‹ Histoire d' AngleterreChapitre 65 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Faukes, ayant terminé ses arrangements en j Flandre, revint en Angleterre au mois de sep- | tembre, et, immédiatement après, on annonça que le parlement serait encore prorogé d'octobre au 5 de novembre. Ce contre -temps alarma les conjuras ; leur projet pouvait avoir été découvert ; et, pour s'assurer du fait, Winter fut chargé de se rendre à la séance du parlement, et d'examiner la contenance et les actions des commissaires, pendant la cérémonie de la prorogation. 11 observa qu'ils ne donnèrent aucun signe de soupçon ou d'inquiétude; qu'ils marchaient et parlaient avec une apparente sécurité, sur le volcan même préparé pour leur destruction. On en conclut qu'ils en ignoraient toujours l'existence (1).

C'est néanmoins à ces retards successifs qu'on doit attribuer la non-réussite de ce complot. Aucun des conspirateurs, excepté Catesby, n'était riche. Plusieurs d'entre eux, depuis près de douze mois, avaient compté sur sa charité pour soutenir leurs familles; les équipements militaires avaient été achetés à ses dépens; tous les préparatifs avaient été faits à ses frais. Mais ses ressources étaient épuisées, et la nécessité d'avoir à sa disposition une forte somme d'argent pour le jour de l'explosion le-força de confier son secret à deux catholiques d'une grande opulence. l.e premier était un jeune homme de vingt-cinq ans, sir Evcrard Digby, de Gotehurst, dans le comté de Buckingham. Jeune encore, il perdit son père, qui le laissa sous la garde de la couronne, et il fut en conséquence élevé dans la croyance protestante. En sortant de l'université, il parut à la cour, où il se fit remarquer d'Élisabeth; mais, uncannéeavant la mort de la reine, il renonça au brillant avenir

fi

roir dans la note 0 a la fin du volume. Il est évident que le messager fut envoyé a cette daie. « Quod et factum ctt,

• illumque ad itluMriswmum nuutium in Flandrùm di-

• rexi. » Comment donc pouvons-nous nous en rapporter a sa déetaratioo , qoe le messager fut sir Edmond Baynbam, qui ne quitta pas l'Angleterre avant la deruière partie du mois de septembre ? Je soupeonue que, pour cacher le messager réel , il cita Baynbam, qui était en sûreté sur le continent. Garnet , après son arrestation , ne donna jamais aucun nom de personne ou de lieu qui pût compromettre d'autre», mais chercha toujours a détourner l'attention des commissaires par des noms faux ou factices.

(Il Mu. deGreeoway, p 60.

qui s'ouvrait devant lui, et, se retirant dans ses terres, il embrassa la religion de ses ancêtres. Ce fut avec difficulté qu'on parvint à l'engager dans la conspiration. Catesby eut recours à ses arguments ordinaires, et lui montra un passage d'un livre imprimé d'où il inférait que la tentative était légitime; il l'assura que les pères de la société l'avaient approuvé en général, quoiqu'ils en ignorassent les détails (I). Par degrés, enfin, il leva tous les doutes et toutes les craintes de cet infortuné jeune homme, qui se laissa persuader, promit de contribuer pour une somme de 1500 livres , et s'engagea , vers l'époque de l'ouverture du parlement, à inviter la plupart des catholiques , ses amis , à venir chasser avec lui à Dunmoor, dans le comté de Warwick.

Le second était François Tresham,qui, à la mort de son père, au mois de septembre dernier, avait hérité d une immense propriété à Rushon, en ISorlhamptonshire. Il avait jadis été l'associé de Catesby et de Percy dans la tentative contre le comte d'Essex , et depuis cette époque, on l'avait sans cesse persécuté pour cause de religion. Son caractère était bien connu ; il n'avait rien de cette audace, de cette fidélité à toute épreuve, qui seule devait le faire choisir pour complice dans une telle entreprise. Il était naturellement froid et réservé, intéressé et changeant (Uoct.). Mais ses ressources pécuniaires offraient à Catesby une tentation irrésistible, et les conspirateurs, après lui avoir fait prêter le serment accoutumé, lui confièrent leurs secrets et lui arrachèrent la promesse de leur donner une somme de 2,000 livres. De ce moment, Catesby commença à éprouver des inquiétudes auxquelles, jusque-là, il avait été étranger.

(I) Voyex les lettres de Digby, à la fin de la Conspiration des poudre», p. 2W, 251. • Je voyais , dit-il , le principal point de l'affaire jugé dans un livre latin de M. D. , le beau père de mon frère. » Gérard, p. 240. Je soupçonne qu'il a écrit N. I)., lettres initiales sous lesquelles Persons, le supérieur de Gérard , avait publié plusieurs ouvrage». Garnet , dans une lettre interceptée , écrite furtivement à un de ses amis à la cour, dit : « Maître Catesby me fait grand tort : il leur a dit ( à ses complices ) m avoir fait une question , du temps de la reine Élisabeih , sur l'affaire de la poudre, et que j'ai dit qu'elle était légitime. Tout cela est complètement faux. Il l'a fait pour en entraîner d'autres. • L'original est dans le» archive» de l'État,

Son esprit était sans cesse fatigué de doutes sur la fidélité de son nouveau collègue , et le repos de ses nuits était interrompu par des rêves effrayants et du plus mauvais augure (t).

A cette époque, le plan d'opération était définitivement arrangé: 1° on fit une liste de tous les pairs, et des membres de la chambre des communes qu'il était désirable de sauver, à cause de leur religion ou de leur opposition antérieure aux nouvelles lois pénales, ou de la protection qu'ils avaient accordée aux catholiques. H fut arrêté que chacun de ceux-ci, s'il était à Londres, recevrait, le matin même, un message pressant, qui l'engagerait à s'éloigner de Westminster, ce qui se ferait si tard que l'artifice ne pourrait être découvert que lorsque le coup aurait été porté (2).

2° Ce fut à Guy Faukes que fut confié l'emploi désespéré de mettre le feu à la mine. On avait eu soin de préparer un navire sur la rivière, aux frais de Tresham, pour le transporter immédiatement en Flandre, où il était chargé de publier un manifeste pour justifier cette action, et d'envoyer des lettres afin d'invoquer l'assistance de toutes les puissances catholiques. On espéra aussi que, par suite de ses intrigues antérieures, il serait en état de renvoyer , par le même vaisseau , un secours considérable en munitions et en volontaires.

3° Percy, comme l'un des gentilshommes pensionnaires, avait la facilité d'entrer au palais sans exciter de soupçon. Il fut chargé de s'emparer de la personne du jeune prince Charles, sous le prétexte de veiller complètement à sa sûreté; de le mettre dans une voiture préparée a cet effet, et de là, le conduire au rende/- vous général des conspirateurs.

(1) Aveux de Winter, 56 Mm. de Greenway, 57, 58. l*i;by et Tresbam furent rmis vers le commencement d'octobre; mais je ne sais si ce fui avant on après la prorogation du 3. Outre l'argent promis , Percy s'engagea à leur donner, sur les revenus du comte de Nortbumberlaod , environ 4 000 livres. Coofessions de Wlnler, 56.

(2) Greenway, 31) ; (Confessions de Winter, 54. «Nous aurions arraché plusieurs personnes au danger , ce qui leur nuirait maintenaut si on le savait , mais je ne crois pas qu'on en aurait immolé trois qui ne le méritassent pas. Vous devei birn «imaginer que j'avais des amis dans ce danger , mais je les prévins , et ils n'en sauront jamais rien.» Lettre de Digby à sa frmme, à la (in de la Conspiration de» poudres , p. 251 .

4° Le rendez-vous était à Ounchurch , d'ofl Digby, Tresham, Grant, et leurs associés, devaient se rendre chez le lord Harrington, et s'emparer de la jeune princesse Élisabeth.

6° Catesby se chargea de proclamer l'héritier présomptif à Charing-Cross, et, à son arrivée dans le comté de Warwick, de publier une déclaration pour abolir les trois objets des grands griefs nationaux : le monopole, la pourvoyance, et les tutelles.

£• On convint qu'un protecteur (on n'a jamais laissé transpirer son nom) serait nommé, pour exercer l'autorité royale pendant la minorité du nouveau souverain.

Mats, demandera le lecteur, que devait-il résulter de l'exécution de ce plan? Comment douze particuliers , sans rang ni influence , et tout souillés, comme ils l'eussent été, du sang de beaucoup de victimes illustres, pouvaientils raisonnablement s'attendre à contenir les sentiments d'un peuple exaspéré, à établir une régence, à nommer un parlement dévoue à leurs intérêts, et à renverser un édifice religieux qui comptait déjà plus d'un demi-siècle? Pour un homme calme , ce projet n'eût paru que chimérique et impossible; mais leurs passions étaient irritées, leurs imaginations enflammées; la vengeance, l'intérêt, et l'enthousiasme, les portaient à tout entreprendre. Ils souriaient à l'idée des obstacles les plus effrayants, se persuadaient que la présence des enfants du roi donnerait une sanction à leur cause; que beaucoup de protestants, et la plupart des catholiques, que des officiers licenciés, des aventuriers militaires, que tous ceux auxquels une révolution offrait une perspective de richesses et d'honneur accourraient sous leur étendard; que les plus formidables de leurs ennemis auraient péri dans l'explosion ; que le reste, accablé de terreur, frappé d'incertitude, chercherait plutôt à échapper à l'attention, que de provoquer la ruine par des actes d'hostilité (1).

Garnet, ignorant ce qui s'était passé, nourrissait encore l'espérance d'avoir, par sa conférence avec Catesby, engagé ce conspirateur a suspendre, si ce n'était à abandonner sa cri-

(1) Uttret de Digby, 249 , 250. Manuscrit» de Greenway, 58, 59.

Page 1