‹ Histoire d' AngleterreChapitre 44 sur 307 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

litude des monopoles accordé» par la reine à ses favoris (I). Par monopole, on entendait une patente signée d'elle, qni investissait un individu, en récompense de ses services réels ou prétendus, du droit exclusif de vendre quelque denrée particulière. Cet usage commença dans la dix-septième année de son règne, et devint en peu de temps un abus intolérable : s'il lui fournissait le moyen de satisfaire des solliciteurs importuns, sans déboursés pour elle-même, cependant chaque patente, relativement au public, opérait une nouvelle taxe pour le consommateur. Quelquefois le breveté exerçait son droit lui-même , souvent il le vendait à un autre; mais dans les deux cas, tous les vendeurs subordonnés par tout le royaume étaient tenus, ou d'acheter d'abord l'article de la main du monopoleur, ou de lui payer une rente annuelle pour avoir la permission de le vendre. D'après cela, le prix des vins, vinaigres, huiles, sels, empois, fers-blancs, aciers, charbons de terre, et autres denrées, parmi lesquelles il s'en trouvait de consommation universelle et de première nécessité, s'était élevé, depuis quelques années, au double des prix accoutumés, et les représentants de la plupart des comtés et des bourgs avaient été chargés par leurs commettants de demander l'abolition d'un fardeau aussi onéreux. La motion fut bientôt faite (20 nov). Les conseillers de la couronne y répondirent, en alléguant que le don des monopoles était une branche de la prérogative; que quiconque exprimerait seulement l'intention de toucher a la prérogative encourrait l'indignation royale; que procéder par bill était inutile et imprudent; car, bien que les deux chambres eussent la prétention de lier les mains de la reine par un acte de parlement, elle saurait toujours les délier à son plaisir, et que le président était blâmable d'admettre de telles motions, malgré le commandement royal donné à l'ouverture de la session. On répliqua cependant que les brevetés étaient les sangsues de l'État; que le peuple ne pouvait plus supporter de tels fardeaux ; que la clôture du dernier parlement avait démontré à combien peu de .redressements on devait s attendre parle seul dépôt des pétitions, et que le seul remède

( I CorrcftpoodaDce «écrite, 25, 26.

assuré était d'abolir tous les monopoles par un statut. Cette persévérance des communes ébranla la résolution du ministre, qui fut effrayé de l'exécration que lui témoignait le peuple, comme il parcourait les rues dans sa voiture ; et il parvint à vaincre l'obstination de la reine, qui semblait tous les ans plus attachée à ce qu'elle regardait comme les droits de sa couronne, mais qui céda enfin à ses suggestions et à ses instances. Elle envoya chercher le président, et l'assura, eu présence du conseil, qu'elle n'avait jamais signé de patente de monopole qu'on ne lui eût dit qu'elle serait avantageuse à la nation ; qu'elle avait de grandes obligations aux ministres qui lui avaient fait connaître ces abus; qu'elle révoquerait, par proclamation, toutes les patentes qui portaient préjudice aux libertés de ses sujets , et qu'elle suspendrait toutes les autres, jusqu'à ce qu'elles fussent déclarées valides par les cours de justice. Les communes, satisfaites d'avoir obtenu satisfaction sans engager un débat avec leur souveraine, lui rendirent grâces en langage presque blasphématoire; et Cecil s'enorgueillit de la dextérité avec laquelle il avait contenté le peuple sans abandonner la prérogative de la couronne (1).

Sur ces entrefaites , le lord député d'Irlande avait réuni ses forces à celles du président de Munster, et assiégeait d'Apuilar avec ses Espagnols, dans leurs lignes de Kinsale. Tyrone observait les opérations des assiégeants. 11 avait rassemblé 6,000 indigènes et 200 étrangers débarqués à Castlehaven sons le commandement d'OCampo, et le matin de la veille de Noël (24déc), il s'avança, pour surprendre les Anglais dans leur camp, ordonnant en même temps à un autre corps de conduire un convoi de munitions aux assiégés. Mais son projet était connu de lord Mountjoy, et la rapidité du mouvement fut contrariée par les soins inquiets d'OCampo , pour introduire quelque régularité dans les rangs des indigènes. Comme ses gens traversaient un ruisseau, ils furent chargés par un corps de 400 chevaux et s'enfuirent aussitôt. Les Espagnols, abandonnés par leurs alliés, jetèrent bas les armes, criant miséricorde. 500 Irlandais furent tués dans la pour-

(I) D'Ewea,n,M4-0M.

suite. O'Ncil, ralliant 2,000 de ses meilleurs guerriers, se retira dans le nord, ta résultat de celte action convainquit d'Aguilar qu'il lui restait peu d'espoir de succès: il rendit Kiusale et les forts que possédaient les Espagnols , et il obtint la permission de retourner à la Corogne avec ses gens, leurs armes et leurs munitions (2janv. 1602). Élisabeth accueillit cette nouvelle avec de vives expressions de reconnaissance, et Ion eut l'espoir que, par ce service signalé, Mountjoy avait racheté sa déloyauté |>assée (1).

Le départ des Espagnols fut suivi de la réduction de Munster. La supériorité des forces anglaises et les ravages destructeurs de la famine plongèrent les Irlandais dans le désespoir: après quelques affaires, dans lesquelles aucun parti ne se rit de quartit r , ta résistance parut toucher à sa fin, et les vainqueurs restèrent en pleine possession d'une province qui n'était guère désormais qu'un vaste désert. De Munster, Tyrone chercha son asile ordinaire dans le nord , mais le lord député ne lui laissa pas le loisir de respirer: il fut continuellement harcelé par les garnisons de lilackwater, de Charlemont et de Mountjoy; ses partisans périssaient par centaines, par l'excès des besoins en tous genres, et le courage d'O'Neil fut enfin abattu. Il offrit de se rendre à des conditions honorables : la fierté d'Élisabeth demanda une soumission sans conditions.

En Angleterre , les lords du conseil travaillèrent à vaincre l'obstination de la reine. Ils lui représentèrent que les Espagnols avaient adopté sa propre politique; qu'ils entretenaient la flamme de la rébellion en Irlande, pour épuiser ses finances et retenir ses forces à l'intérieur; que, depuis plusieurs années, elle était forcée de conserver dans cette Ile une armée de 20,000 hommes, qui lui coûtait annuellement plus de 300,000 livres; qu'il était maintenant en son pouvoir de se délivrer, par quelques concessions peu importantes, de ce fardeau insupportable, et d'assurer la prépondérance anglaise en Irlande. Mais ils avaient une autre raison, dont ils n'osaient parler : ils voulaient effectuer la pacification de ce royau-

(1) Camden, 886-88 Wuriwood,!, 369, 370, 378 Lodge, m, 152

me avant sa mort, dans la crainte que le monar que espagnol n'y trouvât un parti puissant en armes pour soutenir ses prétentions à la couronne d'Irlande aussi bien qu'à la couronne d'Angleterre. Après un long débat , elle commença à fléchir; mais il était toujours impossible de fixer l'indécision de son esprit, et elle expédiait toutes les semaines des instructions nouvelles et contradictoires au lord député. Mountjoy fut embarrassé : il ne savait quelle réponse donner à Tyrone , et le temps se consumait en messages inutiles de l'un et l'autre (1603). Mais dès qu'il apprit que la vie de la reine tirait à sa fin, il envoya chercher le chef irlandais, qui fit sa soumission à genoux; celui-ci renonça au litre d'O'Neil et à toute dépendance d'une autorité étrangère, et sollicita la restitution de ses droits et de ses honneurs, de la clémence de la souveraine. Mountjoy, en retour, lui accorda un pardon général pour lui et ses partisans, et lui promit que ses terres, à une ou deux exceptions près, et son ancien titre, lui seraient restitués, par lettres patentes de la couronne. De Mellifont ils se rendirent à Dublin, où ils reçurent la première nouvelle de la mort d'Élisabeth. Tyrone fondit en larmes; mais bien qu'il eût lieu de condamner sa précipitation, il était trop lard pour en revenir. Il renouvela sa soumission, et le petit nombre d'indigènes qui refusèrent d'imiter sa conduite se retirèrent sur le continent, et cherchèrent leur existence en combattant pour les puissances étrangères (I).

Afin d'empêcher les Espagnols de faire une seconde descente en Irlande, on avait envoyé les amiraux Levision et Monson pour croise»* sur la côte d'Espagne. Dans l'impossibilité d'intercepter la flotte des Indes, ils se consolèrent de leur désappointement (sept.) en s'emparant d'une caraque d'une valeur immense, dans le petit havre de Sesimbria. Pendant que la flotte anglaise conduisait sa prise dans un port, Spinosa profita de l'occasion pour faire voile pour la côte de Flandre. Il fut signalé à son passage dans la Manche : plusieurs actions eurent lieu; et de 6 galères, 3 furent coulées à fond, et les 3 autres s'échappèrent et entrèrent dans le port de l'Écluse. Ainsi se terminèrent les

[\) IWoryaon. 200 300 Caradea, 892, 905-900.

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