‹ Histoire d' AngleterreChapitre 68 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ci ia torture fut de nouveau mise en œuvre pour vaincre leur obstination (2 mars). Néanmoins on ne put arracher rien d'important aux serviteurs, et Oldcorne ne fit guère qu'admettre sa conversation avec Garnet(l). A près cela, on demanda à Garnet lui-même (6 mars) s'il n'avait point parlé avec Oldcorne dans la Tour. Il le nia avec beaucoup de chaleur. L'aveu de son compagnon de captivité lui fut montré; il répondit qu'Oldcorne avait pu être assez faible pour l'accuser, mais que pour lui jamais il n'agirait ainsi. Alors on lui lut les rapports de fiOckerson et de Forselt. 11 ne put résister à ce surcroît de preuve: confondu, humilié, il reconnut le fait.

Rien n'avait encore transpiré qui pût le rattacher aux conspirateurs. Mais sentant le tort qu'il s'était fait à lui-même par l'obstination de ses dénégations, et s'attendant à chaque instant â être appliqué à la torture, il jugea prudent d'agir avec plus de franchise. Les interrogatoires se succédèrent : de l'admission d'un fait il fut arlificieusement conduit à celle d'un autre plus grave, et il fiait par reconnaître (12 mars) qu'il savait Catcsby engagé dans quelque praliquecontre l'État, et qu'il l'avait plusieurs fois engagé à y renoncer; que plus tard il comprit, d'après ce que lui dit Greenway, le but réel du

(1) Greéirway(UI) nous assure qu'Oldcorne fut torturé plusieurs fois. Le même fait est affirmé des^rois autres , par Garnet, dan» une lettre interceptée du 3 Le 4 de ce mots, Owen fut mis à la question , et qu'a son prochain interrogatoire il serait encore i sur la roue. Le 3, il mourut sur la roue même, de l'excès des souffrances, si nous pouvons croire les écrivains catholiques ; dans sa cellule, de sa propre main, selon les protestants. A l'enquête, il fut déposé que la paille sur laquelle il couchait était ensanglantée , et qu'il s'était ouvert le ventre avec un couteau émotmé. Il importe peu de savoir quelle est la vérité sur ce point. • Car il n'y a pas une Grande différence, remarque M. Jardine, entre le crime d'homicide par la torture actuelle , et celui de pousser au suicide par la menace insupportable de renouveler ce supplice. » 215. La paille était le seul lit fourni aux prisonniers dans la Tour , à moins qu'ils n'en louassent ou ne s'en procurassent un meilleur au moyen de leurs amis. Garnet , dans sa lettre , dit : . Si nous avons quelque argent de la société , je demanderai des lits pour James, Iban ( Owcn ), et Harry, qui tous ont été souvent appliqués a la torture. » Le couteau éinoussé était celui que l'on donnait aux prisonniers , a leurs repas , sans pointe ni taillant , excepté vers le milieu de la lame, afin qu'il ne pot être converti en arme offeisive. Manuscrit de Greenway, 117.

complot, mais qu'il ne pouvait en conscience le révéler, parce qu'il lui avait été confié sous le sceau de la confession (1).

Ce fut ainsi qu'après un intervalle de deux mois, fot trouvée la base nécessaire du procèa du prisonnier. L'intérêt qu'il excitait se manifesta par la foule immense des spectateurs réunis au tribunal (28 mars); le roi lui-même y était, ainsi que les ambassadeurs étrangers et la plupart des membres du parlement. Sir Edouard Coke, procureur général, parla pendant quelques heures : il détailla tous les complots , réels ou imaginaires , imputés aux catholiques depuis l'avènement d Elisabeth. Il déclama contre la doctrine jésuitique sur l'équivoque, et contre les prétentions temporelles des pontifes; il peignit les missionnaires en général, et les jésuites en particulier, commedes hommes ligués dans une conspiration impie , pour faire périr le roi et les chefs de l'Église protestante. Mais quand il en vint aux bases réelles de l'accusation , il trahit bientôt la pauvreté de sa cause. Il ne dit pas un mot des aveux , des témoignages, des déclarations des décédés , par lesquels il avait promis de prouver que Garnet était le premier auteur du complot, et le conseiller intime des conjurés. On vit que cette partie de l'accusation n'avait d'autre fondement que sa simple assertion appuyée seulement d'un petit nombre de faits sans importance, et susceptible d une interprétation différente. Garnet répondit avec douceur et fermeté; mais il fut si souvent interrompu par les questions et les remarques du procureur général et des commissaires siégeants, que le roi lui-même déclara qu'ils ne lui donnaient pas « beau jeu. » Il avoua qu'il avait appris le complot en confession . mais que chez les catholiques , le secret de confession était inviolable. S'il en était autrement, personne ne découvrirait ses crimes projetés à celui même de tous les hommes qui , par son autorité et ses avis, serait le plus capable de détourner le pécheur du délit médité. Quant à lui , il abhorrait le complot , autant et plus que le plus loyal de ses persécuteurs ; il avait fait pour le prévenir tout ce que sa conscience lui avait persuadé qu'il pouvait faire légitimement. Le procureur général avait , à la vérité

iT. Jardine, '2'2i

cherché à découvrir en lai quelque intention de trahison, en plusieurs circonstances, mais il prouverait que ses motifs étaient très-différents , et conduiraient à une conclusion opposée : le jury ne pouvait juger d'après des conjectures et des présomptions ; tout ce qu'il avait affirmé était la vérité tout entière ; aussi son accusateur n'essayait pas de donner la preuve du contraire. Quoiqu'un verdict le déclarât coupable, ses amis se déclarèrent satisfaits de la marche de l'affaire en général. Tout ce qu'on avait prouvé contre lui était de n avoir pas révélé le secret de la confession ; Coke s'était vanté de lui démontrer qu'il avait été l'auteur et le conseiller de celte conspiration, et n'avait pas réussi, et Cecil lui-même était convenu qu'ils ne pouvaient produire contre lui rien de plus que ce qui avait été dévoilé par sa conversation avec Oldcorne. D'après toutes ces circonstances , ils affirmèrent que s'il devait périr, il périrait, non pour cause de trahison , mais pour avoir rempli consciencieusement son devoir (I).

D'après ces procédures, il est clair que Garnet avait encouru la peine légale de négligence de trahison; mais on ne prouva, et même on ne tenta de prouver par aucun témoignage écrit ou oral , qu'il eût commis aucun acte de trahison ouverte (2) pour quelque raison inconnue, peut-èlre à cause de l'incertitude du roi quant à la nature réelle du délit , ou de la crainte d'offenser les puis-

(1) Il existe plusieurs rapports »ur ce célèbre procès : relut que publia l'autorité, mmis le litre de • Relation parfaite et entière de toute la procédure, . a été n'imprime" dans les l'rocès d'État . n, 217. Mais la partialité avec laquelle les répo si * et la défense de Garnet y sont évidemment mutilées . rend nécessaire ne la comparer avec tes relations publiées par »** ami». On le peut faire dans Banoli , 546; More. 3 l(i; et dans les Mémoires de M. Butler, u , 121. Gérard . dans sa Narration . p 157, remarque que le jury, en rendant son verdict . se borna a le déclarer coujiable d'avoir eaehé la connaissance qu'il avait eue de la conjuration. Voyez la même note P à la fia du volume.

(2, Ses interrogatoires furent tellement triés et entremêlé» au procès , qu'où lecteur qui ne rerail pas sur *ea i;ardes pourrait en inférer qu'il avaii pliiMc-urs fois conféré avec Catesby sur le complot des ponde s Ce n'c*l pourtant pas le cas. 11 conseilla «impiemciil â Cuesby de renoncer a des manques de trahison dans lesquelles il pouYaii être engagé.

sances étrangères qui intercédèrent pour lui. On laissa écouler plus de deux mois entre la condamnation et l'exécution, sans pourtant qu'il fût libre, dans ce pénible et long délai, de se préparer en paix au destin qui l'attendait. Il avait été interrogé vingt-trois fois avant les débats de la cour; les interrogatoires furent repris après le procès. Pour lui tirer de nouveaux aveux, on lui apprit faussement que Greenway , qu'il croyait échappé sur le continent, était en effet prisonnier dans la Tour, et que 500 catholiques , indignés de sa participation dans le complot, s'étaient conformés â l'Église établie. Sous ces impressions, il fut poussé à écrire, pour sa propre justification , des lettres à M. Anne Vaux, qui était alors à la Tour, et à Greenway, qu'il y supposait renfermé. Ces pièces, tout naturellement , passèrent entre les mains du lieutenant (3 avril) , mais heureusement elles étaient conçues en des termes tels qu'elles ne purent fournir matière à nouvelle charge. Au même temps, il écrivit au roi, protestant, dans 1rs termes les plus forts , de son horreur contre « l'acte des poudres, » comme le plus coupable et le plus horrible, déclarant avoir toujours été d'opinion qu'il était illégit ime de tenter la violence contre le rot ou l'État, depuis l'avènement de Sa Majesté, et reconnaissant aussi que c'était son devoir de découvrir toute trahison arrivée à sa connaissance en dehors du sacrement de la confession. C'était sur ce dernier point qu'il était coupable: en partie par répugnance à trahir son ami, en partie dans l'espoir d'être en état de le ramener , il ne révéla pas la connaissance gtUu'ralc qu'il avait eue par Catesby de ses inlcntiotis, et pour cette offense, il implorait humblement pardon de son souverain (I ).

I.e lecteur observera que, sons l'allusion « ai» sacrement de confession Carnet cherchait à couvrir le mystère dans lequel il avait tenu la révélation à lui faite par Greenway (4 avril); il fut mandé immédiatement devant les commissaires , qui loi donnèrent faussement â entendre que, scion la déclaration de Greenway lui-même, la communication ne lui avait pas été faite en confession (-2). Cela aug-

(t) Voyez dans Jardine, 322.

(2) Ceci résulte de ses réponse».

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