CHAPITRE VI
vous ne savez pas ce que vous demandez. Si Villiers obtint la faveur du roi , vous en serez les premières victimes. Je ne serai pas plus épargnée que les autres. Le roi lui apprendra à nous traiter tous avec hauteur et mépris(l). » A la fêle de saint George, le nouvel échanson prêta serment comme gentilhomme de la chambre, avec un traitement annuel de 1,000 livr., et le jour suivant , pendant qu'il commençait les fonctions de sa nouvelle charge [24 août), il reçut les honneurs de la chevalerie.
Dès ce moment , l'influence de Somerset déclina. La cour fut divisée en deux partis, laborieusement occupés à se ruiner l'un l'autre. Tous ceux qui enviaient la puissance du favori, ou qui avaient souffert de son ascendant , s'attachèrent à la fortune naissante de son com-
en présence du roi , comme d'une insulte; mais le roi lui imposa silence, par cette exclamation menaçante : « Oui! si Coke m'envoyait prendre, je devrais moi-même marcher, » et dés qu'il eut tourné le dos, il ajouta :« Le diable t'accompagne, carde ma vie je ne reverrai Ion visage. «. Peu de temps après, Coke arriva : Jacques le chargea de l'examen de celte affaire, et termina par cette imprécation : « Que Dieu vous maudisse, vous et les vôtres* si vous épargnez aucun d'eux , et que sa malédiction tombe sur moi , si je leur pardonne > (1).
Coke remplit cette tache avec un 2èle peu commun , stimulé peut-être par la crainte d'encourir le soupçon de partialité, que pouvaient faire naître s. s obligations antérieures à Somerset. Après trois cents interrogatoires, il
pétiteur(2). Le soupçon qu'Overbury était mort ; présenta au roi un rapport établissant que
Frances, comtesse dFsscx, avait été dans l'habitude d'employer la sorcellerie pour aliéner les affections de son mari, et pour gagner celles de Rochester; qu'un plan avait été concerté entre les deux amants et le comte de Norihampton, pour éloigner Ovcrbury, le seul obstacle à leur mariage; que par leurs iiuinriivres combinées, Ovcrbury avait été envoyé à la Tour, le lieutenant Wade destitué, pour faire place à Elwes, et West on recommandé pour gardien du prisonnier; q ;e la comtesse s'étant procuré, a l'aide de mistriss Turner, trois espèces de poisons de l'apothicaire Frank-
par le poison se soutenait par des bruits répandus» dessein. On insinuait qu'en recherchant les auteurs du meurtre, on remonterait des agents inférieurs au comte et à la comtesse de Somerset ; et un aveu imprudent d'Elwcs, lieutenant de la Tour, au comte de Schrewsbury , vint mettre sur la voie de cette découverte. Le secrétaire d'État Windwood, poussé par l'archevêque, et sous une promesse de protection de la reine , se hasarda à parler de cette circonstance à Jacques. Le roi proposa certaines questions par écrit à Elwes, et les réponses de celui-ci lui donnèrent des doutes suffisants
sur l'innocence de la comtesse et de son favori, | |jn, elle les avait confiés aux soins de Wcs
et soit par sentiment de justice , soit par crainte de l'infamie , il envoya un ordre a sir Edouard Coke, lord grand juge, pour lui prescrire d'expédier celui d'arrêter le comte. En attendant , il le laissa dans l'ignorance du sort qui le menaçait; il l'admit comme à l'ordinaire dans sa société, et le messager Royston le trouva ( rr août), à son arrivée , les bras passés autour du coude Somerset, et lui baisant la joue. Ce seigneur se plaignit de son arrestation,
(1) Abbot, qui raconte lui-même cette anecdote , oblerve que le roi n'admettait jimais dans «on intimité une personne qui ne lui ent pas été recommandée par la reine. Si ensuite elle se plaignait du favori, il lui disait : c C'est le vôtre , c'est rous-meme qui me l'avez recommandé. > Notre vieux maître prenait un grand plaisir à des choses 4e ce genre. Rushwortb, u, 446.
(2) Bircb, 383-3*4.
ton; que ce dernier les avait administrés au prisonnier, à la connaissance du lieutenant Elwes, et qu'enfin le malheureux Ovcrbury était mort e*n prison, victime de la malice ou de la précaution de Roches! cr et de sa maîtresse (2).
Rien ne manquait à cette histoire qu'une rai-
(1) Il y a plusieurs récits sur la réparation d« Jacques et de Somerset. J'ai suivi celui de Ro(;m- t oke dans sa déclaration. Voyez Wetdon, 100: llist. sec. du roi Jacques, l, 409; H, 222,223 ; Procès d Êlal de Uowell, n,%5.
(2) Bacon, tv , 470. Weston.437. On dit que toke, ayant obtenu la poswsj.ion du (wïtnoiie de tonna n le sorcier.que la comtesse d Eucx et d'autres femmes a» aient l'usage de consulter, trouva à la première p;ige le nom de la sienne. Il y a, dans un traité intitulé f'éritabte introduction à la lumière, p. 7-70, un lonp; récit de cette affaire , mais (i chargé d'erreurs , qu'il ne mérite i crédit.
son plus satisfaisante du meurtre d'Ovcrbury. Ce ne fut pas une tâche difficile pour sir Edward Coke , qui se vantait de la facilité avec laquelle 'il découvrait les mystères les plus cachés aux yeux des autres. Il trouva une lettre d'Ovcrbury, où il était question des secrets de Somerset; il prétendit que ces secrets étaient d'une nature séditieuse et perfide. A l'aide de quelques conjectures, il accusa hardiment le comte du meurtre du prince Henri (I). U reine prit immédiatement l'alarme, ou plutôt elle le feignit. Elle n'avait aucun doute, affirmait-elle, qu'il eût existé un projet pour l'em|>oi$onner, elle , son fils Charles et le prince palatin , dans le but de marier la princesse Élisabeth à Thomas , fils du comte de Suffolk et frère de la comtesse (2); mais Jacques ne se laissa pas égarer par les terreurs de sa femme , ou les soupçons du grand jupe; la seule charge à laquelle il donna crédit fut celle qui accusait Somerset d'avoir reçu de l'argent de l'Espagne, et d'avoir promis, en échange, de livrer Charles, l'héritier présomptif, aux mains du monarque espagnol (3).
Les coupables inférieurs, Weston, Turner, Franklin, et Elwes, furent d'abord amenés à la barre. La suite de leur procès parait prouver qu'ils avaient été complices du meurtre. Cependant , beaucoup de personnes attribuèrent, a cette époque, leur condamnation à une conspiration contre Somerset, et cette opinion se fortifia par le langage ambigu de quelques-uns des condamnés sur le lieu de l'exécution (4). Sir Thomas Monson fut jugé ensuite; il avait recommandé Weston comme gardien d'Ovcrbury,
(1) Celle lettre a été publiée sur l'original. Windwood, m, 478. irn'y a aucune raison d'en conclure que ces secrets fussent important* pour le public. Ovcrbury ne parle pas du projet de les révéler. Il dit seulement qu'il avait écrit l'histoire de ses rapports avec Somerset , afin que se» ami* pussent connaître l'ingratitude du comte.
(2) L'ambassadeur de France, dans M dépêche du 22 décembre , apud Carte, iv, 33.
(.1) Bacon , iv. «JO.
(4) Sir J. Ilollis . »ir Wf nlworlh , sir Th. Varassour, sir ttenn Vane, et M. Sackville , se rendirent au gibet, et sommèrent WcMon d'avouer le fait, s'il était coupable. • Fait ou non , dit-il , je meurs justement. > Os seigneur* furent accusés , dans la chambre étoilée , d'avoir tenté d'avilir la justice du roi. Mollis et Wenlworth furent condamnés a nn an de pria» et à 1,000 litre* d'amende. Bacon , iv. 447.
et Coke l'exhorta à confesser sa culpabilité et h s'abandonner à la miséricorde du roi. Mais il rejeta cette insinuation avec mépris, et, à la grande surprise du public, ramené de la barre à la Tour, il recouvra bientôt après sa liberté (I).
Les autres procès furent ajournés jusqu'à l'arrivée de Digby, ambassadeur à la cour d'Espagne, où l'ordre de revenir en Angleterre lui avait été expédié; mais on ne put en rien tirer qui compromit la loyauté de Somerset (2). L'affection de Jacques commença à renaître (Il avril). Sa réputation exigeait que son ancien favori fût jugé, mais il se proposait de le dérober au châtiment, en l'enlevânt de là barre an moment où le verdict serait prononcé, et quand il fut informé que le jugement, d'après la loi , devait suivre immédiatement, il annonça son intention de lui accorder son pardon ; et défendit , dans ce dessein, au procureur général, d'exagérer le délit, afin que le prisonnier ne parût point indigne de merci. On conseilla plusieurs fois au comte de s'avouerxoupable, et on l'assura que le roi lui laisserait sa vie et sa fortune. «La vie et la fortune, reprit-il avec indignation, ne sont pas dignes d'être acceptés quand l'honneur est perdu ! j> (3). Pour échapper
M) Wilson dit que c'est à cette occasion que le» aile» de OAe furent roGoées , et Monson mis en liberté, parce que le grand ju/ie arait fait allusion à la mort du prince Henri. Wilson, 702. Os ailes de Coke furent coupées par une autre cause , comme le lecteur le verra , et Monson fut ajourné jusqu'au retour d'Espagne de Digby, pour être uilerrogé sur la trahison espagnole. S'il eût été préalablement condamné , ion témoignage n'aura t point été admis comme preuve.
(2 Bacon , iv, 80-90. Birch, 392.
(3j Voyez les artifices employés pour amener Somerset a un aveu . et le désir du roi a ce sujet, dans Bacon , m, ICI . Cabala, 33 38, 53. Procès d'Étal de Howell. 262. Archéologie, xvm , 35.». Plusieurs écrivains attribuent l'anxiété de Jacques a un terrible secret dont Somerset aurait eu la communication , et dont la révélation aurait pu couvrir le caractère du roi d'infamie. Pour moi, je ne doute pas qu'elle ne fui due à son attachement. Os passages suivants des lettres du roi au lieutenant de la Tour, sir George More, sont ires-intéressant». • Dieu sait que ce n'est qu'une ruse de sa méchante cervelle, au moyen, de quoi il esprre éluder son jugement. Il est facile de prévoir qu'il veut me menacer de jeler sur moi le soupçon d'avoir été complice de son crime. S'il veut m'écrire, ou m'envoyer un message touchant cet empoisonnement, il n'est pa» nécessaire qu'il soit secret. S'il s'agit d'une autre affaire, ce que je ne puis recevoir mainte -