CHAPITRE V
les pénalités ecclésiastiques, de dénoncer tous les rëfractaires qui vivaient dans leurs paroisses respectives (I), et des assises se tinrent, toutes les six semaines , pour recevoir des informations et juger les coupables. Les punitions ordinaires furent appliquées avec un redoublement de rigueur dont les persécutions précédentes ne fournissent aucun exemple, et les réfraclaires des classes moyennes delà société furent écrasés par les confiscations répétées de tous leurs biens personnels et des deux tiers de leurs terres et de leurs fermages (2). Pour réduire les classes élevées au niveau de leurs frères les plus indigents, les évèques reçurent l'ordre, à l'instigation du chancelier, d'eicommunicr les plus opulents ou les plus zélés catholiques de leurs diocèses, de certifier leurs noms à la chancellerie, et de solliciter des arrêts de excommunicato capiendo , par lesquels les coupables seraient déclarés passibles d'emprisonnement ou de proscription, incapables de recouvrer leurs prêts, leurs rentes, et les amendes prononcées pour les dommages qu'ils auraient soufferts, de vendre ou d'acheter, de transmettre leurs biens par donation ou testament (3). Pour ajouter à leur terreur, on
(1) Wilk., Conc , iv, 400, ciit, 411.
(2) Ces peines étaient appliquées avec une telle rigueur , par les évéques de Hereford et de Laudaff , que , dans le seul comté de Hereford, quatre cent oeuf familles se trouvèrent réduites à la mendicité. Il ue fallait qu'une légère prorocalion pour entraîner à des actes de Tioleuce des hommes poussés a cette extrémité. Vu curé •Tait refusé de permettre l'enterrement d'une femme catholique dans le cimetière, sous le prétexte qu'elle était excommuniée : ses amis l'inhumèrent de force. Ils chassèrent les officiers civils, a l'aide des autres catholiques; leur nombre s'accrut rapidement , et les deux prélats persécuteurs prirent la fuite pour sauver leur vie. Le comte de Worcester, catholique , arriva de la cour pour faire cesser le tumulte, et ses ef.orts furent secondés par des missionnaires et d'autres catholiques du comté voisin. Lodoe, m . 293 ; Bartolt , 476. Voyez aussi lettre de liarnet , uoie Xà la fin du volume. Eudœmon Joanocs , 135. O
(3) Wilk , Conc, vi, 41 1. • Noire gracieux roi défend de verser le sang des catholiques ( cela u'était pas exactement vrai) , aucune tendance à des conspirations ou trahi sous ne ressortant de leurs doctrines ou de lturs actes. Mais toutes les fois qu'ils ne rempliront pas leur devoir, le roi entend (comme de raison ) qu'ils soient poursuivis en justice; qu'en même temps ils payent leurs contributions plus rondement qu'ils ne l'ouï fait du temps de la feue reine ; non que je pense qu'aucun d'eux ail été ou-
répandit le bruit qu'à la prochaine session du parlement , on prendrait des mesures pour as* surer l'extirpation de l'ancienne croyance , et ce bruit semblait se confirmer par les épithètes injurieuses dont le roi , dans ses conversations journalières, accablait les catholiques; par les personnalités menaçantes du chancelier (20 juin) dans la chambre étoilée, et ( 5 août) par le langage hostile de l'éveque de Londres dans son sermon à la Croix de Saint-Paul.
Cétait avec une secrète satisfaction que Catesby voyait ces mesures. Il considérait ses victimes comme se précipitant aveuglément vers leur destruction, et il concluait que plus les catholiques souffraient , plus ils se hâteraient de se réunir sous son étendard , après l'explosion. Gomme le moment approchait , il jugea nécessaire de s'attacher quatre autres complices, savoir : Bâtes, son valet de confiance, qu'il chargea de porter des armes et des munitions dans le comté de Warwick; Keyes, son intime ami, outré de la confiscation de ses biens, et distingué par son courage et sa résolution ; Grant, dont la maison à Norbrook était convenablement placée pour les opérations subséquentes des conspirateurs, et Ambroise Rookwood de Goldham-Hall , dans le comté de Suffblk, qui pouvait fournir un haras de chevaux de prix. Faukes , dont les services n'étaient ! pas immédiatement nécessaires , repartit dui rant cet intervalle pour la Flandre. Il était chargé de procurer secrètement un supplément de munitions de guerre , et ( ce qui était d'une plus haute importance) d'intriguer parmi les officiers du régiment anglais à la solde de l'archiduc. Plusieurs de ceux-ci, aventuriers, pauvres, mais courageux, devaient leurs commissions à l'influence de Catesby. Il leur donna l'avis que si les catholiques auglais n'obtenaient aucun redressement par leurs pétitions, ils étaient résolus à le chercher Pépée à la main , et il les conjurait , ce cas arrivant, de venir le
blié, ou qu'on l'oublie avant la Saint-Michel ; et qu'ils sachent en outre qu'ils sont passibles des censures et de l'excommunication de l'Église et de toutes les péualités qui s'y rapportent, qu'on n'appliquait paa anciennement. » Lettre de Nortbainptoo , juillet IC05. Dans Windwood,
, 11,95. Un doit excuser la longueur de ces citations, parce qu'on a prétendu qu'a celte époque les catholiques u'é-
I laient pas persécutés , mais févorisés.
plus lôt possible au secours de leurs frères , j avec aulant de compagnons qu'ils pourraient s CD procurer. Les démarches de Kaukes, quoique faites avec précaution , furent cependant remarquées, et Cecil fut averti à plusieurs reprises, de France et de Flandre , que les exilés machinaient quelque entreprise clandestine, quoiqu'on n'eût pas découvert le but et les noms des conspirateurs (1).
Catesby, en Angleterre, poursuivait sans relâche l'exécution de ses desseins. Mais quelque confiance que dût lui inspirer la fidélité de ses complices, il ne savait comment éluder les regards scrutateurs de ses plus intimes amis. Ils ! remarquèrent le ton exalté de sa conversation , ses fréquentes et mystérieuses absences, et le délai inexplicable qu'il apportait à rejoindre l'armée en Flandre. Le soupçon était éveillé, et Garnet, le supérieur des jésuites, qui avait reçu du pape et de son général l'ordre de déconcerter tous les efforts des catholiques pour troubler la tranquillité publique, saisit la première occasion pour rappeler, à la table de Catesby, l'obligation de se soumettre au fardeau des persécutions, et de laisser à la justice du ciel le redressement des griefs (août). Catesby ne put réprimer ses sentiments : « C'est à vous, s'écria-t-il , et à vos pareils que nous devons nos calamités présentes. Cette doctrine de soumission fait de nous des esclaves. Aucune autorité de prêtre ou de pontife ne peut enlever à l'homme son droit de repousser l'injustice, » Cet éclat convertit les soupçons de Garnet en certitude. Il résolut d'informer ses supérieurs à Rome (2) (8 mai), et reçut en réponse deux lettres d'une teneur non moins importante , la première écrite au nom du pape; l'autre, du général de l'ordre (-24 juin), lui commandait de se tenir en dehors de toute intrigue politique, et de détourner toute tentative contre l'État.
(t) Aveux de Wintrr. ?C Greenway. 53-56. Wntd wood, ii , 172. Négociation* de Birch, 233, :48, 251 , 2*5.
(2) Dan* celte lettre, il dit : «Tout eut désespéré si vos catholiques sont en rupture avec le* jésuite» : ils disent j que le* jétuite* combattent et empêchent toute entreprise ] par la force. Jen'o«*m'informcrdeleuraffaire, parce qu'il ! v a prohibition du général de se mêler de telle* rhone*. . rn chiffrf». — Puis il continue ctt caracterr* ordinaires : j • Ktain»»je ne put» vous donner un compte exact. .1es'i« ' cclap.il Tcffctd'tm pur hasard . . Mam^ri"!' Gérard, r 5
Malgré le ton audacieux qu'il affectait , Catesby ne pouvait étouffer les mouvements de sa propre conscience; peut-être craignait-il aussi l'impression que l'autorité du provincial pouvait faire sur l'esprit de ses associés. I) rechercha la compagnie de Garnet, maintint son opinion, que les persécutions subies par les catholiques étaient de nature à justifier le recours à la violence, et finit par reconnaître qu'un complot s'agitait, dont il était prêt à confier les détails à la fidélité de *on ami. Le jésuite refusa d'écouler un mot sur ce point; et dans la longue altercation qui suivit, le conspirateur s'autorisa de deux brefs de Clément Mil, pour l'exclusion du roi d'f.cosse, de la succession, a Si, disait -il, il était légitime d'empêcher Jacques d'arriver au trône après sa promesse de tolérance, il n'y aurait pas de faute à l'expulser après sa violation de cette promesse. » A ce raisonnement Garnet opposa les deux lettres qu'il avait reçues dernièrement ; mais elles n'eurent pas d'influence sur Catesby, qui répondit qu'elles étaient le résultat de fausses informations. En définitive, une sorte de compromis fut accepté : un messager spécial dut être dépêché à Rome avec un rapport exact sur l'état des catholiques anglais, et rien ne devait être fait de la part des conspirateurs, jusqu'à ce qu'une réponse eût été reçue du pontife Le messager fut expédié, mais il porta une requête secrète ajoutée par Garnet, pour demander que le pape interdit tout recours aux armes. Ainsi chaque parti chercha à surprendre l'autre. Le but de Catesby était d'imposer silence à Garnet, et d'avoir, â Rome, un agent qu'il emploierait aussitôt que l'explosion aurait eu lieu. Garnet se persuada qu'il avait assuré la tranquillité publique pour un certain temps, avant l'expiration duquel il pourrait recevoir du pape un bref prohibitif de toutes les mesures violentes (1>
(t; Sir Édouard Coke, au procès, donna une tournure différente à cette affaire ; mais il ne s'occupa jamais de fournir la preuve de ce qu'il dit. J'écris d'après la relation manuscrite de Greenway ( p. 42 1 , qui était prêtent. Eudœmon Joannes affirme tenir ta même chose de la bourbe des personnes intéressées. Apologie, 251. Garnet, a son jupement , l'explique de la même manière , et *>>n l éc t est confirmé en totalité p.ir 1 1 lettre qu'il avait écrite a «en supérieur a Rome, le 21 juillet, immédiatemenr après va dernière conférence ,ivCr f atrshv. On peut lî