallu la traduire eu langage vulgaire. Elle commence ainsi : • O Dieu , créateur de toutes choses , conservateur et guide, que l'expérience de ta bonté souvent reversée sur nous, si rare, si inusitée, «i inouie envers les autres, engendreeonous le courage d'implorer deta main, pleine de puissance «ecourahle, un aide miraculeux pour noire juste cause, qui n'est pas basée sur les mouvements de l'orgueil , ni greffée sur le troue de la malice, etc. • Apud Strype, ir, 316.
(2) Camden, 738. Mémoires de Sydney, 57. «Je luttai contre le vent , jusqu'à ce que mon vaisseau fût prêt à ne destin ir, ayant une voie doit nous pompions chaque jour huit tonnes d'eau. Son grand mal et le mit de mi-
I^â réparations de la flotte auraient occasionné une dépense que la reine n'etït pas approuvée. Essex mit de nouveau à la voile (17 août), mais avec des forces bien moindres , et pour une destination différente. Il atteignit les Açores, soumit Fayal, Gracieuse et Flores; mais la flotte des Indes, le véritable objet de l'expédition, se sauva dans le port de Tcrcère, et les Anglais, après avoir fait quatre prises peu considérables et quelque butin, reprirent leur direction vers leurs rivages (I). A la même époque, l'adelmtado sortait du Ferrol, dans le dessein de s'emparer de Plie de Wight, ou de quelque autre point fortifié de la cote de Cornwall, qui fût susceptible de recevoir garnison et de tenir jusqu'au printemps prochain, époque choisie pour l'exécution de la grande entreprise. Les deux flottes, quoique à peu de distance, suivaient la même direction, inaperçues l'une de l'autre. Quand Essex entra dans le port de Plymouth, les Espagnols se trouvaient à la hauteur du cap Lézard (16 oct.), et, tandis qu'il radoubait ses vaisseaux , 1 ennemi parcourait la Manche, insultant différents points de la côte, et tenant les comtés maritimes en alarme. Elisabeth ordonna de lever des troupes, rappela les 2,000 hommes qui servaient en France, et convoqua les lords pour sa défense personnelle. Mais les Espagnols n'osèrent tenter un débarquement. Une ou deux semaines après, ils retournèrent vers les côtes d'Espagne, et perdirent, par une tempête, 16 vaisseaux dans le golfe de Biscaye (2).
De Plymouth , le comte se rendit a la cour, où Elisabeth le reçut d'un air sévère et avec des reproches. Non- seulement il n'avait rien fait pour payer les frais de l'expédition, mais
Mine étaient éclaté» , et la plupart des bans brisé» et emportés, entre l'ouverture de toute» les coutures des bordâmes.» Birch, u, 357.
(1) Camden, 740-744. Stowe, 783. Apologie du comte d'Essex . 15-19. Raleigh avait attaqué et pris Fayal sans ordre , ce qui avait été défendu sous peine de mort. Estez , qui regardait cet homme comme perdu pour lui-même , le reçut avec de* expressions de colère, et ordonna a plusieurs officiers de l'arrêter. Lorsqu'on lui conseilla de citer Raleichàunecoarmartiale.ilrépondif.t Je le ferai», •'il eût été l'un de mes amis. . La querelle fut étouffée par les bous offices de lord Tbomas Howard. Camden, 741. Commentaires de Vere, 51. Mémoires de Sydney, 71.
(2) Mémoires de Sydney, u, 72-74. Camden, 744.
il avait épuisé le trésor de la reine, désobéi à ses ordres, et insulté et opprimé sir Waller Raleigh. Il se retira , fort mécontent , à sa maison de Wanstead ; et , pendant plusieurs semaines, le soin des affaires publiques, fut interrompu, d'un côté par se» plaintes, de l'autre, par les inutiles démarches de sa souveraine pour essayer de l'apaiser. Elle poussa la condescendance jusqu'à reconnaître que les accusations porlées contre lui étaient sans fondement , mais il ne fut pas conlent. Il demanda réparation des injustices imaginaires qu'on lui avait faites pendant son absence. La charge de chancelier du duché de Lancastrc, qu'il attendait pour un de ses partisans, avait été donnée (8 oct.) à sir Robert Cecil; le lord amiral avait été créé (22 oct.) comte de Noltingham, et avait ainsi obtenu, en raison de sa charge, la préséance sur lui; de plus, l'honneur de la prise de Cadix, qui lui appartenait, était attribué au nouveau comte , dans ses lettres patentes. Dans sa mauvaise humeur, il offrit de se battre avec ce seigneur, ou avec un de ses fils, ou avec lout autre gentilhomme du nom de Howard. A la prière de la reine, les Cccils et sir Waltcr Raleigh s'employèrent pour apaiser cet enfant gâté ; enfin , après une longue négocialion, il accepta en indemnité (18 déc.) le titre de comte maréchal, pareeque cette charge lui donnait la préséance sur le lord amiral. Noltingham se retira immédiatement de la cour (I) (20 déc).
Lcdésirextrémc dcsCecilsde satisfaire Essex provenaitd'unecommunicationduroiderrauce.
Ce monarque désirait la paix. Depuis trente ans son royauroeélait déchiré par des guerres civiles et étrangères: et , quoique la lij'ue des catholiques fût détruite, une autre ligue avait é:é ré-
j cemment formée, sur les mêmes bases, par les protestants. Avec la paix au dehors, il eût pu se rendre mattre des deux partis à l'intérieur ; avec la guerre, il voyait sou royaume toujours désolé par les dissensions religieuses. Il accepta avec empressement la médiation du pape, et informa Élisabethet les États que, sans un secours
I plnspuissant que celui qu'ils paraissaient vouloir lui accorder, il serait forcé de conclure la paix; que Philippe avait exprimé l'intention de resti-
(1) Vere, «6. Mémoires de Sydney, 70, 74, 75, 77. Birch , u , 365 . Camden , 740.