‹ Histoire d' AngleterreChapitre 75 sur 307 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

écossaise, qui voulait prendre rang d'après l'ancienneté de ses titres, avaient alarmé l'orgueil de quelques pairs anglais appartenant à des familles nouvelles qui descendaient de personnesanobliesde puis la réformation ( 1 ). Le parlement d'Angleterre ( 1 604, 10 mai) reçut la proposition du roi avec froideur, et celui d'Écosse avec horreur. Les prières de Jacques ne purent rien obtenir du premier, et ses menaces, rien arracher au second , que la nomination de commissaires pour se réunir et délibérer sur la question. Ceux-ci, après plusieurs conférences (20 oct. , 2 déc.), convinrent que toutes les lois hostiles seraient rapportées ; que les tribunaux établis sur les frontières et les douanes seraient abolis ; que le commerce serait libre dans tous les États du roi , et que les sujets de chacun des deux pays seraient naturalisés dans l'autre (2). Bien que ces propositions ne répondissent point à l'attente de Jacques, il se trouva heureux de les accepter comme la base de l'édifice qu'il projetait, et il prit immédiatement le nouveau titre de roi de la Grande-Bretagne (3). Cependant , lorsque les articles furent soumis au parlement, il n'adopta que les deux premiers. Le roi s'adressa aux communes par lettres; il les harangua en personne; il fit le détail des avantages de la mesure proposée, répondit a leurs objections, et les assura qu'il portait un égal attachement à ses sujets des deux nations (4). Mais sou éloquence s'épuisa en vain, et ne fit que provoquer d aigres discussions, dans lesquelles on n'épargna pas sa conduite, et on lança des diatribes très-vives contre le caractère national deses concitoyens (5) (1607, 28 mars). Un pareil

(1) Boderie, i, 425, 440. Windwood , m , 1 17.

(2) Windwood, il, 20. 38. Journaux de* communes, 318 323. C'est une circonstance singulière , que les commissaire» tinrent leur» conférences dani la maison même que Percy avait louée arec le projet de faire une mine «ou*

i la chambre du parlement, et où 1 passé quelques semaines a

(3) Rymer, xvi. 003.

(4) Voyez «es discours dam les journaux, 3t4, 357, 306. Traités de ftomera , n, 1 18 , et sa letire dans Lodge| in, 232. La principale opposition Tint des communes. Dan* la chambre des pairs , elle n'eut lieu que de la part des comtes d'Aruodel, Pembroke et Somhampion , et des lords Alounteagie et Burgbley. Jacques les fit venir, leur repeocha leur ingratitude , et les renvoya , après rçn'ils eurent promis a genoux de voler pour lui à l'avenir. Boderie, u, 200.

(8) Sir Christophe Pigolt

langage exaspéra l'orgueil des Écossais; ils dédaignèrent un bienfait qui leur était reproché par la jalousie de leurs adversaires , et l'inflexible hostilité des deux peuples força le roi à retirer aux deux parlements l'examen de sa question favorite (1).

11 parvint cependant à établir la naturalisation de tous ses sujets dans les deux royaumes, par une décision des cours de justice. Durant les conférences, plusieurs des juges avaient émis l'opinion que toutes personnes nées sous l'obéissance du roi , étaient , par cette seule cir- * constance, naturalisées dans tous les lieux de sa domination, dès le moment de leur naissance ; doctrine très- importante dans ses conséquences : car, bien qu'elle exclût la génération qui existait à son avènement, elle comprenait cependant tout ce qui la suivait , et conférait en peu d'années le bénéfice de la naturalisation à toutes les personnes nées dans les deux pays. Jacques eut soin d'insérer cette doctrine dans la proclamation par laquelle il prenait son nouveau titre (1604, 23 oct.), et, sur onze juges consultés par la chambre des pairs, elle fut (1608) appuyée par dix. Mais les communes refusèrent de se soumettre à leur décision , et, pour faire terminer la discussion, deux procès, l'un à la chancellerie, l'autre au banc du roi, furent inteiités au nom de Robert Calvin , né en fieosse depuis la mort d'Elisabeth. On lui objecta qu'il était étranger, et un sursis à la plaidoirie porta la question a la chambre de l'Échiquier, pour obtenir l'opinion solennelle des juges. Deux d'entre eux , Walmesley (1608, Trin-Tcrm.) et Forster, prononcèrent contre Calvin; les douze autres et le lord chancelier se décidèrent en sa faveur. Le droit de&post-na/i fut ainsi établi, quoique la légalité de la décision restât encore en question parmi les hommes de loi les plus éminents, dont plusieurs soutenaient que l'opinion des juges avait été influencée par les désirs du souverain (2).

cours de cette nature . et fut envoyé à la Tour. Jour naux , 333,335. U roi avait dit que, par affection pour les Anglais, il demeurait en Anglr terre. Du des membres observa qu'il désirait quïl montrât son affecuon aux Ecossais , en allant résider parmi eux , car • procul a nu- • mine, procul â fulmine. » Boderie, n, 223.

(1) Boderie, n, 142, 148,302.

. (2) Voyei le rapport de Moore , dam les actes

HISTOIRE D'A X G I. ET Ml RE.

L'incorporation des deux royaumes cl l'uniformité du culte religieux étaient les deux seuls points sur lesquels le roi se méfiât du jugement de son ministre favori. A l'égard du premier, il le soupçonnait de préjugé national, et pour le second, d'un puritanisme secret. Dans toutes les questions d'importance, Jacques le consultait comme un oracle, et se gouvernait uniformément par ses avis (1). Mais Cecil trouva que les peines augmentaient avec les honneurs, et que si sa nouvelle charge de trésorier lui donnait de la fortune et de la considération, elle était hérissée de difficultés qu'avec toute son adresse il était dans l'impossibilité de surmonter. En Écossc, le roi avait vécu dans la pauvreté et pensionnaire d'Élîsabelh; en montant sur le trône d'Angleterre, il s'imagina posséder des richesses inépuisables. Sa maison et celles de la reine et de ses enfants furent montées sur un trop grand pied (2). Ses fêtes étaient extrêmement coûteuses, et ses présents à ceux qui l'avaient suivi d'Écosse et aux envoyés étrangers, à ceux qui réclamaient des récompenses pour leurs services, ou qui avaient le bonheur d'obtenir sa faveur, étaient d'un prix et d une profusion dont on n'avait pas eu d'exemple (3). Les remontrances ne pro*

lemeut; celui de Coke , dans la raine de Calvin , et les discours de Hacoo et d'Ellesmere , imprimés daim le 2e volume des Procès d'État par Howell , p. 65'.)-696. L'as«rtioo du chancelier, qui dit que leurs surnoms étaient Thomas, prouve évid< mtr.eni que les dissidents étaient Forster et Walmesley, juges de la cour dut plaids communs. Il n'y avait qu'un seul autre juge de ce nom , Fleming , qui, dans la chambre des pairs et celle de l'échiquier, donna sa voix pour l'affirmative.

(1) Boderie, h, 356; m, 225, 302; iv, 39.

(2) La maison de Henri et d'Elisabeth , tous deux enfants, était composée de ceut quarante et une personnes, cinquante mi supérieurs, erquatre-vingt-cinq inférieurs. Vie du prince Henri , par Birch , p. 35. Lodge, m , 182, 254. En 1610, la maison seule du prince s'était élevée jusqu'à quatre cent vingt-six individus, dont deux cent quatre-vingt-dix-sept recevaient des salaires, outre les ouvriers employés sous lnigo Jones. Arcnéolog. , xu ,

(3) Lodge, m, 180. Wiodwood, H, 43 ; m, 1 17. Ainsi, par exemple, au mariage de sir Philip Herbert avec lady Susanne Vere, il donna a l'époux des terres de 500 liv. sterl., ou, selon quelques autres, de 1200 livres de rente. Au mariage de Ramsay, vicomte Haddington, avec lady Elisabeth Radcliff.il paya les dettes de Ramsay , qui s'élevaient a 10,000 livres, quoiqu'il lui eût déjà donné en terres la valeur de 1,000 livres de rente

duisaient aucun effet sur lui. Son affaire était de dépenser, et celle de ses ministres de trouver de l'argent, tas coffres de la trésorerie étaient vides; les sceaux privés et les emprunts forcés, expédients mis en usage par ses prédécesseurs, ne produisaient que des secours modiques et momentanés; enfin, la détresse royale était si grande, que les pourvoyeurs refusaient quelquefois les provisions pour la table du roi. Quelquefois, la voiture du trésorier était entourée par les officiers inférieurs de la cour, qui demandaient à grands cris les arriérés de leurs salaires (1).

Il fut heureux pour Cecil, lorsqu'on le nomma trésorier, de ne trouver dans les coffres du roi qu'une portion de trois subsides votés dans le dernier parlement. Le reste, au fur et à mesure qu'il y entrait, fut conservé par ses ordres pour satisfaire les créanciers du roi; il y ajouta des sommes considérables, provenant de la vente des terres appartenant à la couronne, et, dans l'espace de deux ans, les dettes du roi, de 1,300,000livres, furent réduites* 400,000. Pour couvrir en même temps le déficit annuel du revenu, il eut recours au subside féodal des 20 shillings que chaque fief de chevalier devait, à l'époque où le fils du roi devenait chevalier, cl à l'imposition de nouvelles taxes, de la seule autorité de la couronne, sur presque tous les articles de commerce étranger (2) (1608, mai). La légalité de cette mesure fut

(WindwooJ, n, 217), et II envoyai la mariée une coupe d'or qui contenait l'acte de donation de 000 liv. de rente en biens-fonds. Lodge, iti , 254 , 336. Boderie, ni , 129. Je trouve , d'après l'extrait de sou revenu , que les présents qu'il 6t , à diverses époques, a lord Dunbar, se montaient à 15,262 livres; au comte de Marr, a 15,500 livres ; et au vicomte Haddington , a 31 ,000 liv.

(1) Boderie, n, 16, 413 , 427 , 440; m, 70,72, 103, 189. Lodge, iii,172.

(2) Voyez Boderie, m , 342, 421; iv. 370. Wind wood , ni , 123. Le subside de 20 shillings ne produUii que 21,800 livres. Extrait des revenus de Sa Majesté, p. 10. Les nouvelles impositions furent mises à raison de cinq pour cent sur la valeur des marchandises, et on calcula qu'elles avaient produit plus de 500,000 livres sterling par an. Elles ont dn procurer un effet contraire dans le commencement , s'il est vrai que les revenus de la douane perdirent celte année-là 21,000 livres sterling, et que l'on compta 360 navires de moins. Windwood, m , 155. Il paraîtra peut-être singulier au lecteur que Cecil fat le fermier des douanes. Il les avait prises, en 1604 , à une avance de 28.C00 livres.'*

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