‹ Histoire d' AngleterreChapitre 61 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dans l'exécution, qu'il est difficile de concevoir i comment il a pu entrer dans la tète d'un être humain : il avait pour but de faire sauter les chambres du parlement avec de la poudre à canon, et d'envelopper dans la commune destruction, le roi, les lords, la chambre basse, tous ceui qui rédigeaient , et le chef de ceux qui exécutaient les lois pénales contre les catholiques anglais (1).

La personne à laquelle Catesby s'ouvrit d'abord de son projet était son ami intime, Thomas, le plus jeune frère de Robert Winter, de Huddington, dans le Worcestershire. Il avait servi dans sa jeunesse, comme volontaire, à l'armée des États; ensuite il avait été plusieurs fois employé à la cour de Madrid, comme agent du parti espagnol d'Angleterre. Winter fut saisi d'horreur à cette communication, et n'hésita pas à déclarer que ce projet était le plus criminel et le plus inhumain qu'il se pût. Mats Catesby* essaya de se justifier : il ne cherchait, i observa-t-il , aucune vengeance particulière ni aucun avantage personnel. Sou seul but était de faire cesser une persécution injuste et barbare, par le seul moyen qui offrait une apparence de succès. On ne pouvait douter qu'il ne fût légal , puisque Dieu avait donné à tous les hommes le droit de repousser la force par la force. Si son ami le trouvait cruel , il n'avait qu'à le comparer avec les rigueurs exercées contre les catholiques depuis tant d'années ; il n'avait qu'à compter les victimes égorgées de la main du bourreau ; les centaines qui avaient expiré dans le silence des prisons, et les milliers qui, d'un état de richesse ou d'aisance, avaient été réduits au besoin et à la misère. Il pourrait alors juger si l'accusation de cruauté s'y appliquait avec justice (2).

C'était à cette époque que Velasco, conné-

(1) Persots , cependant , observe que ce ne fut pat te premier complot de poudre à canon. « On raconte dans l'histoire plusieurs complota de la même espèce , et quelques-uns de nos jours , de la pari des protestants: comme, par exemple, celui qui plaça a Aorers une barrique chargée de poudre, dans la grande rue de cette ville, où «levait passer le prince de Parme et sa noblesse ; et celui de La Haye, où l'on voulait Taire sauter tout le conseil de Hollande pour une vengeance particulière.» Lettre sur le nouveau serment de fidélité, sect. i , v, apud Butler Mémoires historiques, r, 1G6, 1" édition

(2) Mm deGrcenway, p 30.

table de Castille, était arrivé en Flandre , pour conclure la paix entre l'Angleterre et l'Espagne. Les deux amis, après une longue discussion, résolurent de différer leur épouvantable projet, jusqu'à ce qu'ils eussent sollicité la médiation de l'Espagne près de leur souverain. Dans celte vue, Winter se rendit à Bergen , près de Dunkerque, où une conférence particulière, qu'il eut avec l'ambassadeur, le convainquit que, bien qu'il voulût parler en faveur des catholiques anglais , il ne ferait aucun sacrifice pour acheter les bienfaits de la tolérance. De Bergen, Winter partit pour Ostende, où il rencontra Guy Faukes, natif du York?hire, et soldat de furlune. Faukes avait longtemps servi dans les Pays-Bas, avait joui d'un commandement important sous sir Thomas Stanley , et avait visité Madrid , accompagné de Winter, comme agent des exilés du parti espagnol. Son courage, sa fidélité, et son expérience militaire, le rendaient un auxiliaire utile. Il consentit à retourner en Angleterre avec Winter, mais on lui cacha quelque temps le rôle qu'il devait jouer dans l'action ( 1 ).

Avant leur arrivée, Catesby avait communiqué son plan à deux autres personnes, Percy et Wright. Thomas Percy était parent éloigné et intendaut du comte de Northumberland. Il avait embrassé la foi catholique vers le même temps que Catesby , et avait partagé son sort dans l'entreprise désastreuse d'Esscx. Mais ensuite, il se trouva opposé aux associés de Catesby, de la faction espagnole; il alla visiter Jacques à Edimbourg, et, par suite de ses promesses, il travailla avec succès à rattacher les principaux catholiques à la cause du monarque écossais (2). Les événements qui suivirent en-

(t) Voyex les Confessions de Winter, dans la Conspiration des poudres, accompagnée d'un discours sur la manière dont elle fut découverte; 1679, p. 48-£0. Mss de Greenvray, 36.

(2) Il n'y a aucun doute que Percy n'ait présenté ainsi la réponse de Jacques, quoique dans la suite le roi ait t. té qu'il y fat autorisé. Lorsqu'on demanda au comte du Ivoribumberland s'il avait jamais affirmé pouvoir disposer des catholiques d'Angleterre , il répondit ainsi : • U nia qu'il eût jamais affirmé pareille choae^gmais il dit que. lorsque Percy revint d'Écosse , sa seigneurie ayant écrit au roi que son avis était de donner de bonnes espérance* aux catholiques , afin qu'il put arriver sans obstacle à la couronne , il dit que le bon plaisir du roi était que seigneurie donnât aux catholiques l'espoir d'être bien

HISTOIRE D ANGLETERRK.

gagèrent Percy à se regarder comme dupe du peu de sincérité du roi : il s'en plaignit à Jacques ; mais il ne reçut aucune répouse , et tandis que son esprit était excité, d'un coté par le ressentiment, et de l'autre par la honte, Catesby saisit le moment favorable pour l'engager dans la conspiration. Il demanda d'abord du temps pour délibérer; mais le désir de la vengeance, cl l'espoir de détourner les maux qu'il avait coutribué, sans iu lent ion, à attirer sur ses frères , lui arrachèrent son consentement, et il proposa, comme associé utile, son beau-frère, Jean Wright, attaché d'abord à Esscx , noté comme le meilleur homme d'épée de son temps, qui s'était fait dernièrement catholique, et, d'après cela, avait été emprisonné et fatigué de persécutions. Les conspirateurs étaient alors au nombre de quatre : après un court examen, on y adjoignit Faukes(l" mai); et tous les cinq, après s'être préalablement juré l'un à l'autre de garder le secret, reçurent, en corroboralion de leur serment , le sacrement de la main du père Gérard , missionnaire jésuite (I).

traités, ou quelque» autres assurance* dans ce sens.» Inierrog. du 20 novembre, dan» le bureau des archive*. — La lettre a laju -Ile le comte fait alunion a été publiée par miss AtLin, dans son outrage sur la cour de Jacques 1", p. 250. On y trouve le passage su i Tant : • Je n'oserai pas eu dire davantage ; mais il serait pitoyable de perdre un royaume pour ne pas tolérer la messe dans un cota de ce royaume, si cela en dépendait. • Ouant a la dénégation de Jacques , elle D'est pas invraisemblable. Il y a trop d'exemples dans les document» historiques qu'il ail nié ses propres paroles.

(1; Ce fait fut révélé par les confessions de Winter et de Faules, qui des cinq étaient alors les deux seuls vivants; mais tous deux déclarèrent que le père Girard ne connaissait pas leur secret. Winter dit : «que tous les cinq se prêtèrent serment l'un à l'autre, dans une chambre dans laquelle il n'y avait aucune autre personne , > et qu'ils allèrent ensuite dans une autre salle , pour recevoir le sacrement. Confess. de Winier, p. 50. Fautes dit «qu'ils s'assemblèrent tous les cinq dans une maison siluée au milieu des champs, au deli de l'auberge de Saint-Clément, où ils conférèrent, et convinrent du complot . la ils tirent vœu et seraient solennel , de toute leur force et puissance, de l'exécuter, et de ne découvrir le secret a aucun de leurs complices, si ce n'est aux personnes que l'on jugerait capables d'tutrer dans [ l'exécution ;que , dam la même maison, ils reçurent le sacrement du jésuite Gérard, en accomplissement de leur vovu cl de leur secret antérieur; mais que Gérard j ignorait leur dessein.» Voyti le cinquième iutetroga- J toire de Karkt\ fait le 'J de novnnl.rc, f <«:nv par lui le l

Mais , quoiqu'ils se fussent ainsi engagés à adopter le projet sanguinaire suggéré par Calesby, son exécution était encore regardée comme éloignée et incertaine (juillet). Ils espéraient que Jacques écouterait les prières de Velasco, et que son empressement à conclure la paix avec le roi catholique l'engagerait à accorder au moins la liberté du culte privé à ses sujets catholiques. Les commissaires anglais et espagnols s'étaient déjà rassemblés, et, malgré le ton d'indifférence qu'ils prirent de part et d'autre, quoiqu'ils missent en avant les prélevions les plus inconciliables, il était bien connu que leurs souverains respectifs étaient déterminés à mettre fin à la guerre, quelque sacrifice qu'il dût leur en coûter. Après des conférences répétées durant l'espace de deux mois, le traité fut conclu (18 août). Il rétablissait les relations d'amitié entre les couronnes d'Kspagnc et d'Angleterre; rappelait les transactions commerciales qui avaient jadis existé entre les deux nations , et laissait à l'équité de Jacques la disposition des villes de Hollande données comme sûreté, si les États ne les rachetaient sous un temps raisonnable (I). Le connétable fit intervenir alors les sollicitations de son souverain en faveur des catholiques anglais; il assura Jacques que Philippe regarderait comme une faveur faite a lui-même l'indulgence qui leur serait accordée. Afin de seconder ses efforts, les catholiques firent eu même temps au roi l'offre volontaire d'une somme annuelle, au lieu des amendes stipulées par la loi , et lâchèrent d'émouvoir la pitié de l'archevêque et du conseil , en leur mettant devant les yeux le tableau véritable de la détresse où se trouvaient réduites nombre de familles respectables, pour leur attachement consciencieux à la foi de leurs ancêtres. Mais le roi, de l'avis de ses ministres, fut inexorable. H assura Velasco que, lors même qu'il le voudrait, il n'oserait faire une concession qui blesserait auto du même moi* dans le bureau des archives. Cette déclaration fut lue au jugement , a l'exception de la partie qui disculpait Gérard. Avant cela , il y a dans l'original une ligne, avec les roots hue usque , de l'écriture de sirÉdouard Coke, qui u'enleodaii pu publier un passage qui pouvait servir dejuslifkaliou a celui qu'il voulait arnxcr.

i) R y-mer, xn. 5S5, 017.

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