CHAPITRE IV
voris , il avait joui en même temps de l'affection de la souveraine et de celle du peuple. 11 n'était connu de celui-ci que par 1rs brillants côtes de son caractère , son affabilité et sa profusion, son esprit chevaleresque et sa soif de gloire , et sa constante opposition à la politique obscure et tortueuse des Cecils. Il est vrai que sa dernière offense ne pouvait se déguiser; mais on l'attribua moins à ses propres passions qu'aux agents secrets de ses ennemis, qui avaient abusé de son caractère ouvert et sans méfiance. Pour réduire ces bruits au silence , l'autorité publia un rapport sur sa trahison, l'accusant , d'après j ses propres aveux et ceux de ses complices , d'à- ' voir conçu le dessein de se placer sur le trône ; mais l'accusation u'oblint aucun crédit, et la popularité de la reine, qui depuis longtcms était sur son déclin , parut s'ensevelir dans la 1 même tombe que son favori. A son apparition en public , on évita de la saluer par les acclamations auxquelles elle était accoutumée ; ses conseillers furent reçus avec des injures, bruyamment exprimées, et des marques d'horreur (1).
"La mort d'Essex sauva la viedcSoulhampton. Les ministres , alarmés par ces indications des sentiments populaires , sollicitèrent la reine en . sa faveur, et lui arrachèrent un sursis à l'exécution , sans pouvoir obtenir sa délivrance de la Tour. Cuffc, le secrétaire, et Merrick, inten- ; dant d'Essex, subirent la punition ordinaire des traîtres, qui fut commuée en décapitation en favenr de Blount, son beau-père, et de Davers , j Kami de Southanipton ; car il en fut de cette imprudente entreprise comme de ta conspira- I lion bien plus atroce de Babington: beaucoup d'inculpés n'avaient risqué leur existence que par affection pour d'autres. Si Southampton ; avait été complice d'Essex , ou Davers de Southampton, ce n'était que parce qu'ils regardaient comme un devoir prescrit par l'amitié de vivre ou de périr ensemble ("J).
(1) (Kborn , Miscellanées, 204. Birch, u, 510.
(2) «lllenibil contra, niai quod periculuin fortuna- • mm el capiiis in hac causa prse a more erçja Souttaamp-
« tooium îieRleieril. • Camden , 865. Procès d'Éiat, 1 4 18. j '
Sir Jotm Davies, tir Edouard Baynbam, et M. Lyttte- {
ton, furent aussi condamnés. Mais le premier obtint son j
pardon après un an de prison ; Bayubam acheta le sien |
par le moyen d'une somme d'argent donnée a sir Wal- J
ter Raleitfh , et Cyttleloo , ayant livré sa lerrr de 7.000 '
Le roi d'Ecosse, par suite de son engagement avec les conspirateurs, avait d'abord nommé le comte de Marr, et Bruce, prieur de Kinross, ses ambassadeurs en Angleterre. Quoique le peu de succès de cet attentat fût connu à Edimbourg avant leur départ , on les autorisa à promettre que Jacques se mettrait lui-même à la téte du parti, s'il lui restait encore quelque espoir de réussite. Ils trouvèrent les partisans d'Essex plongés dans le plus cruel désespoir, le peuple dans un étal de mécontentement extrême , et Cecil possédant en réalité l'exercice du jwuvoir souverain. Ils dissimulèrent leur objet, félicitèrent la reine sur ce qu'elle avait échappé aux attentats des conspirateurs. Us affirmèrent, avec des expressions énergiques, l'innocence de leur maître, non - seulement dans celle circonstance , mais dans toutes les autres tentatives contre sa vie ou son autorité. Ils demandèrent, en son nom, qu'elle voulût bien pardonner à ses sujets , emprisonnés pour le seul crime de l'avoir visité en Écossc, et sollicitèrent un supplément a sa pension annuelle , et la promesse de ne rien faire au préjudice de son droit à la succession. Jacques n'osait espérer aucun résultat de cette négociation. Il savait qu'Ess«x avait trahi la liaison secrète qui existait entre eux, et ne s'attendait qu'à de mauvais offices de l'inimitié présumée de Cecil. Sous cette impression, il chargea ses deux envoyés d'informer la reine , en prenant congé . qu'il ne lui donnerait jamais aucun sujet de peine durant sa vie, mais que le jour viendrait où il n'existerait ancune barrière entre lui cl les vils instruments dont elle se servait, et qu'il exigerait un compte sévère de leur injustice actuelle et de leur insolence (1). Mais les envoyés n'eurent pas bc-
liv. de renies, et payé une amende de 10,000 Ut. , fut transféré de Newirate au banc du roi, où il mourut trois mois après. Bircb , n , 496. Camden , 848. Sir Henri Ncville, ambassadeur à la cour de France, avait été invité a Drury-House araut son départ Si l'on doit l'en croire, il entendit seulement quelque conversation déloyale qu'il condamna , et ensuite il partit. L'aveu altriboé a Esse» le fait plus criminel. Il fut enfermé à la Tour jusqu'à la mort de la reine. Windwood , . 02, 325. Camden ,871. Cependant Cecil affirme que la première nouvelle du complot fut reçue de loi. Procès d État,
(1 ) On avait certainement persuadé a Jacques que Cecil s'opposerait J sa succession. Mais en faveur de qui > Je soupçonne qu'il était question d'Arabella Smart.
soin d'employer cette menace : Cecil était un l très-habile politique, et ses amitiés comme ses haines se réglaient constamment par son intérêt personnel. Ce n'était pas quand Elisabeth penchait sur le bord de la tombe qu'il se serait hasardé à braver le ressentiment de son successeur. Le lord Henri Howard offrit ses services comme médiateur , et il fut convenu que toutes les offenses passées seraient oubliées; que le roi recevrait une augmentation de 2,000 livres sterling à sa pension , et que Cecil préparerait en silence le chemin qui devait conduire au trône le roi Jacques a la mortd'Élisabclh. Mais le secrétaire exigea le secret comme une condition indispensable. Si ce secret eût transpiré , si le moindre soupçon se fût élevé d'un concert quelconque entre lui et le roi d'Écosse, la jalousie d'Klisabeth eût déclaré Cecil un traître et Jacques un rival ; et Ton doit se rappeler que la cour contenait beaucoup de personnes qui , par des motifs intéressés, eussent, ovec satisfaction , insinué ces idées dans l'esprit de la reine. Cet avis fut approuvé et adopté. La correspondance passa par les mains du lord Henri en Angleterre, et de Marr et de Bruce en Kcosse. Cecil continua d'agir comme s'il n'eût donné aucune attention à la succession de Jacques, et Jacques affecta de parler de lui I comme d'une personne dont il n'avait aucune raison d'attendre un service (1). Essex, dans sa confession , avait découvert le projet formé |K)»ir le délivrer de sa captivité, auquel le lord Mountjoy avait autrefois donné son consentement. Quoique ce seigneur eût dirigé la guerre
Dan* la correspondance secrète entr* eux , aprè* leur réconciliation , on trouve beaucoup de raillerie» tur le* réclamation* de celle princesse, et lord Sbrew»bury et sa roere «ont représentés comme cherchant a l'elercr sur le trône, bien que les leitres (dans Lodfie, m , 121 , 153) prouvent qu'eu même temps Cecil faisan semblant d'être sincère ami du comte. Dans la première lettre même , écrite pour être montrée à Jacques , on appelle Arabelia > l'idole de Sbrewsbury, qui, si elle suit les conseils de quelques hommes, s'élèvera sur un assez grand nombre de marche* pour atteindre a l'échafaud. Le comte n'a aucune influence, et sa mère ne peut acquérir d'amis a celte cause. » Correspondance secrète de sir Robert Cecil avec Jacques , vi , p. 1 4 , 15.
(1 ) Voyez la lettre dans Bircb , n , 510, 513 , et la correspondance secrète , i, 26, dont la teneur semble établir une intelligence antérieure entre Cecil et les envoyé* écossais.
en Irlande avec une vigueur et un succès qui l élcvaient au-dessus de tous les anciens gouverneurs, il n'ignorait pas qu'il avait quelque motif de redouter la colère de la reine, et il avait fait des préparatifs pour chercher , à la première sommation, un asile sur le continent. Cecil , cependant , la convainquit qu'il n'était pas de son intérêt d'irriter un général aimé de ses troupes, à la tète d'une année victorieuse. Dissimulant la connaissance qu'elle avait de sa culpabilité , elle lui fit part, dans une longue et gracieuse lettre, du jugement et de l'exécution d'Essex ; elle l'assura que , dans son malheur, c'était pour elle un grand sujet de consolation que dépenser à sa loyauté et à son attachement; elle le pria de porter des regards vigilants sur la conduite des officiers qui avaient reçu des commissions de son prédécesseur, et le chargea de les disposer à combattre l'armement destiné à envahir l'Irlande, qui se préparait sur la côte d'Espagne. Peu de tems après, 4,000 hommes, sous les ordres de don Juan d'Aguilar , arrivèrent. Ils débarquèrent à Kinsale (21 sept.), fortifièrent la ville, et appelèrent les indigènes à se joindre à eux , contre la princesse que plusieurs pontifes avaient successivement excommuniée et déposée (I).
Tandis que Mountjoy assemblait une armée pour s'opposer aux envahisseurs, Elisabeth convoquait un parlement à Westminster. Dans l'intention de cacher à tous ses infirmités toujours croissantes , elle ouvrit la session avec plus d'appareil qu'à l'ordinaire; mais son corps affaibli était incapable de soutenir le poids des vêtements royaux, et elle était au moment de tomber sur le parquet, lorsque le seigneur qui se tenait le plus près d'elle la prit et la porta dans ses bras. Le seul objet du ministre était d'obtenir un subside en argent, pour la guerre d'Irlande, et ses désirs furent satisfaits parle vote, sans exemple, de quatre subsides, et huit dixièmes et quinzièmes. Mais si les membres furent généreux dans leurs donations à la couronne, Us se montrèrent opiniâtres, en demandant le redressement de leurs griefs. Le sujet principal de plaintes, au dedans et au dehors des murs du parlement , était la mul-
(\; Camden , K80 *H>