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mère avait partagé volontairement l'emprisonnement de son mari, condamné à une prison perpétuelle, non parce qu'il avait combattu, mais parce qu'on le jugeait capable de combattre l'autorité de la feue reine. Les trois seigneurs se communiquèrent leurs ressentiments du passé et leurs craintes de l'avenir; leur opinion se trouva d'accord , et ils s'eugagèrent à défendre leurs droits et leur religion à force ouverte (1). 11 n'est pas probable qu'aucun projet d'insurrection fut alors combiné ; mais, deux années plus tard , Jacques fut secrètement iuformé,par une personne qui faisait partie de la cour et de l'intimité de l'archiduc, à Bruxelles, que Tyrone avait cherché à renouer ses anciennes relations avec le roi d'Espagne. Sa perte fut immédiatement résolue; et, pour l'attirer en Angleterre sans éveiller ses soupçons , on réclama , en obéissance aux instructions secrètes des minisires, un prétendu droit sur une portion considérable de ses terres (2). Le gouvernement d'Irlande déclina la connaissance de la cause, comme trop délicate et trop importante. Les deux partis reçurent le conseil de paraître, munis de leurs titres, devant le conseil d'Angleterre. Mais Tyrone avait autant d'habileté que ses adversaires : il envoya à son procureur plein pouvoir d'agir en son nom ; et, quand le lord député l'informa, de la part du roi, que sa présence serait nécessaire pour déjouer les intrigues du plaignant , il sollicita un délai de trente jours, afin de recueillir de l'argent et de faire ses préparatifs de voyage. Un lui accorda sa demande ; et, avant l'expiration du terme, Tyrone, accompagné de sa femme, de ses deux plus jeunes fils et de son neveu , et TyrconneM (1606, 17 sept.;, avec son fils, et son frère, lord Dungatinon, et treute autres personnes , s'embarquèrent sur un vaisseau qui élail arrivé de Dunkerque, et débarquèrent, peu de jours après, à Quillcbecquc, en Normandie. Jacques s'était d'abord persuadé qu'ils avaient dirigé leur course vers l'Espagne , et qu'ils reviendraient avec l'Armada que l'on avait réunie, pendant l'été, dans les ports d'Espagne; la
(1 } Uncb, Atitbinolocia, Supplém., I8C; dans l'Adresse frs'orique d'O Conor, n , 226.
(2) On dit dansBoderie que le plaignant était un parent, et dans Cailelon , que c était Monlrîomerv lui même, archevêque d'Armagb.
nouvelle qu'ils avaient traversé la France pour se rendre à Bruxelles lui donna le loisir de respirer. Il réclama leur extradition comme traîtres, et fit publier une longue proclamatiou où il les donnait comme des hommes de basse naissance, qui n'avaient été anoblis que pour des raisons d'État ; gens de mœurs corrompues, que personne ne songeait à inquiéter pour cause de religion; d'un caractère avide , qui, quoique leurs droits ne fussent pas envahis , cherchaient constamment à s'emparer des droits des autres, et dont les intentions criminelles étaient de fomenter uuc révolte, d'attirer une armée étrangère dans le royaume, et de mettre à mort tous les Irlandais de race anglaise (I). Mais les cours étrangères, en dépit de ses remontrances, persistèrent à les traiter comme des exilés pour le maintien de leurs droits et de leur religion. Plusieurs Furent admis dans l'armée espagnole du Brabant ;Tyrone alla jusqu'à Rome, où il reçut du pape une pension mensuelle de 100 couronnes, et une de 600 du roi d'Espagne (2).
Aussitôt que l'alarme fut dissipée , on rechercha les complices réels ou supposés des fugitifs. Plusieurs de leurs amis furent arrêtés dans l'Ulster;on en envoya d'autres en Angleterre pour y être interrogés, et trois gentilshommes, sir Christophe Saint-Lawrence, le fils ainé de Tyrone , et lord Dclvin , furent renfermés dans le château de Dublin. Le dernier fut jugé et condamuc; mais le matin fixé pour son exécution, un gardien trouva la prison vide. Il s'était évadé par une fenêtre, à l'aide d'une corde , le soir précédent ; et , montant à che-
(1) Rymer, xxv, 60t. L'ambassadeur élève un doute »ur l'riariiiudr de l'accusation ; mail il ajoute que la fuite dr* comtes , en excitant des crainte» , causa le relâchement de la sévérité envers les catholiques. On fil courir le bruit que Tyrone avait l'intention de massacrer tous les protestants d'Irlande. • La conspiration était , a ce qui se publie maintenant parmi ce peuple, de faire des vêpres siciliennes sur tous les Anglais qui sont en Irlande , et puis y établir la rclifiînn ratholique. Je ne Rais si le principal but dudit comte eut été de profiter à ta religion ; mais quoi qu'il en soit , ce qu'il a fait n'y a point d^jà été nuisible : car la vérité est que depuis cela on n'a pas si sévèrement poursuivi les catholiques, comme on faisait auparavant » Boderic , d e 20, 1007, u , «8.
(2) Il eiime plusieurs relations des causes qui déterminèrent les comtes 5 prendre la fuite , j ai préféré celte qui fut envoyée au rot de France par son ambassadeur. Boder e , n,387 300.
▼al , H avait gagné heureusement le château de Glochnacter. On répandit des proclamations, on offrit des récompenses , et l'on envoya des agents dans toutes les directions; mais ses confidents furent si fidèles, ses mouvements si secrets , qu'on ne put découvrir aucune trace de sa fuite; la première fois que le fugitif parut sans déguisement, ce fut à la cour, aux genoux mêmes du roi, sollicitant sa grâce, et lui présentant un long détail des injustices faites à son père et à lui-même. Jacques se laissa émouvoir ; il admit comme excuses les provocations qu'avait reçues le suppliant, et nonseulement il lui pardonna, mais il ('éleva à la haute dignité de comte de Weslmeatb. Les services subséquents de Nugent l'acquittèrent envers le sou verain et j ust ifièrent sa clémence ( 1 ).
On ne sait point exactement si O'Dogherty, chef d'innishowen, avait connu les desseins de Tyrone. Il est certain qu'il avait reçu jadis un soufflet de la main de Paulet, gouverneur de Derry, et qu'il brillait de laver cette insulte dans le sang de son ennemi. Un banquet , donné pour un mariage, lui en fournit l'occasion (1608, avril) : le parti fut surpris à table ; et Paulet, avec cinq autres , furent les victimes de la vengeance. Ilart, gouverneur de Culmore, fut fait prisonnier. O'Dogherty conduisit son captif à la porte de la forteresse, demanda à parler à la femme de Ilart, et lui accorda quelques instants pour choisir entre la mort de son mari et la reddition de la place. Les larmes et les prières de la dame agirent facilement sur la pitié ou la lâcheté de la garnison; Culmore fournit au chef de l'artillerie des armes et des munitions , et Derry, avec son château , se soumit à son pouvoir. Cet événement inattendu fit naître de nouvelles espérances et de nouvelles craintes. Des messagers, envoyés par les exilés, exhortèrent O'Dogherty à persévérer jusqu'à ce qu'ils pussent venir à son secours. Le conseil mit tout en usage pour arrêter l'insurrection avant l'arrivée d'un renfort étranger (mai). Les deux premières tentatives curent pour résultat la défaite des royalistes, avec une perle de 3 ou 400 hommes; mais à l'approche de Wingfield, maréchal de camp, le capitaine démantela les deux