CHAPITRE VI
n'avaient pas reçu l'ordination de ia main des évèques , et voter avec des hommes qui regardaient l'épiscopat comme nne invention de Satan. Ils assistèrent aux débats, modérèrent la violence des discutants, et souscrivirent aux canons, mais avec cette exception , qu'ils protestèrent contre l'article qui anéantissait les différents ordres de la hiérarchie. Les décrets du synode furent ratifiés par le sang de Barnevelt, qui, après un procès secret et dérisoire, fut sacrifié, comme traître, à l'ambition du prince; et par la sentence, un peu moins barbare, de l'emprisonnement perpétuel prononcé contre Grotius et Hogerbets. Pour satisfaire le roi d'Angleterre, le synode condamna les œuvres de Worstius , et le parti régnant dans les États résolut, pour se maintenir, de perdre ses adversaires. Sept cents familles d'arminiens furent exilées et réduites à la mendicité par le fanatisme politique de leurs frères et de leurs compatriotes (I).
L'Église réformée d'Écosse, quand elle eut obtenu un établissement légal , devint en réalité une république religieuse, qui présentait le singulier spectacle d'une gradation de judicature élective , composée en partie de laïques, en partie de ministres, possédant et exerçant toutesles espèces de juridictions ecclésiastiques. L'autorité la plus basse était celle du bénéficier et des laïques les plus âgés , qui composaient l'assemblée paroissiale. Un certain nombre de ces assemblées, classées ensemble sous le rapport de leur voisinage , constituait le presbytériat, qui entendait les appels, confirmait, annulait ou prononçait des censures, et décidait de l'admission , de la suspension ou de la destitution des ministres. Le presbytériat, néanmoins, quoique armé de pouvoirs Ircs-éiendus, était subordonné au synode provincial , qui , à son tour se trouvait soumis à la juridiction supérieure de l'assemblée générale; celle-ci était suprême sur la terre , et ne dépendait , en matières de foi et de discipline, que du Christ
(t) Voyei le* dépêche* de l'ambauadeur anclai* Carleton, dans tout le cour* du volume. La controverse a été considérée comme un conflit du pouvoir politique. 11 en «lait ainsi certainement relativement au prince Maurice et à Barnerelt, mai* Jacques ne parait s'y être intéressé lui-même que dans l'intemion marquée de défendre ce qu'il appelle les anciennes doctrines de rÉ&Hse réformée
seul, son souverain spirituel. Que Jacques, comme chef de l'Église d'Angleterre, aspirât â la même prééminence en Écosse, sa patrie, cela n'est point étonnant ; mais il avait d'autres motifs plus puissants que son ambition pour le pousser à cette tentative. La maxime < point d'évèqoe , point de roi , » était profondément gravée dans son âme, et il aperçut, on crut apercevoir du danger pour son trône dans la disposition et les principes du clergé d'Écosse. C'étaient des hommes d'un caractère indomptable : leurs efforts pour donner au gouvernement de l'Église une forme républicaine les avaient conduits à discuter l'autorité du magistrat civil, et à inculquer des principes de résistance à l'injustice et au despotisme du souverain ; la doctrine de ta prédestination, le devoir de prier en tout temps, et l'habitude de citer les jugements de l'Écriture contre les pécheurs, avaient donné â leurs esprits et â ceux de leurs disciples une teinte du plus obscur, et, selon l'opinion du roi, du plus dangereux enthousiasme. D'après ces vues, la politique de Jacques Écosse, eut pour principal objet la destruclion de l'édifice élevé par Knox et ses disciples. 11 fit quelques tentatives, et en apparence avec succès. A l'aide de l'intrigue , de l'or, et de la force, il avait à la fin imposé des évèques à l'Église ; mais le clergé et le peuple restaient attachés à la discipline presbytérienne. Leur loyauté fut ébranlée par la violence qui attaquait leurs préjugés religieux ; et cette même mesure par laquelle Jacques croyait affermir son trône aida à renverser, dans le cours de peu d'années, celui de son fils cl successeur.
Il commença par nommer des ecclésiastiques, de principes connus et approuvés, aux treize anciens évêchés d'Écosse. Celte démarche causa peu d'alarme. Les nouveaux prélats n'avaient ni juridiction ni revrnu : ils n'étaient que les ministres paroissiaux des églises dont ils tiraient leurs litres. On suppléa, peu à peu, à tout ce qui manquait. Un acte du parlement rétablit l'épiscopat (9 juillet 1606). Un acte de l'assemblée générale (1606 , 10 déc), obtenu par l'adresse du minisire, rendit les évèques régulateurs des synodes cl du presbytériat où ik« officiaient (I). Le rapport delà lot quiannsiaïf
;t) Presque tous les prr*l>vtérials cl le- synodr* rsft: scrrnt dWir. Oldcrwnnd 5C5 56.1.
les terres épiscopales à la couronne donna au roi la possibilité de doler leurs sièges, et la î création de deux cours de haute commission, en vertu seulement de la prérogative, les investit de pouvoirs plus étendus qu'ils n'en eussent possédé par leur autorité ordinaire. En temps opportun , trois d'entre eux vinrent en Angleterre (1610, 21 oct ), reçurent l'ordination épiscopale des évéques anglais (1), et après leur retour, ordonnèrent leurs collègues. Eufin, le parlement statua que le souverain fixerail toutes les assemblées générales ( ICI 2) ; que les prélats auraient la présentation aux bénéfices, le pouvoir exclusif de suspendre ou de destituer les bénéficiera, et le droit de visiter le diocèse ; que chaque ecclésiastique, à son admission, prêterait au roi le serment de suprématie, et à l'évéque celui d'obéissance canonique.
Si Jacques accomplissait ainsi son dessein, il le devait à l'adresse de sir George Home, lord trésorier, et au comte de Duo bar. Ce ministre, laissant aux talents théoriques de son maître la tâche si difficile de convaincre le clergé d'Ecosse (2), n'avait d'autre but que d'agir
(1) fjmdcn , Annales de Jacques, 613. Rymer, m, 706. Wilk.Conc., iv, 443. SpoliUwood, 514. Calder-
XkOOd , ô*tiJ.
(2) Jacques 3vait ordonné à cioq prélat» cl à buit ministres de se réunir près de lui en Angleterre. Le* dernier» refusèrent de consentir a aucune proposition , sous prétexte qu'ils éiaieut chargés d'entendre , et non pas autorisés a traiter. Il demanda une réponses ces questions : • Étaient -ils disposés a demander pardon de le ur offense, en priant pour les ministres condamnés? N'avait- il pas le droit de coitToqucr, suspendre ou empêcher leurs assemblée»? Ne pouvait-il pas, en vertu de son autorité royale, faire comparaître devant lui tous les ecclésiastiques, ainsi que les citoyeus , et les punir de leurs offenses?» ( SpoiiKwood, 407.) Mats le roi harangua en vain : les évéques anglais ne furent pas plus heureux. Andié Mciville fut assez présomptueux pour ridiculiser, djns une épigramine latine, le service de la chapelle du roi. On l'emprisonna , et quelques mois après, ou le cita devant le conseil, ou, quoique le roi i'écouUll, il fut si hanli ri si insolent , qu'on l'envoya a la Tour. On a fait divers récits de celte affaire. Voici ce qu'en dit l'ambassadeur tJe France : «Ledit Mciville fut si aigre en sa réponse, faut contre ce qui était du roi , que contre la personne particulière- dudit comte (de Salisbtu y ), que celui-ci demeura sans réplique. A son secours vint l'archevêque de Cinlerbury, pni» le comte de No-lhampton, puis le trésorier , auxquels tous il lava latétc de telle sorte, n'épargnant aucun des vice* ou publics ou privé* dont chacun d'eux «tait taxé (car ij» ne sont point an^O, qu'ils eussent voulu
sur leurs crainte», leurs espérances, leurs préjugés, et leurs passions. 1° Malgré la défense du roi , les ministres avaient pris sur eux de tenir aune assemblée composée de personnes choisies,»- à Aberdeen. Six des principaux réfractaires rejetèrent l'autorité du conseil, et, sous ce prétexte, ils furent jugés et condamnés comme traîtres. C'était un acte de rigueur illégal et exorbitant (1); mais les prisonniers échangèrent avec joie la palme du martyre contre la vie de l'exil , et leurs collègues apprirent qu'on ne bravait pas impunément la puissance du souverain. 2° Quand l'assemblée générale se réunit , avec la permission du roi , le lord trésorier eut soin d'acheter quelques voix et d'en faire taire quelques autres en distribuant adroitement de l'or. Ce n'était pas que les saints personnages pussent être corrompus par l'argent, mais ils n'éprouvaient aucun scrupule à accepter les arrérages d'anciens salaires, ou à recevoir une compensation pour les dépenses de leur voyage (2). 3° Dunbar savait que, selon les plus zélés , lcxtirpaiion de l'idolâtrie était le plus important de leurs devoirs. Pour les engager a céder aux désirs du roi , tout en respectant la suprématie des évéques, il mit à leur disposition les personnes et les biens des idolâtres papistes. Le compromis fut accepté. Le parlement fit des lois contre les réfractaires; j le clergé lança des sentences d'excommunioa- J lion; tous les nobles catholiques furent for- [ ces de recevoir dans leur famille un ministre orthodoxe, et furent avertis que, s'ils ne se con-
qu'il eût été encore en Écosse. Finalement, ne le pouvant iuduire en sorte quelconque à jurer la primalie , et ne sachant comment autrement se venger de lui, ils l'en-
! royèrent prisonnier à la Tour.» Bnlerie, 8 mai 1(507,
1 voi. il, 1*08 En 161 1 , il fut libéré et envoyé en exil , 1 la requête du duc de Bouillon. Boderie , 517, 531 , 540.
î (1) Ils étaient accuaés'de rejeter l'autorité du conseil prive, autorité qui avait pour base l'acte de 1581, «pour maintenir le pouvoir de Sa Majesté sur tous les Élats. *
j Spottiswood, 48». Balfour, u, 10. Le jury fut assemblé par Dunbar. Mémoires de IKilrymphc , i , 2-4.
I (2) Calderwood, 5j6-565. Balfour, n. 18. Spottiswood, p. 513. • Plusieurs de la division des mécontents l'interprétèrent comme une sorte de corruption , eu publiant que cela s'était fait pour obtenir des voix aux ministres Néanmoins la dette avait été reconnue réelle, et aucune mention ne fut faite de celte affaire avaut qu'on n'iot enregistré les conclusion» susdites. »
CHAPI
formaient pas dans un temps donné, leur obstination serait punie par la confiscation. En même temps, les prisons se remplissaient de victimes d'un rang inférieur; et la persécution fut si cruelle, que, selon le rapport de l'ambassadeur de France, le sort des catholiques écossais fut encore plus digne de pitié que celui des Anglais(l).
A son avènement au trône, Jacques avait promis à ses compatriotes de les honorer de sa présence au moins une fois tous les (rois ans. Quatorze années s'étaient écoulées, et il n'avait pas encore exécuté sa promesse. Ce n'était pas qu'il eût oublié son pays natal, ni qu'il fût insensible au plaisir de revoir des lieux que les souvenirs de sa jeunesse lui rendaient si chers : la grande difficulté était sa pauvreté. Il venait cependant ( 1616, mai) de rendre aux Hollandais leurs villes de garantie pour un tiers du prix auquel on les avait engagées (2). Avec cet argent , ir avait couvert les besoins les plus urgents du trésor, et le rétablissement momentané de son crédit le mit en état de se faire prêter, 5 l'intérêt de 10 pour 100, la somme de 96,000 livres sterl., nécessaire pour défrayer son voyage en Écosse. Mais indépendamment du plaisir qu'il s'en promettait, il avait en vue deux importants projets : celui de réformer l'administration de la justice, perpétuellement entravée par- l'influence des shérifs héréditaires, et celui d'achever l'assimilation de l'Église d'Écosse et de celle d'Angleterre, ouvrage qui avait si bien réussi entre les mains de ses servi-
(1) Boderie, n, 13,14,28; m, 321, 4S0; it, 15. «Le» catholiques, en Écosse, sont encore pis qu'en Angleterre ;car, outre le peu d'amour que le roi leur porte, il a lant d'envie d'y établir sa religion d'Angleterre, et d'en être reconnu pour chef aussi bien là comme il l'est ici , que, pour gagner les puritains, qui sont les seuls qui l'y empêchent, U leur lâche la bride à toutes sortes d'oppressions contre les catholiques. • it, 23. « Les catholiques d'Écosse continuent à y être beaucoup plus travaillés qu'ils ne sont par delà. • iv, 346 ; idem , 372. • Ce moyen, dit Balfour, fut pris comme la crème et l'huile, pour adoucir et modifier les desseins mystérieux du roi. • m, 18. Les catholiques d'Ëcoste se montent ( dans Windwood, ni , 52) a 27 comtes et barons, et à 210 chevaliers et gentilshommes, outre le peuple. Voyez aussi Spotliswood, 502, 5,6,9, 13.
(2) Pour 2,728,000 florins, au lieu de 8,000,000. Kymer, xvi, 783-787. Si nous en croyons Peyion , Windvood reçut en récompense un présent de 29,000 livres, l'eyion, 35S.
teurs pendant son absence, qu'il ne doutait point de pouvoir terminer, par sa présence, le peu qui restait encore à faire. Quand le parlement s'assembia ( 1617, 7 juin ), plusieurs députés, dont les principes étaient contraires à ceux du roi, furent chassés par la seule autorité du souverain; mais en retour, les personnes qu'il recommanda comme les premières pour leurs principes, furent rejetées parles pairs, qui soupçonnaient, non sans raison, le dessein de rendre à l'Église les terres qui en avaient été séparées par l'avidité réformatrice de leurs pères. Le roi ouvrit la session par un discours dans lequel on trouve un passage qui n'était pas fait pour flatter l'orgueil de ses compatriotes, ni pour détruire les antipathies nationales. «Il n'avait rien, disait-il, plus à cœur que de réduire leur barbarie (c'est son expression) à l'agréable politesse de leurs voisins; et si les Écossais voulaient se rendre dociles aux leçons de bienséance des Anglais, comme ils l'étaient à la méthode de gravir leurs montagnes, il ne douterait point alors du succès; car ils avaient déjà appris des Anglais à porter des santés, à se servir de voilures et de beaux habillements , à prendre du tabac , et à parler une langue qui n'était ni anglaise ni écossaise Mais il en avait assez vu déjà pour modérer les espérances qu'il avait portées en Écosse. On passa à la vérité quelques actes favorables à son projet : l'un d'eux nommait des commissaires pour traiter, avec les shérifs héréditaires, de la conversions de leurs charges en emplois annuels; un second accordait des chapitres aux différents évèchés; un troisième établissait que ce que le roi déterminerait sur des matières religieuses, d'accord avec les évêques et un cer tain nombre d'ecclésiastiques , serait considéré comme loi. Mais relativement au dernier, on fit au roi de fortes objections , avant qu'il l'eût ra-
(I) Voyez une letlre de Bacon ,i v, 152. Il est peut-être important d'observer que, tandis que le roi était en rouie pour rÉcosse , on reçut la nouvelle de l'assassinat du maréchal d'Ancre par Vilry , et que Buckingham écrivit a l'ambassadeur anglais, pour faire savoir a Vilry • combien Jacques était satisfait de ce qu'il eut pu rendre un tel service à ton maiire ( te roi de France). • Birch, 402. Ce favori ne >c doutait pas , lorsqu'il félicitai H meurtrier, qu'un sort semblable a celui du marcVo*. d'Ancre l'attendait aussi.
tifié par l'attouchement du sceptre. Jacques hésita; et, pour sauver son honneur, il le fit supprimer, sous prétexte qu'il était superflu de lui accorder par un statut ce qu'il possédait déjà comme prérogative de la couronne (1).
Quand le parlement eut été dissous, le roi se rendit à Saint-André, où s'étaient assemblés les principaux membres du clergé. Simpson, Ewart, et Calderwood, trois de ceux qui avaient fait des remontrances, furent traduits devant la cour de haute commission , comme coupables de conduite séditieuse, et furent condamnés {10 juillet ), les deux premiers à la suspension et l'emprisonnement , et l'autre à un exil perpétuel. La volonté du roi fut alors signifiée à leurs frères, en cinq articles : que l'Eucharistie devait être reçue a genoux, et non assis ou dans une autre position; que ce sacrement devait èlre donné aux malades dans leurs propres maisons , et aussi souvent qu'ils seraient en danger de mort ; que , dans le même cas , le baptême devait être administré dans les maisons particulières; que les évêques donneraient la confirmaliou a la jeunesse, et que les fêtes de Noël, du Vendredi-Saint, de Pâques, de l'Ascension, et de la Pentecôte, seraient observées en Éiossc selon les coutumes anglaises. Ces demandes furent reçues avec une répugnance manifeste par tous les membres présents ; mais le sort des trois remontrants était là, comme un avis salutaire, et au lieu de s'opposer à la volonté du roi , ils tombèrent à gcuoux, et prièrent le roi de soumettre les cinq articles à l'examen de l'assemblée générale. Il y consentit, sur l'assurance que lui donna Patrick Galloway qu'il ne trouverait aucune opposition , et bientôt après il partit pour l'Angleterre.
Ce ne fut pas sans peine que les ministres d'£cosï>c réprimèrent leurs murmures en présence de leur souverain : il ne fut pas plutôt parti qu'ils exprimèrent leurs sentiments sans réserve. Leur manière de célébrer la Cène était conforme à l'Écriture; l'administration du baptême et la coutume de recevoir l'Eucharistie f!.ins les maisons parliculières étaient des restes du papisme; ils regardaient la fête de «V#l comme le rétablissement des saturnales
■i: sP<,u»Mvuod,S3:). PjiI , 10:7, eu. i,u. Bjcoii,
païennes, celles de Pâques et de la Pentecôte comme la loi cérémoniale des juifs; en un mot, tous les articles furent déclarés superstitieux et sans exemple dans l'Écriture (1). Telle était la disposition des esprits, quand l'assemblée se tint a Saint-André; et les seules concessions que l'on rît au roi furent que le ministre distribuerait les espèces à la cérémonie de la Cène , et que les malades pourraient communier, pourvu qu'ils fissent serment d'avance qu'ils n'espéraient pas leur guérison (2). Jacques, qui s'attendait à une tout autre décision , regarda celle-ci comme une dérision et une insulte; il fit enjoindre, par proclamation, l'observation des cinq articles : le conseil retira sa promesse d'augmenter les appointements des ministres réfractaires , et dans l'assemblée suivante à Perth, lord Binning, le trésorier, eut assez d'adresse pour obtenir la majorité des voix en faveur des demandes royales (3). Trois années après , il se hasarda à les proposer au parlement ; et l'on rendit un décret, pour donner plus de force à une discipline qui s'accordait si peu avec les sentiments et les préjugés du peupte (4). 1-e roi avait promis de se contenter de cette concession, il tint sa parole. L'histoire de sa mère et de son aïeule l'avait convaincu du caractère indomptable des rcligionnaires d'Écosse ; il répondit à son chapelain, le docteur Laud, dont le zèle lui conseillait des mesures vigoureuses, qu'il valait mieux conserver en paix ce qu'on avait obtenu, que de tout hasarder en risquant de soulever une nation (à).
Le lecteur doit se rappeler les guerres qui , sous le dernier règne, désolèrent l'Irlande et déconcertèrent les projets d'Élisabelh. Dans
(1) Examen des articles de Pcrlb.
(2) Voyez la lellre de lord Biuaing, 28 de novembre, dans Dalrymple , 1 , 84.
(3) Voyez une autre let re du même , ibid. , 87. Apres m ilite contestation , au lieu de mettre aux voix les articles sépare», on posa celte question : • Étaicut-ils nu non disposes à obéir ou roi en cette occasion ? • yualrevin;;(s volèrent pour l'affirmative , quaraule et un pour la négative.
(1j Par une majorité de 78 voix contre 51. En même temps.il obUnt un subside en faveur du palaiinal, de la valeur de 400,000 écus , payables par termes en trois années. Voyez les lettres du comte de Melross , qui nous apprend tout le mystère et l'art de diriger le parlement écossais Dalrymplc, 103, WX Datfour, 11 , 84. :.; Ha. tel, Vie de William* , part. 1 , 61.
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leur origine , elles étaient semblables à celles qui avaient existé sous ses prédécesseurs ; elles provenaient de l'amour de la liberté et de la haine des dominations étrangères ; mais sa séparation de l'Église de Rome et ses efforts pour imposer un nouveau culte, par l'énergie de son autorité, y mêlèrent des sentiments religieux, et les rendirent infiniment plus dangereuses. Jusque-là on avait appris aux indigènes à regarder le pape comme le seigneur suzerain de l'Irlande: cette notion avait été encouragée par les anciens rois et les parlements, comme un moyen facile d'amener l'obéissance (1) ; mais elle réagit maintenant avec une double force contre une princesse placée sous une sentence d'excommunication et de déposition. Des champions de l'indépendance en appelèrent à la protection du pontife , comme a leur seigneur temporel autant que spirituel. Je ne sais si ce titre fut positivement admis ou rejeté; mais les papes leur envoyèrent souvent des secours pécuniaireset quelquefois militaires, et ils exhortèrent les Irlandais , par des lettres ou par des messagers , à secouer le joug anglais et à purger leur patrie de cette servitude civile et religieuse. Ces exhortations eurent une influence considérable sur beaucoup de personnes, mais la majorité des deux races continua de rester fidèle à Elisabeth; et, bien qu'ils fussut tentés par les envoyés du pape, qu'ils fussent condamnés comme traîtres et apostats par leurs compatriotes révoltés, les catholiques d'Irlande combattirent sous la bannière anglaise contre Dcsmond, et formèrent la moitié de la loyale armée qui, sous Mounljoy, triompha des ruses, de l'obstination, et du désespoir de Tyroue (2).
Mais les exceptions qui frappaient Elisabeth ne s'adressaient point à Jacques. On n'avait pas pronoucc d'excommunication contre lui , et il n'était pas exclusivement prince d'origine saxonne ou normande. Il prétendait descendre de Fcrgus, premier roi des Écossais, en Albion ; et Fergus, comme le prouvent uu millier de généalogies, descendait des anciens rois
(1> Siat. irlandais, 7. Ed., iv, c ix.
(2} Voyez dan* O'Sullivan une liste des chefs catholiques qui servaient dans l'année anglaise, ni, 114. Voyez aiiui Mor vson, 112, 2X ; Pacjla lUbtriiia ,pra?fM et p. 33. édii. de 1820. et la proclamation d'ONial , dan* Lelaud , h , 301
TRK VI. m
| d'Erin. D'après cela , les aborigènes irlandais regardèrent son avènement au trône comme une faveur du ciel. Ils se félicitèrent l'un l'autre de ce bonheur, et se vantèrent de voir le sceptre d'Irlande revenu à la ligne directe d'un descendant de Milespane (1).
Quoique, sous le règne d'Élisabeth, le parlement eût rendu un décret pour abolir le culte catholique en Irlande, il n'avait pas été au pouvoir d'une poignée de protestants d'enlever 4 tout un peuple ses rites religieux. Si les lois étaient observées, ce n'était que dans les villes de garnison, où Ton pouvait se faire obéir à la pointe de l'épée; et même, dans ces villes, la plus grande masse des habitants, les principaux citoyens, et les magistrats, gardaient en secret leur premier attachement à la foi catholique. La mort d'Élisabeth leur fournit l'occasion d'exprimer leurs sentiments avec moins de contrainte, et l'annonce de cet événement fut immédiatement suivie de la restauration de l'ancien culte, 1 Cork, Waterford , Glonmcl , Limerik , Cashel, et autres lieux. On ne répondit aux ordres prohibitifs du lord député qu'avec le tonde la résolution et du dédain ; on éleva des batteries sur les murailles, on se prépara i résister, et, à Cork, le sang coula dans plusieurs affaires entre les militaires et les citoyens. Mountjoy, le lord député, agit avec promptitude et décision : il rassembla un eorps de troupes considérable, marcha de ville en ville, et tantôt par le raisonnement, tantôt par la crainte qu'il inspira , il engagea les habitants à se soumettre; après avoir d'abord publié, sous le grand sceau, un acte « d'amnistie et d'indemnité, » il quitta l'Ile et emmena avec lui en Angleterre, comme pour orner son triomphe , les chefs repentants , Tyrone et O'Donnel, ainsi que leurs principaux adhérents (2).
Mais l'abolition violente du culte et ses conséquences, les amendes infligées à ceux qui s'absentaient de l'église le dimanche, n'étaient pas les seuls coups, dont se plaignissent les catholiques d'Irlande. La loi ordonnait à tout individu de prêter le serment de suprématie ,
(1) Lynch, Aliihinotofiia , 27. Voyez ces uéaé*\osie* illustrées , par le docteur O'Conuor proleg., i, 122 12).
(2) Moryoo, h, 330 342.
soit qu'il prétendu aux honneurs littéraires, qu'il voulut plaider & la barre, ou parvenir à une charge de magistrat , soit enfin qu'il voulût obtenir l'investiture de ses terres féodales. Cette loi fut souvent adoucie, et les catholiques se trouvèrent réduits au dilrmmc fort embarrassant, de jurer contre leur conscience ou de renoncer a toute perspective d'avancement. Souvent elle parut tomber en désuétude; mais ils savaient toujours qu'ils ne devaient celte faveur qu'à la tolérance, et qu'ils étaient a la merci du gouvernement et de tout délateur perfide ou intéressé. On a beaucoup loué, à la vérité, l'indulgence avec laquelle ces lois furent exécutées en Irlande pendant la majeure partie du règne de Jacques; mais celte indulgence n'était qu'accidentelle , et même , alors qu'elle avait lieu, elle ne naissait pas d'une juste notion d'équité, mais d'un sentiment de faiblesse, et de la conviction que le moment n'était pas encore venu (I).
On sut bientôt en Irlande que les deux chefs avaient été gracieusement reçus du nouveau roi; que Tyrone avait recouvré ses anciens honneurs , et que son compagnon avait été créé comte de Tyrconnell. Encouragés par celtenouvellc, les catholiques envoyèrent une députât ion, afin qu'elle réunit ses prières à celles des deux comtes, et obtint lelibre exercice de leur religion (1603). Mais Jacques regarda la proposition comme une injure. Elle était, disait-il,contraire à sa conscience , et tant qu'il se verrait soutenu , ne fût -ce que d'une centaine d'hommes, il combattrait jusqu'à la mort contre la tolérance d'un culte idolâtre. Non content de ce refus, il fit emprisonner à la Tour quatre des députés , et ils y restèrent trois mois, en punition de leur audaçe (2}.
Deux années après, il fit une proclamation qui commandait à tous les prêtres catholiques de quitter l'Irlande sous peine de mort ( 1605 , i juill.), et l'on intima aux magistrats cl aux
( I Ce sont le* parole* de Bacon , qui ajuulc : « En conséquence, mon avii,eo toute humilité , est qu'on laisse la démarche hasardeuse de demander le serment aux ■n,ii;iMi aïs des villes mourir d'elle-même au lieu de continuer • Cabala , 39.
(2j Ucaumont, dépêches du 20 d'août 1603. Le lecteur nbkervera que, depuis ce jour, toute» les fois que le* catholiques d'Irlande présentèrent uue pétition , il devint d umijc de mettre que Iques-un» des députés en prison !
principaux citoyens de Dublin l'ordre de paraître régulièrement au service réformé. La loi assujettissait les délinquants à une certaine amende, et dansquelquescasà l'emprisonnement. Les grandes familles anglaises delà campagne s'alarmèrent. Elles réclamèrent contre l'illégalité de la peine, et demandèrent qu'on leur accordât la liberté de leur culte religieux. Mais les écrivains pétitionnaires furent arrêtés et renfermés dans le château ; leur orateur, sir Patrick Barnewell, fut envoyé en Angleterre , et emprisonné à la Tour.
Pour calmer le mécontentement causé par cet acte d'oppression, Jacques créa une commission de grâces. « La levée des amendes pour absence de l'église , et la demande du serment pour la mise en possession des terres , furent suspendues jusqu'à nouvel ordre. Le clergé établi reçut celui de ne pas exiger de droils injustes de la part des réfractaires pour les enterremenls, les baptêmes, et les mariages; et des pardons généraux, scellés du grand sceau, furent offerts à tous ceux qui les solliciteraient à la chancellerie. » Ces faveurs fournirent le moyen de préparer la route au projet favori du roi, d'assimiler la tenuredescs possessions irlandaises à celle qui était en usage dans ses possessions anglaises. Par un jugement prononcé à la cour du banc du roi, les vieilles coutumes nationales de Tanistry et de Gavel-Kind furent déclarées illégales; et une proclamation royale engagea les possesseurs de terres à remettre leurs titres défectueux à la couronne, sous promesse qu'on les leur rendrait sous une forme plus valide et avec de meilleures conditions. Dans un pays où la force avait usurpé, depuis des siècles, la place du droit, il existait peu de titres qui pussent soutenir l'œil scrutateur d'un praticien habile, j La faveur fut généralement acceptée. Mais les ' commissaires, suivant leurs instructions, distinguèrent avec soin les terres possédées en domaine d'origine , de celles qui avaient été divisées entre les tenanciers de seconde main. Les premières retournèrent par patente à l'ancien possesseur, comme terres de fief ; à la place des autres , il ne reçut qu'une rente inféodée , paya- ! blc par les tenanciers , et d'une valeur égale | aux services auxquels ils avaient d'abord été ' obligés. On s'allendait à ce que , d'après ce ; nouveau système , les bénéfices les plus impor-
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tants revinssent au roi et au peuple : au roi , ] parce qu'en détruisant le principe d'association de familles ou de clans héréditaires, il ôterait aux chefs le pouvoir de s'opposer à la volonté du roi; au peuple, parce qu'en donnant aux tenanciers inférieurs , avec le droit de franche tenure , un intérêt dans le sol , il les arracherait à leurs habitudes de turbulence et d'oisiveté , introduirait des principes de perfectionnement et de civilisation, et leur apprendrait à regarder le souverain comme leur protecteur légitime. Mais ces flatteuses espérances ne se réalisèrent pas. La puissance des lords irlandais, à la vérité, « tomba soudain, et s'évanouit « (1), et la masse du peuple fut délivrée de toutes dépendances envers leurs anciens mailres; mais pour cela, ils n'adhérèrent pas plus fortement aux intérètsdu trône. Au lieu d'obéir à leurs chefs héréditaires, ils devinrent libres de suivre tout enthousiaste intéressé, tout aveuturicr sans principes , qui se trouva capable d'émouvoir leurs passions, et de les porter à des actes de violence.
Tyrone etTyrconnell quittèrent lacourd'Anglelcrrc , en exprimant leur gratitude, mais en conservant des sentiments de méfiance. Les événements subséquents confirmèrent leurs soupçons ; et le système cruel adopté contre les catholiqurs, les efforts faits pour diviser les chefs cl leurs vassaux, les portèrent à croire qu'on avait résolu de réduire la puissance, et d'à- I néant ir lu religion des indigènes. Dans cette disposition d'esprit , ils acceptèrent l'invitation de se réunir à Richard Nugcnt , baron Delvin , au château de Mayuooth. Dclvin était né et avait été élevé dans la Tour, où sa
(I) Dans, 350: «Quand un lord irlandais fait l'bommaiïe de ses terres pour les tenir ensuite de la couronne, ses propres possessions en domaines sont inventoriées , et ses druils irlandais , tels que «héritage* , taxes , rentes de beurre et de gruau , et d'autres semblables , sont évalues raisonnablement, et réduits a de certaines sommes d'argent payables chaque année au lieu susdit. Cela fait , cette résignation est acceptée, et une concession lui est faite ensuite , non de toute la contrée, comme cela se pratiquait dans les anciens temps , mais des terres seulement qui sont dans la possession du lord , e c. Quant aui terres qui se trouvent possédées par des tenanciers, on 1rs laisse respectivement chargées des rentes certaines seulement , au lieu de toutes les exactions incertaines en usage en Irlande. • Découverte de Davis, 200.