CHAPITRE VI
pousser plus loin leurs interrogatoires , il augmenta leur nombre , et enfin il obtint une décision en faveur du divorce, à une majorité de sept sur cinq (I). Overbury ne vécut
pour être informé de ce jugement ; il mourut la veille, après un emprisonnement de six mois, pendant lesquels il ne lui fut permis ni de voir J ses amis, ni de correspondre avec eux. L'époque et le genre de sa mort , les bruits qui se répandirent sur l'état du corps, et son enterrement précipité, firent soupcounergénéralement qu'il avait péri par le poison.
Bientôt après, France» Howard épousa son amant dans la chapelle royale ; et afin qu'elle ne déchût pas de son titre par 1 échange , on l'avait créé auparavant comte de Somerset. Frances eut l'impudence de paraître à la cérémonie (4 nov. ) avec ses cheveux tombant en boucles sur son sein , attribut distinctif d'une fiancée encore vierge. Le roi cl la première noblesse du royaume (26 déc. ) honorèrent les noces de leur présence. Une longue suite de
s'efforça d'égaler et même d'effacer la cour, attesta la servilité des courtisans, qui, pour plaire au favori du roi, célébrèrent, par des réjouissances publiques, un mariage qu'ils stigmatisaient en particulier commcadullèrc et illégal (2).
Cet événement scella le traité d'union négocié entre Somerset et ses adversaires , et termina les querelles qui avaient si longtemps troublé le conseil du roi. Mais il restait une autre source de sollicitude, le défaut d'argent, qui pouftuivit le prince jusqu'à sa mort. Le mauvais succès des expédients temporaires avait prouvé qu'il fallait chercher le vrai remède
1er de la droilure de ma conscience. La plut grande preuve de reconnaissance que pui«senl me dornwr des hommes qui , comme vous, me doivent tout , est de demander et de suivre mon avis, a moins qu'ils ne puisseut me démontrer que j'ai tort, ou que je suis mai informé. • Lettres du roi à l'arcbevéque Abbol, Procès d'État, n ,
( I ) Voyes le compte rendu de la procédure par l'archevêque Abbot , dans Uowell , u , 785, 8t>2. La plupart des juges qui se prononcèrent pour la nullité du mariage furent récompensés par le roi, mais se virent censurés par le publiç. Le fils de Bilson , évéque de Winchester, fut fait chevalier. On l'appela depuis sir Nullity Bilson. lbid., 829.
dans la bienveillance de la nation. Mais Jacques avait déjà essuyé tant de défaites dans le parlement, ses nerfs étaient tellement agités à l'idéede nouvelles contestations , que, pour surmonter sa répugnance , ses conseillers entreprirent, et de là leur vint le nom d'entrepreneurs {undertakers), de s'assurer d'une majorité décidée en faveur de la cour. Sous les régnes précédents, il suffisait, pour parvenir a ce but , que le chancelier fit connaître au shérif les volontés du roi. Sous le règne actuel , on mit en usage toute l'influence de la couronne et de ses officiers. Mais le résultat démontra qu'il existait dans le peuple un esprit décidément contraire au système adopté parte gouvernement. Le roi ouvrit la session par un discours conciliateur (1614, 5 août), qu'il termina par la demande de secours pécuniaires, et par l'offre de redresser une multitude de petits abus , énumérés dans les pétitions du dernier parlement. Mais on donna peu d'atlent tion au message royal. 1° La chambre retentit
fêtes et de mascarades , dans lesquelles la ville |- de plaintes .sur l'arrogance des entrepreneurs,
qui, parleur intervention dans les élections, avaient violé les privilèges des communes. On contesta la validité de plusieurs nominations; on éleva la question de savoir si le procureur général, sir Francis Bacon, pouvait légalement siéger dans la chambre ; et si cette faculté lui fut accordée pour la session actuelle , ce ne fut qu'à raison d'une prétendue nécessité d'État, et avec la réserve que celte tolérance ne pourrait s'étendre à ceux qui lui succéderaient dans son emploi (l). "I0 Au lieu de prendre en consi- • dération le subside demandé, les communes consacrèrent leur temps à des questions qui déjà avaient paru offensantes, le droit du prince à lever des impositions , et celui d'accorder des monopoles. 3° Quelques expressions attribuées à l'évèque de Lincoln dans la chambre haute mirent la chambre basse en fermentation. On rapportait qu'il avait dit que disputer au roi le droit d'imposition n'était autre chose que mettre la hache dans la racine de la prérogative, et qu'il n'avait pas caché ses
(1) En recherchant les précédents , on reconnut que des membres de la chambre avaient éie nommés attorneys (procureurs) par le roi, sans perdre leur siège; mais on ne trouva aucun exemple d'un individu nommé t; étant déjà employé par le roi.
craintes que, dans une conférence projetée, on ne se servît d'expressions d'une tendance séditieuse et incendiaire. Les communes demandèrent aux lords la punition d'un homme qui insultait à leur loyauté, et on leur répondit que révô(jue avait désavoué, par ses protestations et avec larmes, l'intention d'offenser une chambre pour laquelle il professait le plus grand respect (I) (31 mai).
Otte explication ne satisfit pas ses ennemis. Mais la patience de Jacques était à bout. Il ordonna aux communes (31 mai ) de procéder à la discussion du subside demandé, et il punit leur désobéissance par une prompte dissolution ( 7 juin). Le lendemain, on manda devant le conseil les membres dont l'opposition avait été la plus violente. On leur dit que Sa Majesté leur avait accordé la liberté, mais non la licence de la parole , et cinq d'entre eux furent envoyés à la Tour. Ils ne purent obtenir leur élargissement qu'après avoir nommé ceux qui les avaient conseillés et encouragés. Ceux-ci furent, à leur tour, appelés devant le conseil , et emprisonnés. Dans le langage affecté du temps , ce parlement fut nommé « le parlement stérile • (2).
La mort du comte de Morthantpton, qui survint après huit jours de maladie, occasionna
bellan , exerçant en même temps les fonctions de lord du sceau privé, mais sans commission officielle. Ils vendirent sans scrupule, au plus offrant, les emplois inférieurs qui n'étaient pas remplis par leurs parents ou leurs créatures(l). l-eur plus plus grande difficulté était de solder les intérêts des dettes du roi, et d'en empêcher l'accroissement. Dans ce but, outre les expédients temporaires, déjà adoptés tant de fois, ils eurent recours à des dons gratuits , d'abord restreints aux personnes en charge , et exigés ensuite de beaucoup d'autres (2). Jacques proposa lui-même une autre mesure, celle de réduire les dépenses de sa maison. Ses ministres y consentirent , mais avec beaucoup de répugnance. Ils craignaient (et l'événement justifia leurs appréhensions) que ceux qui souffriraient de ce nouveau système d'économie n'entrassent dans les rangs de l'opposition.
Parmi les charges vendues, celle d'échanson était échue à George Villiers, l'un des fils de sir Édouard Villiers, de Brookesby , dans le comté de Leicesler. Il était de belle taille et bien proportionné ; ses traits annonçaient un esprit actif et un caractère aimable, et une courte résidence à la cour de France avait donné à ses manières celte politesse que Jacques aimait dans
une nouvelle distribution des emplois à la cour les autres, sans avoir pu l'acquérir lui-même.
Le nouvel échanson attira bientôt l'attention de son maître. Ses réponses à diverses questions augmentèrent l'impression favorable produite par ses agréments extérieurs, et la chaleur avec laquelle le roi parla de son mérite suggéra aux comtes de Bedford , de Pembroke, et de Hcrtford , l'idée de l'opposer comme rival à Somerset. La résolution en fut prise dans un grand dîner politique, donné au château de Baynard (3), et l'archevêque Abbot fut chargé de solliciter la coopération de la reine. Après plusieurs refus, elle y consentit, bien que sa réjwnsc manifestât une profonde connaissance du caractère de son époux. « Milord , dit-elle,
(13 juillet). Suffolk fut nommé lord trésorier, Somerset lui succéda dans la charge de cham-
(1) Journal des lnrds, 713. Dan» les usages actuels, une chambre est censée ignorer ce qui se passe dans l'autre ; mais les lords, au lieu de réclamer alors leur privilège, se bornèrent a y faire allusion daus leur réponse. «Us avaient donné satisfaction aux communes, afin de dépêcher le service de Sa Majesté; mais a l'avenir les opinion* d'aucun de leurs collègues ne pouvaient être attaquées » sur la seule allégation d'un bruit public » Ibid.
(2) C'étaient, 1° sir Walier Chute , qui , • pour acquérir la réputation d'un homme hardi, après avoir perdu celle de sage , se jeta un matin dans une déclamation ausM iusipide que hors de saison, contre le siècle. 2° John Ikxkins , qui s'y trouve à cause de son esprit plus enjoué que relui de Chute, et à raison de la licence de sa langue, qu'on a baptisée du nom de Liberté. 3° Wentwortb , légiste, dont le crime était d'avoir appliqué des textes d'Éxéchiel et de Daniel à l'affaire des impositions. 4° Christophe Revit, jeune homme frakheii ent sorti du collège, et qui, ayant recueilli beaucoup de sentences latines contre les rois, en lit la base d'un long discours. > Reliquat WiriUHiianat, 433. Ce fut le premier parlement dans lequel les communes, pour exclure les catholiques , ordonnèrent que chaque membre prêterait publiquement le serment avant de siéger. Jouro. , 457.
(t) Ainsi lord Knolles fut nommé gratuitement président de la cour des pupilles, pat ce qu'il avait épousé uoe fille de lord Suffolk , taudis que sir Fmk Greville donna 4,000 liv. a lady Suffolk et à lady Somerset pour la chancellerie de l'Echiquier. Néfiociations de Birch, 380.
(2) I^s dons gratuits produisirent 52,909 Ut. Extrait des revenus de Sa Majesté , p. 12.
(3) Aul.Cnq.,261.