‹ Histoire d' AngleterreChapitre 8 sur 307 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

tilude de lettres interceptées, ou trouvées dans sou cabinet, sa correspondance avec Mendoza , Morgan , Paget cl autres. Si ces letires étaient authentiques, et il y a bien des doutes à cet égard , elles montraient que non-seulement | elle avait approuve le plan d'invasion formé à Paris, mais qu'elle avait encore offert d'en faciliter l'exécution, en déterminant ses amis, en Ecosse, à prendre les armes, à s'emparer de la personne de Jacques , et à empêcher tout secours de parvenir en Angleterre ( I ). Quoique Marie refusât d'admettre celte charge, elle ne la repoussa pas d'une manière absolue. Elle la traita de frivole. Elle n'était pas liée, disait-elle, par leurs statuts; elle était l'égale et non la sujette d'Elisabeth ; et , entre égaux et souverains , il n'y avait d'autre loi que la loi de la nature : cette loi l'autorisait complètement à chercher les moyens desc délivrer d'une injuste captivité. Elle avait d'abord offert des conditions qu'Élisabeth avait trouvées raisonnables, et elle avait déclaré que si elles étaient rejetées, elle aurait recours à d autres moyens. Mais prières, propositions, avertissements, tout avait été dédaigné; et quel était donc l'homme qui pouvait la blâmer si, dans dételles circonstances, elleavait consenti à accepter les offres de secours qui lui avaient été faites par ses amis?

Elle repoussa avec larmes et véhémence le second chef de l'accusation, qui la présentait comme ayant conspiré la mort de la reine. Pour le prouver, les avocats de la couronne lurent la copie d'une lettre de Babington à Marie, qui contenait ce passage : « Quant à l'assassinat de l'usurpatrice , dont l'excommunication nous a affranchis de toute obéissance envers elle , six gentilshommes, mes amis intimes, tous zélés pour la religion catholique, et dévoués à Votre

(1) Ce projet de «'emparer de la personne de Jacques , et de le faire sortir du royaume , fit beaucoup de ion a Marie. Mais il eût été juste de se rappeler que la conduite de »es ennemis aurait pu le lui inspirer, qu'ils s'étaient rendus maîtres plusieurs fois du roi, et qu'Élisabeib avait souvent demandé que le roi fût envoyé en Angleterre. On lut une autre lettre dans laquelle elle exprimait l'intention de léguer au roi d'Espagne ses droits a la succession du trône d'Angleterre. Mémoires de Hardwicke. 247. Elle répondit simplement qu'on l'avait forcée a prendre de semblables mesures: ses ennemis l'ayant piivée de tout espoir en Angleterre, elle avait été contrainte à cbcrchcr des amis au dehors. Howell , 1 188.

Majesté, entreprendront cette tragique exécutiou.oOn lui lut ensuite une copie de sept poinis en délibération, que l'on disait extraits de sa réponse à Babington, et dont le sixième était : «par quels moyens 1rs six gentilshommes songent-ils à procéder»? (1) Il y avait d'autres passages dans la même copie, faisant également allusion au dessein des six gentilshommes (2); mais les commissaires insistèrent particulièrement sur celui-ci : suivant eux.il établissait la pari ici pal ion de Marie avec babington au crime d'imaginer r t de comploter la mort de la reine. Si ces deux passages étaient authentiques, il était évident que Marie avait consenti à l'assassinai d'Elisabeth.

On doil remarquer que les documents exhibés devant la cour furent déclarés n'être que des copies. On ne fit aucun effort pour montrer ce qu'étaient devenus les originaux, ni quand, où. et par qui les copies avaient été faites. Les avocats de la couronne observèrent sur ce point un silence mystérieux et bien suspect. Ils crurent suffisant de dire qu'il y avait eu des originaux d'où provenaient les copies; et, d'après celte façon de voir, ils ajoutèrent : 1* l'aveu de Babington, qu'il avait écrit une lettre à Marie et en avait reçu une réponse contenant les mêmes passages, et qu'il croyait ces copies fidèlement transcrites sur les originaux ; '2° les confessions de Nau et de Curie, peut-être corri gées et détournées de leur sens, desquelles il semblait résulter que la manière de procéder de la part des six gentilshommes était l'un des sujets recommandés par Marie à la délibération; 3° l'aveu fait, dans plusieurs de ses lettres a ses correspondants étrangers, qu'elle avait reçu des conspirateurs un rapport sur leurs projets, et leur avait donné ses instructions sur différents points. On prétendit que ces confessions

(1) Cette pièce a quelque chose de grossier et de mal adroit en sa forme , qui la rend suspecte ; sur loux les autres points, le langage est afnnualif, cl sur celui-ci, qui est au milieu , la forme est iatcriogative. Le lecteur s'étonne que la quesiion se présente en ce iieu.

(2) Voici le plus fort : « Les affaires étant ainsi préparées, et les forces en état de se mettre en mouvement au dedans et au dehors du royaume , il sera temps de m<ure les six gentilshommes à l'œuvre, faisant en s rie qu'au moment de l'accomplissement de Irnr dessein, je puis.* être transportée hors de ce h u. •

et aveux prouvaient suffisamment l'authenticité des deux lettres.

D'abord la reine d'Écossc, dans son ignorance des preuves que Ton devait produire , refusa de reconnaître qu'il y eut eu jamais une correspondance entre (H le et Babington; toutefois, après la production et la lecture des lettres, elle admit sans hésitation sa note du 15 juin, mais nia résolument qu'elle eût jamais écrit une réponse comme celle du 17 juillet. «Elle protesta, dit Burjhlcy, que les points de sa lettre concernant la pratique contre la reine, ne furent jamais écrits ni par elle ni par personne de sa connaissance Elle soutint que si ses ennemis avaient voulu connaître la vérité, ils auraient dû, au lieu de faire mourir Babington, le lui opposer comme témoin; que sa confession, si toutefois elle était réelle, n'avait aucune valeur ; que l'espoir d'obtenir sa grâce avait pu la lui arracher; quelle ignorait ce que Nau et Curie avaient reconnu , mais que Nau était simple et timide, et que Curie était toujours de , l'opinion de Nau ; qu'il était possible qu'ils eussent affirmé ce qui était faux, espérant se sauver par ce moyen, sans exposer la vie de leur maîtresse ; que relativement à la réponse qu'on lui attribuait , elle ne la connaissait que de ce jour; que ce n'était pas la première fois que ces lettres avaient été copiées et inierpollées, qu'il était facile d'imiter les chiffres et l'écriture, que cela récemment avait été fait en France, qu'elle craignait bien que cela n'eût été fait aussi en Angleterre par Walsingham pour la conduire a l'échafaud; car Walsingham, si on l'avait bien informée, avait antérieurement formé des complots contre sa vie et celle de son fils. A ces mots, le secrétaire se leva et protesta devant Dieu qu'il n'avait jamais rien fait, comme particulier, qui fût indigne d'un honnête homme, et comme officier public, qui pût le rendre indigne de son emploi. Quoique sa réponse fût plutôt une évasion qu'une dénégation de l'accusation, Marie le pria de ne pas s'offenser. Elle lui avait répété franchement ce qu'elle avait entendu dire, et elle espérait qu'il n'accorderait pas plus de crédit aux gens qui la calomniaient, qu'elle n'en donnait à ceux qui

fl) Burghley a Davison , tô cet El.is , m , 12. Hard w icke Pap , i, 233.

l'avaient accusé (1). Elle déclara de nouveau qu'elle ne savait rien de ces coupables phrases, et demanda ses papiers, avec lesquels elle expliquerait beaucoup de choses qui paraissaient obscures à ses secrétaires , parce que , s'ils lui étaient confrontés, la vérité se ferait bientôt connaître ; jusqu'à ce moment on devait les considérer comme indignes de tout crédit. Ils avaient juré de garder ses secrets; s'ils l'avaient accusée de choses vraies, ils s'étaient parjurés envers elle ; s'ils l'avaient accusée faussement , ils s'étaient parjurés envers la reine d'Angleterre.

Puisque l'authenticité de la copie était disputée, il n'y avait que deux moyens de résoudre la difficulté : le premier et le plus concluant , produire la minute et la lettre originale qui étaient entre les mains de Walsingham; et si rela ne pouvait être accordé, confronter Nau et Curie avec leur maîtresse; à quoi Élisabeth avait consenti avec une certaine répugnance. Mais pour des motifs très-bien connus des poursuivants, les deux partis furent repousses. Marie demanda d'être entendue en plein parlement , ou devant le conseil , en présence de la reine, qui, elle en était persuadée, ne refuserait pas celte faveur à une sœur. Alors se levant avec un air de confiance, et adressant quelques paroles en particulier au lord trésorier, au comte de Warwick, à Hattonctà Walsingham , elle se retira dans son appartement. Les commissaires, après une courte consultation, ajournèrent l'assemblée ( 15 oct.) au 2ô octobre, à la chambre étoilée de Westminster (2).

Ce jour-là, malgré les réclamations de l'ambassadeur de France, la cour fut ouverte eu

( I ) Camden, 499.

(2) Camden, 506. Burghley, écrivant le même jour , dit de la défense de Marie : « Un grand débat très-long a eu lieu hier soir, et aujourd'hui il seM renouvelé avec une grande chaleur. • Il donne les raisons suivantes pour l'ajournement : quoique le» commissaire* fussent prêts à rendre jugement , ils ne le pouvaient tant que le rapport ne serait pas rédigé, ce qui occuperait cinq ou six jours. Maintenant, comme leur suite montait a environ 2,000 personnes, ils i.e pouvaient rester ti longtemps en ce lieu saiis eau*: r une consommation de pain beaucoup plus grande que le pays n'était capable d'en fournir. Burghiey a Davison , 15 oct. Ellis, m, 13. Mais Walsingham informe les ambassadeurs près des cours éirangcres, • que l'ajournement lut convenable, attend!) qu'il s'agissait d une personne de la quailéde Marie. » Wright, n. 320.

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