CHAPITRE III
tuer toutes les conquêtes espagnoles, et qu'à sa s'engagerait à ne pas abandonner la confédércquèle I archiduc avait été muni de tous les ration; mais le trouvant inébranlable, ils eurent pouvoirs nécessaires pour traiter non-seule- recours aux insinuations et aux reproches : ils meut avec la hrance, mais encore avec ses , l'accusèrent d'ingratitude envers la reine et alliés^). La reine reçut cette nouvelle avec dé- lui dirent que, dans ses futures détresses, il ne plaisir, et nomma sir Robert Cecil ambassadeur pourrait espérer de secours d'Angleterre ilenri extraordinaire prés la cour de France. Mais ce les écouta avec patience. Il reconnut ses ohliPam.n.stre,qui savait par expérience l'avantage lions envers Élisabell» , protesta qu'il ne les que Ion peut tirer de l'absence d'un rival, ne oublierait jamais, quoiqu'il sût bien qu'en le pas partir, tant qu'Esscx resterait son ; protégeant elle avait un devoir à remplir envers son peuple, dont sa reconnaissance pour d'autres ne pouvait le dispenser. La paix était nécessaire à la France, et il était déterminé a l'obtenir, si la chose se pouvait (I). Sir Robert revint (15 avril), mécontent du résultat de sa mission. Henri publia bientôt après l'édit de Nantes (20 avril), par lequel il assurait aux protestants tous les privilèges qu'ils pouvaient raisonnablement demander; néanmoins, il leur dérendit de tenir des assemblées et de faire des lois pour leur sûreté particulière; et, peu de jours après (2 mai;, il signa un traité avec l'Kspagne, qui lui rendit Calais et toutes les places arrachées a la France durant la guerre, ù reste de son règne fut employé a guérir les maux que le fanatisme religieux et les ambitions particulières avaient infligés à son pays ; et sa conduite lui mérita et lui obtint l'amour de ses sujets et le respect de la postérité.
Durant les négociations entre les ministres français et espagnols, à Venins, Philippe avait souvent témoigné son désir de traiter avec la reine d'Angleterre. La question fut vivement disculée dans le cabinet. Esscx , avec sa véhémence ordinaire, parla en faveur de la guerre; les Cecils, avec nou moins de vivacité, maintinrent l'avis de la paix. Dans un de ces débats, le lord trésorier mit le livre des psaumes dans les mains du comte, cl lui montra en silence ce verset : « Les hommes altérés de sang ne vivront que la moitié de leurs jours. » Cela ne produisit aucune impression sur Ksscx; mais les personnes superstitieuses le considérèrent, plus tard , comme une prédiction du sort qui lui était réservé. La reine, comme à l'ordinaire,
ni. C'était donc pour acquérir l'amitié du comte qu'il avait jM-oposé de lui donner le bâton de comte maréchal, auquel il ajouta ensuite un présent de cochenille (21 janv. 1598) de la valeur de 7,000 livres, cl une licence pour eu vendre une plus grande quantité hors du royaume; opération dans laquelle le favori réalisa six fois cette somme. Le comte apprit qu'il devait celle libéralité de la reine aux conseils des Cecils : il devint leur ami; il remplit pour sir Robert les fonctions de secrétaire (10 fév.), et veilla fidèlement à ses intérêts pendant son absence (2).
Après tant de délais apportés avec intention, l'ambassadeur anglais se réunit aux députés hollandais a Angers (24 mars), et ils employèrent tous le» moyens pour détourner le roi de France de la conclusion de la paix. Les Hollandais sollicitèrent la continuation de la guerre. Çccil n'avait aucune proposition à faire. Il venait , prétendait-il, dans l'unique but de s'assurer de la sincérité des ministres espagnols , et tout ce qu'il pouvait faire, c'était de retourner en Angleterre pour consulter sa souveraine. On demanda à cel effet que les conférences fussent suspendues durant quelques mois. Au refus du roi , il s'unil aux alliés pour présenter les offres de secours les plus séduisantes, tant en hommes qu'en argent, à condition que Henri
(t) Rapport de Villeroy, apud Egerton , 33, 3t.
(2) • Il a donné de» bonnes cautions pour payer a la reiiie 60,000 tir., à raison de 28 shil. la livre de cochenille. On la vend ici 30 shil. et quelquefois 40. » Mémoires de Sydney, 83. Voyez p. &>, relativement a leur amitié. I.* même écrivain ajoute ; • L'envie a dérouvert que le comte «t encore amoureux de «a belle Bridges. Ia reine De peut manquer de le savoir, alors il est perdu, lui et loi» ceux qui dépeudeut de sa faveur, ta comtesse <l'rj»ex le *oupçouuc cl eu c*l ircs-inquicle. • Ibid., 'JU. !Nou< ne savons comment il h nappa à sa perte.
fl) Birch ,ii , 374-379. Rapport de Villerey, Egerlon, 3-t, 35. Négociation* uV Birch. Camdeu , 7.(9 -7(53. Les instructions de niir.-jhlry amcci liant le li ailé sont dans Slrype ir. >-M
entendît les parties et ne prit aucnnedécision(l ).
Une autre question d'un intérêt égal divisa le cabinet. En Irlande, toute la population d'origine irlandaise ou anglaise s'était liguée ouvertement ou clandestinement contre le gouvernement anglais. On redoutait la charge de lord député (gouverneur), à raison des difficultés et des dangers qu'elle présentait. La reine , d'après l'avis des Cecils , désirait la donner à sir William Knollys, oncle du comte; Essex insista pour qu'elle fût confiée à sir Georges Carew . l'un de ses adversaires. Pendant le débat, Elisabeth lui adressa quelques paroles piquantes : il répondit en tournant le dos avec uu air de mépris. La reine, ne pouvant retenir sa colère, loi donna un violent soufflet, ajoutant en même temps «qu'il pouvait allcrau diable.» Essex à l'instant porta la main sur son épéc , mais le lord amiral s'interposa; le comte, sortant précipitamment de la chambre, s'écria qu'il n'eût jamais souffert celle insulte du père d'Elisabeth , et qu'il la supporterait encore moins d'un roi en cotillons (2).
I^i guerre était donc ouvertement déclarée, et la cour et toute la nation en attendirent le résultat avec curiosité. Les deux parties étaient également opiniâtres. Essex demandait satisfaction du soufflet, Elisabeth voulait des excuses de son audace. Les mois de juillet et d'août se passèrent sans qu'aucune avance se fit de part ou d'autre. En septembre, le comte fut ou se prétendit sérieusement indisposé, et, bien que la reine parût disposée à céder durant son danger, elle reprit toute sa fermeté quand il fut passé. Ses amis le conjurèrent de fa ire a des soumissions s à sa souveraine (15 oct.); Egerlon , lord garde des sceaux , lui donna des conseils dans une longue lettre, à laquelle il répondit par une lettre plus longue encore ( 18 oct.), où il annonçait sa détermination de résister et d'en subir les conséquences. Cependant , contre l'opinion et les prédictions des courtisans, la réconciliation se fit , et une quinzaine de jours après ( 6 nov. ) , il reparut à la cour. Le public le croyait encore en fa\ eur ; mais , dans le cœur d'Elisabeth , l'amour avait fait place à la haine. Elle l'aban-
(lj C-amdrn, 765-771.
2 Ibid., 772
donna à sa témérité et à sou ambition , et lui permit de courir lui-même à sa perle (I ).
Au milieu de ces querelles domestiques , la reine perdit le plus capable et le plus fidèle de ses serviteurs, par la mort de lord Burghley (4 août ). D'autres ministres peuvent avoir possédé autant de pouvoir, il en est peu qui l'aient gardé si longtemps. Durant les quarante années qu'il siégea dans le cabinet d'Elisabeth , il fut ■ l'esprit qui l'inspira , » comme elle le disait elle-même, l'oracle qu'elle consultait dans toutes les circonstances , et aux réponses duquel elle obéissait généralement. Il laissa une masse énorme de papiers, dépositaires de ses pensées, qui révèlent l'état réel de sa tête et de son coeur. Ces pièces rendent témoignage de ses habitudes d'application et d'affaires, de l'étendue et de la variété de sa correspondance, de la sollicitude avec laquelle il surveillait la conduite et prévenait les desseins des ennemis étrangers et domestiques ; mais il est difficile d'y saisir une trace de génie, de sentiments élevés et généreux, de vues étendues , d'intelligence supérieure. Comme les hommes d'État de son siècle, il avait une politique d'expédients, et l'on doit reconnaître que peu d'hommes ont égalé sa facilité à créer des ressources et à découvrir des moyens de se tirer d'embarras , et sa souplesse à cajoler , excuser, égarer, quand il était excité par les circonstances. En garde contre cet esprit inventif, la reine n'était pas sans soupçon , et craignait qu'il ne pratiquât contre elle-même les artifices avec lesquels il enlaçait habilement les autres; aussi parfois le traita-t-elle avec négligence et même avec sévérité ; mais ces nuages se dissipaient rapidement. Pour sortir d'inquiétude , elle avait de nouveau recours à ses conseils, et , reconnaissante de ses services, le protégeait contre les insidieuses attaques de ses rivaux , les favorisqui cherchaient à l'éloigner de la route où il pouvait arrêter leur avancement, cl les seigneurs qui regardaient l'homme nouveau avec dédain. Par sa longue possession des hauts emplois, il put se mettre, par sa fortune, i au niveau des plus riches possesseurs du pays, j et après sa mort ses cendres furent honorées par les larmes de sa souveraine. Mais quoique
I IMtoà Birch , 385-393. Cabala , 231