CHAPITRE VI
à la honte du procès criminel , il sollicita la permission de voir le roi, ou du moins de lui écrire une lettre particulière. Se voyant refuse, il prit un ton plus hardi et essaya d'intimider Jacques, en déclarant qu'à la barre il tirerait une ample vengeance du prince qui l'avait livré au pouvoir de ses ennemis. Quand le jour approcha , il annonça qu'il ne quitterait pas sa chambre. Il feignit une maladie ou un dérangement mental; enfin, à l'exemple de sir YValtcr Raleigh, il attenta , ou voulut attenter à sa vie. Le roi fut inexorable. 11 ordonna au lieutenant de la Tour d'employer la force, s'il était nécessaire, et d'informer le prisonnier que, s'il se permettait un langage inconvenant pour son roi , il serait éloigné de la barre, sans que son absence mit aucune interruption à la procédure. De là on a inferé que Somerset était en possession de quelque secret dont la révélation serait une honte indélébile pour le roi. Cette conclusion me parait fort contestable. Nul ne connaissait mieui les dispositions royales que le favori tombé; son obst i oation, ses menaces, et son désespoir,étaient probablement calculés pour agir, tantôt sur la timidité , tantôt sur les sentiments de Jacques; et c'est au succès partiel de ces moyens que Ton peut attribuer la sollicitude du roi pour obtenir que Somerset fût convaincu, sans
oant sous le sceau du mystère, je le pourrai «pré* ion jugement et autant a «on profit; mate, a moin» qu'il n'y ait un jugement ou un aveu préalable, je ne puis recevoir de lui un me*Mf;e secret sans m 'exposer au soupçon d'être complice du crime. • Archéologie, 355. Le 9 mai . Jacques envoya en «ecret l'ancien secrétaire de Somerset, avec de* propositions telles que. «s'il y a quelque étincelle de grâce en lui, j'espère qu'elles auront un bon effet.» Ibid., 356. Le 13, il ordonna au lieutenant de réitérer ses offres, avec la promesse de les augmenter, t Je n'entends pas , disait le roi, qu'il confesse le crime, s'il est innocent : ce serait une action honteuse ; mais vous savez que cela est tout a fait invraisemblable. Que psr.'onne n'ait connaissance de ceci. Si mes propositions •ont bien reçues, persuadrz-le d'envoyer aux commissaires , pour leur donner de la saiisfaction. S il reste dans son obstination, je ne veux pas de sa réponse; elle n'aurait aucun résultat. Point de nouvelle vaut mieux que mauvaise nouvelle. > Ib. , 350 , 357. Le jour qui précéda l'ouverture du procès, Somerset parut furieux. Le roi lui envoya lord Hay et sir Robert Carr , et ordonna au lieutenant de faire *on devoir . si Somerset refusait de se rendre a la barre. Il conclut ainsi : < S'il a dit quelque chose d'important 5 lord Hay , je dénîre le savoir sur-leebarop ; sinoo, que je ne sois plus troublé de celte affaire, jusqu'à ce que le procès soit terminé. » 1b. , 368.
pourtant qu'il devint indigne de pardon.
Les exhortations du ministre Whitings, qui avait donné des soins aux autres prévenus, amenèrent la comtesse à faire l'aveu du crime (24 mai). Elle fut, en conséquence, citée devant les pairs. Elle parut pâle et tremblante, tandis que le secrétaire lisait l'acte d'accusation, et au nom de Weslon, elle cacha son visage sous son éventail. Après qu'elle eut fait l'aveu de son crime, Bacon, le procureur général, exposa à la courtes preuves qu'il aurait produites, s'il eût été nécessaire; mais il avait eu la précaution de renvoyer de la barre la comtesse , afin qu'elle ne l'interrompit pas , en protestant de l'innocence de son mari. Quand il eut achevé, la comtesse fut rappelée ; elle entendit sa sentence de mort ( 1 ).
Quoique Bacon , par cet artifice, eût préparé la cour à croire à la culpabilité de Somerset, il n'en voyait pas moins le résultat avec anxiété ; car c'était , observa- 1- il au roi , une chose bien différente d'obtenir le verdict d'un jury de Londres, ou de convaincre la chambre des lords (25 mai). Le comte, en opposition à son attente, parut à la barre, froid et recueilli, line fit aucune mention du roi, mais il repoussa toute exhortation à un aveu , maintenant hautement son innocence , faisant des objections aux prétendues preuves, et expliquant autrement les circonstances qui semblaient militer contre lui. Après une longue procédure, les pairs le déclarèrent coupable; mais ce jugement fut attribué, par beaucoup de personnes, plutôt au pouvoir de ses ennemis qu'à la force des preuves qu'ils avaient produites (2). Peu de jours après ( 11 juillet), la comtesse reçut son pardon : la même faveur fut refusée par le comte. Il était , disaitil , innocent et outragé , et il ne pouvait accepter que l'abolition du jugement qui l'avait condamné. Quelques années plus lard, cependant, convaincu de l'acharnement de ses eunemis ,
(1) Bacon, iv, 465; vi, 103. Procès dliat, u, 951,
(2) Dans une lettre adressée J Jacques, Somerset prétend que s'il avait eu accès auprès du roi, il aurait prouvé que le crime qu'on lui imputait n'était point un crime, et q u'il succombait plutôt pour s'êire mal défendu qu'à cause de la force des preuves alléguées contre lui ; il s'était abandonné lui-même, et avait trahi sa propre cause. Cabala, 222.
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et reconnaissant que le prince était entièrement changé pour lui, il sollicita ce qu'il avait dédaigné, et reçut, avec sa grâce, la promesse que ses propriétés lui .seraient rendues. Quatre mois après ( 16*24 , 7 oct.\ Jacques mourut , et Somerset réclama . mais en vain , de la pitié ou de l'équité de son successeur, l'accomplissement de cet te promesse. La comtesse mourut en 1632; le comte lui survécut de treize années (l).
La chute deSomerset fut suivie de la disgrâce de l'homme dont l'adresse aciiveaviiii découvert l'assassinat d'Overbury , le célèbre légiste Edward sir Ole. Il n'avait pas d'égal dans la connaissancedes lois; mais ses idéesétaient étroites, sans libéralisme ; sa nature . arrogante, dépourvue de sensibilité; «t il se montrait toujours prêt à exa ter la prérogative aux dépens des droits du peuple. Dans les procès politiques, il poursuivait ses victimes avec l'ardeur et la sagacité d'un limier, n'épargnant ni la fraude ni le mensonge pour assurer une condamnation. Il avait parcouru lentement et avec prudence les divers degrés de la magistral urc. jusqu'à ce que Jacques l'éle\at au premier poste, d'abord à la cours des plaids communs , ensuite à celle du banc du ro;. Dès les premiers pas. sa démarche fut basse et servile; mais dès qu'il se vit paré de l'hermine . le syeophante prit un ton d'indépendance et d'autorité qui surprit le roi et .provoqua l'hostilité de ses rivaux et de ses égaux. Lors de la démission du lord Ellesmère, il avait autorisé les insinuations malignes de Bacon, qui cherchait à obtenir celte place pour mi-méme, à force de complaisance et de flatterie,
(\) Pour rendre une entière justice à Somerset, on doit ajouter ce qu'il dit de ne* servirrs dans une pétition adressée â Charte» . que durant le* huis années de «on pouvoir, il «'était opposé a toutes le* demande* formées pour obtenir de» hontuur» ou la réversion de» emplois, dans la erainle que le roi ou ses suce» sscurs n'eussent plus rien en réserve rour récom penser leurs serviteurs qu'il avait empêché l'exécution d'une résolution prise après la mort de Salisbury, pour détruire tous les parce royaux et forêts, et vmdre toutes les terres de la couronne, en réservant seulement un accroissement de rente; qu'il n'avait jamais reçu du roi aucun don en terres de la couronne, ou en douanes , et que tout ce qu'il avait reçu était de telle nature que le roi n'y perdait absolument rien, ou même devait en retirer une augmentation de revenu , et qu'il s'était fait beaucoup d'ennemis en sopposant, dans l'intérêt de la couronne, aux ministres et aux courtisans Archéologie, xvh, 288.
et un pacte secret paratt avoir existé entre Jat> ques et son procureur général , pour précipiter la chute du chef de la justice. Afin d'accroître son autorité et ses profits, le grand juge avait agi comme si tous les tribunaux étaient subordonnés à celui qu'il présidait. Les juges de l'amirauté, la cour de haute commission, et même les membres des conseils provinciaux du nord et du pays de Galles, se plaignirent des atteintes portées à leur juridiction par les prohibitions émanées de la cour du banc du roi ; et l'orgueil d'Ellesmèrc, qui avait permis qu'une cause décidée devant Coke fût portée à la cour de chancellerie, fut blessé d'une menace de «pnemunire» (I). Mais d'autres griefs avaient inspiré au roi un prorond ressentiment. Dans les causes de Pcacham et d'Owcn , Coke s'était non-seulement écarté de l'avis de ses collègues , mais il avait contrarié l'infaillible jugement de Jacques lui même (•»). Son opinion sur l'illéga-
(I) Coke soutenait, contre la chambre éloilée , qu'elle n'avait pas le droit d'exiger des dommages. Relativement a la chancellerie, il menaçait les jupes . les parties, leur conseil, et 1rs procureurs, de> pra-munire, » si l'on accordait ou si l'on admettait l'appel après que la cause avait été jugée à la cour du banc du roi. Il fondait son opinion plutôt sur les expression* que sur l'esprit du statut • pra-muuire, » qui dédidait de porter les causes jugées dm* le* rour* du roi devant d'autres cours , ce qui ne s'appliquait évidemment qu'aux cours spirituelles, j
(2; Peacham avait écrit un sermon diffamatoire qn*il n'avait jamais piécbé, mais qu'on trouva dans son étude: il se plaignait des dépenses du roi , en tenant une cour différente de exile de la reine et de son fils; de l'argent qu'il prodiguait pour des danses et des banquets, et il lui reprochait la recherche de ses \f.emeuts, les fraudes de ses officiers, etc. Un rédigea des questions pour découvrir ses motifs et ses conseillent, et ce vieillard ( il avait alors soixante ans au moins) fut interrogé en présence de la torture , pendant la torture, et après la torture , par l'exprès commandement du roi. Dalrymple, i , 56-58. Jacques était tellement irrité , qu'il soutenait que son délit était un crime de haute trahison. Ibid., 6t. tioke , au contraire , disait que ce pouvait être une diffama ion , mais tion une trahison , parce qu'il n'y avait aucune attaque contre les droits du souverain. Pcacham fut jugé et condamné dans le comté de Somerset (1615, 7 août), et il mourut en prison au printemps suivant. Bacon , v, 330; vi. 78, 87. Procès d'État, h. 870-879. Le crime d'Owcn était d'avoir avancé que les princes excommuniés par le pape pouvaient être mis a mort. Owcn soutint que ce n'était pas une trahison , puisque Jacques n'était pas excommunié , et que ces mots ne lui étaient pas applicables. Coke maintint que cette réponse était bonne , contre l'opinion du roi et des autres juge». A la fin il se rétracta , quoique avec répugnance,