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CHAPITRE VI

fur ter esses , et se retira parmi les marais et les montagnes. 11 tint pendant deux mois ses ennemis en haleine; mais un matin où il s'exposa imprudemment, il fut tué d'un coup de fusil tiré au hasard, et la dispersion volontaire de ses compagnons mit immédiatement fin à la rébellion (I).

Ces événements ouvrirent an roi un vaste champ pour déployer sa science dans l'art de la législation, qu'il appréciait autant que ses connaissances en théologie. Par la proscription des fugitifs, et la révolte d'O'Dogherty, on estima que 2 millions d'acres de terre, formant presque la totalité des six comtés du nord de Gavan, Fermanagh, Armagh , Derry, Tyrone, et Tyrconnell, étaient échus à la couronne. Jacques n'ignorait pas que les efforts faits pour établir une colonie dans l'Ulster, sous le règne d'Élisabcth, avaient été infructueux ; mais il en rechercha les causes, appela à son aide les connaissances locales du lord député Chiciiester, et, après une longue délibération, ordonna que l'on ferait un second essai sur un plan nouveau et perfectionné. D'après ce plan , les terres à coloniser furent divisées en quatre parties, dont deux subdivisions en lots de 1,000 acres, une troisième en lots de 1600, et une quatrième en lots de 2,000. Les plus vastes lots furent réservés pour les «entrepreneurs et les serviteurs, » c'est-à-dire pour les aventuriers les plus connus d'Angleterre et d'Écosse, et pour les officiers militaires et civils, de la couronne. Les plus petits furent distribués indistinctement entre ceux-ci et les indigènes de la province. On arrêta cependant que les derniers recevraient leurs lots dans les plaines et dans la contrée ouverte ; les entrepreneurs et les serviteurs, sur les collines et dans les positions élevées; qu'il ne serait exigé des premiers qu'une rente d'un marc pour la couronne par chaque soixantaine d'acres; mais que les autres seraient tenus de prêter le serment de suprématie, et de ne recevoir aucun tenancier qui ne fût d'origine anglaise. Tel fut le plan; mais son exécution souffrit de nombreuses

(1 ) Boderfe, ni , 286, 280 , 332 , 34 1 . (^Sullivan , 2t0. (<e( écnvniu se plaint aroèrr tuent de ce que l'armée cotn ■ mandée par Wmgfleld était principalement composée de catholique*.

modifications. De tout le district , en grande partie montagneux et inculte , une vaste portion ne fut jamais partagée en aucune manière, et plusieurs des chefs indigènes , sous le prétexte de loyauté, ou par l'influence des présents , se firent concéder leurs anciennes possessions. Cependant quelque 100,000 acres furent colonisés , et la vigueur de la mesure , jointe au mélange d'une nouvelle race d'habitants , servit à tenir eu respect ces esprits turbulents, qui avaient défié si souvent l'autorité et les armes du gouvernement anglais (1).

La nécessité présumée d'une force militaire pour protéger les colons suggéra à sir Antony Shirley un moyen neuf de lever de l'argent pour l'usage du roi (2). Il proposa la création d'un nouveau titre d'honneur, celui de baronnet, intermédiaire entre celui de baron et de chevalier : lequel titre serait conféré par lettres patentes, à un prix fixé, pour l'entretien de l'armée de l'Ulster; descendrait aux héritiers mâles, et serait borné à 200 individus, gentilshommes à la troisième génération, et possédant des terres d'un revenu annuel de 1,000 li v.Jacques approuva le projet : on offrit des patentes au prix de 1,095 livres, somme suffisante pour l'entretien de 30 soldats pendant trois années, et l'on trouva des acheteurs, qnolqn'en plus petit nombre qu'on ne s'y était attendu. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que l'argent ne revint jamais en Irlande (3).

(1) Oo peut voir dans Harria le projet, les ordonnance», cl le plan. Le docteur O'Conor observe que la relation donnée par Cox doit être corrigée par les détail* trouvés dans la « Desiderata curiosa Uibernue , » adresse u , 2U6. Mais si nous en devons croire lord Wenlworth , sous le règne suivant, on ne doit pas ajouter foi a ces mexuragr». Il trouva que la plupart des entrepreneurs avaient obtenu dix fois autant de terres qu'il eu était alloué dans leurs patentes, et qu'ils négligeaient en même temps de remplir leur* conditions. Mémoires de Strafforde, i, 132,

(2) Selden, part u, p. 821 , 006, 010. «Mou père, dit Thomas Shirley au roi , étant un homme d'un esprit excellent et habile, eut l'idée de créer des baronnets, qui remplirent le* coffre* de V. M. d'une somme de 100,000 livres au moins, pour lesquels le dernier lord Saiisbury, lord trésorier, lui promit une bouue récotupetuc , qu'il n'eut jamais. . DalrympJe, i, 60.

(3) Quatre-vingt-treize patentes furent vendues dans l'espace de six années , s'élevant en tout à 101,835 li». Voyez I Extrait du revenu du roi. 30, 38. On promettait ,

HISTOIKE D'ANGLETKRRE.

La tranquillité qui tenait alors dans l'Ile encouragea le lord député a faire connaître son intention d'assembler un parlement, après un intervalle de vingt-sept années. Son objet avoué était d'établir de nouvelles lois, et d'obtenir pour le roi un nouveau subside; mais les catholiques lui soupçonnèrent un autre dessein, celui de leur imposer ce code pénal qui pesait si fortement sur leurs frères en Angleterre. Leurs craintes furent d'abord éveillées par les proclamations successive» qui infligeaient des peines aux réfractaires: elles se confirmèrent par la copie d'un acte prétendu ou réel, transmis du conseil d'Angleterre a celui d'Irlande (I), et s'accrurent à la vue des efforts extraordinaires que faisait le lord député pour s'assurer une majorité dans la chambre des communes. Depuis le dernier parlement , on avait formé dix-sept nouveaux comtés, et quarante nouveaux bourgs y avaient été incorporés , quoique la p!uplart de ces derniers ne consistassent qu'en quelques maisons éparses, bâties par les entrepreneurs de l'Ulstcr. Les lords des campagnes présentèrent une pétition au conseil ( 1612), dans laquelle ils s'élevaient en termes respectueux , mais énergiques, contre ces incorporations illégales, et demandaient que toutes les lois qui avaient pour objet de forcer les consciences fussent annulées (2). On ignore quelle réponse leur fut

dans let patentes , qu'on ne créerait aucun nouveau titre d'honneur entre If» barons et let baronnets, et que, lorsque If nombre de deux cents serait rempli , il n'en serait pas ajouté davantage par la suite. Traités de Somcrs, n,

(t) Cet acte établissait la peine de haute trahison contre tons les prêtres qui resteraient dans le royaume après le terme de quarante jours, depuis la clôture du parlement ; et toute personne qui recevrait ou qui aiderait des prêtres était, pour la première fois, condamnée à payer 40 liv. ; pour la seconde, elle encourait le • promunire, » pour la troisième , la mort Voyex dans l'Hibernu dominicana ,619.

<2; Les catholiques, dans la pétition présentée par leurs députés, se plaignaient de ce que, eux , l'ancienne noblesse, et les bonnes familles de la campagne, • étaient vilipendés, méprisés, et insulté*, par des hommes nouvellement élevas au pouvoir et aux places; que les bourgs étaient incorporés avec la partialité la plus révoltante, » et que ceux qui les représentaient étaient les clercs et les serviteurs des procureurs. Ils demandaient au mi de peser le roecouicnieinent qui résultait de semb'ablf s ine-

donnée ; mais le parlement s'assembla (1613, 7 mai). Il parait que, dans le scrutin |>our le choix d'un orateur, les prolestants obtinrent une majorité de plus de vingt membres; mais leurs adversaires contestèrent plusieurs votes; Ils sortirent de la chambre, et leur cause parut si spécieuse et leur air si menaçant, que le lord député n'osa aller plus avant. Il prorogea le parlement, et les deux partis en appelèrent à la justice du roi.

Durant le débat , les catholiques avaient présenté la liste de leurs griefs religieux. Ils se plaignaient de ce que des statuts hors d'usage avaient été dernièrement mis à exécution ; de ce qu'on ne leur permettait pas d'envoyer leurs enfants étudier dans les universités étrangères; de ce que tous les catholiques de noble naissance étaient exclus des emplois et des honneurs , et même de la magistrature, dans leurs comtés respectifs; de ce que tous les citoyens et la bourgeoisie catholiques étaient éloignés de toutes les charges de quelque autorité ou de quelque profit, dans les différentes corporations; de ce que les avocats catholiques n'avaient pas la permission de plaider dans les cours de justice, et de ce que les classes inférieures étaient surchargées d'amendes, d'excommunications, et d'autres châtiments, qui les réduisaient au dernier degré de misère. Pour conclure, ils demandaient que, puisque la persécution ne pouvait leur faire abandonner leur religion , le roi adoptât une marche plus modérée, qui rétablit la tranquillité, et pourvût en même temps à ses propres intérêts et à ceux de son peuple.

Après la prorogation , ils envoyèrent les lords Gormanstown et Dunboyne, au nom des pairs catholiques , et deux chevaliers et deux avocats , au nom de la chambre des communes, pour mettre leurs pétitions au pied du trône. Afin de payer la dépense de cette mission, on fit une collecte générale dans le royaume; et toutes les classes contribuèrent pour une portion, en présence d'une proclamation

tionnéi, qui étaient nombreux, à cause des colonisations déjà faites ou projetées ; et de pacifier la nation, afin qu'une guerre civile , fomentée peut-être par quelque puitaaoce étrangère, n'eu fût pas la conséquence. Voyex dans Ulaud, n,4ô0.

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