CHAPITRE VI
4° Outre ces grands sujets de discussion , les communes présentèrent diverses pétitions pour obtenir le redressement de griefs particuliers, et le roi y répondit à la fin de la session. Il en accorda quelques- unes et promit de porter à d'autres l'attention la plus sérieuse: il n'en refusa nettement qu'un petit nombre (1). Le lecteur sera étonné d'apprendre que parmi celles-là il s'en trouvait une qui demandait que, dans le cas de poursuite pour des délits capitaux, il fût permis au prisonnier de faire comparaître des témoins pour sa défense. Jacques répliqua qu'il ne pouvait en conscience accorder une pareille faveur; que ce serait encourager et multiplier le parjure. Les gens étaient accoutumés à se parjurer même au civil, devait-on moins en attendre lorsque la vie d'un ami serait en danger (2) ?
Durant ces longues et fastidieuses disputes t il y avait un point unique sur lequel toutes les parties étaient pleinement d'accord comme de coutume: la persécution des catholiques. Â la demande des deux chambres, Jacques fit paraître une proclamation contre des prêtres et des jésuites; un acte fut passé, qui louait l'habileté par lui déployée dans sa controverse
retond, fussent taxés pour ta première fois, on ne leva que 69,066 livres. Extrait des revenus de Sa Majesté , p.
(1 ) Sur les plaintes que quelques-unes de ses proclamations tendaient à porter atteinte à la loi, d'autres a Infliger des punitions avant le jugement , Jacques répondit qu'il reverrail ses arrêtés, les réformerait, s'il y avait lieu , et n'en rendrait aucun qui ne fût désormais conforme aux lois ou à l'usage de «es prédécesseurs , dans les cas de nécessité. Journaux des lords, 669. Traités de Somers, n, 162. En conséquence, les juges furent consultés sur deux proclamations, l'une qui défendait d'élever de nouveaux bâtiments dans Londres ou dans les environs, et l'autre de faire de l'amidon avec du blé. Les conseillers insistèrent sur ce que chaque chose devait avoir un commencement ; que , s'il n'y avait pas de précédent pour celles-ci, il était temps d'en faire un, afin de défendre la prérogative royale. Mais les juges répliquèrent qu'une proclamation ne pourrait faire regarder comme un délit ce qui n'en était pas auparavant , parce que c'était changer la loi.ee qui ne pouvait être que par un acte du parlement. Les proclamai iou» étaient utiles pour informer les sujets des peines auxquelles les délinquants étaient soumis par la loi , niais ne pouvaient rien opérer de plus. Rapports de Cote , 74.
(2) Journaux des communes, 451 ; des oairs, 658. Wiudwood,iu, 193.
avec Bellarmin, et ordonnait, sous la peine de «pra?munire, «que toutes les personnes au-dessous de dix-huit ans prêtassent le serment d'allégeance rédigé par Sa Majesté; et, a pour la réfot mation des femmes mariées, papistes réfractaires,» il fut décidé qu'elles seraient mises en prison, où elles resteraient jusqu'à ce qu'elles reçussent le sacrement dans l'église, à moins qu'elles ne fussent rachetées par leurs maris, moyennant le payement de 10 livres par mois.
I.a perte des journaux nous a privés des particularités de la session suivante (16 oct.) ; mais nous savons que les communes firent de nouvelles demandes; que le roi persista avec opiniâtreté dans ses premières propositions, et qu'après des menaces répétées , il prorogea le parlement pour neuf semaines (6 déc). On employa cet intervalle en secrètes intrigues pour affaiblir les raugs de l'opposition; mais on ne réussit pas , et au jour fixé , le parlement fat dissous ( 1 ) ( 1 6 1 1 , 9 fév.). La non-réussite du plan favori de Cecil fut pour lui la source des plus amères vexations (2). Il avait, a la vérité, négocié des traités avec le roi de France et avec les États Généraux : ces deux puissances loi avaient promis de payer par termes fixes ce qu'elles devaient au roi d'Angleterre; mais ces promesses n'offraient pas, pour le présent, une ressource suffisante. Le trésor était vide, les officiers de la couronne demandaient leurs salaires; et l'on eut recours aux anciens expédients, de mettre en vente une portion des terres de la couronne, et d'envoyer des mandats, scellés des sceaux privés, pour opérer des emprunts dans Jes différents comtés (3); mais
(t) Journaux des pairs, 684, 685. Windvvood, in, 124, 235. Boderie, t, 492, 510.
(2) On lui doit beaucoup d'éloges pour le grand désintéressement qu'il montra dans cette tentative, car il aurait perdu son poste lucratif a la cour des tutelles. Windvvood , î , 41. Mais si nous devons en croire B<xlcfie, une indemnité pour lui-même entrait dans son plan : il avait l'intention de demander 40,000 liv. en argent , et 200 liv. de rente en terres. Boderie , App., 20, v, p. 1K9. Il fit connaître, le 17 juillet, sa perte aux communes; et, le 19, sir Maurice Berkley fit la motion que la chambre n'oubliât point l'honneur, la dignité et les profils du comte , qui se démettait d'une place aussi , avantageuse. Journaux , 451 , 462.
(3) Windwood , m , 235, 239, 301 . » Les sceaux privés vont de l'avant, mais d'une main tremblante, de peur
I que le sceau sacré ne soit refusé par '» dureté détaepérés
il ne vécut pas assez pour voir l'effet de ses mesures : sa constitution succomba sous l'affaissement de son esprit (I); les eaux de Bath ne lui procurèrent aucun soulagement (1612, 3 mai), et il expira à Marlborough (24 mai), en se rendant à Londres ('2).
TaBdis que Cccil travaillait vainement afin de pourvoir aux besoins de la trésorerie, l'attentiou du roi était occupée d'événements qui se passaient dans le cercle même de sa famille. Le lecteur a déjà entendu parler d'ArabcIla Stuart, sa cousine germaine. Son origine (elle descendait comme lui de Marguerite, la fille aînée de Henri VII) l avait engagé jadis à la regarder comme une rivale, et son esprit conservait le soupçon que, si l'on souffrait que ses ! prétentions lui survécussent, elles pourraient devenir dangereuses à sa propre postérité. Il la traitait comme sa parente, lui allouait une pension pour son entretien, lui accordait un appartenant au palais ; mais en même temps, il l'avait secrètement condamnée à un célibat perpétuel. Elle avait été liée dans son enfance avec William Seymour, fils de lord Bcauchamp: en grandissant, leur amitié s'était changée en une affection plus tendre (1611, 2 fév.), et un courtisan officieux avait révélé au roi que Seymour lui avait fait des propositions de mariage. De nouvelles terreurs s'élevèrent à l'instant dans l'esprit du roi, car Seymour avait aussi des prétentions à la couronne, descendant également de Henri VII, par Marie, sœur de Marguerite. Les amants furent mandés deux
d'un peuple chargé de préjugés. > Ibid., 309. On leva cependant 3,046 hv., qui ne furent rendus que cinq an* aprè*. 11 y avait aussi en Écotse une mine d'argent, sur laquelle ou comptait beaucoup. Boderie, tu, 128, 162, 189, 421. Elle produisit eu mine la valeur de 1,000 liv., qui coûtèrent en travaux 3,059 liv. Extrait, p. 10, 13.
(1) Wiudwood, m, 332. < Ce qu'il y a de pire , c'est qu'il est mélancolique et sans courage , de aorte qu'on • accorde à dire qu'il faut que sa seigneurie quitte ce monde , ou au moins qu'elle se débarrasse d'une grande' partie de tes affaires. . 3i8 , février, 17.
(2) « Votre .Majesté a perdu un grand sujet et un grand serviteur ; mais , ni j'avais a en faire un éloge convenable, Je dirais qu'il était plus propre a empêcher les affaires de se détériorer, qu'il n'était a lesaméliorer ; car il aimait un peu trop â attirer sur lui les yeux de tout Israël , et à tenir toutes les affaires sous le marteau , comme la terre dans les mains d'un potier, pour les modeler comme il le jugeait convenable, de sorte qu'il é ail plus « in opéra- Uooe quam in opère. • Bacon , vi , 52.
fois devant le conseil (10 févr.). On les réprimanda de leur présomption, et on leur défendit, sous leur allégeance, de se marier sans, la permission du roi (1). Ils s'y soumirent jusqu'à nouvelle entrevue : un mariage secret eut lieu, et quand Seymour réfléchit sur sa désobéissance, Arabella chercha à calmer ses craintes, en se rappelant la promesse qu'elle avait récemment arrachée de Jacques, qu'il ne s'opposerait pas à son union avec un gentilhomme, pourvu que ce fût un de ses sujets. Peu de jours suffirent pour dissiper son illusion : il fut envoyé à la Tour, et Arabella mise sous la garde de sir Thomas Parry, à Lambeth (2\ Leur sort excita néanmoins de la pilié. La négligence, i ou la connivence des gardiens permit quelques entrevues, et le roi, pour être assuré de leur séparation, ordonna d'envoyer Arabella à Durbam. Elle refusa de quitter sa chambre; mais les officiers la portèrent, dans son lit, jusqu'au bord de la rivière, la placèrent dans un bateau, et la conduisirent sur la rive opposée. Elle était déjà rendue à Barnet, quand Jacques, d'après le rapport de son propre médecin, s'attendrit , et lui permit de rester un mois à Highgate, pour rétablir sa santé. Sa résignation apparente à la volonté royale trompa tous ceux qui étaieut auprès d'elle, et le jour même que l'évéque de Durbam partit pour préparer un logement à son illustre pupille, elle quitta la maison sous des habits d'homme, se rendit à cheval à Blackwall, et, descendant la rivière, fut reçue à bord d'une barque française, frétée à cet effet (3).
(1) Wiudwood, m, 117, 119.
(2) Boderie, v, 357. Windwood, m , 201. Melville, le ministre écossais, qui avait été emprisonné pour une épiQramme piquante sur l'autel de la chapelle royale , accueillit Seymour avec les lignes suivauies :
Communii tecum mibi caaia est carenris. Ara- Bel La libi causa est , araque sacra nuhi.
(Windwood, ibid.)
(3) Pour se déguiser , elle mit sur ses jupes une paire de grandes chausses françaises à la mode, et, prenant un pourpoint , une perruque d'homme avec de longues boucles par-dessus ses cheveux, un chapeau noir, un habit noir, des boties roussatres avec des revers rouges, et une rapière au côté, elle sortit , entre trois et quatre heures , avec M. Markham. Apres avoir fait à pied un mille et demi jusqu'à un mauvais cabaret, elle se trouva incommodée au point que le valet d'écurie qui tenait l'élricr dit : • Ce gentilhomme aura de la peine à arriver' jusqu'à Londres. «Cependant , après avoir été nùse à ca-