CHAPITRE V
acte de la législature. Les évêques se réunirent pour s'opposer à ce bill , comme dérogatoire à l'autorité de la convocation et à celle du roi , chef de l'Église. Plusieurs conférences eurent lieu entre les deux chambres, mais le parlement fut dissous avant la troisième lecture, et la décision de la question revint aux juges, à Westminster-Hall, qui souvent avaient déclaré que, | quoique les canons de 1604 liassent le clergé qui les avait rédigés, ils n'avaient aucune force pour obliger le peuple , tant qu'ils n'avaient pas obtenu l'approbation de la législature (1).
Quand les canons furent publiés, Bancroft, qui avait succédé depuis peu à Whilgift, au siège de Canterbory, exhorta le clergé officiant à se conformer. La plus grande partie y consentit: les dissidents se virent réduits au si- ; lence ou destitués. Cependant, les puritains résistèrent a l'orage. Ils s'assemblèrent et se consultèrent : ils sollicitèrent la protection du conseil et des favoris; ils firent des pétitions et des remontrances de tous les côtés. Mais I Jacques se montra inexorable, cl plusieurs des pétitionnaires furent punis par la perle de leurs offices; d'autres furent appelés devant le ■ conseil , et avertis que leur obstination à s'op- , poser à une mesure définitivement arrêtée, j était un délit égal au crime de haute trahison. ! l.a détresse des ministres destitués et de leurs , familles, l'emprisonnement de quelques-uns, j et l'exil volontaire de plusieurs autres, ont été , déplorés d'une manière touchante par les écri- j vains puritaius, qui en parlèrent comme de la plus violente des persécutions. Mais, tandis qu'ils font monter le nombre des membres destitués du clergé à trois cents personnes, leurs adversaires le réduisent à cinquante, et ils exagèrent l'obstination et la déraison des victimes, en donnant aux prélats des louanges pour leur modération et leur tolérance. Les rapports des deux partis sont probablement revêtus de fausses couleurs. Il se peut que, dans celte occasion, il se soit trouvé plusieurs cas d'oppression particulière, et peut-être de rigueurs injustifiables; mais ce serait une tâche difficile, de \ démontrer sur quel juste fondement les per- j sonnes qui refusaient de se soumettre à la doc- j
M] Journaux des tords, n, 4.'î; Mémoire» <fc D.<!- ! fjmplc, l. 22 l'3, l>is<;< urs di' S<mv rs . Ji . 11.
trine établie , ou de se conformer à la discipline de l'Église qui les employait, pouvaient conserver leurs bénéfices l).
Les puritains, dans leur mécontentement, accusaient le roi de papisme. Il persécutait , disaient-ils , les disciples de l'Évangile, et favorisait ses ennemis ( 22 févr. ). Jacques se hâta de se justifier. On publia une nouvelle proclamation , qui ordonnait le bannissement de tous les missionnaires catholiques. On adopta des règlements pour la découverte et l'accusation des réfraclaires, et l'on envoya aux magistrats l'ordre de mettre immédiatement à exécution les lois pénales. Jacques jugea l'occasion favorable pour montrer ses sentiments à la chambre étoilée, pour déclarer qu'il détestait le papisme, et exprimer le désir qu'aucun de ses enfants ne lui succédât, s'il devait jamais se séparer de l'Église établie. Celte démarche donna un peu de consolation. Si quelque route était fermée aux efforts des zélateurs, une autre leur était offerte. Il ne leurétail pas permis, à la vérité, de purger l'Église de la lie des superstitions, mais ils pouvaient contribuer à la gloire de Dieu, en chassant le papiste idolâtre (2).
L'exécution des lois péna'es donna au roi la possibilité de tirer, par un commentaire ingénieux, un profit considérable de sa tolérance passée. On prétendit qu'il n'avait jamais remis la pénalité destinée aux réfractaires : il avait simplement défendu de s'en servir pour un temps, dans l'espoir que cette indulgence amènerait à se conformer. Son atlente avait été trompée ; l'obstination des catholiques s'était accrue avec l'indulgence du souverain, et comme ils étaient indignes d'une nouvelle fa-
(1) Neal, part, m, c. 1 ; Cotlict, it , 687; Windwood, h , 49.
(2) Avant de passer a l'hUloire du complot des poudres, j'informerai le lecteur que je dois plusieurs dis détails suirants a deux mémoires manuscrits et de la main même de leurs auteurs respectif*: l'un en anglais, par le père Jean Gérard; l'autre en traduction italienne, mais ciiricui de plusieurs notes, par le perc Oswald Greenway. Tous deux furent dts missionnaires jésuites de la connaissance intime des conspirateurs , et , toux ce rapport, soupçonnés par le Gouvernement d avoir trempé dans le complot. I s écrivent évidemment avec «1rs sentiments de compassion pour le *orl de leurs anciens ami», mais ils décolorent p'usicur* faits ir. |*runtv qui. m * nit *' raioM r. M'S manions.
veur, on devait actuellement les abandonner à toute la rigueur de la toi. A leur grand étonnement, on exigea de nouveau l'amende légale de 20 livres par mois lunaire, non-seulement pour le temps à venir, mais pour tout le temps de la suspension ; exigence qui , en cumulant treize payements dans un seul , réduisit plusieurs familles, dont les revenus étaient modérés, à l étal de misère le plus absolu. Ce ne fut pas tout. Jacques était entouré d'un grand nombre de ses compatriotes indigents. Leur entretien était coûteux, leurs besoins considérables, et leurs plaintes éternelles. On eut recours à un nouvel expédient pour satisfaire les plus bruyants. Le roi leur transféra un droit sur quelques-uns des plus riches réfractaires , contre lesquels ils eurent la faculté de procéder en son nom par la loi , à moins que les victimes ne se soumissent à composer, par le don d'annuités viagères ou le payement immédiat d'une somme considérable. A cette époque où la jalousie entre les deux nations était portée à tel point que nous n'en aurions aujourd'hui aucune idée, si l'argent eût été versé dans les coffres du roi, les réfractaires auraient eu déjà des motifs suffisants de se plaindre ; mais que des Anglais fussent placés par le roi à la merci des étrangers , qu'ils fussent privés de leurs propriétés , pour défrayer l'extravagance des mignons écossais, c'était ajouter l'indignité à l'injustice, envenimer encore les blessures faites à leurs sentiments, et porter les plus modérés au désespoir (I).
(t) J'ai plusieurs mémoires du temps, dans lesquels les écrivains se plaignent de cet usage dans les termes tes plus énergiques. On peut voir, dans la Vie du prince Henri , par Birch , pag. 220, appeud. 468-479, plusieurs mémoires curieux sur le même objet , a une époque postérieure à ce règne. D'après le livre des Dons libres, je trouve que Jacques, dans la première année , donna sur les biens des réfractaires , 160 livres à sir Richard Persoo; dans la troisième, 3,000 liv. a John Gibb; dans la quatrième, 2,000 liv. a Jobn Aocbmontie, 3,000 liv. à Martin et Abraham Uardaret, 2.000 liv. a Jobn Pollen ; dans la onzième, 3,000 liv. a Charles Chambers, 6,000 liv. au lord de Loreston, 2,000 liv. à sir WHIiam Wade, 1,000 liv. a sir Ralph Bowes, 1,000 liv. a sir Richard Wigmorc , 4,000 liv. a sir James Simple et à Thomas Lee, et 3,000 liv. à sir Hugh Beeston. Mais les concessionnaires de cette année résignèrent leur» concession» , et leçureut de l'échiquier un quart de la somme originaire. Voyez l'Estrait du revenu de Sa Majesté; tandres, 1651, page» 17 60 Je soupçonne cependant que ces dons étaient
Parmi les victimes, on comptait Robert Gatesby, issu d'une famille ancienne et opulente, qui demeurait depuis plusieurs générations à Ashby Saint-Légers, dans le Northamptonshire, et qui possédait aussi dans le comté de Warwick une propriété considérable. Son père, sir William Gatesby, avait été emprisonné plus d'une fois comme réfractaire ; mais, dès que le fils fut devenu son propre maître, il abandonna l'ancien culte , se livra à toute la licence de la jeunesse, et perdit sa fortune par ses folies et son extravagance. En 1698, il revint à la religion de ses jeunes années , et, dès ce moment, le sujet principal de ses pensées fut de se délivrer, lui et ses frères , du joug de fer sous lequel ils gémissaient. Dans cette vue, ayant d'avance stipulé pour la liberté de conscience, il attaqua, avec plusieurs de ses amis, le comte d'Essex,etdansune tentative malexécutée,ilfut blessé , pris et mis en prison. Il eut , à la vérité, le bonheur d'échapper au glaive ; mais on le força d'acheter sa liberté au prix de 3,000 livres. Après sa délivrance, il s'attacha, sous le môme motif, au parti espagnol parmi les catholiques, et prit une part considérable a leurs intrigues pour empêcher l'avènement du monarque écossais. Quand il vit que ce projet n'avait pu réussir , il se rendit à l'opinion générale de ses frères, et entretint comme eux l'espoir de l'indulgence et delà tolérance. Mais son illusion s'évanouit bientôt : il fut aisé de discerner de tous côtés l'orage qui se préparait , et qui ensuite éclata sur leurs tètes ; et Gatesby, retournant a ses premières poursuites, roula dans son esprit tous les moyens possibles de succès. Il vit qu'on ne pouvait espérer de réussir par l'insurrection : les catholiques formaient le parti le plus faible, et ils étaient désunis entre eux; il était également illusoire d'attendre un secours suffisant de la part des princes étrangers : le roi de France, le roi d'Espagne, et le pape même, s'étaient déclarés les amis de Jacques. Enfin, son esprit lui suggéra un plan qui n'exigeait ni l'assistance des étrangers , ni la coopération de beaucoup d'associés , mais un plan si atroce en principe, et si sanguinaire
d'une nature différente de ceux qui sont mentionnés dans le texte . t'étaient des sommes déterminées en dehors dis din-udcs déjà levées