‹ Histoire d' AngleterreChapitre 79 sur 307 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

el l'on pensa , par la sulle , que les conséquences désastreuses du mariage avaient vérifié leurs craintes.

On peut passer des enfants du roi à ses favoris. Dès le commencement de son règne, il s'était entouré d'Écossais, auxquels il avait prodigué la fortune, les places, et les honneurs; mais tant que Salisbury vécut, aucun d'eux ne parut avoir possédé exclusivement ses affections, ou dirigé seul la distribution de ses faveurs. La mort de ce ministre puissant permit ! à Jacques de suivre ses inclinations : il choisit d'abord Robert Carr, et ensuite George Villiers, 'pour les objets de son attachement particulier; i et ces deux créatures des caprices cl de la bouté 1 du roi le gouvernèrent bientôt, et par lui les trois royaumes.

Carr dut sa brillante fortune à un accident. Le lord Ilay le choisit à un tournois comme écuyer , afin de présenter, selou l'usage, son i bouclier au roi. En accomplissant ce devoir, ' Carr fut jeté de cheval, et dans sa chute se j cassa la jambe. Jacques ordonna que le jeune homme fût porté dans un appartement voisin, envoya un chirurgien pour le soigner, et lui fit plusieurs visites en personne. Il se trouva que Carr, pendant son enfance, avait été son page en Écosse, et qu'il était de la famille de Fernyherst, fils de celui qui avait tant souffert dans la cause de l'infortunée Marie Stuart. I.a beauté de sa personne (I ) et l'esprit de ses réponses accrurent les droits que lui donnaient ses services et ceux de son père. La pitié se changea insensiblement en affection : Jacques le regarda comme un enfant adoptif ; il prit même la peine de l'instruire dans la grammaire latine, et ce qui était encore plus à propos, • dans le métier de courtisan» (2). Dès qu'il fut rétabli, il reçut journellement des marques de la faveur du roi, qui fit pleuvoir sur lui les

(t) «Ce jeune homme est droit, bien fait, se* épaules sont fortes et sa fleure est douce.» Nugas aotiqua?, i , 8(10.

(2) «Le prince s'appuie sur son bras, lui pince les joues, arrange »es vilement! dérangé*. Le jeune homme étudie l'artifice et la ruse ; il a change souvent de tailleurs et de coiffeurs , le tout pour plaire au prince. Le roi lui enseigne le latin tous le» matins , et je pense que quelqu'un devrait aussi lui apprendre l'anglais ; car c'est un jeune Écossais qui a grand besoin de savoir bien parler. ■ M.

richesses et les honneurs. Les terres qui échéaientà la couronne, et les présents que lui offraient ceux qui sollicitaient sa médiation auprès du roi, lui procurèrent une fortune de prince , et il fut successivement élevé anx honneurs de baron Branspeth, de vicomte Rochester, et de chevalier de la Jarretière ,1612, 24 mai). Il affecta toujours de ne prendre aucune part aux affaires, jusqu'à l'époque où plusieurs emplois importants vinrent à vaquer par la mort du comte de Salisbury, et que l'espoir de les obtenir, ou d'obtenir des places de ceux à qui on les accorderait, remplit la cour de candidats. Dans le nombre, quelques-uns cherchèrent la protection des deux llowards , du comte de SufTolk, lord chambellan, et du comte de Norihampton, lord du sceau privé, tandis que d'autres se déclarèrent les clients du jeune favori, le vicomte de Uochester. La cour se vit agitée par l'intrigue, la jalousie, et l'inimitié. Jacques, pendant plus d'un an, balança enire les deux partis, cherchant en vain à concilier leurs prétentions opposées (I). Ce fut, néanmoins, une heureuse époque pour Rochestcr, qui, bien qu'il n'en eut pas l'emploi, expédia les affaires comme premier ministre et principal secrétaire (m2}. Comme la tâche était au-dessus de ses forces, il eut recours à sir Thomas Overbury , qui lui avait servi de guide et de couseil depuis sa première entrevue avec le roi. Overbury était un conseiller capable et adroit, mais violent, capricieux, et présomptueux. Quoiqu'il eût été banni de la cour pour une insulte faite à la reine (1611, 8 novembre), il y fut bientôt rappelé à la sollicitation de Rochesler ; mais il ne put jamais obtenir les bonnes grâces du monarque, qui continua à le regarder comme un rival dans les affections de son favori , et l'instigateur des factions qui divisaient ses ministres. Le public loi faisait la cour, à raison de l'influence qu'il avait sur son patron : pour s'assurer sa protection, on lui offrait des présents considérables , et dans la matinée du 21 avril (1613), il se vanta à sir Henri Wolton de sa bonne fortune et de la per-

(1) «Ces emplois, durant leur vacance, avaient été le sujet d une opposition notoire entre notre grand vicomU et la maison de Suffolk. • Reliq. Wolton, p. 408.

(2) Birch, Négociations, 34», 350

•pective flatteuse qui s'ouvrait devant lui. Cependant, le même jour, avant le coucher du soleil, il fut envoyé au secret à la Tour (I). La cause de sa disgrâce fut la passion infortunée du vicomte pour lady France» Howard , fiHe du lord chambellan, Suffolk. A Page de treize ans, elle avait épousé le comte d'Essex, qui n'avait qu'un an de plus qu'elle. Aussitôt après la cérémonie, on avait envoyé le jeune marié à l'université, et de lu sur le continent : la jeune épousée fut confié caui soins de sa mère, qui donna beaucoup plus d'attention a ses talents d'agrément qu'à son éducation morale, la jeune lady Esscx devint l'ornement de la cour : son esprit, sa beauté, ses grâces, la placèrent au-dessus de toutes les femmes ; mais quand son mari revint, elle le reçut avec des marques non équivoques de dégoût, et si elle consentit occasionnellement à vivre avec lui, ce ne fut que par les ordres péremptoires de son père. Leur réunion ne fut pas longue : il se plaignit de la froideur de sa femme; elle passa son temps dans les pleurs et les récriminations, et ces dissensions produisirent enfin, delà part de l'un et de l'autre, une extrême antipathie. Elle avait à la cour beaucoup d'admirateurs , parmi lesquels on comptait le prince Henri et Rocheslcr. Mais ce dernier était l'amant favorisé , et dans une de leurs entrevues secrètes, il lui proposa de former une demande en divorce avec Essex, afin de pouvoir ensuite épouser le vicomte. Des motifs politiques engagèrent son père et son oncle à approuver ce projet , et le roi le regarda comme un moyen de fjire cesser la rivalité qui existait entre son favori et ses deux ministres. Mais Overbury, qui jusqu'alors avait favorisé les plaisirs des amants, s'opposa énergiquement, avec violence même, à leur union (2). Il voyait la ruine de ses espérances dans la réconcilialion de son patron avec ses ennemis : il objecta « la bassegsc de la femme » et l'infamie d'un tel mariage , et déclara qu'il connaissait et présenterait un obstacle insurmontable à leur union (3). Rochester eut la faiblesse de trahir

(1) Reliq. Wotton, 408-410; Windwood, m, 447; Procès d État , n , 993; Bircb , 329, MO.

(2) . Vous l'avez gaguée, dit-il, par mn lettres. . Windwood, in, 479.

(3) Ceci fut affirmé à plusieurs reprise*, lors du proce», et reconnu par Rochester lui-même. Mais quel pou-.

son conseiller, et Frances, dans sa foreur, offrit 1,000 livres à sir John Wood pour tuer Overbury en duel ; mais ses amis lui suggérèrent le moyen plus innocent de le renvoyer de la cour, en lui donnant une ambassade en France ou en Russie. L'archevêque de Canterbury vint sonder ses dispositions, et alors un ordre d'accepter celte mission lui fut apporté par le lord chancelier et le comte de Pembroke. Il refusa, observant que le roi ne pouvait ni légalement, ni avec équité, l'exiler de son pays. Cette réponse fut regardée comme un mépris de l'autorité royale, et le délinquant fut remis, avec le consentement de son patron, à la garde du lieutenant de la Tour(l). Peu de jours après, un procès en divorce, entre le comte et la comtesse d'Essex, pour cause d'incapacité physique, fut intenté devant une cour de délégués nommés par le roi. Toutes les formes judiciaires d'usage en semblable occasion furent soigneusement observées ; mais on soupçonna généralement que les parties en instance, et les juges qui prononcèrent en leur faveur, suivirent une autre impulsion que celle de leur conscience. Jacques aurait dû rester spectateur silencieux, et on lui reprocha de s'être mis spontanément en avant, et de s'être employé, dans le cours de la procédure, avec toute la chaleur et toute la partialité d'un avocat : démarche indiscrète, à laquelle le porta probablement son attachement à son favori, dont la reconnaissance ou la politique lui avait procuré, au milieu de ses besoins les plus pressants, un secours inattendu de25,000 1. (2). Quoi qu'il en soit, le roi entreprit de gagner les juges; il répondit à leurs arguments (3) (25 sept.), il leur défendit de

vait être cet obstacle? Je ne puis concevoir qu'il pût empêcher ce mariage, autrement qu'en révélant leur intrigue depuis plus de douze mois, et l'objet réel du divorce- Voyez sa lettre dans • la Vérité mise au jour, • 47.

(1) Windwood, m, 417, 453. Lettres deWaUoo, 408,411, 412.

(2) • Nous trouvant dans le plus grand embarras , et £ bout de notre science, pour trouver de l'argent, il envoya chercher un employé a ses recettes ; il lui donna la clef de sa caisse, et lui dit de prendre ce qu'il j trouverail pour le service du roi. On y trouva de 24,000 à 25,000 livres en or. • Windwood, m , 459.

(3) « Si vous avez des préventions a l'égard des personnes , il convient mieux que vous ayez une foi implicite en mon jugement , d'autant plus que mes connaissances en théologie sont connue», et que personne ne peut do*>

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