CHAPITRE I
ham ; mais « il avait en partie prévenu le mal, » et s'occupait « à corriger le reste. » Marie ne devait donc pas tomber dans le découragement, sa cause était la cause de Dieu et de l'Église; ni dangers ni difficultés ne pouvaient l'empêcher lui et ses amis de risquer leurs vies et toute leur fortune pour son succès. « Nous avons fait un vœu, écrivait-il, et nous l'accomplirons, ou nous y laisserons la vie • ( I ).
Le lendemain matin (4 août), son logement fut fouillé, et Ballard, qui n'avait pas effectué son évasion, fut arrêté. A la fin, les yeux du conspirateur s'ouvrirent : it commença dès lors à penser que l'homme qu'il avait accueilli comme un fidèle ami était le traître réel; et, sous cette impression, il écrivit à Pooley une lettre où étaient exprimés le mépris le plus amer pour sa perfidie et son propre dédain pour le sort auquel l'avait conduit cette trahison (2). Il est difficile de suivre ses démarches pendant les deux jours suivants. Nous le trouvons d abord consultant ses amis, puis se rendant comme visiteur ou captif (7 août; a la malson de Walsingham , et ensuite, sous l'ombre de la nuit , cherchant , avec Gage, Charnock , Barnewell et Donne, un lieu de refuge dans le bois de Saint-John (3).
Aussitôt que Ton sut que Babington s'était caché, les noms des traîtres furent proclamés, des ordres répandus, des recherches faites , et
(1) Babington à Marie, 3 août.
(2) Voyn cette lettre du 4 août dan» la note A a la fin du volume.
(3) D'après l'aveu de Savage, dant le* Procès politique», il paratiralt que Babington n'enfuit le 5 (i, 1131); d'après la lettre de Châleauneuf , du 9, qu'il Fut pria le mercredi 7 , mené devant Wahincbam à «a maison de campagne, et confié à deux serviteur» du tecréiaire , de* mains desquels il s'échappa. Egerton , 73. Camden a une histoire plus romanesque : Babington se plaignit par lettre a Walsingham, a Windsor, de l'arrestation de Ballard, qui était nécessaire pour le succès de sa propre mission sur le continent , et il reçut pour réponse que Ballard avait été arrêté comme préire missionnaire , et que lui-même courait risque d'être arrêté comme recéleur d'un prêtre , a moins qu'il ne se réfugiât dans la maison de Walsingham. Babington suivit cet avis ; mais trouvant qu'en réalité il était captif sous la charge de Scudamore et d'autres , il leur donna à souper dan» une taverne, puis se levant comme pour payer la carte , et laissant son manteau et son épée, il s'échappa. Canid., p. 481.
l'embargo fut mis sur les vaisseaux en partance. Ces mesures provoquèrent les propos les plus absurdes et les plus alarmants : on avait découvert un complot pour brûler la cité et assassiner la reine ; les papistes , dans 1rs provinces, s'étaient déjà levés pour seconder les conspirateurs, et des forces combinées de France et d'Espagne étaient en mer, si elles n'étaient pas déjà débarquées sur la côte du midi. L'irritation populaire, ouvertement fomentée par le gouvernement , parvint à un tel point, que les ambassadeurs étrangers furent exposés à des insultes et à des menaces dans leurs propres palais, et que des catholiques et des étrangers s'occupèrent de se cacher, dans la crainte d'un massacre général (1). A la fin, Walsingham, qui n'avait jamais perdu de vue les fugitifs, donna des ordres pour les saisir. Forcés par la faim de quitter les bois de Saint- John , ils avaient gagné Harrow, et demandé un asile à une famille amie, du nom de Bellamy, qui les avait reçus et cachés dans les bâtiments extérieurs et les jardins. Là ils furent pris (15 août), poison les conduisit sous une forte garde à la Tour, au bruit des cris de la populace, des cloches et des démonstrations habituelles du triomphe public (2). En peu de temps , Abingdon , Salisbury , Tichbourne , Travers et Tilney, furent amenés dans la même prison ; et de tous les amis intimes de Baj bington, un seul, Edouard Windsor, frère de lord Windsor, eut le bonheur d'échapper à la poursuite des limiers lancés sur ses traces. Des espions, Gifford était déjà à Paris, où il mourut en 1590, après un confinement de trois ans; Pooley fut renfermé dans la Tour, en partie pour tromper les autres, en partie pour être garanti contre la vengeance, jusqu'à ce qu'il pût être renvoyé sans attirer l'attention ou courir de danger (3).
La reine d'Écosse avait été tenue dans une profonde ignorance de tous ces événements. Lorsque le secrétaire donna devant le conseil la réponse de la prisonnière à Babington , il avait été résolu de saisir les papiers et de la soumettre à une contrainte plus rigoureuse. Paulet, à la
(1) Châteauneur, 24 août; Egerton, 74.
(2) Camden, 481.
(3) ld,482,3
réception de ses instructions , avait répondu, avec le ton de piété hypocrite du jour, « qu'il les exécuterait avec la grâce de Dieu. » Un matin (8 août), Marie était à respirer l'air extérieur, accompagnée de son gardien , dont l'escorte était plus forte que de coutume, quand , à sa grande surprise, on ne la laissa point rentrer. Ses larmes et ses supplications, son refus, sa menace de résistance, tout fut inutile. On l'emmena à Tixall, maison située à trois milles environ , appartenant à sir Walter Aston; et là, deux chambres seulement lui furent attribuées pour son installation; on lui refusa l'usage des plumes, de l'encre et du papier, et Ton écarta soigneusement tous les moyens d'informations.
Tandis qu'elle était a Tixall, sir William Wade se rendit a Ghartley, força ses cabinets, saisit ses papiers et ceux de ses secrétaires, et obtint ainsi la possession de ses chiffres , de diverses lettres compromettant plusieurs individus, de la propre minute de sa réponse à Babington, et de la lettre originale en français rédigée par Nau (I). Avec ce butin , et avec les deux secrétaires et Pasquier comme captifs , il
retourna à Londres (23 août), et Paulet reçut j secondé les conspirateurs, postérieurement à
Après un court délai employé à des préparations, on traduisit en jugement Babington et ses compagnons, au nombre de quatorze (13, 14 et 1 ô septembre) : le réquisitoire les chargeait d'une double conspiration , d'un complot pour assassiner la reine , et d'un autre pour exciter un« rébellion dans le royaume en faveur de Marie Stuart; mais on ne laissa pas échapper le moindre indice d'aucune intention de procéder contre Marie Stuart elle-même, ou d'aucun soupçon qu'elle eût approuvé de tels desseins. Malgré les légistes ses conseillers, la reine avait expression nt recommandé cette réserve, de crainte de compromettre sa propre sûreté. Babington, Bailard , Savage, Barnewcll, Tichbouroe et Doone, reconnurent leur participation dans l'un comme dans l'antre de ces complots, et furent ensuite convaincus d'après leurs propres aveux. Des autres prisonniers qui plaidèrent leur non-culpabilité , cinq furent convaincus comme complices, sur l'autorité contestable de passages tirés des aveux des autres, et deux, Gage et Bellamy , comme complices après coup, parce qu'ils avaient aidé et
desordres pour ramener la reine capliveàChartley. Comme elle gagnait sa voiture à travers une foule de peuple assemblé à la porte, attendant des marques de sa bonté accoutumée : « Hélas ! » leur dit-cile en pleurant, je n'ai plus rien à vous donner, je suis une mendiante aussi bien que vous, tout m'a été pris >(28août). Lorsqu'elle entra dans son ancien appartement , et qu'elle vit ses cabinets ouverts et la disparition de ses sceaux et de ses papiers, elle s'arrêta un instant, puis, se tournant vers Paulet, lui dit avec un air de dignité: « Il y a encore deux choses, monsieur, que vous ne pouvez m'enlcvcr : le sang royal , qui me donne un droit à la succession ; et rattachement qui me lie à la foi de mes pères» (2).
(1) Nau . dan» son apologie, «Ht que Marie le» avait gardés malgré les remontrance» qu'il lui adressa fréquemment : « plusieurs lettres et papiers pria dans le cabinet de la royne , où , contre mes instantes remontrances et advis, ils avaient été gardés et réservez.* tl mentionne, dan* son aveu du 3 sept,» une minute de lettre escripte de sa main , qu'il lui plust me bailler pour la polir et mectre au net, ainsi qu'il apparoit a vos bon., ayant l'une et l'aulire entre vos mains. •
(2? Pour cet détails, voyez des extraits des letrrc* de
la proclamation. Deux jours successifs furent
Pooley et dTsneval dansCbalmer, i. 429. 430, et de tourner, m ,315.6. C'est I cette période que j'attribue la célèbre lettre d'Élisabctb â Paulet : • Mon Amya» , mon pins fidèle serviteur , que Dieu te récompense sextopleroeni pour la charge si pénible dont tu as su l'acquitter si bien. Si VOUS saviez, mon Atnya», avec quelle tendresse, bien légitime d'ailleurs, mou ocur recomiaiftxaut accepte vos doubles travaux et vos fidèles actions , vos tar.es dispositions et la conduite ferme et loyale que vous avez tenue dans une mission si dangereuse, qui demandait tant d'adresse, les fatigues de votre voyage seraient adoucies, votre cœur se réjouirait, car je ne 'puis évaluer dans la balance de mon jugement le prix auquel vous avez droit, et je suppose que nul trésor ue peut payer une telle fidélité. Je me condamnerai moi-même au châtiment de fautes que je n'ai point commises , si je ne récompense pas de tels services. Oui , que l'on me laisse sans secours lorsque j'en aurai le plus grand besoin , si je ne reconnais pas un tel mérite par une récompense non omnibus data m Elle lui dit ensuite qu'il doit exhorter Marie à se repentir. Se» viles actions imposent ces ordres; aucune excuse ne peut servir, puisque les acteurs dans le complot pour ma mort , si peu méritée, i avouent sans détour le crime. «Slrype, m, 361. line reçut i jamais cette grande récompense non omnibus datum; i mais la raison es', évidente: le lecteur verra plus tard i qu'il refusa de mcllre Marie a mort sans un warrant, Élùabelb lui demandât de commettre ecl acte.