‹ Histoire d' AngleterreChapitre 69 sur 307 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mcnla sa perplexité : il hésita , essaya plusieurs fois de concilier sa déclaration avec celle de Greenway, et finit par déclarer que quelle que pût avoir été l'intention de son frère (25 avril) , il avait toujours considéré la communication comme faite eu confession.

Alors, pour la première fois, trois semaines après que la lettre à Greenway eût été interceptée, on lui demanda s'il n'avait pas correspondu avec ce traître. Il nia , sur son caractère sacerdotal, lui avoir jamais adressé une lettre ou un message depuis leur séparation à Couglhon; les commissaires lui présentèrent la lettre interceptée, il la reconnut, mais soutint qu'il n'avait commis aucun délit. C'étaient eux qui étaient à blâmer, eux qui, se trouvant en possession de la lettre , lui avaient néanmoins posé la question comme s'ils n'avaient pas la pièce. Dans cette circonstance comme en diverses autres, depuis son emprisonnement, il avait agi d'après le principe que nul homme n'est obligé à se livrer lui-même; d'où il inférait ingénieusement que là où la reconnaissance d'un fait pouvait mettre la vie en péril, il était légitime de la nier à l'aide de l'équivoque , jusqu'à ce qu'il fût prouvé par un témoignage direct (1).

Trois jours plus tard il fut interrogé une seconde fois sur la doctrine de l'équivoque ; il répondit vivement que la coutume de forcer les hommes à s'accuser eux-mêmes était barbare et injuste, et que, dans de pareils cas, il était légitime d'employer l'équivoque , et s'il était nécessaire , de confirmer cette équivoque par un serment ; et que si Tresham, comme on l'avait prétendu , avait pris ce parti sur son lit de mort, il pouvait en avoir des raisons qui le justifieraient aux yeux de Dieu (2). C'est à cet aveu que j'attribue son exécution. L'homme qui soutenait de telles opinions ne pouvait raisonnablement se plaindre , si le roi refusait

(1) Interrogatoire* dan» le State paper office.

(2) • J'avoue que ceci ett conforme a mon opinion et a relie de* théologien» , et notre raiaoo en est que, dam le rat où l'équivoque «1 légilime, le discouru que i on tiendrait ainsi ne renferme pas de mensonge. Donc ce ditcourt peut être . saut parjure , confirme' par serment r<u par tout autre moyeu , fut-ce même en recevant te sacrement, si une juste nécessité l'étiré. • Henri Garnet. — l/original te nouveau* Archives, de la main même de Garnet.

de croire à ses protestations d'innocence , et s'il laissait agir les lois. Six semaines après son jugement, l'ordre fatal fut signé. Sur l'écbafaud, selon le langage ambigu du rapport officiel , il avoua sa culpabilité ; mais si nous en croyons les lettres des spectateurs , il nia qu'il eût aucune connaissance du complot , si, ce n'est par la confession, et quoiqu'il demandât pardon au roi , il eut soin d'ajouter que ce n'était pas pour avoir trempé dans le complot mais seulement pour le délit légal d'avoir caché , dans l'origine , les soupçons qu'il avait conçus en lui-même. Sa conduite pieuse et constante excita la pitié de la multitude , dont les cris retardèrent l'impatience du bourreau , et l'atroce opération de l'écart cl le ment n'eut lieu que lorsqu'il fut réellement mort (1)(3 mai).

Quoique Jacques fût satisfait de ce que le grand corps des catholiques anglais n'avait point trempé dans (e complot, il crut néanmoins qu'on n'en avait pas encore découvert toutes les ramifications. On ne faisait aucun doute que Faukcs ne se fût donné des associés en Flandre, et les soupçons tombèrent sur Owen, catholique gallois, et sur Baudouin, jésuite, qui tous deux échappèrent aux poursuites, par le refus opiniâtre de l'archiduc et du roi d'Espagne de les livrer à l'ambassadeur/ anglais (2).

En Angleterre , la parenté qui existait entre le comte de Northumberlaud et le traître Percy parut une raison suffisante pour mettre le premier aux arrêts, dans la maison de l'archevêque de Canterbury;et l'aveu des conspirateurs, que Calesby avait voulu sauver le vicomte Montaguc , et savait que les lords Mordaunt et Stour ton devaient être absents du parlement ,

(I) On fit courir le bruii qu'il avait avoué ton crime [Conspiration des poudres, Boderie, i , 49} ; mais cet aveu se borna au secret qu'il avait gardé sur set soupçon». More, 327 ; Mémoires de Butler, m , 342 , 2* édition ; t:balotier, h , 483 ; Jean Kudœmon , 349.

(2> Owen était attaché au service du roi d'Espagne, qui demanda qu'on envoyât a Bruxelles let preuves d« «on crime , et promit de le punir lui même s'il était coupable. On le lui refusa. Baudouin fut arrêté en ICIO, par l'électeur palatin, rommeil passait dans ses domaine», et envoyé en Angleterre. Il subit plusieurs interrogatoire* S la Tour : \r roi a**iMa au dernier, mai» on ne découvrit rien contre lui. Windwood, u, m, 187 IW>, T27, 232' ni, 211 . K>7 . B.inoli . 617.

suffît pour faire arrêter ces trois seigneurs (1). lis proleslèr» ni en vain qu'ils étaient totalement étrangers à la conspiration : la chambre étoilëe les condamna (Ier juin) à tenir prison au bon plaisir du roi , et à lui payer des amendes; lord Slourton 6,000 livres; lord Mordaunt, 10,000; et le vicomte Monlague , une somme encore plus considérable (2). Le comte fut envoyé à la Tour, et interrogé à plusieurs reprises, mais il répondit dès le commencement avec un air de dédain et de confiance, en indiquant comment il fallait s'y prendre pour découvrir sa culpabilité , s'il était coupable (3) , et bravant

(f ) Faukei confessa que • Calesby lui avait dit que lord Mordaunt ne serait pas là le premier jour, parce qu'il ne voulait pas assister au sermon , car le roi ne savait pas encore qu'il était catholique , et que le lord Stourton avait de (elles affaires, qu'il ne pourrait venir en ville avaut vendredi. • Mss. ordinaux dau» les Archives de l'fclat. Dan» la même collectio n il y a deux lettres de lord Mordaunt au lurd trésorier, déclarant son innocence, et niant qu'il eût aucune connaissance du complot. Oeil, dans une lettre a sir Thomas Edmond* , dit que Percy désirait sauver Northumberland et Mounteasle , et que Catcsby savait que stourtoti, Mordaunt, et Monuuue, seraient absents. Bireh,21l.

(2) Il était ordinaire décomposer, pour les amendes , dans la chambre étoilee. Norlhumbcrland composa pour 11,000 liv , Montagne p»ur 4,010 liv., Stourton pour 1,000 liv. Je croiv qu'on remit son amende à MordauaL Voyez l'Extrait du revenu de Sa Majisté, p. 1 1.

(3) Il leur demanda de pi endre la déposiiion de Percy, vaut qo'il inourflt de ses blessures. • Il peut me faire

banc comme la lumière du jour, ou itoir comme la uuit. Ildra la vérité, puis ,u il va rendre compte a Dxu. • l ettre dans |. s Archives de l'État. Voyez aussi les Ambassades de Bodcrie , i , 122 , 130 , 2V9. Pairie de Collitis , n , 426; ses inteiTOtfaloires sont dans les Archives , tuais ne coutienuent rien d'important. Dans la Tour, il s'occupa uuiquimcnt de science: et de liitérat. re , et , par ses libéralités envers les savant» , il devint le Mécène du siècle, j l^nombiedemaihématiciensqui formaient sa compagnie j ordinaire et mauQeaieut à sa table lui avait fait donner j te nom de Henry le Sorcier. Parmi eux étaient liill , ! Allen , Hjiiot , Dee, Torpcrley.et Warner, . les Allantes ■ du monde mathématique > Plusieurs d'entre eux recevaient des peusious de ses lit»- ralliés (Collins , n , 43S). Dans l'aimée 1011» Cecîl se persuada qu'il avait découvert un nouveau sujet d'à rcu-ia lion contre lui, sur le té- | moijmajie d'un domestique congédié. Il futdenouvciu ' •dterroiié, et trompa encore l'adresse cl la incchaucclé de ; son • eiséculeurfWmdwood. 11,287, 288 Eu 1017, llay, ; tavot i du t oi, qui devint ensuite comte de Urlisle, épousa, outre son fjré , sa tille l.ucy, ce qui l'irrita tellement , que, lorsque ce cendre obtint de Jacques sa liberté, ce fut avec difficulté qu'après treize ans d'emprisonnement , il se laissa persuader d'accepter celle grâce. Voyez Bircli, 2J6 Panier de Stdoey, n , 350.

ses accusateurs, en les sommant de le juger publiquement , conformément aux lois, lis pré férèrent l'appeler, après un délai de sept mois, à la chambre éloilée (5 juin). Celle accusation extraordinaire portait sur les chefs suivants : 1° qu'il avait voulu être le chef des papistes, et obtenir la tolérance ; 2° qu'il avait fait recevoir Percy comme gentilhomme pensionnaire, sans lui faire prêter le serment de suprématie ; 3° qu'après son arrestation, il avait écrit deux lettres à ses agents, dans le nord, pour les prier de veiller a ce que Percy n'emportât son argent ni ses rentes ; et en cela il avait commis un triple délit : 1° en prenant sur lui d'écrire des lettres sans permission ; 2° en préférant la sûrelé de son argent à celle du roi; 3° en donnant avis a Percy de prendre garde à lui même. Il fut condamné â 300,000 livres d'amende, à être destitué de toutes ses charges : on le déclara incapable d'en occuper aucune à l'avenir, et il dut être enfermé pour la vie dans la Tour. Un châtiment si sévère excita un grand élonnement , mais la cause réelle en était qu'il passait, depuis longtemps, pour antagoniste politique de Cecil ; qu'à la Tour, il avait déployé une fermeté qui alarmait la faiblesse de Jacques, et que l'on supposait qu'il était le personnage auquel les conjurés auraient offert la dignité de protecteur pendant la minorité du nouveau souverain , si toutefois le complot eût réussi. Lord Motinteagle reçut, en récompense de sa loyauté , des terres en valeur annuelle de 200 livres et une pension viagère de Ô00 livres (I ).

Le principal objet pour lequel le parlement avait élé convoqué en novembre était de remplir les coffres du roi , que les profusions de Jacques à ses concitoyens, et l'extravagance de son établissement, avaient totalement vidés. Après un long ajournement, occasionné par la découverte de la conspiration des poudres, les deux chambres se réunirent (21 janvier). Les lords parrueut, comme de coutume, n'avoir d'autre volonté que de plaire au roi, mais les communes reprirent ce ton de reproche et de résistance qui lui avait tant déplu dans la dernière session. A la vérité, elles ne se refusèrent pas à subvenir aux besoins du roi , quoiqu'elles murmurassent de son indiscrétion et de sa pro-

/•> Bodeiie.l, 122, 180, m

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