CHAPITRE V
veau plan. Par «on ordre (7 juillet) Coplcy et . sesassocite furent successivement arrétés;etdès 1 ce moment ils semblaient s'être appliqués sur- [ tout à fournir par leurs aveux réciproques des témoignages les uns contre les autres.
Il peut se faire que Cecil eut d'autres infor- j mations secrètes. Il affirme que le seul fait de la rencontre de Brooke parmi les conspirateurs ; le conduisit à suspecter Cobham et ses amis | Nortbuniberland et Raleigb. Le comte était déjà sous bonne garde pour un autre rapport; j mais rien ne paraissant l'incriminer, il fut , bientôt mis en liberté. Raleigh aussi par ses j réponses satisfit le conseil, et fut renvoyé; mais ses craintes ne se dissipèrent point pour : cela, et afin d'échapper au danger qu'il pré- | voyait , il écrivit a Cecil qu'il avait des raisons j de soupçonner Cobbam de pratiques secrètes j avec Arembcrg, et qu'en conséquence il lui conseillait d arrèter et d'examiner La Rensie, agent d Arembcrg (1). Quelques jours après, Cobham et 1-a Rensie furent envoyés à la Tour. Les inquiétudes de Raleigh se ranimèrent: comme il avait dénoncé Cobham, il était possible que Cobham le trahit. Sous l'impression de ce sentiment, il fit passer à ce dernier une lettre hypocrite, un véritable panégyrique de sapro* i pre fidélité. Bien des questions, disait-il, lui avaient été posées relativement à Cobham; mais à toutes il avait fait des réponses disculpant sou ami. Cobham devait donc tenir la même conduite envers lui. Alors il n'y aurait aucun danger : car le témoignage d'un seul j témoin (c'était sans doute La Rensie auquel il faisait allusion) ne pouvait former les éléments d'une conviction légale. Toutes les assertions de Raleigh étaient fausses. A son interrogatoire, il n'avait été fait aucune mention de Cobham ; sa dénonciation contre ce seigneur était spontanée de sa part, cl combinée pour servir ses propres plans (2).
(1) Jardine , 412, 410 Raie ici» dit que Cecil ne voulut pas lui parler de cela , parce qu'à la première visite du comte d'Aremberg, le roi se (tarderait bien d'eiciler des soupeoux. Il ajoute donc : « J'écrivis au lord Cecil que m La Rensie n'éiait pas arrêté, les choses ne seraient pas découvertes, parce qu'il «'enfuirait; que, d'un autre côié s'il était arrêté, cela donnerait des soupçons au lord Cobham. > Ibid.
(2) Jardine, 432. Si la première lettre de Raleigh a Cecil semblait venir d'uu innocent , la seconde à Cob-
Cobham subit deux interrogatoires et persista énergiquement à nier le délit qui lui était imputé (16, 19 juillet). Ensuite il fut mandé devant les commissaires (20 juill.) pour répondre sur l'instruction écrite. Comme il continuait de nier, on lui mit entre les mains la lettre de Raleigh à Cecil. Aussitôt le danger apparut à ses yeux. «Ce misérable, s'écriat-il, ce traître de Raleigh! c'est ainsi qu'il s'est conduit envers moi ! eh bien, je vais tout vous dire. » Alors il avoua qu'à l'instigation de Raleigh, et dans la persuasion que la tranquillité existante ne pouvait durer longtemps, il s'était adressé au comte d'Arcmberg , avec lequel il avait été convenu qu'il se rendrait en Espagne pour y toucher une grosse somme d'argent ; qu'à son retour il visiterait Raleigh dans son gouvernement de Jersey pour se concerter avee lui sur la distribution des fonds. Ainsi ils s'accusèrent mutuellement, et chacun d'eux fut envoyé à la Tour pour y attendre son procès (1).
Raleigh était maintenant averti du danger de sa position. Il connaissait le pouvoir de ses ennemis dans le cabinet, et, comme il le dit luimême, la cruauté des lois anglaises qui , dans le procès pour trahison, rendaient très-difficile l'élargissement du plus innocent. Un soir, tandis que les lords du conseil étaient occupés dans la Tour, il essaya de se tuer en se frappant d'un poignard sous le sein droit. Ses ennemis attribuèrent cet acte de désespoir à la conscience de son crime; mais il ne l'attribua lui-même qu'à la conviction où il était qu'il tomberait infailliblement victime des artifices et de la cruauté du secrétaire. Cecil , en effet, donna trop d'importance à l'accusation, par son indécent triomphe sur un ennemi malheureux et renversé (2).
haro révélait une conscience coupable. Cecil déclara au procès et dans sa lettre a Windvrood (Jardine, 416, 459; , que lorsque Raleifth l'écrivit , il ne lui aurait pas été fait une seule question relative à Cobham ; d'où il fut inféré par des personnes indifférentes, t qu'elle fut écrite plutôt pour armer Cobbam contre ce qui pouvait arriver, que pour l'instruire de ce qui s'était pansé.» Lettre dans Jardine, 403.
(1) Jardine, 411 , 415.
(2) Cavley, n, 8. Toutefois Cecil a trouvé un dnjoe avocat dans l'auteur de sa vie (dans le cabinet Cyclop., 1 12; ; et ce fut probablement par l'impulsion de Cecil,
L'arrestation des conjurés fut suivie du couronnement du roi (25 juillet). Il avait, depuis longtemps, désigné pour cette cérémonie le jour de son patron , la fêle de saint Jacques , et quoique la plus dangereuse mortalité ravageât alors la ville, il ne voulait admettre aucun retard. Celte précipitation fut imputée à l'alarme que lui causait la doctrine de Watson, qui prétendait que, puisque la succession n'avait pas été ratifiée parade du parlement, Jacques ne pouvait, jusqu'à son couronnement, être considéré comme le possesseur actuel, mais seulement comme prétendant à la dignité royale. La cérémonie fut faite à la hâte par l'archevêque de Caulerbury, dans l'appareil ordinaire, et en présence seulement de ceux que l'on avait appelés (1).
De Westminster le roi s'enfuit à la campagne: mais l'infection pestilentielle le poursuivaitpartout, et pendant plusieurs mois les juges et les plaideurs suivirent les émigrations soudaines et incertaines de la cour. C'est à ce motif qu'on attribua le relard apporté au procès des conspirateurs; mais il en existe une cause plus secrète, la présence d'Arcmberg, qui avait été impliqué profondément dans la partie du complot appelé tlie main. Aussitôt après son départ, les gens accusés d'avoir participé to the bye furent emmenés au château de Winchester (15 nov.). Leurs aveux, dans lesquels ilsavaient eu soiu de s'accuser non-seulement eux-mêmes, mais encore l'un l'autre, fournirent des preuves de leur culpabilité , et un seul d'entre eux, sir Édouard Tarbam , fut acquitté. Il prétendit qu'on ne pouvait , en bonne justice, considérer comme trahison le projet de délivrer le roi des mains de ceux qui voulaient le retenir en captivité (2).
La conviction de Raleigh offrit de plus sérieuses difficultés. Il n'avait fait aucun aveu,
quoique, pour cette raison même, nousn'ayon» pas de preuve que Coke , au procès, « ne prononça pa» un »cul root contre Raleigh , au sujet du coup qu'il s'était porté dam la Tour. . Lettre dans Jardine, 4C4.
(1) Voyez les proclamations faites pour empêcher la foule, dans Rymrr, xvi , 5*21, 527. Scion Camdeu, le nombre de» nions emportes par la contagion s'éleva a 30,578.
(2) Procès d'État de Ilowell, n,6l. Et une lettre de Francis Aungier, du» les Mm. de Loselej, 374.
I et l'on ne pouvait décemment rendre publiques les preuves réelles de sa culpabilité, certaines lettres interceptées entre Aremberg et les ministres de rarchiduc(l). Il ne restait qu'un seul moyen de le rattacher à la conspiration , la déclaration de Cobham. Mais si Cobham, dans sa colère, l'avait d'abord chargé , il rétracta ensuite son accusation, et ses dépositions subséquentes furent si diverses et si contradictoires, qu'il parut toujours subjugué par l'espoir ou la crainte, sans aucun égard pour la vérité. "Le procureur général, sir Édouard Coke, connaissant le côté faible de sa cause, eut recours aux invectiveset aux outrages (2); mais Raleigh. réprimant les sentiments qui l'animaient, lui répliqua avec une modération qui faisait ressortir la conduite indécente et violente de son adversaire (17 nov.). H demanda que Cobham lui fût confronté ; il en appela à la loi fondamentale et à la loi divine, qui exigeaient au moins deux témoins; il offrit même d'abandonner sa défense, si son accusateur osait affirmer, en sa présence, qu'il se fût jamais entretenu ou qu'il eût eu des relations avec le monarque espagnol. Mais on lui répondit que les statuts qu'il citait étaient sans force; que la loi ne permettait pas qu'un complice délateur parût devant la cour, de crainte qu'il n'en prit occasion de fournir de fausses preuves à son ami, et qu'un procès pour trahison était au«si régulier avec un jury et des dépositions écrites, qu'avec un jury et des témoins. Il répondit que sa situation était exceptionnelle : car les charges contre lui avaient élé rétractées par l'homme qui d'abord les avait fournies; que l'on fit donc comparaître
(t) Cela fut soutenu par Beaumont, dans ses dépèches (Carte, ut, 721), et se trouve confirmé par la remarque de Ceci! a Raleigh , p. 13, note; par les excuses qu'il fil faire au comte d'Aremberg, par des expressions échappées dans le procès; et par &es instructions aux ambassadeurs près des cours étrangères , qui devaient dire qu'Aremberg ne savait pas que l'argent fut
i demandé d'avance pour • l'avancement de la paix. > 30
1 nov. (aley, ii,64.
(1) Il appela Raleigh un détestable athée, une araignée d'enfer, le plus vil et le plus exécrable des traîtres. — Raleigh : Vous parlez sans discrétion, d une manièrr
l barbare et insultante. — Cote : Je manque de mois pour exprimer comme il convient une si venimeuse trahison. — Raleigh : Vous manquez de mots, en effet, car vous avez dit la même chose une demi-douzaine de fois. Procès d'État , u , 26.