CHAPITRE V
se dissolvait de joie en écoulant un roi tel qu'il n'en avait pas existé depuis le temps du Christ (1).
Quoique le résultat de la conférence trompât l'attente des non-conformistes, ils ne désespérèrent pas d'améliorer leur condition; mais sur la présentation d'une pétition en leur faveur, le roi parla d'eux en termes pleins d'amertume, qui montraient combien peu ils devaient attendre de la bonne volonté du monarque. C'était, dit-il, à une semblable pétition que la rébellion des Pays-Bas devait son origine : sa roèreetlui, dès leurberceau, avaientélé assaillis par des diables puritains; mais il exposerait sa couronne pour étouffer ces malicieux esprits; il voudrait détruire puritains et papistes, pour lesquels il avait une haine si cordiale, que s'il croyait possible que son fils et héritier leur accordât la tolérance dans un temps à venir, il aimerait mieux voir le jeune prince sur le bord de la tombe. Les personnes dépendantes de la cour se montrèrent empressées d'agir conformément aux paroles du souverain. Dans la chambre étoilée, il fut décidé que s'agiter pour influencer l'opinion du roi eu matière de religion, était un acle tendant à la sédition et à la rébellion; des ordres furent expédiés aux juges et aux magistrats pour renforcer de tout leur pouvoir les lois pénales contre les nonconformistes, protestants ou catholiques (2).
Au bout de quelques jours (19 mars), le roi assembla son premier parlement sous les auspices les plus favorables, et il ouvrit la session, du haut de son trône, par un discours plein
(1) Rowefl , h , 86, 87. • Le roi parla beaucoup en latin, et disputa avec le docteur Reynold$ à llampton; mais il uuit plutôt de reproches que d'arguments, et il dit aux pétitionnaires qu'il ne leur manquait que de dépouiller encore le Christ, el les renvoya en les appelant des roupieux. Les évéques semblaient plus satisfaits : «Sa Majesté, disaient-ils, s'exprimait avec la puissance de l'inspiration. \jt roi , en parlant, était animé par l'esprit. Je ne sais de quel esprit ils priaient; mais cet esprit avait certainement une méchante langue. » Nugaj Antique, i, 181. Mais Jacques parait avoir pensé différemment : «Je les terrassai , dit-il , aussi vigoureusement que vous avei terrassé les papistes. Ils reculaient d'argument en argument. Enfin je fus forcé de leur dire que, si quelqu'un de leurs disciples leur avait répondu de cette manière, ils l'auraient fessé au lieu de lui répliquer, » etc. Titus Livius de Hcarne, 197.
(2) Hlii.r série, m, 21*
d'éloquence et de grâce; mais, au lieu delà reconnaissance qu'il attendait, il se trouva engagé dans des disputes d'où il ne put sortir que mécontent et sans avantage. Dans la chambre basse, un parti formidable s'était déclaré contre lui, composé d'hommes qui, vers la fin du dernier règne , avaient osé plaider les droits des sujets contre l'abus de la prérogative. Leurs notions sur la liberté civile avaient été blessées d'une proclamation récente (1), dans laquelle Jacques prétendait, de sa propre autorité, établir les règles que l'on devait observer dans l'élection des membres, et leurs opinions religieuses étaient contrariées du résultat peu favorable de la conférence de Hampton-Court. Leur nombre et leurs talents leur donnèrent du courage et de l'importance : ils avaient jadis arraché des concessions au despotisme d'Élisabeth; ils ne doutèrent pas de leur triomphe sur les prétentions et la rhétorique de son successeur. L'orateur, dans sa première adresse au roi, prit soin de l'informer « qu'aucun pouvoir ne devait instituer de nouvelles lois, réformer les lois imparfaites ou abroger celles qui semblaient inconvenantes, si ce n'était celui de la haute cour du parlement, c'est-à-dire de l'agrément de la chambre des communes , du consentement des lords et de l'assentiment du souverain ; qu'à lui, sans doute, appartenait le droit de refuser ou de ratifier; mais qu'il ne pouvait créer, et que chaque bill devait passer aux deux chambres avant d'être soumis à sa sanction. » Ces doctrines n'étaient pas faites pour plaire au monarque : mais ce serait abuser de la patience du lecteur, que de lui détailler la naissance, les progrès, et le résultat de l'altercation
I qui suivit. Jacques se plaignit de leur insolence : ils attribuèrent cette plainte à l'ignorance ou a de fausses notions ; Jacques soutint que les privilèges de la chambre dépendaient de la faveur du roi: ils prétendirent qu'ils leur appartenaient par droit de naissance, comme Anglais. Il renvoya la décision des élections contestée à sa cour de chancellerie; ils la réclamèrent,
j comme de l'essence de leur institution (2). Il
(1) Voyez-la dans Rymcr, xvi, 561.
(2) Sir Francis Godwin avait été nommé dépoté pour le comte de Ruckiogham ; mais le secrétaire de la couronne avait refusé de reconnaître cette nomination, sous
teur reprocha d'envahir sa prérogative en faisant de ses défrichements, tutelles , mariages et droit de pourvoyanec, le sujet de leurs débats. Ils repoussèrent cette accusation, en déclarant que leur objet unique était de délivrer la nation d'un fardeau intolérable, et de donner à la couronne plus que l'équivalent de son revenu annuel. Ces discussions remplirent toute une session longue et orageuse (du 19 mars an 7 juill.), et si le roi, par ses partisans dans la chambre haute, réussit à détourner tous les coups portés par les puritains à la discipline de l'Église, il ne put cependant faire adopter par la chambre basse aucune des mesures qu'il avait désirées, ni obtenir un subside additionnel au droit ordinaire de tonnage et de pondage (I). Tous les partis s'accordèrent sur une seule question. Le fanatisme poussait les puritains à persécuter les catholiques, et l'espoir d'une réconciliation engageait les amis du trône à se joindre à eux. Le code oppressif et sanguinaire, rédigé sous le règne d'Elisabeth, fut rétabli dans toute son extension : on y ajouta même de nouvelles rigueurs. Tout individu qui avait étudié ou résidé, ou étudierait et résiderait à l'avenir dans un collège ou un séminaire d'culre-mor, devenait incapable d hériter, d'acheter ou de jouir des terres, annuités, biens meubles, créances ou sommes d'argent
prétexte que Godwin avait clé condamné par contumace; et sir John Fortcscur, membre du conseil , fut élu en vertu d'une seconde ordonnance . ta chambre des communes déclara que Uo&kui était légalement élu, déclaration qui déplut éga'etnrnt a Jacques , qui , par proclamation , avriit dpfciidu de nommer des proscrits , et aux lords du consul, qui soutenaient l'élection de Fortcscue. Mais la chambre de* communes fut obstinée: elle refusa de conférer avec les lords a ce sujet, ou de se soumettre a uoe décision contraire des juges. Jacques leur ordonna enfin de débattre en sa présence la question avec les jiiGes : ils obéirent, et consentirent à un compromis par lequel ils déclarèrent que l'élection était nulle , et décidèrent qu'on doniurau l'ordre de procédera une nouvelle nomination. La chambre des communes obtint en réalité la victoire; car le président, par ordre de la cbimbre, signa l'acte qui ordonnait la nomination; et depuis elle a continué a exercer le droit qu'elle réclamait alors, de décider du mérite des élections contestées. Journaux de la chambre des commune a, 149 , 151 , 156 , 158, ICI , 162, 171. Explications de tecil sur cette matière, t our être adoptées par les ambassadeurs près les cours étrangère», dans Wmdwood, u, 10.
(1) Voyez les journaux des lords et de la chambre des eommuues pour U scsiiou, pantin.
dans le royaume; et comme les missionnaires se dérobaient aux recherches sous la dénomination de précepteurs, on décida que personne n'enseignerait, même les principes de la grammaire, en public ou en particulier, sans l'approbation préalable du diocésain (I).
La convocation du clergé se tint en même temps que le parlement , et le résultat de ses délibérations fut un code de lois ecclésiastiques au nombre de cent quarante et une. Elles prononçaient la sentence d'excommunication , ipso facto , 1° contre toutes les personnes qui ne reconnaîtraient pas la suprématie du roi ou l'orthodoxie de l'Église anglicane; 2° contre tous ceux qui affirmeraient que le livre de commune prière était superstitieux et illégal, ou que l'un des trente-trois articles était, en quoi que ce soit, erroné, ou que l'ordinal était contraire à la parole de Dieu; et 3° contre tous ceux qui se sépareraient de l'Église, établiraient des convenliculcs, ou prétendraient que les règlements ecclésiastiques peuvent se faire ou s'imposer sans le consentement du roi. Venaient ensuite les lois pour la célébration du service divin , l'administration des sacrements, les devoirs et la résidence des bénétîcicrs, et la jurisprudence des cours ecclésiastiques (2;. Ce nouveau code fut confirmé par lettres patentes revêtues du grand sceau; mais son autorite fut énergiqueuient contestée par les dissidents et par les laïques. Ou niait que le clergé eut aucun pouvoir de créer des délits, qui assujettiraient le délinquant aux peines civiles qui résultaient de la sentence d'excommunication; et , dans la session suivante du parlement, la chambre des communes adopta un bill qui déclarait qu'aucun canon ou constitution ecclésiastique, fait depuis les dix dernières années, ou que l'on établirait dans la suite, n'aurait la puissance de porter obstacle ou d'attenter à la vie, à la liberté, aux terres ou aux biens meubles de qui que ce fut, à moins que cette loi ne se trouvât préalablement confirmée par un
(1) Stat. , i , Jacques , c. 4 , 1020. Dans ce parlement un acte fut passé pour enlever aux éveques la faculté d'aliéner les possessions de leurs sièges au profit de la couronne , afin qu'ils pussent plus facilement • maintenir la vraie religion , exercer l'hospitalité , et détourner les dilapidations- ■ Ibid.
(2 Wdkins, Co:ic . , iv, 380, 405, 584, 637.