‹ Histoire d' AngleterreChapitre 66 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

miocllc entreprise (I) .11 fut bientôt détrompé. Catesby, quoi qu'il pût dire à ses associés, éprouvait souvent des remords de conscience, et, pour ce motif, il résolut de s'ouvrir sur toute l'affaire, en confession, à Greenway. Ce jésuite, si nous en croyons sa déclaration solennelle, condamna ce dessein dans les termes les plus énergiques; mais Catesby ne fut pas couvaincu : il avait préparé une réponse à chaque objection; et en définitive, il pria Greenway de lui procurer l'avis de sou provincial, sous le secret de la confession (22 oct.). Dans cette vue, le jésuite eut recours a Garnet, et reçut pour réponse une sévère réprimande. Il avait eu tort de permettre que l'on fit aucune meulion d'un projet aussi dangereux ; il avait eu un tort plus grand en le communiquant à un tiers, il ne restait plus maintenant qu'à détourner le conspirateur de son projet sanguinaire : il fallait employer tous les arguments , tous les expédients qui étaient en son pouvoir; mais, eu même temps, il devait tenir secrète la conversation actuelle, et n'en parler à aucun être vivant, pas même à Catesby (I).

Celte communication , néanmoins , plongea l'infortuné provincial dans la plus cruelle anxiété. Contre sa volonté, et en dépit des précautions qu'il avait prises, il était initié dans les détails du complot; et tout ce qu'un esprit craintif pouvait entrevoir d'horrible dans l'avenir, il le découvrait dans cette conspiration. L'explosion et toutes ses conséquences se présentaient perpétuellement à son imagination; il était hors d'étal de remplir ses fonctions journalières de missionnaire, et la nuil, son sommeil était incessamment troublé. Accablé de tant d'inquiétudes, il se détermina à essayer sa propre influence , et se rendit de Uarrowden, résidence de lord Vaux, a Cougtitou, dans le comté de Warwick, où il espérait rencontrer

(1) Ainsi donc , vers le 28 d'août, il écrivait a Persont : « Autant que nous pouvons le voir, les catholiques sout tranquilles. Ils conserveront sans doute leur ancienne patience , et compteront sur le roi et son fils , pour porter remède à tout plus tard. • Gérard, 26. Il affirma toujours la même chose à son jugement.

(2) Je prends ces particularités dans Greenway, qui répond de leur vérité « sur «on salut. • M*s., 109 ; et dans son rapport verbal à Joannes Eudcemon. Apologie, 260, 290 , 295.

encore Catesby. Mais il était trop tard : un nouvel événement retenait ce conspirateur dans le voisinage delà métropole (1).

Accompagné de Faukes, Catesby s'était rendu à YVhite-Webbs, maison située près d'Enfield-Chase : là , tandis qu'il était en consultation avec Winter, il reçut la visite inattendue de Tresham. 11 existait un tel embarras dans les manières de ce nouvel associé, et qu'il s'efforçait vainement de dissimuler, que ses deux amis s'en alarmèrent. Il demanda vivemeut que Ton donnât avis du danger à lord Mounteagle, qui avait épousé sa sœur : il conseilla aussi de différer. Il ne pouvait pas, disait-il , fournir de l'argent , si on ne lui laissait le temps de terminer certaines ventes qui s'élevaient à 16,000 livres. L'explosion aurait lieu avec autant de succès à la clôture qu'à l'ouverture du parlement, et les conspirateurs pourraient se servir, pour plus de sécurité, du vaisseau qu'il avait sur la Tamise , et passer cet intervalle eu Flandre. Cette proposition confirma les soupçons de Catesby; mais il crut prudent dedissimuler, et, aprèsqnclques objections, il parut se rendre. On ne sait si Tresham fut trompé ou non ; mais son but réel, si nous l'en croyons lui-même, était de rompre la conspira lion, sans révéler les noms de ses associés (2).

Quelques jours après, lord Mounteagle fit préparer un souper, non pas dans sa résidence ordinaire ù la ville, mais dans une maison qu'il possédait à quelque dislance de Londres; circonstance si extraordinaire, qu'elle excita la surprise de sa famille (3). Tandis qu'il était à

(1) Voyez ta note P â la fin du volume.

(2) La date de cette entrevue est incertaine ; elle a dû se passer entre le 14 et le 2C d'octobre. J'ai trouvé des particularités dans les Mss. de Greenway. 67, qui écrivait de l'autorité de Catesby , dans te sixième interrogatoire de FauLes, le 16; et dans celui de Tresham , le 13 de novembre. Sa leure dit qu'il avait l'intention de mettre fin au complot. • C'était le seul moyen que je pusse employer pour anéantir cette entreprise : sauver leur vie, et conserver ma Fortune, mon existence et ma réputation.» Ce* deux interrogatoires sont au bureau des archives de l'État.

(3) M. Jardine a montré que lord Mounteagle avait été engagé dans la trahison espagnole; qu'il avait écrit à Rome par le canal de Baynham, et qu'il avait probablement connaissance de l'existence d'un complot. Mais il avait récemment obienu la confiance du roi et du conseil , et il était l'un des commissaires royaux a la der-

HISTOIRE D'ANGLKTEHRR.

table, uu de ses pages lui remit uue lettre de la part d'un homme de haute stature, dont il n'avait pu reconnaître les traits dans l'obscurité. Mounteagle ouvrit la lettre, et voyant qu elle était sans date, sans signature, d'une écriture déguisée , il ordonna à une personne a son service delà lui lire ; elle contenait ce qui suit:

« Milord , à raison de rattachement que je porte à quelques-uns de vos amis, je prends intérêt à votre conservation : c'est pourquoi je vous avertirai et vous conseillerai, si vous faites cas de la vie , de trouver quelque excuse pour différer votre présence au parlement ; car Dieu et les hommes se disposent à punir la perversité du siècle. El ne regardez pas cet avertissement avec dédain , mais retirez-vous dans vos terres où vous pourrez attendre l'événement en toute sûreté ; car, quoiqu'il n'y ait aucune apparence de tumulte, je sais cependant que ce parlement doit recevoir un coup terrible, et qu'il ne pourra voir qui doit le frapper. Ce conseil n'est pas à mépriser, parce qu'il peut faire votre bien et ne peut vous causer aucun dommage; car le danger sera passé dès que vous aurez brûlé cette lettre. J'espère que Dieu vous fera la grâce de faire bon usage de ceci , et je vous recommande à sa sainte protection

nierc prorogation du parlement. On imam™ beaucoup de moyens au procès des conspnrateuis pour empêcher que «on nom ne fût cité. Jardine, 07 -70.

(I) Archéologir, xu , iCO. On pourrait demander qui avait écrit cette lettre. Au lieu de rapporter les conjectures diverse* des autres, je dirai ce qui , d'après le manuscrit de Greenway, parait avoir été l'opinion des conspirateur» eux mêmes, lis l'attribuèrent à Tresbam , et soupçonnèrent qu'il s'émit entendu en secret avec lord Mounteagle , ou au moins avec l'individu qui avait lu la lettre a table, lis furent convaincus que Tresham n'avait pas plutôt donné son consentement qu'il s'en était repenti, et qu'il avait sonfié à détruire la conspiration sans trahir se» associés. Son premier expédient fut de leur persuader de se retirer en Flandre, dans le vaisseau qu'il avait frété sur la rivière. Il écrivit ensuite la lettre, et il eut soin de les informer, le malin suivant, qu'on l'avait envoyée au secrétaire, dans l'espoir que la crainte d'être découverts les engagerait a saisir celte occasion pour s'écbapper. Il eût certainement réussi en cela, si son adresse n'eût été dépassée par l'adresse sur él ieurede Cecil, qui défendit de faire aucune recherche dans la cave. Dès ce moment Tresbam évita toute participation a leurs conseils , et quand ils s'enfuirent, il resta a Londres , et se montra publiquement, il fut ensuite arrêté , sut l'aveu d'un prisonnier, et mourut dans la Tour

Le lendemain soir, l'individu à qui Ton avait ordonné de lire la lettre se rendit chez Thomas Winter , l'un des conspirateurs : il lui raconta (27 oct.) ce qui s'était passé la soirée précédente. Il ajouta que lord Mounteagle avait porte la lettre mystérieuse au secrétaire d'État; H finit par le conjurer, s'il faisait partie du complot supposé , de pourvoir à sa sûreté par une fuite immédiate. Ce fut un moment d'épreuve pour Winter. Il parvint à se rendre maître de son émotion, prit un ton de légèreté, et tourna en ridicule cette affaire, comme un piège tendu ù la crédulité de lord Mounteagle; mais, aussitôt qu'il put sortir sans être observé, il se rendit en toute hâte à Whitc-Webbs, et communiqua cette nouvelle alarmante à son collègue. Catesby, toutefois, ne s'abandonna point au désespoir : ils convinrent l'un et l'autre que Tresham était l'auteur de la lettre; mais avaitil fait quelque chose de plus? Avait-il révélé les particularités du complot, ou les noms des conspirateurs? Jusqu'à ce qu'ils en fussent assurés, ils devaient conserver l'espérance, et continuer à défier la police et les conjectures du secrétaire.

Trois jours après, par suite du plus pressant message, Tresham se hasarda à venir trouver Catesby et Winter à Enficld -Chase. I.eur résolution était prise : s'il eût hésité ou changé de contenance , ce moment ent été le dernier pour lui ; mais il repoussa avec force l'accusation de perfidie , il soutint son innocence par tant de serments et de protestations, qu'ils hésitèrent à lui arracher la vie, n'en ayant d'autre motif que leurs soupçons.

A leur retour, ils chargèrent Faukes d'aller examiner le cellier. Il y trouva toutes les secrètes marques qu'il y avait laissées. Il était évident qu'aucune recherche n'avait encore été faite, et ils en conclurent qu'on n'avait donué aucune information sur cette mine. Ce fut alors que, pour la première fois, ils lui firent part de toute l'affaire. Il se plaignit de ce qu'ils avaient gardé jusque-là le silence, comme s'ils se fussent défiés de son courage ; et , pour prouver qu'il n'avait aucune appréhension, il s'engagea

avant la 6n du mois. «1,'évêque Goodman, dans ta réponse a la cour du roi Jacques , par Weldon . dit que Tresbam envoya la lèvre. » Traité de Somer, u , 101.

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