‹ Histoire d' AngleterreChapitre 78 sur 307 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A la même heure, Seymour, déguisé en médeciu, sortit, saus être soupçonné, par la porte occidentale de la Tour. Un canot était tout prêt pour le conduire à la barque; mais le capitaine français, agite par ses craintes, refusa d'attendre, et, malgré les supplications d'Arabella, se mit en mer, tandis que Seymour, incertain de la route prise par sa femme, obtint d'un bâtiment charbonnier de le débarquer sur la côte de Flandre , moyennant la somme de 40 livres. La nouvelle de leur évasion fit renaître et confirma les soupçons de Jacques, qui l'attribua à quelque noire conspiration encore inconnue, pour les placer sur le trùnc. Mais dans le cours de la journée, la barque française, qui se trouvait à la hauteur du Nore, attendant toujours Seymour, fut prise, après une courte action, par un croiseur anglais, et l'infortunée Arabella envoyée à la Tour, Elle supporta d'abord sa destinée avec courage, en apprenant que son mari s'était sauvé; mais Jacques répondit à la demande qu'elle fit d'être mise en liberté : « Puisqu'elle a goûté du fruit défendu, elle doit payer sa désobéissance. » Quelque temps après, la rigueur de sa prison augmenta, en châtiment de quelque offense nouvelle, et son esprit, cédant au désespoir, donna des symptômes de dérangement. Elle mourut dans la quatrième année de son emprisonnement, victime d'une politique barbare, qui, pour se garantir d'un danger incertain et imaginaire, ne se faisait pas scrupule de priver une parente delà liberté et de la vie (1). Elle fut enterrée

lifourcboo sur un bon cheval, le mouvement de l'animai lui fit revenir des couleurs au visage , et elle passa ainsi à travers Blackwatl. Windwood , m , 279.

(t) Windwood, m , 442, 454. M. d'Israeli a réuni des détails tres-iniéressanls , relatifs à Arabella, dans ses nouvelles séries des curiosités de littérature , i, 256-291. tlisabetb Cavendish, comtesse de Shrewsbury, tante d'Arabella, fut en même trmps envoyée à la Tour, sur l'accusation de lui avoir donné des conseils. Aralwlla , en présence du conseil, répondit a toutes les questions qui la concernaient , mais pria qu'on l'excusât, ne voulant rien dire qui pût porter préjudice à la comtesse , qui avait refusé de faire des réponses. Elle avait fait vœu , di. sait-elle de ne révéler aucune particularité, et elle demanda a être jugée par ses pairs , s'il y avait quelque charge contre elle. Jacques.imitaiit la conduite dltlisabelh dans l'affaire du comte d'F.ssex , lui ordonna de paraître devant certains commissaires, qui étaient le chancelier , l'archevêque, plusieurs lords du conseil et quatre juges. Ils déclarèrent, 1* que le refus de répondre aux questions

de nuit, tans pompe, â Westminster, sous la même voûte où avaient été transportés les restes de l'infortunée Marie, reine d'Écosse.

Pendant que le roi punissait ainsi le mariage de sa cousine Arabella, il était sérieusement occupé à négocier des mariages pour son fils Henri et sa fille Elisabeth. Henri , son héritier présomptif , avait atteint sa dix-huitième année. Il n'existait que peu d'affection entre le père et le fils. Jacques n'éprouvait pour lui que des sentiments de jalousie et même de crainte, et le jeune prince , fidèle aux leçons qu'il avait autrefois reçues de sa mère , ridiculisait ouvertement les faiblesses de son père, et se vantait de la conduite qu'il tiendrait quand il lut succéderait au trône. Dans les rêves de son imagination, il était déjà un autre Henri V, et le conquérant de son royaume héréditaire de France. Les vertus et les talents du fils devinrent le sujet d'éloges outrés de la part de ceux qui étaient mécontents du père. Les zélateurs le regardaient comme destiné à être le réformateur de l'Église anglicane ; d'autres citaient des passages de l'Apocalypse qui lui réservaient la tâche glorieuse de chasser l'Antéchrist de la chaire papale (1). Il est inutile d'occuper le lecteur des divers établissements préparés pour lui par son père. Son mariage , ainsi que ses projets de conquêtes spirituelles et temporelles, fut arrêté par une mort prématurée, que quelques écrivains ont attribuée au poison , d'autres à la

faites par l'autorité royale était un grand mépris du roi, soit que l'inculpé soit un pair ou un simple particulier ; 2° que, ne formant pas une cour de justice, ils n'avaient pas le droit de juger, mais seulement d'avertir la comtesse de son délit et de ses conséquences : et 3° que , si la cause avait été portée à la chambre étoilée , elle eût été condamnée à une amende de 20,000 liv., et à un emprison^ nement a la volonté du roi. Procès d'État de Howclt , n , 770 -775. A cette occasion , lord Coke comptait au nombre des avantages de la pairie celui d'être exempt de la torlure dans les cas de haute trahison, lbid.,773. Lady Shrewsbury resta à la Tour jusqu'à la mort d'Arabella , et en fut alors renvoyée. La Vérité mise au jour, p. 70.

(1 ) Osborue , 264. Uarrington nous dit que les rimes suivantes étaient communes dans la bouche du peuple :

Henry lue eigbt pulled down abbeys and cclls,

But Ucary U>* uialb sball pull down Uibopt and Dell*.

Traduction.

Henri huit a renversé les abbés et les cellules,

Mais lie art neuf renversera les évéques et les rkxlie*.

(Naga antiqua, u , 3 )

HISTOIRE D'AMGLETERRE.

débauche, et d'autres encore , avec plus de probabilité , à son opiniâtreté et à sa turbulence. Dans le choix de ses amusements, il n'écoutait aucun avis. Il avait l'habitude de se baigner, pendant très-longtemps, après souper; de s'exposerau plus mauvais temps , et de prendre de violents exercices dans les plus grandes chaleurs de l'été. On remarqua, au printemps de 1G12, un changement considérable dans sa personne et dans son tempérament. Selon sa coutume, il passa tout le mois de septembre chassant , donnant des repas , et jouant au ballon et à la paume, et il se trouva si mal , à son retour de Ricbmond , que l'on consulta les médecins de la cour (1612, 10oct.).Son indisposition cependant augmenta, et il mourut (6nov. ), dans l'espace de quinze jours, au graud regret du peuple, qui, dans ses conjectures, n'épargna pas môme la réputation de son père. D'après le journal de sa maladie , et le rapport des chirurgiens qui firent l'ouverture de son corps, il est évident qu'il mourut d'une fièvre maligne (1).

La princesse F.lisabeth était la seule survivante de quatre filles, et , après ses deux frères, la plus proche héritière du trône. Elle fut demandée par de grands personnages , dont les plus distingués étaient le jeune roi d'Espagne, le prince de Piémont, et Frédéric , comte palatin du Rhin. Entraîne par la splendeur de l'alliance, Jacques préférait le premier ; mais les protestants zélés d'Angleterre, et le nonce du pape, en Espagne, s'y opposaient fortement. Les premiers craignaient que, parce mariage, le droit à la succession ne tombât éventuellement aux rois d'Espagne ; et le nonce s'élevait contre l'introduction d'une princesse protestante dans une famille distinguée depuis si longtemps par son attachement à la croyance catholique (2).

(I) Aulici» Coquinariaa 239, 241-251. L'Otterbonnte de Renie, préf. ; Traités de Somers, ti, 231-252. «Ex

• febri cou lu mari , quac ubique a magnis et insulauis fere . insotltis siccitatibus ac fervoi ibus ona per «statem po- « pulariter grassabatur , »ed raro funerc ; deiu tub au-

• lumiio erat facta letbalior. . Bacoo , vi , 60.

(2; Ou objectait que, quoique les enfanta fussent élevés d3i»sla religion du père, il était très- possible que des impressions reçues de leur mère, en bas âge , les engageassent a la quitter a une autre époque de la vie. Mu., lettre en ma powestion. Cille objection ne paratt pas avoir été sans rondement. Charles, frere d'Hisabcib, épousa une princesse catholique, et ses deux fils, Cbar-

Sous plusieurs rapports, on pouvait comme égales les prétentions desautres rivaux ; mais Frédéric dut sa prépondérance à sa profession de foi protestante, et , dès que les articles' de son mariage furent signés, il vint en Angleterre ( 1612, 15 oct. ), pour y recevoir sa jeune et belle épouse. On avait préparé une longue suite de fêtes et d'amusements, pour célébrer cet événement; mais la mort inattendue du prince Henri jeta un voile de tristesse, sur la cour, et quoique les parties eusseut été fiancées l'une à l'autre en décembre, la cérémonie du mariage n'eut lieu que le jour de Saint-Vatcntin (1) (1613, 14 févr. ). La cour d'Angleterre n'avait jamais paru avec un tel éclat. Le roi, la reine, cl le prince, étaient couverts des joyaux de la couronne , et la noblesse (on n'admit personne au-dessous du rang de baron) rivalisait entre elle de magnificence d.ms les habillements. f.lisabeth, qui n'était que dans sa seizième année, avait uue robe blanche, avec un couronct d'or sur la tête, et ses longs cheveux flottaient en tresses sus ses épaules. Elle était conduite par ses garçons d'honneur , le jeune prince, son frère , d'un côté, et le vieux comte de Northampton de l'autre ; et suivie par vingt filles d'honneur, de son âge, vêtues de robes blanches ornées de broderies (2). Elle monta, d'un pied léger et d'un air riant, la plate-forme de la chapelle royale. Le palatin remplit son rôle avec exactitude et gravité; mats la princesse , par joie ou par légèreté , troubla la solennité de la fétc par un sourire qui dégénéra bientôt en long éclat. Des réjouissances publiques terminèrent la cérémonie. Mais les gens superstitieux regardèrent la conduite de la jeune princesse comme un présage de malheur;

les 11 et Jacques II, quoique élevés dans la religion protestante, devinrent catholiques avant leur mort.

(1) Voyez leur première entrevue et le mariage dans Wmdwood , u , 4o3 , 434, 432; Traités de Somers, m, 40; Pbiloxeois , p. u, et Wilson, 690; leur mariage d<fD« tllis, m ,110, note. Pour défrayer une partie de la dé pente , le roi leva la taxe de 20 shillings sur chaque fief de chevalier, et sur chaque 20 liv. sterl. de terres tenues en roture (Rymer, 722 -735). Elle produisit 20,500 liv. iterl. (Extrait du revenu, p. 11). Touie la dépense s éleva à 50,2». liv. sterl., indépeudammeul de la dot qui était de 40,000 lbid. , p. 14.

(2; «Sa Majesté le roi portait un vêtement noir trèssomptueux*, et la reine était eu satin blanc* Extrait de Somers , tu ,48.

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