CHAPITRE VI
lité du dernier don gratuit, quoiqu'il fut obligé, par la suite, de la rétracter à genoux, et de rendre un arrêt tout opposé, dans la chambre étoilée, avait déterminé beaucoup de gens à garder leur argent ; et, dans un cas de tcoramendam,»il avait eu la hardiesse de continuer la procédure , au mépris de l'ordre du roi. La conduite qu'il avait tenue dans ces occasions fut regardée par le roi comme une injure personnelle, et Bacon eut soin de la représenter comme dictée par le désir d'obtenir les honheurs de la popularité, aux dépens de la prérogaiivc royale.
L'archevêque , le chancelier, et le procureur général, furent chargés de faire une enquête sur tous les délits du grand juge , pour en rendre compte au roi ; et ce magistrat reçut l'ordre de s'abstenir de paraître à la chambre du conseil pendant toute la durée de l'enquête, et de consacrer son temps à corriger les erreurs et les innovations contenues dans son registre, au lieu de chercher des détours. Jacques déclara (1616, 30 juin) qu'il se montrerait indulgent a son égard , s'il voulait s'humilier et reconnaître ses fautes. Mais lorsque Coke répondit (oct.) qu'il n avait découvert que cinq méprises de peu d'importance , le roi attribua cette réponse à l'orgueil et à l'obstination ; il lui défendit de siéger an tribunal , et, un mois après (15 nov.), il le remplaça par Mentague, le garde des archives de lioudres.
Cet événement donna plus de confiance à l'ambition de Bacon. Il s'était délivré de son plus redoutable rival, et il s'était acquis l'estime de son souverain par son intrépidité dans la défense de la prérogative. Mais Kllesmêre, quoique averti par son âge cl ses infirmités que l'heure de la retraite était arrivée, tenait, avec l'opiniâtreté la plus importune, aux émoluments de sa place ; et, se rétablissant toujours quand on le croyait au moment de mourir, il exerçait et irritait à la fois la patience du procureur général. Celui-ci nese rebuta point, jusqu'à ce qu'il eût enfin obtenu le prix de sa servilité. Il chercha ù s'assurer les bons offices du nouveau fa-
en admettant qu'il avait été dan» l'erreur de supposer que le roi n'était pas excommunié ; il croyait maintenant qu'il l'était , et qu'en conséquence les ex pression» d'Owco étaient criminelle». Bacon, iv, 440; v, 351 ; ri , 80-67. Procès d'État , u , 8:9-8*3.
lit.
vori ( 7 nov. ); il affectait en toute occasion la plus sincère affection pour le lord chancelier , qui venait d'être créé vicomte Brackley (3 mars 1617), et, a chaque rechute du vieillard infirme, il avait soin de rappeler à Jacques ses propres titres et ses prétentions. Enfin, Brackley sentit les approches de cette heure qui , quinze jours plus tard , mit fin à son existence : il envoya au roi sa démission , et les sceaux furent immédiatement confiés à Bacon ( 7 mars ), avec le titre de lord , gage assuré que, s'il continuait à satisfaire son maître, il obtiendrait bientôt la dignité qui depuis si longtemps était l'objet de ses plus ardentes poursuites (1 )(27 mai).
Jusqu'ici l'attention du lecteur n'a été appelée que sur les événements de l'intérieur depuis 1606 jusqu'en 161 7; le reste sera classé en trois divisions : 1° tes relations du roi avec les puissances étrangères ; 2° ses efforts pour établir l'épiscopat dans son royaume natal; 3* ses plans pour le gouvernement et pour la colonisation de l'Irlande.
En 1607 , toutes les nations de l'Europe avaient les yeux fixés sur les négociations de La Haye. Après une lutte de quarante ans , le roi d'Espagne et les Provinces Unies étaient fatigués de la goerre. Philippe avait appris à douter du résultat d'une entreprise dont l'exécution lui avait d'abord paru fort aisée. Il craignait même que les succès partiels qui avaient récemment jeté quelque éclat sur ses armes n'amenassent une crise qu'il redoutait , et que ses sujets révoltés, plutôt que de se soumettre au joug de leurs anciens maîtres, ne se jetassent aux pieds de son rival, le roi de France. Du côté des Hollandais, les hommes d'État les plus modérés et les plus habiles soupiraient également pour la paix, pourvu qu'elle fût accompagnée de la reconnaissance de leur indépendance. Il est vrai qu'ils avaient jusqu'ici soutenu la lutte contre leur Tormidable antagoniste ; mais ils sentaient que s'ils n'avaient pas succombé dans un débat si long et si périlleux, ils devaient cet avantage bien moins à leurs pro* . près forces qu'aux secours qu'ils avaient reçus
(1) Les lettres patente» de Bacon sont daté?» du 30 mars , et le 28 m» , John , fils du chancelier décédé , fut créé comte de Bridf.ewaier , suivant la promesse faite a Braclley quand il rêsànna.
toi HISTOIRE D\
de l'Angleterre et de la France. Maintenant, ils ne pouvaient pins compter sur le roi d'Angleterre , trop timide par caractère pour vouloir tirer l'epée, trop pauvre pour subvenir à leurs besoins. Un accident fortuit ou un changement de politique pouvait les priver de l'appui du roi de France , jusqu'ici leur ami ôdèle , mais ami intéressé. Dans celte disposition des esprits, l'offre d'un armistice, préliminaire d'un traité, fut acceptée avec reconnaissance par les États. Le roi d'Espagne et l'archiduc consentirent à les reconnaître, pendant la durée des conférences, comme gouvernement indépendant : la France d'abord, et ensuite l'Angleterre, envoyèrent respectivement des ambassadeurs, pour jouer le rôle de médiateurs entre les deux puissances belligérantes. La suite de cette importante négociation est étrangère au plan de notre histoire : il suffira d'observer qu'après de longs débats l'espoir de conclure une paix durable s'évanouit ; qu'au lieu de cette paix, il fut question d'une longue trêve; et qu'enfin, les instances et la fermeté des puissances médiatrices amenèrent une convention pour la suspension des hostilités pendant douze ans ( 1609 , 39 mars ).
Beaucoup de circonstances prouvèrent, durant les conférences, à quel point le roi d'Angleterre était déchu dans l'estime de ses contemporains. On était persuadé qu'il n'aurait pas le courage d'entreprendre la guerre, et que quelque instance qu'il mit auprès des États pour les engager à persévérer dans la lutte, il les abandonnerait infailliblement au moment du danger. Le prince Maurice eut même la hardiesse de dire en face, aux ministres anglais, que leur maître n'oserait pas ouvrir la bouche pour contredire le roi d'Espagne.
Il en arriva que la France prit, dans cette négociation, une supériorité que ses ajliés supportaient impatiemment, quoiqu'en silence. Toutefois, si Jacques retira peu d'honneur de sa médiation, il eut lieu d'être satisfait du résultat. 11 avait assuré pour longtemps, et probablement pour toujours, l'indépendance des États, point d'une extrême importance, puisque leur asservissement à l'Espagne, ou leur soumission volontaire à la France, menaçait d'un égal danger le commerce et la grandeur de l'Angleterre ; et, ce qui le touchait probablement encore plus, il avait obtenu quelque sou-
lagement dans ses embarras pécuniaires, les Hollandais ayant reconnu lui devoir plus de 800,000 livres, et ayant contracté l'engagemcnf d'acquitter cette dette dans l'espace de quinze années (1).
Vers le moment où se concluait ce traité (26 mars 1609), il arriva un événement qui fil craindre de voir rallumer le feu de la guerre dans la plus grande partie de l'Europe. Jean, duc de Cléves, de Juliers et de Berg, étant mort sans laisser d'enfants, ses États tenlèreni l'ambition de plusieurs compétiteurs, ardents à se disputer cette proie. Il parait que l'héritier légitime était l'électeur de Brandebourg, ou le duc de Neubourg; mais l'électeur de Saxe et l'empereur Rodolphe élevèrent aussi des prétentions. Celles de l'empereur alarmèrent tous les princes que la religion ou la politique rendait ennemis de la maison d'Autriche. Par leur avis, l'électeur de Brandebourg, protestant, et le duc de Neubourg, catholique, consentirent à gouverner en commun le territoire disputé, et une ligue fut formée entre les rois d'Angleterre et de France, les Provinces Unies et les princes protestants de l'Allemagne, pour expulser le prince autrichien, qui avait déjà pris possession de Juliers. Les alliés assemblèrent une petite armée; mais le roi de France fit marcher sur Juliers 40,000 hommes et 50 pièces de canon. Une armée aussi forimdable, comparée au but ostensible pour lequel elle était réunie, annonçait que Henri méditait quelque dessein secret d'une tout autre importance; et Ton ne put douter qu'il se proposât alors de réaliser son plan favori, qui élait d'humilier la maison d'Autriche, en armant conire elle toutes les puissances de l'Eu-
( I ) Voyez Bircb , Négociations , 267-296. Wiudwcod, ton), i, \\tpasùm. Jeannin , tom. i, ii , m , tr,passitru Un doit observer que la bigoterie générale a celte époque était si oraude, que , quoique le roi d'Espagne fût trèsconsidéré , et que le roi de France joignit de vive* prières aui tiennes, les Étals ne voulurent jamais tolérer le coite catholique dans leurs domaines , et cela, cependant, lorsque la majorité des habitants d'Otrecht, de la Frise, de Gron influe , de l'Overyssel et de ta Gueldre , était de celle relic>on. Quand l'ambassadeur français invita tes commissaires anclais a ne pas s'opposer a une aussi juste demande , ils répondirent que leur silence trahirait leur
! service envers Dieu et leur devoir envers te roi. Wiod-
1 wood,ti,430;iii,59.