CHAPITRE IV
iir« de son couronnement, où les courtisans avaient l'habitude de se présenter en foule à son lever, pour lui offrir des présents et des compliments. Ce jour-là, elle reçut d'Essex une lettre humble et éloquente, bien calculée pour ranimer son affection pour lui, si toutefois il en restait encore nne étincelle dans son cœur. Cette planche , dans le naufrage de sa fortune , était la seule à laquelle il pût s'attacher. Elle trompa son espérance; sa lettre resta sans réponse , le malheureux comte s'abandonna aux conseils de son désespoir (1).
Jusque-là , il avait vécu dans la retraite et dans la solitude; mais alors les portes du palais d'Essex s'ouvrirent i tous venants. Ilcon-
d'aballre leur vigueur, en réduisant la quan- , Pour éviter tout soupçon , I» s principaux con titédeleur nourriture. Il présenta une seconde ' «pirateurs avaient coutume de s'assembler à pétition (2 nov. ), et elle nomma une commis- | Drury-House , résidence du comte de Sonsion pour exploiter le monopole à son propre j thampton. De là, ils communiquaient par écrit bénéfice. 11 attendit jusqu'au 17 novembre, ■ avccEssex.et discutaient chacun des projets
qu'il suggérait. Celui qui leur parut le moins sujet à objection fut de marcher en force vers le palais (2 févr. 1601), où sir Christophe Blount s'emparerait avec sa suite de la porte, sir John Davis de la grande chambre , et sir Charles Davcrs de la garde ; alors le comte , avec plusieurs membres de la noblesse, se jetteraient à genoux devant la reine, et refuseraientde se relever jusqu'à ce qu'elle eût accordé ce qu'ils lui demanderaient. Rien ne fut cependant définitivement arrêté , et tandis qu'Esse* attendait avec impatience la réponse du roi d'Ecosse, il se trouva forcé d'entrer dans une nouvelle carrière, par la vigilance des ministres, dont le concours de peuple qui se portait au palais d'Essex avait excité les soupçons, et dont les craintes se trouvaient confirmées par une secrète communication de sir Henri Ncvil. Il répondit au secrétaire Herbert, qui lui apporta Tordre de paraître devant le conseil (7 févr.) , qu'il était trop souffrant pour quitter son appartement; il reçut quelques minutes après, d'une main inconnue, l'avis de pourvoir, sans le moindre délai, à sa sûreté : on lui faisait savoir, de plus, que la garde avait été doublée au palais et dans son voisinage. Son seul espoir de succès dépendait delà promptitude. Durant la nuit , il envoya des messagers pour assembler ses amis; le matin, à leur arrivée, il les informa qu'on avait tramé un complot contre ses jours, et les pria de l'accompagner, tandis qu'il irait trouver la reine, et qu'il solliciterait sa protection contre la malice de ses ennemis. C'était un dimanche: à dix heures du matin, le lord maire, lesaldermen et les compagnies devaient s'assembler à la Croix de Saint-Paul, et il avait résolu de les rejoindre à la fin du sermon, et de les inviter à le suivre au palais. Cette tentative peut paraître hasardeuse et incertaine à un froid observateur; mais il était soutenu par Pi ■ dée qu'il avait lui-même de sa popularité, et par le souvenir des actions du duc de Guise, qui, peu d'années avant, et en pareille circonstance, était parvenu, à l'aide des Parisiens, braver avec succès l'autorité de son souverain.
et leur nombre s'accrut par l'arrivée d'aventuriers hardis et indigents. 11 invita, en même temps, les plus zélés parmi les prédicateurs puritains, dont les sermons réunissaient journellement autour de lui une foule de fanatiques, et il proposa à de certains théologiens cette question : «S'il n'était pas légitime, en cas de mauvaise administration , de forcer un souverain à gouverner suivant la loi ? » Comme autre ressource , il envoya par un messager fidèle des professions d'attachement au roi d'Écosse, en l'informant que le comte de Nottingbam , Cecil, Raleigh et Cobham, faction qui gouvernait la cour , s'étaient ligués pour placer l'infante d'Epagne sur le trôné après la mort de la reine; il lui conseillait de demander la reconnaissance immédiate de ses droits à la succession, et promettait de risquer sa vie et sa fortune , lorsque les ambassadeurs arriveraient , pour la défense de la maison de Stuart. Jacques, qui, depuis longtemps, se méfiait des intentions du secrétaire , reçut celte offre avec plaisir, et résolut de dépécher deux envoyés en Angleterre , avec une mission ostensible pour la reine, mais dans le but réel d'assurer le comte de son approbation et de sa protection (2).
(1) Wmdwood ,1,271. Bircfa, n, 407.
(2) Bircli, 11,508,509.
HISTOIRE DANGLETFRRR.
Il fut détourné de l'exécution de ce projet par un événement inattendu. Un peu avant dix heures (8 févr.), on vint lui dire qu'Egerton , le lord garde des sceaux , le comte de Worccster, Knoll) s, contrôleur de la maison royale, et le lord président de la justice, étaient à sa porte, et demandaient à être introduits. Il donna ordre de les faire entrer par le guichet, mais de refuser toute leur suite, à l'exception du porte-bourse. Egerton demanda la cause de cette réunion tumultueuse , et Essex , haussant la voix, répondit à cette demande : « Il y a un complot tramé contre ma vie. On a contrefait des lettres à mon nom, et Ton a choisi des assassins pour me tuer dans mon lit. Nous nous sommes réunis pour défendre notre existence , puisque mes ennemis ne seraient sa- '.isfails qu'après s'être abreuvés de mon sang. — S'il en est ainsi, dit Popham, veuillez le prouver; nous en ferons un rapport fidèle , cl la reine vous rendra une justice impartiale. » A ce mot de justice impari iale, le comte de Southaroplon se plaignit d'avoir été assailli par le lord Grcy; maison lui dit que le coupable avait été puni de son offense par un emprisonnement (1 ). Egerton désira qu'Kssex expliquât ses griefs en particulier; mais plusieurs voix s'écrièrent : « On vous abuse , milord , on veut vous écraser , vous perdez votre temps. » Egerton , se retournant et se couvrant la tète , ordonna , au nom de la reine , que chacun posât les armes et se retirât. Mais Essex entra immédiatement dans la maison; les lords le suivirent, et la foule se mit à crier : « Tuez-les , gardez-les pour otages ; jetez le grand sceau par la fenêtre. » Ayant traversé deux chambres gardées par des mousquetaires, on les introduisit dans une salle basse. Le comte alors les engagea à prendre patience seulement pour une demiheure, 01 donna de fermer les portes aux verrous, et confia ses prisonniers à la gardedesir John Davis , Francis Tresham , et Owen Salisbury.
En retournant dans la cour, Essex lira son
( I ) En Irlande, Southatnpf on avait mi* Grcy airs arrêt» pendant une nuit , parce qu'il «Tait chargé l'ennemi «ans irdre. Il *n Hait t fruité plusieurs cartels que Ij Tifulancc de la reine avait détournés. Le 28 janvier, Grey attaqua Siitiibaniptoa dans la rue, et fut mis en prison pour ce Êélit.Wïncrwood, i,47, 292.
i épée , puis il se précipita dans la rue , et fut suivi des comtes de Rutland et dcSoutbampion, des lords Sandys et Mouoteagle, et d'environ 80 chevaliers et gentilshommes, auxquelsse joignirent bientôt, soit par affection, soit par crainte, le coraie de Bedfbrd , le lord Oomwcllct environ 200 autres. A Ludgate, il persuada à la garde de le laisser passer, protestant que son intention n'était autre que de sauver sa vie des violences de lord Cobham, désir W alterRaleiph et de leurs complices. Mais il trouva les rues désertes; il n'y avait pas d'assemblées a la Croix de Saint-Paul, et lescitoyens, en conséquencedesordres du lord maire, restèrent paisiblement dans leurs maisons. Le comte s'avançait en s'écriant : « Pour la reine ma maltresse! » Enfin il arriva & la demeure de Smith , l'un des shérifs , et , à ce qu'il | croyait , un de ses dévoués partisans; mats on : ne put trouver Smith. Son absence convainquit | le malheureux comte de l'anéantissement de son projet, et, ne pouvant plus cacher son agitation, il se retira dans une chambre secrète, afin de reprendre ses esprits.
A la cour, le comte possédait tant d'amis, que les ministres ne savaient à qui se fier. Par leurs ordres, les gardes furent assemblées; les portes du palais fermées et fortifiées , et tout les passages du voisinage obstrués de chaînes et de j voitures. La rcme seule eut la hardiesse de proposer d'aller à la recherche des révoltés. Pas un d'eux, disait-elle, ne pourrait soutenir un seul de ses regards : ils s'enfuiraient à la seule an- I nonce de son approche. Sur les deux heures de l'après-midi, lord Burghley, avec un héraut, et le comte de Cumberland , avec air Thomas Gérard, se hasardèrent à se rendre en divers quartiers de la cité, et proclamèrent qu'Essex i était un traître, offrant une récompense de i 1,000 livres à celui qui l'arrêterait, et un par- | don général à ceux de ses associés qui reviendraient immédiatement à leur devoir. Le comte avait alors quitté la maison du shérif Smith ; ses espérances étaient affaiblies et le nombre de ses adhérents bien diminué. Lord Burghley se retira devant lui; mais il fut repoussé parla garde à Ludgate, et, retournant à Qucen-Hithe, il revint pur eau, avec 50 compagnons, à Essex- House. Là, son désappointement se changea en desespoir. Les lords emprisonnés, qu'il avait regardés comme des otages pour sa propre sûreté,