‹ Histoire d' AngleterreChapitre 88 sur 307 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

menaçante et prohibitive (1) (1613, 9 juillet). | Jacques recul les députés avec bonté, mais la . démangeaison de parler en fit bien tôt, de juge, un hommede parti: il répondit à leurs arguments et réfuta leurs prétentions ('2). On leur accorda cependant une commission d'enquête ; et le roi. ayant reçu son rapport , approuva la conduite du lord député, tandis qu'il laissa celle des officiers inférieurs du gouvernement en butte à de nouvelles investigations. Cbicbester lui-même, avec le comte de Thomnnd (1614, 7 févr.), Denham , chef de justice, et Saint-John , maître de l'artillerie , se rendirent en Angleterre. Les plaintes des réfractaircs furent a plusieurs reprise débattues pendant deux mois, et Ton décida que deux des nominations étaient illégales, et que les représentants des bourgs, incorporés après la publication des ordres, n'avaient aucun droit de siéger pendant la session. Quant aux autres plaintes, on n'y fit aucune réponse spéciale; mais Jacques envoya chercher les députés, et plusieurs lords et gentilshommes irlandais qui les avaient accompagnés : il prononça une sévère réprimande , et il allait les accuser de déloyauté, à cause de la religion, lorsque lord Delvin, tombant à ses genoux, protesta qu'il était et qu'il serait toujours fidèle au roi, mais qu'aucune considération ne pourrait l'engager à abjurer le culte de ses pères. D'après cela, si l'on supposait que la profession de foi catholique ne pouvait se concilier avec la loyauté d'un bon sujet, il demandait la permission de se retirer dans quelque con-

(t) O'Sullivan, iv, 217 ; Hibemia dominicana, 625.

(2) Le conseil anglais chercha a intimider les pétitionnaires (Windwood, m, 463, 468), et, comme de coulume, envoya deux des députés en prison', Lutlrel à la Flotte , et Talbul à la Tour. Le jésuite Suarez avait défendu le pouvoir de déposer. Plusieurs extraits de son ourrace furent portés à Talbot, arec l'ordre de donner son opinion sur leur vérité ou leur fausseté. Il essaya de se dispenser de celte tache , en déclarant que sur les points de foi, il pensait comme l'Église catholique; que sur celui de loyauté , il reconnaissait Jacques pour roi légitime de l'Angleterre, de l'Ecosse, et de l'Irlande, et qu'il lui garderait fldélitéet allégeance durant toute sa vie. On regarda celte réponse comme une insulte grave ; et après plusieur, autres réponses, auxquelles on fit plus ou moins d'objections, Talbot fut conduit a la chambre étoilée. Nous ignorons quel en fut le résultat ; mais on reconnut que sa dernière réponse arait pleinement satisfait , et probablement on le renvoya, sans autre peine qu'un avertissement de te mieux conduire à l'avenir. Bacon , iv, 420.

trée étrangère, où il pût servir Dieu selon sa conscience et sans crainte d'offenser son souverain. Le roi fut déconcerté par cette interruption; mais, se remettant promptement , il dit que ce n'était pas à Delvin, mats aux autres qu'il adressait la parole; que parleur résistance â son gouverneur, ils avaient encouru son plus grand déplaisir , qu'il leur permettait cependant de retourner en Irlande, dans l'espoir que leur soumission future justifierait par la suite sa bonté actuelle (1).

L'apparition d'une autre proclamation . laissant au clergé catholique d'Irlande le choix entre le bannissement et la mort, porla le public à croire que le lord député avait remporté sur ses adversaires une victoire complète. Mais quelque désir qu'eût Jacques d'augmenter les forces du parti protestant en Irlande, il vit qu'une nouvelle persécution, si elle n'était soutenue par des troupes plus nombreuses que celles qu'il pouvait y maintenir, ne ferait que provoquer une rébellion générale dont le résultat serait peut-être fâcheux pour lui. Il envoya Cbicbester, en lui recommandant de flatter les esprits au lieu de les irriter. Les réfractaircs reçurent des assurances particulières de tolérance et d'indulgence , et quand le parlement s'assembla de nouveau, les deux partis parurent animés du même esprit de conciliation et d'harmonie. Toute tentative faite pour ranimer la dernière controverse fut réduite au silence, et les deux chambres se réunirent pour demander que les avocats catholiques eussent la permission de plaider, quelle que fût la loi. Avec une même unanimité , on rendit un statut qui reconnaissait le droit de Jacques a la couronne ; le bill de proscription de Tyrone (1616), de Tyrconncli I , d'O'Dogherty, de leurs complices, ainsi que la colonisation de l'Dlsler, fut confirmé par une loi ; on abolit tous les statuts qui établissaient des distinctions entre les Irlandais des deux races (24 oct.), et l'on accorda volontairement à la couronne un subside considérable (2).

(1) Hibemia dominicana, 626-628. Plowden, i, App.,

(2) Dans sa convocation, le clergé adopta un code d'articles de doctrines à l'usage de l'Église irlandaise, rédigé principalement par te célèbre Usber ; ils se montent au nombre de 104, et s'appuient beaucoup plus sur lesopt-

Chichcslcr eut pour successeur , dans la charge de lord député, Olivier Saint-John, et Saint-John fut remplacé par Carey , vicomte Falkland. Sous le premier , on fit un essai , par ordre du conseil anglais, afin d'augmenter l'amende légale pour absence de l'église , et les juges furent chargés de commencer a faire connaître les noms du petit nombre des catholiques de chaque comté qui , par leur répugnance a se soumettre (1618, 16 févr.) et l'influence de leur rang, pouvaient trouver des imitateurs parmi le peuple. Falkland publia la plus menaçante proclamation (16*23, 21 janv.), ordonnant à tous les ecclésiastiques catholiques de quitter le royaume dans l'espace de cinquante jours, sous peine d'encourir l'indignation royale, et de subir les châtiments les plus sévères que prescrivit la loi. La politique de ces mesures était douteuse : elles ne pouvaient produire aucun avantage , parce qu'il était impossible de les mettre à exécution ; et elles servirent à irriter les esprits, parce qu'elles montraient la disposition hostile et intolérante du gouvernement (1).

Jacques lui-même était convaincu que, pour parvenir à extirper le culte catholique, il serait nécessaire de coloniser les autres provinces, d'après l'exemple d'Ulster. On fit faire de nouvelles recherches sur les titres défectueux, et par les procédés les plus iniques on découvrit que la presque totalité des terres possédées par les indigènes appartenaient à la couronne (2). On colonisa d'abord les bords de

nions deCalvin que lf» 39 article* de l'Église d'ADgleterrc. Voyez-le» dans Wilkins, îv, 415-454.

(1) Hibernia dominicana, 636,637.

(2) Orroond de Carie , i , 28. « Lorsqu'on ne présentait aucun acte de concession, ou d 'héritage ou de transport qui en fat la conséquence, la terre était adjugée immédiatement à la couronne. Toute» les concessions faites par la couronne depuis la première année d'Édouard 11 jusqu'à la dixième de Henri VII, avaient été reprises par acte du parlement , et les terres de tous les absents et de tous ceux qui avaient été chassés par le» Irlandai», retournèrent, par différent» actes, à la couronne. Le» dernière» concessions mémrs ordonnèrent pas une entière sécurité;

. car si l'on découvrait qu'une ancienne concession existait au moment ou l'on faisait celle-ci, ou si les contrats passas en Irlande n'étaient pas réd fiés avec toute l'eiaclitude du modèle , ou selon la forme que le roi avait envoyée d'Angleterre; enfin , s'il se trouvait quelque défaut dans les terme» de la lenure, quelque erreur de détail, quelque avantage à retirer det réserves et de sclaur.es

la mer entre Dublin et Waterrbrd, ensuite les comtés de Leitrim et de Longfbrd , enfin le comté du roi, celui de la reine, et le Westmeath. Jacques avait recommandé de rendre les trois quarts des terres aux possesseurs primitifs; mais on dédaigna ses ordres: l'Irlandais qui put en recouvrer le quart s'estima encore heureux ; plusieurs d'entre eux se virent dépouillés de l'acre unique qu'ils tenaient de l'héritage de leurs pères , et des peuplades furent transplantées du sol qui leur donna naissance, dans les parties les plus éloignées de l'Ile (1). De Linster, les faiseurs de projets se dirigèrent vers l'ouest , et réclamèrent, pour le roi , toute la province de Connaught, et le comté adjacent de Clare, comme ancienne propriété du comte d'Ulster. Sous le rtyne d'Elisabeth, il avait été convenu que les habitants de ce vaste district feraient hommage de leurs terres , et qu'elles leurs seraient rendues sous de certaines conditions. La proposition fut agréée, mais les patentes, pour des raisons inconnues , ne furent jamais délivrées. Pour y suppléer, ils rendirent, dans la treizième année du règne de Jacques (1623), un second hommage , reçurent leurs patentes, et payèrent 3, (KM) livres pour prix d'enregistrement à la chancellerie. Quatre années plus tard , on découvrit que , par malice ou par négligence de la part des officiers, l'enregistrement n'avait pas été effectué : on conseilla à Jacques de profiter de cette omission, et de faire valoir de nouveau ses droits sur toute la contrée. Mais le langage ferme et menaçant des propriétaires alarma l'esprit du roi; ils protestèrent contre l'injustice de la mesure, et prirent la résolution de maintenir par l'épéc ce dont

générales des contrats , ou quelque exception à faire au moyen de la loi (et elle était disposée de manière à y donner lieu), cela terminait la concession et la possession du domaine, que l'Étal réclamait alors. »

(I) Sept clans furent transportés du comté de la reine dans celui de Kerry, et reçurent ordre de ne point revenir , sous peine de la loi martiale. U seigneurie de Torbcrt fut donnée par le roi au sir Patrick Crosby, a condition qu'il en laisserait un quart aux nouveaux venus, a un prix raisonnable. H se fil bien peu de ces arrangements. Voyez les dépêches de Straffoide, i, 60. Voyez uu autre fait dans Carte, qui, dit-il, pour l'injustice et la cruauté, peut a peine I router son pareil dans l'histoire de tous les âge» et de tous les pay». i , 27-32.

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