CHAPITRE I
Le 12, «l'honnête hommes reçut et remit la lettre de Babington, et le lendemain donna a Pootey une note en chiffres, adressée à Babington par Nau, accusant réception de la lettre, et promettant une réponse satisfaisante dans le délai de trois jours (1). Philipps ne pouvait contenir sa joie : il voyait que Marie n'avait aucun soupçon de la fraude, qu'elle n'avait aucune connaissance des filets tendus tout autour d'elle pour la prendre. Dans l'exaltation de son triomphe, il écrivit à Walsinp,ham : c Nous allons la saisir au plus tôt» (1) (14 juillet).
La letre de Babington parvint i Marie dans un moment où, si nous en croyons Nau, son esprit était dans un état d'irritation et de désespoir. Non-seulement on avait mis de nouvelles entraves à sa liberté, réduit encore le peu d'égards auxquels elle avait été accoutumée; mais un traité venait d'être conclu entre son fils et Élisabelh, dans lequel, selon ce qu'on lui rapportait, ses droits à la succession avaient été mis de coté (3). En outre, elle redoutait, injustement pourtant, comme la suite Ta prouvé, le sombre fanatisme de son gardien , et elle s'était persuadé que l'objet réel de ceux qui avaient produit le bill, «pour la sûreté delà personne de la reine,» était de l'immoler elle-même avec impunité dans sa prison (4). Sous l'influence
din, 455, 533. A Cbartley, il fut traité • avec démonstranee de beaucoup de crédit et de respect , • ce qui augmenta le malaise de Marie (Marie à Cbâteauneuf, 17 juillet). Un jour elle saisit un regard de lui vers sa voiture, au moment où elle passait , et sourit , ce que Philipps rapporta i Walsiogbam, en lui rappelant le proverbe *
Si tibi dicit ave, stcul ab boste cave.
(1) A la lettre de Babington avait été ajouté un post- •criptum de la main de Babington , ou de Walsingham, ou ne sait, pour demander l'opinion de Marie sur P»>oley. Wau répondit au nom de la reine qu'elle avait de* renseignements favorables sur l'homme, mais qu'elle ne s'était jamais hasardée à l'employer.
(2) Philip, a Wals. , 14 juillet.
(3) Protestation de Nau à Éhsabeih , 10 sept. Marie a Cbâteauneur, 17 juillet.
(4) Au commencement de la lettre mentionnée dans la dernière note, Marie priait qu'on la retirât de la garde de Paulet, à cause du danger pour sa vie, «en tous événements, soyl de la mort de la royne d'Angleterre , ou insurrection dans le pays. * On pourrait supposer que cette requête venait de la connaissauce qu'elle avait de la conspiration ; mais elle avait été longtemps tourmentée par des craintes d'assassinat dirigé par Paulet , et avait réclamé Fréquemment un autre gardien- Ainsi, le 2 juillet , dans une leure * ''archevêque de
de ces sentiments, elle résolut d'accepter l'offre de délivrance que lui faisait Babington,
que prix à la sûreté de celle qu'il voulait sauver, ou à la sienne à lui-même, de ne pas s'avancer d'un pas avant d'avoir des garanties sur deux points, les services d'un puissant parti dans le royaume, et la coopération d'une force espagnole tirée des Pays-Bas; ce qu'il ne pouvait espérer d'obtenir avant le commencement de l'automne. Dans cette vue, elle rédigea une série d'instructions pour le guider. Sa minute fut arrangée par Nau, qui en composa une lettre en français, dont la traduction en anglais fut faite par Curie (I). Elle lut et approuva la lettre française et la version anglaise; par conséquent elle doit assumer la responsabilité du contenu des deux pièces. I.a version anglaise fut ensuite mise en chiffres pour Babington; mais elle ne put assurer si cette opération avait le mérite de
Glascow, elle sollicitait les bons offices du roi de France a ce sujet, et par le même motif. • Si celte royne venait a failler, ou s'il advenait quelque insurrection ou tumulte en ce pays. »
(1) Le même jour, mais après que cette réponse fut écrite, Marie reçut deux lettres de Morgan, dans lesquelles étaient des allusions a la conspiration, et un avis de ne pas correspondre avec Ballard. Murdin, 527 , 530. En retour elle le renvoyait a sa lettre a Paget , dans laquelle elle rapporte sa réponte a Babington, t comme une ample dépêche contenant de point en point son avis dans toutes choses requise*, aussi bien pour ce coté que pour le dehors du royaume,» avec beaucoup de particularités { Murdin , 531 ). Cependant , ni dans cette lettre, ni dans d'autres écrites au même temns, sur le même sujet, à Morgan , a Mendota. à l'archevêque de (ilascow, etc.. il n'y a un simple mot faiunt allusion au dessein d'assassiner Elisabeth. Mais dans la copie déchiffrée de la réponse a Babington , le cas est différent. f<a , elle demande, ou on lui fait demander • comment les six gentilshommes se proposent d'agir, • de fixer le temps où ils seraient rois a l'oeuvre, et de mentionner l'accomplissement de leur dessein , ce qui ne peut signifier rien autre chose que l'assassinat de la reine (voyez la lettre). Dans celle pièce, comme le prétend inconsidérément M. de Raumer , « elle loue les six hommes qui t'étaient liés par serment a immoler Elisabeth, et leur présente la perspective d'une grande récompense, » p. 31 1 . Probablement M. de Raumer s'est laissé égarer par le passage suivant qu'il a mal comprit : «Je m'en réfère a vous eu particulier, pour assurer les gentilshommes ci -dessus mentionnés de tout ce qui sera nécessaire de ma part pour rentière exécution de leur bon dé-ir. » Lequel passage, réel et vrai, ou non, signifie qu'elle écrira a Mendoza et au roi d'Espagne de les aider par set troupes envoyées des Pays Bas.
HISTOIRE D'ANGLKTERBE.
l'exactitude ou non ; et cette remarque se produit ici , parce ^ue, à son procès, la minute et la lettre française, qui étaient entre les mains des parties poursuivantes , furent supprimées, et Ion ne produisit contre elle qu'une copie déchiffrée de la version anglaise; encore ne savons-nous pas par qui celte copie fut faile.
Les prévisions de Philipps étaient maintenant réalisées: au jour fixé (17 juillet), •l'honnèle homme» parut; l' importante lettre dans laquelle Marie s'était engagée , comme partie agissante, dans le projet d'insurrection, sinon dans celui de l'assassinat, fut confiée aux soins de ce digne messager (18 juil.), qui, avec sa fidélité accoutumée , la déposa dans les mains de Pooley. Sans perdre un moment , on déchiffra la pièce, dont une copie fut adressée à Walsingham (1) (20 juil.); toutefois, le jour était passé où Babington aurait du se trouver à Lichtfield; mais le conspirateur n'avait pas observé les points convenus et fixés, et Philipps, à la réception de nouvelles instructions du secrétaire (24 juil.), se mit en roule avec la pièce originale, qu'il alla porter à Londres (26 juil.).
Deux jours après son arrivée, Babington, qui se tenait encore dans la capitale (29 juil.), fut accosté par un individu inconnu, «une espèce de serviteur, revêtu d'un manteau bleu,» qui lui remit un petit paquet avec une note, d'une écriture contrefaite, sans signature, annonçant que le paquet venait de la reine d'Écosse, et que l'écrivain se découvrirait à la première dépêche. Ni la substitution d'un messager él ranger, ni la teneur mystérieuse de la note, ne paraissent avoir éveillé aucun soupçon ; Babington n'eut pas l'idée de rechercher comment le porteur de la lettre en avait acquis la possession, bien moins encore de suspecter son contenu d'altération ; et pourtant , Camden nous assure que dans le cabinet du secrétaire un post-srriplum avait été ajouté, dans le même chiffre, pour demander les noms des six gentilshommes qui avaient entrepris d'assassiner la reine ; et que d'autres falsifications eussent probablement été faites dans le corps de la lettre (2).
(1) Philipps à Walsioghain , 19 juillel. Pooley a Wals., 20 juillet
(2) • Quibus subdole additura eodem caractère post- . scnptum, ut ootnina «ex itobilium ederei . ni non cl
Toutefois, Babington n'était plus ce cons- I pirateur audacieux et inconsidéré qui avait écrit à Marie la lettre pleine de projets de trahison. Au commencement du mois , il découvrit que son secret avait été livré; mais par qui. et jusqu'où , c'était la seule matière à conjectures. Mais, bien loin de s'en prendre à la fidélité de son ami Pooley, il en attribuait la découverte à la perfidie de Maude, et au lieu de se rendre, comme il l'avait promis, à Lichtfield , il se tint à Londres, affectant tous les dehors de l'innocence, se procura, pour Ballard, un passeport sous un nom supposé, afin qu'il pût s'enfuir au delà des mers; et par l'intermédiaire, peutêtre à la suggestion de Pooley, offrit ses propres services au secrétaire , pour jouer le rôle d'espion sur le continent , et découvrir les pratiques perfides de Morgan, Paget et d'autres exilés. Mais il ne pouvait lutter sur le terrain de la dissimulation avec cet homme d'État : Walsingham , comme s'il s'était laissé prendre à cette manifestation hypocrite de loyauté, le remercia de son offre, lui promit un passeport pour voyager, aussitôt que la reine y aurait apposé sa signature , et l'assura que ses services seraient magnifiquement récompensés ( I ). Maintenant l'esprit de Babington fut tranquillisé; la réception et le déchiffrement de laré- }>ousede la reine d'Ecosse lui ouvriront une nouvelle perspective ; il écrivit bien vile, surtout, à ce qu'il parait, pour expliquer pourquoi il ne s'était pas trouvé à Lichtfield au jour fixé. Il attribua la cause de son absence à la trahison du complot par Maude (3 août) ; il ne fit aucune mention de sa démarche auprès de Walsing-
• alia. • Camden , 479. Je ne rois pas de raison de disputer ce témoignage de Camden , quoique le posUacriptum ne paraisse dans aucune des copies déchiffrées. Comme Rabinclon ne retourna pas de réponse , en déchiffrant te post-scriptum , on n'avait fait que provoquer des «oupçons sur son authenticité. Quoi qu'il en soit, si Philippe fil des additions , ou prépara une fausse copie . il doit l'avoir fait a Cbartley , le 25 , après avoir reçu de* instructions de Walsingham, ou a Londres, le 28, après son retour. Car, avant cela, son intention était d'envoyer l'original a Babington. à Licbtheld, si le conspirateur était venu dans ceue ville. Philipps à Wals. , 19 juillet.
(f) Philipps à Wals. , 6 juillet. Voy. aussi Camden, 478, qui parait ne pas avoir signalé celte circonstance, que Babinglon avait fait ses démarches auprès de Wal-