CHAPITRE VII
el que sir Thomas et lady Lake payeraient au roi une amende de 1,000 liv. , 5,000 liv. à la comtesse pour dommages et intérêts , et seraient tenus en prison jusqu'à ce qu'ils eussent fait leur soumission (I). Il est probable que la cour prononça légalement sur la culpabilité des parties; mais, qu'elle l'ait fait ou non, la cause, examinée sous toutes ses faces, donne une idée peu favorable de la moralité du siècle ; et si nous y joignons la scène d'iniquité dévoilée par l'histoire et le procès du comte et de la comtesse de Somerset , nous serons convaincus qu'a cette époque les vices les plus honteux et les plus dégradants étaient communs parmi les personnes d'un haut rang et de la première considération dans l'état (2).
Vers la môme époque, les dernières aventures et le sort ultérieur du brave, mais immoral sir Walter Raleigh, donnèrent au public un spectacle plus intéressant, mais plus affligeant. Après avoir clé déclaré coupable en 1603, il était resté treize ans prisonnier à la Tour; mais le comte de îNorthumbcrland , le Mécène de cet âge, avait converti ce séjour de misère en un temple des Muses. Raleigh fut graduellement inspiré par legénie du lieu : il s'efforça d'abord de consoler l'ennui de sa prison par l'étude de la chimie; ensuite, il s'occupa de différentes branches de la littérature, et deux ans avant d'être mis en liberté, il publia son Histoire du monde. Le plan , les pensées, et le style de cet ouvrage célèbre, étaient de lui; la plus grande partie des matériaux lui avait été fournie par ses amis. Mais comme auteur ce fut à lui que furent donnes tous les éloges. Jusqu'ici, on ne l'avait considéré que comme un aventurier et un courtisan; on fut alors étonné de la multiplicité de ses talents , de ses profondes recherches , de son savoir en chronologie , et de sa connaissance étendue des écrivains grecs et rabbiniques. L'admiration amena la
(1) Lettre de Carleton, 169, 170, 192. Aulirus Coquin, dans l'Hist. secrète de Jarque* , u , 190-197. Camden , annis 1617 , 1618, 1619, OEuvre* de Bacon , vi , 233.
(2) L'ambassadeur espagnol intercéda en faveur de lady Laite; mai* Jacquet répliqua qu'elle était, il osait le dire, coupable des sept péchés mortels , et que lui accorder aucune indulgence serait reconnaître la sentence injuste , et commettre une iniquité envers lady Fxc ter. fcllis, lettres originales, m, 110.
commisération sur son sort , et l'on entendit le prince Heurî dire qu'il n'y avait que son père seul qui voulût tenir un pareil oiseau en cage(l).
Pendant longtemps sa détention fut attribuée a l'influence de son ennemi en politique , le comte de Salisbury. Mais Jacques se montra également inexorable après la mort de ce ministre. Sa résolution se soutint contre les prières de son fils, de la reine, et de son beau-frère le roi de Danemark ( 1616, 17 mars). F.llc ne céda qu'aux sollicitations de son favori , dont le prisonnier acheta les services , par l'engagement de payer 1500 liv. à sir William Saint- John et à sir Edouard Villiers. Cependant Raleigh était toujours sous la sentence de mort. Jacques lui accorda la liberté, mais il refusa de lui pardonner; et redoutant ses talents, et se méfiant de sa loyauté, il chercha à le contenir dans les bornes du devoir, en lui rappelant que sou sort dépendait encore du bon plaisir de son souverain.
En 1581, Raleigh avait obtenu de la reine Elisabeth une patente qui semble avoir été dressée d'après quelque concession papale des premiers âges : elle lui donne et à ses héritiers, ou ayants droit (1584 , 25 mars), plein pouvoir de découvrir et de conquérir toute terre étrangère ou déserte qui n'appartiendrait à aucun prince chrétien, elqui ne serait habitée par aucun peuple chrétien; de la tenir de la couronne d'Angleterre par le payement d'un cinquième de tout l'or et l'argent qui pourrait être extrait des mines ; de combattre et expulser par la force des armes toute personne qui essayerait de s'établir à moins de deux cents lieues de la place où lui ou ses compagnons établiraient leurs habitations dans les six années suivantes; et d'enlever et capturer tout vaisseau qui chercherait à commercer dans les rivières, ou sur les côtes, au dedans des limites susdites (2). En
(1) Son Histoire du monde fut publiée en 1614 ; elle commence a la création, considère ht trois premières monarchies, cl finit environ un siècle et demi avant la naissance de Jésus-Christ. Ben Jonson, Harriot, et particulièrement le docteur Burrel , sont indiqués, comme ceux qui ont le plus fourni a cet ouvrage , par M. d'Isra*li, dans son intéressant article sur les sociétés littéraire» , dans la seconde série des Curiosités de la huérature , u, 113.
(2) tlakluyt, m, 213.