‹ Histoire d' AngleterreChapitre 84 sur 307 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rope, et en la renfermant dans les limites de la péninsule espagnole. Mais, trois jours avant celui qu'il avait désigné pour son départ, afin de rejoindre l'armée, il reçut, dans sa voiture, une blessure mortelle, de la main d'un assassin nommé Ravaillac(l). La mort du roi mit fin à ce projet : néanmoins son successeur ne se sépara point de la ligue, et 10,000 Français ayant rejoint 4,000 Anglais commandés par sir Édouard Cecil, ils se placèrent sous les ordres du prince d'Anhalt, général en chef des forces combinées. Juliers fut bientôt pris; l'électeur et le duc entrèrent en possession du territoire contesté (21 août), et la guerre finit, par l'impuissance où se trouvait l'empereur de la soutenir (2).

Si Jacques était peu jaloux de mesurer ses armes avec celles de ses ennemis dans une guerre véritable, il se glorifiait de rencontrer des adversaires sur le terrain des controverses théoîogiques. Il avait combattu les ministres puritains à Hampton -Court; il avait écrit contre Bellarmin, le champion du catholicisme: il résolut, à cette époque, de prendre part â la dispute entre les arminiens et les gomaristes. I.es querelles qui divisaient les théologiens n'étaient pas plus utiles, et elles étaient certainement moins innocentes que celles des anciens scolasliques ; car ils prenaient pour sujets de leurs études les doctrines de la grâce et de la prédestination, la rédemption universelle et le libre arbitre; et plongeant avec audace dans l'abîme, ils s'imaginaient avoir pénétré la profondeur de mystères que l'esprit humain ne peut sonder. S'ils se fussent renfermés dans le champ des discussions spéculatives, le mal eût été moins grand; mais les haines, les excommunications, les persécutions, suites cruelles de ces controverse s, étaient des calamités vraiment déplorables. En Hollande, les premiers réformateurs avaient établi les dogmes du calvinisme dans toute leur rigueur. Arminius, pasteur de la grande Église d'Amsterdam, et ensuite professeur à Leyde, avait

(1) Voyez , sur ce meurtre, une ditierlation par Criffet , à la fin du 12» toI. de l'Histoire de France de Daniel , Mil ion de 1756.

(2) Voyez les nr^ocistions «ur ce sujet dam te 5* volume de Boderie , el le 3« de Wimhrood. Dumont . r part, h, 121-137, 153-160.

adopté un autre système, qu'il jugeait plus conforme à la bonté de Dieu , cl moins révoltant pour la raison de l'homme. La guerre fut bientôt déclarée entre les partisans des deux opinions opposées; chaque parti chercha l'appui de la puissance temporelle : les sectateurs d'Arminius adressèrent une remontrance, et les calvinistes une contre-remontrance, aux États de Hollande. La politique se mêla à la théologie, et le patriote Barncvclt prit la défense des remontrants, tandis que Maurice de Nassau, son antagoniste dans l'État, se mit à la téle de leurs adversaires. Jacques, qui avait puisé dans son éducation primitive un profond respect pour les opinions spéculatives de Calvin, regarda la controverse avec intérêt, et ne fut pas des derniers à condamner l'ignorance présomptueuse d'Arminius. A la mort de ce professeur, les directeurs de l'université offrirent la chaire vacante à Vorstius, théologien dont les talents étaient universellement reconnus, mais qui avait montré, en quelques occasions, du penchant pour les opinions nouvelles. Son orthodoxie fut contestée par les contre-remontranls; mais il repoussa l'accusation devant les États, et il prit possession de la place. Jacques considéra ce résultat comme une victoire remportée par les arminiens. Dans la suite du démêlé, l'archevêque Abbot lui présenta un traité autrefois composé par Vorstius; et le roi, la plume à la main, signala, en moins d'une heure, une longue liste d'hérésies. Sa piété fut alarmée, et il se détermina à étendre l'égide de son infaillibilité sur la cause de l'orthodoxie en Hollande. Par ses ordres (1611, 11 sept.), Windwood, son ambassadeur, accusa Vorstius devant les États, le traita d'hérétique et d'infidèle, lui imputant le crime d'avoir nié ou présenté sous un faux jour le dogme de l'immensité, de la spiritualité, de l'omniscience de Dieu, et d'avoir jeté des doutes sur la divinité de Jésus-Christ. Les Hollandais, tout en répondant avec respect, ne purent souffrir l'intervention d'une puis^ saace étrangère dans une affaire domestique; et Jacques, de son côté, leur envoya une admonition de sa propre main. Il voulait quc«si le professeur s'excusait de ses blasphèmes, il évitât la potence, quoiqu'il la méritât plus qu'aucun autre hérétique; mais il ne pouvait croire qu'on lui permit de conserver son emploi,

HISTOIRE DA\GLETEKRE.

quelque défense qu'il présentât, ou quelque dénégation qu'il Ht. Ils devaient se rappeler que le roi d'Angleterre était le défenseur de la j foi, et qu'il serait de son devoir, quand des hérésies aussi funestes se répandraient au milieu d'eux , de se séparer de leur communion , et de chercher, à l'aide des Églises étrangères assemblées en concile, le moyen d'éteindre et de renvoyer en enfer desi abominables doctrines. » Cette admonition même n'eut aucun effet, et l'ambassadeur renouvela ses remontrances dans des termes énergiques (15 nov.). Il reçut une réponse évasive , et après un délai convenable, il protesta publiquement contre les erreurs du professeur, rappela (9 déc.) aux États que la base de l'alliance entre l'Angleterre et la Hollande était la pureté de la religion, et finit par déclarer formellement qu'il fallait qu'ils abandonnassent Vorstius, ou qu'ils perdissent l'amitié de Jacques (1). Le roi, d'abord, applaudit a l'activité et au caractère de son ministre. 11 déclara que Windwood était un homme selon son propre cœur; mais ses ministres lui firent des représentations: il commença à accuser l'ambassadeur d'indiscrétion, et dans une conférence avec l'envoyé de Hollande, il tâcha d'adoucir lapreté de sa protestation (2). Il n'abandonna cependant pas sa résolution. 11 se hasarda même à en appeler a l'impression, et il publia un petit ouvrage en français intitulé « Déclaration contre Vorstius» (3). Les États sentirent la nécessité d'apaiser l'orthodoxie de leur allié. Us avaient déjà encouru son ressentiment, ils craignaient encore plus l'irritation

(1) Windwood, m, 293 21)6. 301-309. Voici la doctrine distinctive de* reroontrauu : 1° La prédestination se fonde sur tes mérites du Cbrist et la persévérance de l'homme ; la réprobation, sur la prescience de Dieu et l infidélité obstinée de l'homme. 2° Le Christ , selon le décret et la volonté de son Père, a payé ta rédemption pour tons les hommes sans exception. 3° Il n'y a en Dieu aucune secrète rolonté opposée à sa volonté rérélée, par laquelle il témoigne qu'il veut et cherche le salut de I homme. 4° Oo peut résister à la (Trace efficace. 5- Et li* croyants perdent souvent la foi , et périssent par leur propre faute. Acta syn. Dord., 126-129.

(2) Ibid., 316, 320, 331.

(3) Son ambassadeur a La Uaye avait été déjà chargé de lui trouver «quelque jésuite caustique, d'nn caractère actif, qui voudrait faire paraître quelques lignes contre l'athéisme du malheureux. > Ibid., 311. Il parait qu'on le trouva Ibid-, 318, 323, 339.

qui suivrait une controverse entre les deux théologiens. Vorstius reçut ordre, non-seulement de quitter Leydc (16 mars), mais encore de se justifier de l'imputation d'hérésie, en réfutant les doctrines pour lesquelles on l'avait accusé (1).

Mais l'éloignement du professeur ne rétablit point la tranquillité. Les remontrants prirent insensiblement un grand ascendant dans les trois provinces de Hollande , d'Overysscl , et d'IHrecht; et les contre- remontrants (1619), dans celles de Gueldre, de Zélande, de Frise, et de Groningue. Chaque parti , conformément à l'esprit d'intolérance du siècle, voulait opposer la force de l'épée a ses adversaires théologiques. La république fut sur le point de tomber en débris , par la violence d'hommes qui ne pouvaient s'accorder sur tes doctrines de la prédestination et de la réprobation. Jacques proposa aux États d'assembler un concile national, comme le seul remède au mal, et cette idée fut adoptée avec autant d'ardeur par les uns, qu'elle fut dédaigneusement rejelée par les autres. Tous étaient soutenus dans leur obstination par les vues politiques de leurs chefs , Barncvclt et le prince Maurice, dont le premier était accusé de vouloir rendre les provinces à la couronne espagnole, et le second de prétendre luimême à la souveraineté. Après un long débat, le commandement de l'armée donna la victoire a Maurice. Il changea successivement les magistrats d'Overysscl et dUtrccht, et osa arrêter son redoutable antagoniste, Barnevelt, ainsi que les deux pensionnaires Grotius et Hogerbels. Dès ce moment s'éteignirent les espérances des arminiens : la magistrature de Hollande fut réformée, et le synode reçut ordre de s'assembler à Dordrecht. Les Eglises calvinistes de Genève et le Palatinat envoyèrent des députés; Jacques, comme conseiller de celte mesure, ne put refuser d'y prendre part ; il chargea deux évèques et deux théologiens d'assister au synode comme représentants de l'Église d'Angleterre, et un cinquième personnage, Écossais de naissance , mais membre de la nouvelle Église, comme représentant de l'Église d'Êcosse. Ce fut un singulier spectacle que de voir les deux prélat siéger comme collèguesde ministres qui

(I) Ibid., 348. Voyez Fuller, I. x , p .00.

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